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Article d’Yvette Veyret sur le développement durable dans Historiens & Géographes n°411)

Yvette Veyret est une géographe française, ancien professeur à l’Université de Paris X-Nanterre et spécialisée dans la question du développement durable. Elle a publié plusieurs ouvrages à ce propos : Développements durables, tous les enjeux en 12 leçons ou encore Le développement durable, Approches plurielles.

Au début de son article, Yvette Veyret pose les questions essentielles pour tendre à une définition universelle du développement durable, à savoir : sa fonction, les acteurs et l’échelle de mise en œuvre. Une fois cela posé, Y. Veyret nous met en garde : « le développement durable demeure une notion floue ». Ne nous attendons donc pas à obtenir une définition nette et précise. Au-delà de ces questions pratiques, la géographe soulève de réels problèmes liés au développement durable : d’une part, comment faire coïncider développement et développement durable, notamment pour les pays en voie de développement, d’autre part la possibilité de mise en œuvre, en se demandant si le développement durable n’est pas pure utopie et enfin le problème du discours adopté par la presse et les media, qu’elle dénonce, le jugeant apocalyptique, décourageant pour les sociétés montrées du doigt et également contre-productif.

I-                    La planète, encore loin du développement durable : trop de pauvres ? trop de population pour un développement durable ?

Y. Veyret part du postulat qu’il existe de profondes inégalités entre les pays, qui sont vérifiées par des indicateurs tel que l’IDH (indicateur de développement humain). Ainsi, des populations pauvres se détachent et semblent être loin de se préoccuper du développement durable : ce n’est pas leur priorité et elles manquent d’argent. C’est pourquoi l’un des objectifs du Millénaire (cités lors du sommet du millénaire à New York en 2000), le septième, vise à « assurer un environnement durable », valable pour l’ensemble de l’humanité. Yvette Veyret étudie ensuite la question de la croissance : le rapport entre la croissance de la population et les ressources disponibles est l’objet de discussions depuis  près de 4 siècles, et oppose économistes, géographes et sociologues. Par exemple, alors que Malthus évoque une « pression destructrice », c’est-à-dire que plus la population augmente,  plus le décalage entre population et ressources augmente, Condorcet lui voit dans la science et le progrès technique la possibilité de repousser les limites de la croissance. Il pense, comme Esther Boserup qui parlait de « pression créatrice », une évolution positive. Mais depuis quand cette obsession de développement durable existe-t-elle ?

II-                  Le développement durable, une notion récente ?

Si l’on situe d’instinct les débuts du développement durable en 1987, lors du rapport Brundtland (qui lui donnera sa définition telle que : développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs), son origine est en fait plus ancienne, et s’ancre dans le XVIIIème siècle. En effet, l’idée de développement durable s’est forgée en réponse à des besoins sociaux et économiques et en suivant le cours de l’Histoire : alors que les Lumières ont bouleversé la pensée occidentale, les hommes commencent à se préoccuper de la nature et de son sort, puis le développement de l’industrie ou encore l’urbanisation, autant de transformations qui vont modifier le rapport de l’homme à la nature : naissent alors des mouvements écologistes (le Sierra Club en 1892 aux USA). Les manifestations internationales vont se multiplier à partir de la seconde moitié du XXème siècle : conférence de Stockholm en 1972, rapport Brundtland en 1987 ou encore conférence de Johannesburg en 2002.

Ainsi, la notion de développement durable n’est pas si récente qu’on pourrait le croire, et c’est en approfondissant les recherches sur le sujet qu’on a pu se rapprocher d’une définition de développement durable. Cependant, cette notion reste complexe.

III-                La complexité de la notion de développement durable et les difficultés inhérentes à chaque « pilier ».

Y. Veyret distingue 3 piliers qui déterminent le développement durable.

 En premier lieu, elle aborde le rapport entre la nature et le développement durable. Si dans l’idéal humain, la conception de la nature est celle d’une nature vierge, il est clair qu’aujourd’hui l’anthropisation (qui se traduit par l’agriculture, l’élevage, l’industrialisation, l’urbanisation et la croissance démographique) va à l’encontre de cette idée. Cependant, cette vision idéaliste d’une « mère nature » protectrice n’a jamais vraiment été applicable : elle est le fruit de l’imaginaire des citadins, ou bien le résultat de mouvements artistiques tels que le Romantisme. Il faut donc renoncer à la nature parfaite, mais cependant Yvette Veyret s’intéresse à l’équilibre de la nature. Là encore, une limite s’impose : le point d’équilibre ou point zéro n’existe pas, compte tenu des changements perpétuels de la planète.

En second lieu, elle parle de l’aspect socio-économique du développement durable, distinguant la « durabilité faible », qui croit au renouvellement des ressources de la « durabilité forte », qui oppose croissance et développement durable. Les décroissants, à l’instar de Nicolas Georgescu-Roegen ou Serge Latouche, vont plus loin : pour eux, impossible de remplacer un produit par un autre. Une dernière conception est enfin exposée : celle des pays pauvres, qui « considèrent que le développement durable est un luxe de pays riche plutôt qu’un concept opérationnel ». L’économie joue donc un rôle important dans la question du développement durable, mais qu’en est-il de l’équité et de la gouvernance ?

Yvette Veyret affirme que le développement durable va nécessairement de pair avec la démocratie, c’est-à-dire avec un milieu qui prône l’équité, soit traiter chacun selon ce qui lui revient de droit, selon son mérite. En outre, elle soutient que le développement durable doit se faire dans un échange entre les différentes institutions de la société, c’est-à-dire les « acteurs politiques, administratifs et les citoyens ». Cette complémentarité entre les acteurs s’appelle la gouvernance.

IV-               Développement durable et géographie

Pour finir, la géographe établit un lien entre géographie et développement durable. Cette science, en tant qu’étude des sociétés et des milieux dans lesquels elles évoluent, aborde le développement durable d’un point de vue social, et à différentes échelles. Y. Veyret s’intéresse ici aux espaces agricoles puis aux espaces ruraux pour montrer comment la réflexion sur le développement durable rejoint la géographie. La démarche géographique intervient encore dans l’étude des ressources : quantité, localisation, usage…

Yvette Veyret parvient dans cet article à montrer comme le développement durable n’est pas une simple notion vague et évidente, mais bien un enjeu majeur qui repose sur les choix de la société à effectuer pour l’avenir. Elle ajoute enfin que le développement durable est nécessairement lié à la mondialisation et aux transformations qu’elle fait subir à notre planète.  Si la construction de l’article est, à mon sens, irréprochable, un aspect manque cependant. En effet, Yvette Veyret semble se contenter de donner les faits et de les analyser, mais elle ne répond pas réellement aux questions posées au début de l’article, notamment celle du développement durable envisagé comme une utopie. Réponse impossible à l’heure actuelle ? Volonté de sa part ? Quoi qu’il en soit, nous restons sur une fin ouverte. À nous, peut-être, de trouver des solutions pour demain.

Raphaëlle-Marie Hirsch, HL/AL

 

 

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