Photographie de Chloé Kaczmarek

Cette photographie a été prise dans le sud de la Sicile au sein de la zone archéologique d’Agrigente, où se trouvent les vestiges de dix temples, ainsi que diverses constructions datant du début du VIe siècle avant JC à la fin du Ve siècle avant JC.

 

Au premier plan, on distingue le Temple de la Concorde au sommet d’une colline rocheuse. L’état exceptionnel de conservation du temple en a fait un lieu d’attraction touristique très important ; il est donc possible d’apercevoir en contrebas de l’édifice des touristes déambulant.

Il est plus difficile de distinguer nettement le second plan masqué par une brume grise. Cependant, on observe distinctement les colonnes d’évacuations d’une usine pétro-chimique qui se détachent. Bien que la première partie de la plaine derrière le temple semble déserte, des immeubles de couleur neutre apparaissent non loin des colonnes rouges et blanches. On suppose ainsi une ville industrielle. Cette ville se nomme Porto Empedocle.

 

Cette photographie souligne le contraste permanent entre patrimoine historique remarquable et industrialisation peu fructueuse auquel le voyageur est confronté lors de son exploration de la Sicile.

L’histoire de cette île à l’extrême sud de l’Italie séparée du continent par le détroit de Messine est très riche, en particulier à l’Antiquité. Sa position géographique était idéale pour le commerce maritime tout comme la stratégie militaire. Les temples  qui donnent son nom à la vallée d’Agrigente font hommage aux dieux grecs : Héra, Hercules, Déméter entre autres.  Erigés par les tyrans siciliens du Ve siècle avant JC en hommage aux Grecs qui installèrent des comptoirs de commerce sur la côte est et sud de l’île. Akragas (Agrigente) est par la suite envahie par Carthage en -406 av. JC, et certains temples notamment celui d’Héra est incendié. Les vestiges de ces temples sont cependant étudiés et entretenus par les Romains puis l’Eglise. C’est ce travail et ce passé très riche qui est reflété au premier plan grâce au Temple de la Concorde. Les nombreux touristes qui le visitent représentent une activité économique essentielle pour cette région pauvre de l’Italie.

Il est intéressant de noter que la situation géographique de la Sicile a attiré l’intérêt des colons Grecs et lui a permis de se développer  tout au long de l’Histoire. Cependant, c’est aujourd’hui son point faible. Il n’y a plus de commerce maritime très important en Méditerranée ; la majeure partie de l’activité économique de l’Europe se trouve au Nord, dans une zone symbolisée par la dorsale européenne. Physiquement, le sud de l’Italie et la Sicile sont exclus de cette zone.

Il est difficile de distinguer clairement la ville au second plan. Un détail est facilement remarquable : les colonnes rouges et blanches. Dans cette photographie, elles sont le symbole de l’ère moderne et de l’industrialisation en opposition à la valeur historique antique du temple. La proximité entre le temple majestueux et l’usine pétro-chimique accentue le contraste entre le passé et le présent de la Sicile, séparés de quelques kilomètres. Cette proximité surprend d’abord, puis évoque l’indéniable pauvreté de la Sicile de nos jours ; la nécessité de produire de l’emploi et de la richesse prime sur la préservation du cadre naturel qui met en valeur le patrimoine culturel. Par ailleurs, les colonnes de l’usine se trouvent au milieu de la ville industrielle, au détriment des habitants dont la qualité de vie n’est sans doute pas très bonne. En effet, le ciel bleu est terni par un nuage grisâtre qui provient de la pollution.

 

L’intérêt de cette photographie réside donc dans la perspective qu’elle nous offre de la Sicile et plus particulièrement de la région d’Agrigente. Elle souligne le contraste entre le passé opulent supposé par la magnificence du Temple de la Concorde et un présent plus laborieux représenté par l’usine au sein de Porto Empedocle. L’activité touristique genérée par le patrimoine est fondamentale pour la région d’Agrigente, même si elle est largement insuffisante pour supporter l’économie sicilienne. Il s’agit ainsi de remarquer l’ironie du développement de la Sicile, au cours duquel sa position géographique fut d’abord une force avant de devenir une grande faiblesse.

Chloé Kaczmare, HL/BL

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