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Les auteurs :

Cyria Emelianoff est maître de conférences en géographie, aménagement et urbanisme à Université du Maine (Le Mans), spécialiste du thème de la ville durable. Quant à Taoufik Souami, il est docteur en urbanisme et aménagement, maître de conférences à l’Institut Français d’urbanisme. Depuis une dizaine d’années, ses travaux portent sur l’introduction du développement durable en urbanisme et dans la fabrication de la ville en France et à l’étranger. Enfin, Catherine Charlot Valdieu est économiste, elle a notamment coordonné le projet européen HQE2R sur la transformation durable des quartiers. Elle est aujourd’hui responsable de l’association Suden pour la promotion du développement urbain durable.

Depuis quelques années maintenant, des écoquartiers s’élèvent – de façon plus ou moins ponctuelle – surtout dans les pays d’Europe du Nord où les préoccupations environnementales sont renforcées et où les consciences individuelles sont plus éveillées sur le sujet de l’écologie et du développement durable. Celui-ci alliant les 3 piliers suivants : l’économie, le social et l’environnement, les écoquartiers semblent donc devoir, de par leur nom, être respectueux de l’environnement, intéressants économiquement et permettre une certaine équité/mixité sociale.

Les écoquartiers sont des dérivés des anciens quartiers écologiques aussi appelés écovillages construits dans les années 1960 encore relativement petits en ce qui concerne leur taille. Leur nombre d’habitants ne dépassait alors pas plus de quelques milliers. Ils constituent également une véritable petite ville puisqu’ils regroupent en général des commerces, des équipements de loisirs et des emplois. Ils sont situés la plupart du temps sur d’anciennes friches en plein centre ville ou en périphérie, prolongeant ainsi l’étalement urbain.

Il s’agira de se demander comment les éco-quartiers se sont imposés dans l’urbanisme durable, comment on peut les définir et pourquoi l’échelle du quartier est-elle particulièrement adaptée à ce type d’urbanisme ?

I) Emergence et diffusion des écoquartiers en Europe

L’urbanisme durable, par rapport à l’urbanisme moderne est assez peu théorisé même s’il réactualise principalement les préoccupations de l’urbanisme écologique en accentuant l’aspect écologique en raison des problèmes grandissants concernant le réchauffement climatique par exemple. Les architectes et urbanistes semblent s’accorder pour dire que l’urbanisme durable en est pour le moment à un stade expérimental.

Nous allons expliquer plusieurs types de formes de l’urbanisme durable :

–          Les quartiers réalisés à l’occasion d’expositions internationales…

…ont pour principal but d’être un projet de démonstration de ce que l’on peut faire en matière d’habitat durable. Ce sont les fonds publics qui permettent de financer ce type de constructions. Ils mettent en avant les préoccupations telles que la réduction des émissions de CO² en proposant une autonomie énergétique utilisant les énergies renouvelables. Alarmées par la question du réchauffement climatique entre autres, les politiques européennes ont fourni des aides financières à ces projets écologiques, en délaissant en contre partie les innovations sociales qui sont, elles, autofinancées.

–          Les quartiers durables programmés par des villes ayant une politique de développement durable…

…sont conçus pour une ou deux dizaines de milliers d’habitants et déploient à plus grande échelle les principes de construction que les précédents – sortes de prototypes – mettaient en avant. Ces quartiers n’étant pas ou peu subventionnés, les exigences économiques qu’ils possèdent sont moins importantes que pour les premiers mais restent plus développées que pour la plupart de l’habitat urbain.

–          Les quartiers qui se constituent à partir d’associations d’habitants…

…sont en général aidés par une municipalité pour mener à bien leur projet. Ils expriment une certaine conception de la communauté de vie et du rapport à l’environnement à travers leurs constructions. Ce sont eux qui sont, par exemple, à l’origine du célèbre quartier Vauban de Fribourg.

–          Les quartiers qui sont réalisés par des promoteurs écologiques…

…sont souvent moins durables qu’ils ne le semblent car, ayant la tentation de livrer clé en main au client un habitat durable, les innovations ne respectent pas toujours les exigences de l’urbanisme durable à proprement parler (peu ou pas de mixité sociale, coût relativement élevé…)

Ainsi, les quartiers durables fleurissent selon une multitude de modalités et dans une multitude de contextes. En tous les cas, une demande croissante nait pour «habiter autrement ». On peut alors penser qu’un « tournant urbanistique » est amorcé.

II) Les liens avec l’histoire des politiques environnementales, continuité ou rupture ?

Les quartiers durables sont parfois le fruit de politiques environnementales auxquelles on a souvent reproché une faible préoccupation des réalités urbaines. Les politiques ont fait rédiger des chartes et des documents politiques (agendas 21) qui listent les choix élaborés pour s’orienter vers un développement urbain plus durable. Ces projets ont été réalisés pour montrer que l’on pouvait appliquer les théories.

Pourtant, il n’est pas nécessaire que les villes aient eu une politique environnementale particulièrement développée pour initier des quartiers durables. Ils sont souvent construits – paradoxalement – pour développer une politique locale de développement durable. Ils constituent même souvent des actes de rupture avec des approches préalables et cela est parfois nécessaire car la vision écologique a changé (dans les années 1980 on visait presque uniquement la protection de la nature et des espaces naturels). Autrement dit, elles étaient fondées sur une opposition de la ville et de l’environnement qui était atténuée dans le cadre d’un écoquartier.

