http://villemandeurdemain.over-blog.com/article-29478163.html

(Par Gérard-François Dumont)

 in Historiens et Géographes, enseigner le développement durable.

Résumé :

 Ce que craint Malthus est un dynamisme démographique non équilibré, créateur de misère. Jean-Baptiste Say (1767-1832) pense qu’il faut pratiquer une restriction des naissances qui se ferait par la peur des conséquences négatives de la procréation sur l’économie : privilégier l’épargne à la procréation. La fin des « 30 glorieuses » pose la question des limites physiques de la croissance économique. Cette croissance proviendrait de la croissance démographique et aurait des effets dévastateurs sur la planète. Ces inquiétudes renvoient à des ignorances : le monde à cette période se trouve en pleine transition démographique depuis la fin du XVIIIe siècle, il n’y a donc aucune raison de s’inquiéter car la population va tendre à se stabiliser. De plus, le malthusianisme a toujours sous estimé les ressources, le progrès technique, la capacité d’adaptation des modes de consommation, la lutte contre la pollution, etc … Selon le malthusianisme écologique, la population est responsable de la rupture des «grands équilibres» écologiques. Cependant, ce courant semble oublier les progrès de l’humanité dans le mieux vivre. De plus, l’homme peut-il toujours porter atteinte aux espaces naturels puisque la question se pose de savoir s’il reste encore ou non des espaces « naturels » ?

Ces accusations de la croissance démographique d’entraver le développement durable sont elles fondées ?

Il est vrai que la population de la planète a augmenté de façon inédite et importante ces deux derniers siècles. Elle n’est nullement due à une hausse de la natalité mais plutôt à une baisse importante de la mortalité. Cela pourrait s’expliquer par la transition démographique, opérée dans certains pays en ce moment, qui transforme structurellement les attitudes démographiques de certaines régions. Il y a donc en plus de croissance démographique, développement démographique. L’étude de l’espérance de vie nous montre que le développement démographique est profitable aux générations présentes, mais aussi, augmente l’espérance de vie des générations futures. Le développement démographique est donc durable. Enfin, certains s’inquiètent de la poursuite de la croissance démographique au XXIe siècle en se fondant sur l’idée de l’homme pollueur. Or, on ne constate pas de corrélation entre densité et émissions de dioxyde de carbone. La démographie n’intervient donc pas dans le processus de pollution. La croissance démographique ne peut donc pas être accusée des insuffisances de développement durable. Elles sont les conséquences de comportements humains seulement.

L’auteur :

Gérard-François Dumont est un géographe et démographe français. Ses liens avec son ami, l’économiste Alfred Sauvy, le pousse dans la carrière universitaire. Professeur dans la section géographie et aménagement de l’université Paris IV, il se spécialise dans la géographie humaine en utilisant beaucoup la géodémographie. C’est l’étude des populations et de la façon dont elles se succèdent sur le territoire. Géographe reconnu, il est l’inventeur de néologismes régulièrement repris comme les principes de « gérontocroissance », « gérontodécroissance », de « juvénocroissance »,  « juvénodécroissance »,  d’ « Europe ridée », ou encore d’ « hiver démographique ».

Critique :

Il est vrai que le rapprochement entre démographie et développement durable est très tentant d’un point du vue écologique, ce que traite très bien ce texte. Cependant, il ne faut pas restreindre les problèmes de développement durable aux problèmes écologiques. Quantités d’autres domaines peuvent ne pas se développer durablement. On peut prendre l’exemple de l’économie.

En effet, cette discipline traite de la production, de la circulation et de la consommation des richesses. Cela peut poser des problèmes en se développant pour les générations futures. Un exemple d’actualité brulante est le problème de la dette. On pourrait, là aussi, faire un rapprochement avec la démographie. Ce n’est pas la croissance démographique dont il est ici question, mais de l’évolution du type de la population, observée de manière générale dans les pays riches : le vieillissement pose problème dans la mesure où il pèse sur les finances publiques de diverses manières. Ce poids de la population pour la génération présente ne doit pas entraver leur développement. C’est pourquoi, elles empruntent et s’endettent (même si le vieillissement de la population n’est pas le seul facteur d’endettement). Cette dette sera transmissible aux générations futures. Deux choix s’offriront à elles : soit elles décident de rembourser cette dette et ainsi, se priver d’un certain développement ; soit elles décident de ne pas rembourser la dette et ainsi exposent les générations futures à de graves troubles. Bien sûr, l’exemple de la situation actuelle de la Grèce illustre parfaitement cette idée.

Voici donc un domaine où la démographie entrave un certain développement durable et que le texte a peu développé.

Paul de Penfentenyo, HK BL

Étiquettes : , , , , , , , , , , ,

Laisser une réponse :

Vous devez être connecté pour poster un commentaire...