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Yvette Veyret, ancienne professeur de géographie à l’université Paris X  et spécialiste du développement durable dont elle traite dans des ouvrages comme Le développement durable : approches plurielles ou Atlas des villes durables, veut ici montrer le lien qui existe entre risques et le développement durable : mal gérer les risques c’est entrainer un mal développement, il est donc nécessaire de les maitriser pour faciliter le développement durable.

 

  1. I.                    Des définitions indispensables : risque, aléa, catastrophe

Yvette Veyret introduit des termes importants à distinguer si l’on veut bien envisager les risques : Les aléas sont de brusques et irréguliers changements géologiques dus à la dynamique interne terrestre, la Terre subissant constamment des influences qui modifient en l’espace de plusieurs millions d’années son climat et le font alterner entre périodes glaciaires et périodes interglaciaires, de réchauffement, comme celle que nous vivons actuellement. Ils peuvent être classés en deux catégories, les aléas géologiques et les aléas climatiques ou hydroclimatiques. On y inclut les processus déclenchés par l’activité humaine, comme l’érosion des sols ou la pollution atmosphérique.

Ces aléas deviennent des risques quand ils sont considérés comme dangereux par et pour une population : le risque a un caractère social.

Cependant le risque ne traduit qu’une potentialité : quand il se concrétise et qu’un aléa touche une population il devient une crise ou une catastrophe. Elles sont classées selon l’ampleur des dégâts qu’elles ont occasionnées, néfastes et perçues comme extraordinaires.

A l’intensité des aléas ne correspond pas l’intensité de la catastrophe. Pourquoi ? Parce qu’il faut prendre en compte la vulnérabilité des populations.

 

  1. II.                  Le poids de la vulnérabilité

Yvette Veyret définit la vulnérabilité comme « la fragilité d’un système ». Elle présente ensuite ses différentes composantes dans un tableau : elle peut être matérielle, structurelle ou fonctionnelle. Ces trois types de vulnérabilité dépendent de trois types de facteurs : des facteurs biophysiques, des facteurs sociaux et économiques et des facteurs spatiaux.

Elle remarque ensuite que moins un pays est développé, plus il sera vulnérable face aux crises: le risque est donc indicateur de mal développement.

Cette vulnérabilité se traduit par plusieurs facteurs : une insuffisante connaissance du risque et un manque d’éducation et d’analyse face à lui ; une vision des catastrophes comme punitions divines ; des problèmes financiers, économiques et politiques avec la corruption ; des problèmes d’aménagement défaillants qui aggravent les risques.

Pour étayer cette thèse elle compare deux séismes de magnitude équivalente survenus à quelques mois d’intervalles, celui de Spitak, en Arménie en 1988,  et celui de San Francisco en 1989 : On voit qu’en Arménie les pertes humaines et matérielles ont été considérables, tandis qu’aux Etats-Unis les pertes humaines et matérielles ont été très faibles.

Cependant même les pays riches ne sont pas exempts de toute vulnérabilité.

 

  1. III.               Risque, catastrophe, vulnérabilité et développement durable

 

  1. Vulnérabilité et développement durable

Selon un rapport de la Croix rouge internationale le coût économique des catastrophes dans le monde a été multiplié par cinq en 20 ans, ce qui est dû à l’augmentation de la vulnérabilité par le renforcement de logiques de la mondialisation comme la littoralisation ou la métropolisation, qui conséquemment regroupent les biens et les personnes.

Cette évolution peut être un frein au développement durable. Les catastrophes sont par leur aspect destructeur une menace écologique, et également un frein économique et social : elles renforcent les inégalités et forcent à obliger les fonds publics pour la reconstruction en priorité.

Plus un pays connaît un faible développement plus il est atteint économiquement, on peut voir sur des études qu’entre 1990 et 2000 en moyenne les dégâts coutent 7, 8% du PIB des pays touchés. Les moins développés étant les plus vulnérables, ils sont aussi les plus touchés par les catastrophes, contrairement aux pays riches ou les seules pertes réelles sont les pertes économiques.

Yvette Veyret relie ces effets des catastrophes au concept de résilience, qui est la capacité d’un système à se reconstruire après une crise en intégrant d’elle des enseignements. Là encore la résilience est fonction du niveau de développement des pays : des pays pauvres comme Haïti, où le séisme de 2010 a aggravé des conditions de vie déjà extrêmement difficiles, ont une résilience très faible, alors que des pays comme le Japon, qui a su grâce à ses ressources reconstruire très rapidement Kobé après un séisme en 1995, ont une forte résilience.

 IV. Risques, catastrophes, aménagement des territoires et développement durable

Yvette Veyret insiste sur la nécessité de l’intégration des risques au programme d’aménagement du territoire, pour conduire au développement durable.

La France notamment reconnaît la nécessité de la prévention des risques, notamment dans de nombreux textes réglementaires comme le Plan de Prévention des Risques en 1995, qui mettent aussi en place des zones à risques où l’aménagement du sol est réglementé spécifiquement et géré par l’Etat.

Mais dans la plupart des cas manque d’intégration du risque aux politiques de développement durable : c’est le cas de Paris et de Londres, où la gestion des inondations n’a pas pu suivre l’expansion croissante de la ville.

Dans beaucoup de cas, même si cela est nécessaire, les projets urbains visant au développement durable  grâce à la création d’emplois, de pôles dynamiques ou d’une politique d’espaces verts n’intègrent pas la gestion des risques, ils ne définissent pas de zones à risque.

Ce problème est encore plus important dans les Suds, où les politiques d’aménagement du territoire en elles-mêmes sont insuffisantes et l’urbanisation s’est généralement développée hors de tout contrôle. Le problème est aussi celui du manque d’implication ou de la corruption politique, les lois concernant le développement durable et les risques n’étant pas appliquées. C’est le cas du Venezuela, du manque réaction politique face aux catastrophes et de sa « loi des eaux et forêts ».

Pour Yvette Veyret la reconstruction pourrait être l’occasion de mettre en place des installations prenant en compte risque et développement durable, mais le problème du coût élevé et celui de la nécessité d’un investissement politique toujours sous-jacents. Il est donc difficile de lier risques et développement durable ou même risques et développement.

Cet article explique bien la notion de risques et tous les termes qui en découlent, ainsi que le rôle qu’ils jouent dans la fracture Nord/Sud, mais ses limites résident peut-être ici : l’article tourne autour de ce sujet, le développement durable y a une place moindre alors qu’il est un thème essentiel. Yvette Veyret arrive cependant à montrer la nécessité de la prise en compte des risques en leur donnant une plus grande place. Mais sera-t-il possible, en regard de la difficile situation économique actuelle, de concilier développement durable et prise en compte des risques ?

Marie Gabet, HK/BL

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