Comment la position géographique de l’Île a-t-elle forgé son histoire ?

Île française baignée par l’Océan Atlantique située au large des côtes de la Charente Maritime, Aix a connu une destinée toute particulière, due à sa géographie.

Bien qu’occupée par l’homme dès les temps préhistoriques, c’est au XIe siècle que l’histoire de l’île commence véritablement avec la fondation du prieuré Saint-Martin, la construction de l’église et l’installation d’une conséquente communauté monastique. Celle-ci rythme la vie religieuse de la région pendant près de trois siècles, bénéficiant à l’image du Mont Saint Michel d’un isolement propre à son insularité ce qui la protège des diverses épidémies, invasions ou guerres, auxquelles les campagnes françaises moyenâgeuses furent confrontées.

Les moines de Cluny parviennent à exploiter le potentiel géographique et climatique de l’île jusqu’à ce que celle-ci devienne un enjeu des rivalités franco anglaises qui mèneront le monastère à sa destruction.

Dans une région littorale éminemment stratégique, Aix, située au centre de l’archipel charentais se retrouve au cœur de conflits armés maritimes.

Le site de Rochefort voit en effet ses diverses ressources employées à la construction d’un arsenal (1661) : les marécages permettent la culture du chanvre nécessaire aux cordages, les forêts fournissent le bois de construction des bateaux, le fleuve porte lors des marées les navires à la mer et la baie protégée par le verrou naturel des îles de l’archipel (Aix, Ré, Oléron, Madame) toutes équipées de forts permet d’armer les bâtiments en toute sécurité.

L’île d’Aix se couvre ainsi de fortifications (Vauban) et devient la pièce maîtresse du dispositif défensif de l’arsenal de Rochefort et de sa rade. Sa côte intérieure permet le mouillage des navires tandis que, le long de la côte maritime, se dressent le fort de la Rade, le fort Liédot, le fort Enet, les batteries de Jamblet et de Coudepont. Malgré la faible portée des canons de l’époque, les batteries installées sur les îles et la côte protège efficacement de toute invasion ennemie.

Le dispositif a été ultérieurement amélioré sous Louis XVI (Montalembert, Choderlos de Laclos) puis sous le Directoire et le Consulat, Napoléon Bonaparte ayant exploité le potentiel de l’île jusqu’à en faire une île-forteresse.

L’Empereur Napoléon Ier y séjourna une semaine, du 8 au 15 juillet 1815, avant de quitter à jamais la terre de France. C’est de l’île d’Aix qu’il embarqua pour le Royaume-Uni, pour finalement terminer sa route sur l’île de Sainte Hélène.

Si l’île d’Aix a aujourd’hui encore le visage que lui découvrit Napoléon en 1815, c’est grâce à l’initiative du baron Gourgaud, petit fils du militaire qui accompagna l’Empereur en exil. Celui-ci a en effet employé sa fortune à racheter  le bâti de l’île et a ainsi transformé le bourg fortifié en « monument historique » avant l’heure. Ce cachet unique de village hors du temps est devenu l’un des atouts touristiques majeurs du site. Celle-ci, dépeuplée depuis le départ de la garnison aixoise et la fermeture de l’arsenal rochefortais fin XIXeme, s’ouvre aux visiteurs grâce à l’investissement du baron et renaît par le tourisme. On notera que la passion de celui-ci pour la chasse l’a par ailleurs poussé à ouvrir le musée Africain (vestiges naturalisés de ses trophées de chasse) en face du musée Napoléon (1926) (la maison du Gouverneur militaire de la place, où l’Empereur passa ses dernières nuits).

Les autres fortifications longtemps  restées propriété du ministère de la Défense de l’île ont connu un autre destin. Le fort Liédot a ainsi tout à tour été un lieu de détention (Ben Bella, chef du FLN y sera gardé de mars 1959 à mai 1961), le lieu  d’expériences de tir, puis un terrain d’accueil de colonies de vacances. Il ouvre désormais ses portes aux animations des « vendredis de l’île d’Aix » (pièces de théâtres, projections de films, concerts, etc dans sa cour intérieure) et organise des visites guidées. Pour l’été, il a été investi par un groupe de treize artistes, et abrite l’exposition « Treize à Table » : réalisations d’œuvres sur place inspirées par l’île.

De même, le fort de la Rade a été transformé en résidence hôtelière, à laquelle ont été postérieurement ajoutés un camping et une école de voile (exploitant le potentiel nautique du lieu). On aura utilisé le slogan d’ « Une île dans une île » lors de la promotion de la résidence, exploitant ainsi le concept de l’aventure insulaire et de l’isolement que recherchent souvent les vacanciers. En accès libre, le fort est parsemé d’écriteaux, permettant aux touristes d’en découvrir l’histoire tout en se promenant sur les remparts.

La cale, qui permettait autrefois l’armement des navires Rochefortais, accueille désormais les navettes Aix-Fouras, « Inter Iles », et Aix-La Rochelle, qui assurent la liaison entre le continent  et la pointe de la Rade. Bien que tributaire des marées, une rotation toutes les demi-heures, est maintenue grâce à la jetée en eaux profondes. Ce dispositif permet maintenant  aux flots de touristes (environ 250 000 par été) d’arriver sans interruption tout au long de la journée.

La plate forme du port, qui servait jadis aux exercices militaires des garnisons a été investie par deux restaurants/buvettes, qui profitent de leur position pour louer des vélos à l’heure ou à la demi-journée, exploitant ainsi cette autre particularité aixoise qu’est l’absence de voitures.

C’est bien cette réutilisation d’un dispositif militaire et stratégique du XVIIe siècle que met en scène cette carte postale géographique, sur laquelle on aperçoit, non seulement la résidence hôtelière au dernier plan, mais aussi la cale, l’esplanade, les restaurants, et le ferry.

L’avenir de l’île, un moment incertain, est désormais mieux assuré. Au fil des ans, sa vocation touristique et culturelle s’est affirmée. La rénovation du Fort de la Rade, la restauration du corps de garde et le projet lié à la poudrière (autour de laquelle on entretient par ailleurs le mythe « Choderlos de Laclos ») en sont des illustrations récentes. Des initiatives courageuses ont permis un regain significatif d’activité dans l’ostréiculture et l’agriculture, exploitant ainsi le potentiel primaire de l’île, délaissé depuis la tempête de 1999.

Marie Malphettes, HK
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