Marianne 2, 15  mars 2011

Géographe, ancien président de l’Université Paris Sorbonne, Jean-Robert Pitte cultive une passion ancienne pour le Japon. Pour Marianne2, il revient sur le drame qui secoue le pays du soleil Levant. Loin de tous les catastrophismes, Jean-Robert Pitte décrit l’optimisme fondamental qui caractérise les Japonais, un peuple qui n’avance que de crises en crises.

La grande vague de Kanagawa par Hokusai (cc flickr Natsuki)

Comment évaluez-vous la gravité de la situation au Japon ?

Jean-Robert Pitte: La situation est grave, elle pourrait s’aggraver mais arrêtons de considérer qu’elle ne peut que s’aggraver. Je suis scandalisé de voir les Verts considérer qu’on est au pire du pire, que c’est pire que Tchernobyl. Le Tsunami est une chose malheureusement connue au Japon, ce n’est ni le premier, ni le dernier. Je suis scandalisé par cette vision catastrophiste véhiculée par les médias qui laisse à penser que tout fout le camp, que l’économie japonaise mettra des siècles à se redresser etc.

Le Japon vit avec le risque permanent des catastrophes naturelles. Dans le cas présent vient quand même se surajouter le danger nucléaire ?

C’est une catastrophe naturelle qui est devenue catastrophique parce qu’il y a des gens qui habitent au bord de la mer dans un secteur pas assez protégé. Mais avec de telles vagues, on ne voit pas quelles protections il pourrait y avoir…Cela dit, c’est certain que le Japon vit, en permanence, avec ce risque au dessus de sa tête. C’est d’ailleurs la première fois que l’on voit un Tsunami en action. Lors du Tsunami qui a eu lieu en Thaïlande il y a trois ans, on a vu les dégâts après. Là on voit bien que, quelles que soient les techniques dont on dispose, il n’y a pas grand chose à faire.  Les Japonais se disent qu’un jour il y aura un Big One à Tokyo. Mais ce dont les gens ne se rendent pas compte c’est que les tours de Sendai ou de Tokyo ne sont pas tombées. On voit les immeubles « danser » à la télévision mais ils ne s’écroulent pas. Je croise les doigts pour que n’arrive pas la grande catastrophe nucléaire, je n’ai aucune idée de ce qui arriverait si un nuage nucléaire arrivait sur Tokyo, mais pour ce qui est du Tsunami, le Japon va s’en relever.

Le Japon a déjà connu des épisodes aussi graves dans son histoire, le tremblement de terre qui a touché Tokyo en 1923, la Seconde guerre mondiale, et le tremblement de terre de Kobe en 1995. Comment avait réagi le pays ?

On enterre ses morts, on remonte ses manches et on reconstruit. En 1923, c’était un grand drame. Le séisme n’était pas très fort, mais c’était au cœur de la capitale à midi et le chauffage se faisait au charbon de bois, donc il y a eu des incendies gigantesques.
Ca a été un grand choc mais c’était l’époque où le Japon était galvanisé par l’idée de devenir une grande puissance, acquérir un empire colonial et été influencé par le modèle européen des grandes dictatures. La seconde guerre mondiale est bien plus « extraordinaire »: toutes les grandes villes ont été rasées, toutes les infrastructures industrielles ont été détruites, il ne restait que les terres agricoles. Le tout dans des conditions d’humiliation très difficiles compte tenu de la façon dont on avait galvanisé les gens autour de l’idée du Grand Japon. Ce qui est fantastique, c’est que, 20 ans après, ce pays détruit intégralement était devenu la deuxième puissance du monde avec une population assez restreinte. C’est un relèvement d’une rapidité extraordinaire, bien dans la mentalité japonaise, l’idée que tout est impermanent, rien n’est stable, les catastrophes nous pendent au nez et quand ça arrive, on repart. Ce n’est pas une civilisation de l’abattement. Il y a un optimisme fondamental que nous n’avons pas chez nous.

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