Héros d’une série qui compte vingt-deux opus, James Bond présente deux particularités essentielles qui interpellent le géographe. La première est affaire de représentation : chacun de ses films est conçu comme un tour du monde qui présente une vision standardisée voire archétypale d’un certain nombre de pays. La seconde caractéristique est affaire de chiffres : l’influence mondiale des films est patente puisque, à chaque sortie, Bond est regardé par plus de cent millions de personnes. Eon productions, société liée à United Artist, peut ainsi affirmer sans crainte que 10 % de l’humanité connaît Bond. Du point de vue de l’économie du cinéma, Bond est ainsi au centre d’un système de production tout à fait efficace. Quantum of Solace fut projeté en 2008 dans 9 870 salles et connut le succès dans 60 pays aussi variés que Bahreïn, Trinité et Tobago, la Malaisie et le Nigeria. Et si Skyfall, le millésime 2012 de Bond, se déroule en partie en Inde, c’est pour tenter de rallier un pays quelque peu rétif au phénomène.

Relier ces deux caractéristiques amène à s’interroger sur le rôle de ces films sur les représentations mentales des spectateurs. S’agit-il d’une vision américaine et hollywoodienne du monde ou tout simplement d’une vision certes caricaturale, et – osons le mot – quasiment raciste, mais internationale d’un monde dans lequel les Russes sont de bons musiciens… mais furent des communistes, les Asiatiques des hôtes serviables… mais des judokas redoutés, les Afghans de bons cavaliers… mais des terroristes, et dans lequel les Français ont des bérets basques et des 2 CV à l’instar de l’éphémère James Bond Girl Carole Bouquet ?

Comprendre quels sont les lieux parcourus par Bond, c’est donc révéler une image mentale véhiculée par Hollywood : quels sont les lieux incontournables de notre planète qui sont relayés par cette vision ? Et surtout quelles sont les représentations mentales de ces lieux ? Derrière ces questions triviales se profile une problématique : de quelle manière Bond habite-t-il la Terre ? La mobilité, même contrainte, étant au cœur de ces films et Bond étant le prototype parfait d’un voyageur idéalisé (aucun souci financier, aucun souci matériel de déplacement) n’y a-t-il pas un idéal de voyage et une représentation idéelle du monde qui transparaissent derrière chaque film ?

Il n’est sans doute pas inutile de rappeler qu’avant d’être un super-héros du grand écran incarné ces derniers temps par Daniel Craig, Bond fut le héros de romans populaires écrits par Ian Fleming. Umberto Eco (1993) a montré la dimension archétypale de l’écriture des ces romans (Fleming fut d’ailleurs en son temps le traducteur d’une œuvre de Carl Jung) : une idéologie « réactionnaire » défendant le Bien contre le chaos, des structures narratives empruntant au symbolisme et qui apparentent les romans de la série aux contes de fée… Or, ce concept d’archétype peut être étendu à la représentation des lieux. Si Bond ne crée certes pas l’archétype touristique, en revanche il l’utilise et du fait de son audience, de sa diffusion mondiale, il le véhicule et l’amplifie nettement. Représentations sociales invariantes dans un inconscient collectif, ces paysages peuvent même devenir un « thème mythique » (Jung). Chaque film visionné par des dizaines de millions de spectateurs répondrait à un certain nombre d’attentes en termes d’imaginaires touristiques concernant des paysages mais aussi les populations des pays traversés.

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