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In Le Ciel ne va pas nous tomber sur la tête, Lattès, 2010.

Gérard-François Dumont est un géographe, économiste et démographe français né en 1948. Professeur à l’université Paris IV, il enseigne à l’Institut de géographie et d’aménagement. Il publie et donne des conférences sur tous les aspects de la géographie humaine, en croisant souvent ses travaux avec la géo démographie, et instaurant une discipline nouvelle : la « démographie politique »

Introduction : Du constat de l’augmentation de la population découle une crainte du surpeuplement. Or cette peur s’avère être des plus infondées dès lors qu’on examine les causes de cette augmentation : la croissance démographique des derniers siècles ne s’explique pas par une hausse des taux de natalité (comme on aurait tendance à le croire), mais par les progrès réalisés dans la lutte contre la mortalité. On note cependant une décélération prévisible de cette croissance qui fait que le XXIe siècle ne sera pas le siècle d’un prétendu (et redouté) surpeuplement, mais d’un autre phénomène, inédit par son ampleur : le vieillissement de la population.

I, LA CROISSANCE INEDITE DE LA POPULATION

Constat numérique : le nombre des humains a augmenté de 315 % durant les 110 dernières années (et a donc plus que quadruplé). Pour le futur aucune décroissance démographique mondiale n’est en vue (selon l’ONU il faut bien au contraire s’attendre à atteindre le nombre de 8,3 milliards d’habitants en 2030, et de 9,3 milliards en 2050).

Depuis Malthus, plusieurs hommes se sont fait les hérauts du surpeuplement, et ce surtout dans la seconde moitié du XXe siècle (Ehrlich, rapport The limits to growth, mouvement ZEGiste, Voluntary Human Extinction MovemenT, etc). Pour rendre cette crainte du surpeuplement, on parle d’ « explosion démographique ». Or il est nécessaire de confronter ces déclarations affirmant ou nourrissant une crainte du surpeuplement aux faits et à l’analyse géo-démographique afin d’examiner leur véracité !

On croit aujourd’hui que l’augmentation de la population est due à une natalité galopante. Cette opinion est largement démentie par les faits : l’une des caractéristiques de l’évolution démographique contemporaine est une baisse durable et conséquente de la fécondité et de la natalité (depuis 1798).

Le chiffre de près de 7 milliards d’hommes n’est par ailleurs en rien à considérer comme alarmant dans la mesure où il s’inscrit dans un corpus scientifique ancien, théorisé par Landry dès 1909, et Notestein en 1945 : la « transition démographique ». Il correspond à une logique démographique portée par les progrès techniques, économiques et sanitaires et par de meilleurs comportements d’hygiène permettant la baisse de niveaux antérieurs de mortalité, et finissant par commander à leur tour un nouveau régime de natalité.

L’expression « explosion démographique » est inappropriée pour deux raisons :

–     selon les pays, la transition démographique dure entre au moins un demi-siècle jusqu’à 150 ans. Du fait de sa durée, la transition n’a jamais eu le caractère « soudain » d’une explosion !

–     L’autre adjectif définissant une explosion est l’aspect « spectaculaire » que l’on pourrait accoler au taux de croissance de la population ; or ce taux est largement inférieur à celui d’autres évolutions comme celui de la consommation énergétique. Personne ne parle d’explosion énergétique !

–     Il apparaît par ailleurs comme une aberration que d’appliquer cette expression à la population du monde dans son ensemble, alors que celle-ci n’est que l’addition de réalités fort contrastées selon les territoires de la planète !

L’inédite croissance démographique s’explique par des baisses sur 4 types de mortalité :

de la mortalité infantile, de la mortalité des enfants et des adolescents, de la mortalité maternelle, des taux de mortalité par âge pour les quinquagénaires, les sexagénaires, etc avec amélioration de l’espérance de vie des personnes adultes et des personnes âgées.

Ces changements peuvent être ramenés à 4 facteurs : une meilleure alimentation, de meilleures conditions et pratiques d’hygiène, les progrès et le développement des techniques médicales et réseaux sanitaires, le progrès technique qui diminue la pénibilité du travail.

La croissance démographique est portée par l’augmentation de l’espérance de vie. En outre, le rythme propre de la transition démographique selon les pays gouverne une évolution du taux d’accroissement naturel (facteur de croissance démographique). Un troisième élément de la croissance tient aux effets de vitesse acquise.

La compréhension des changements structurels intervenus dans la mortalité conduit à considérer que l’augmentation de la population dans le monde justifie non le terme de « croissance », mais celui de « développement » et même de « développement durable ». Il s’agit en effet de montrer que l’élévation du taux moyen de croissance démographique dans le monde au XIXe puis au XXe siècle n’a pas nui aux générations suivantes. Pour cela, on examine l’espérance de vie à la naissance.

II, LA DECELERATION DE LA POPULATION MONDIALE

L’adaptation  des comportements de fécondité des populations aux changements structurels de la mortalité les fait entrer dans la seconde phase de la transition démographique : celle de la décélération (entamée depuis la fin des années 60) qui s’observe à l’examen de 4 indicateurs en baisse (taux de natalité, de fécondité, d’accroissement naturel, solde naturel).

Selon la combinaison des hypothèses de natalité et de mortalité, le taux d’accroissement naturel de la population mondiale pourrait augmenter, stagner ou diminuer. Il est cependant nécessaire d’insister sur le fait que la population mondiale ne pourrait stagner ou diminuer dans la première moitié du XXIe siècle que si la fécondité s’effondrait aux environs de 1 enfant par femme, ou que si des catastrophes se traduisaient par d’effroyables surmortalités (cf. les 3 hypothèses, haute, moyenne ou basse énoncée par l’ONU).

III, LE VIEILLISSEMENT, PHENOMENE MAJEUR DU XXIe SIECLE

Phénomène inédit, mesurable grâce à l’examen de l’âge médian, le vieillissement de la population se définit comme la modification de la composition par âge d’une population caractérisée par une augmentation de la proportion de personnes âgées et, corrélativement, par la diminution de celle des personnes jeunes. Ce problème se pose au Nord et au Sud.

IV AVIS PERSONNEL

Cet article est rédigé de manière claire et organisée. L’appui pris sur des chiffres et des exemples concrets et précis assure une juste compréhension des phénomènes décrits. Dumont part des opinions les plus répandues pour les défaire point par point, si son texte s’adresse au grand public, c’est pour restituer la vérité et prévenir la masse de craintes non fondées. Dumont explicite et définit par ailleurs chacune des notions appelées au service de son raisonnement. Son article s’achève sur une mise en perspective de la population mondiale comme entité qui interroge le lecteur et l’invite ainsi à prendre du recul sur les infirmations arbitraires colportées par bien des journaux (il en cite ainsi plusieurs).

Un seul défaut notable : si dès l’introduction, Dumont affirme traiter dans son article du vieillissement, il ne consacre à ce thème qu’une partie relativement brève. On déplorera le déséquilibre de son plan, tout en en appréciant la clarté.

Marie Malphettes, HK/AL

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