Les écoquartiers incitent différents acteurs à collaborer dans les différents projets qu’ils nécessitent. Il s’agit pour les urbanistes de montrer aux environnementalistes que la ville peut être constitutive d’un équilibre entre environnement, société urbaine et économie.

III) Une tentative de définition

Dans la mesure où 75 % de la population mondiale devrait vivre en ville d’ici 2050, l’échelle de la ville semble être prioritaire dans la réalisation de quartiers durables. La ville durable serait avant tout une ville cohérente. Elle doit assurer :

–          Une cohérence sociale : cohésion entre les générations, politique de transports intégrée, maintien d’un équilibre entre intérêt particulier et intérêt général

–          Une cohérence économique : maintien d’une diversité économique, intégration à la mondialisation

–          Une cohérence environnementale : gestion des ressources et préservation de la santé et du patrimoine

–          Une cohérence spatiale des fonctions dans la ville : corriger les dislocations entre les parties de la ville

Mais, une ville n’est durable que si tous ses quartiers le sont, c’est pourquoi les démarches à l’échelle du quartier sont primordiales pour rendre possible le travail à d’autres échelles. D’autre part, tout projet de développement urbain durable doit tenir compte des exigences du développement durable (économie, environnement, social). Une exigence de plus est certainement le haut coût financier que peuvent demander les travaux ainsi que le temps passé à travailler sur les projets et sur la construction.

Un écoquartier allie donc l’équité sociale, l’écologie et l’économie. La qualité d’un quartier dépend donc de l’intégration sociale de ses habitants, de son environnement, de l’implantation d’entreprises responsables offrant des structures sûres pour les salariés et les clients. A l’échelle du quartier, le développement durable est donc une action menée localement, mais pensée globalement.

Pourquoi agir à l’échelle du quartier puisque la vie se passe en ville, au centre ? On répondrait que, contrairement aux idées reçues, le quartier est un espace vécu au fil des jours, habité, voire investi. D’autre part, l’approche du développement urbain durable par quartier permet la variété des programmes d’actions et des solutions.

Point de vue personnel : Ces 3 articles réunis proposent une approche relativement simple du sujet même si les points particuliers qu’ils traitent sont parfois complexes (les politiques environnementales) et pas encore très clairs au sein même des professionnels (définitions multiples). La mise en perspective de ces 3 articles permet également deux grandes approches qui se complètent : une plus théorique sur les politiques environnementales, sur les grandes idées et objectifs qui sont poursuivis et une autre plus pratique, plus concrète, sur l’organisation des écoquartiers, leurs structures, leurs outils etc… L’approche historique proposée par Cyria Emelianoff aide à comprendre l’évolution de l’émergence de ce nouveau quartier de plus en plus attractif et laisse présager un phénomène croissant de demandes pour ce type d’habitat, qui, loin d’être encore bien théorisé et parfaitement éthique sur tous les plans (mixité sociale encore faible, coût bien souvent plus élevé que la moyenne…), est du moins sur le plan des préoccupations environnementales, bien avancé sur les autres types d’habitats.

Marie-Aimée Delpeuch, HK/AL



Le développement durable, sous la direction d’Yvette Veyret, éditions Sedes, chap. 21, « Environnement et développement durable en Chine » par Frédéric Obringer.

 

 

L’auteur

Frédéric Obringer est chercheur au CNRS, au Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine, à Paris. Il a notamment participé au Dictionnaire de la Chine contemporaine dirigé par Thierry Sanjuan et paru chez Armand Colin en 2006.

 

Introduction

            Frédéric Obringer évoque dans ce chapitre du Développement durable la situation chinoise. On estime les émissions de CO2 de Chine à 22% du total mondial en 2007. Sa croissance économique est spectaculaire depuis 20 ans.  Les autorités ne parviennent pas à juguler la surchauffe économique ; le problème est que leur développement, basé sur l’exportation de production industrielle, nécessite toujours d’énergie. La Chine s’est cependant dotée de lois encadrant les développements industriel et urbain, et on parle de plus en plus de développement durable. La pollution est cependant un problème vaste : quel est l’état actuel en Chine, quelles solutions sont prises ?

 

Résumé

            Depuis la mise en place du pouvoir communiste de 1949, le pays base son économie sur l’industrie lourde, et depuis 1978, les réformes économiques le rendent encore plus polluant. Le problème est constitué de trois points : une croissance effrénée, une énorme population et des ressources naturelles relativement rares. Depuis 1978, la Chine a un taux de croissance annuel du PIB de 9,4%. La population est de 1,3 milliard d’habitants. On prévoit une baisse de 12% de la surface des terres arables d’ici 2050 ; la Chine a 2304 m3 d’eau par habitant : le tiers de la moyenne mondiale ; ses réserves en charbon et en pétrole sont mal utilisées ou en baisse.

            La superficie des forêts a baissé d’un tiers entre 1975 et 1993. On a pris des objectifs de reboisement. A cela s’ajoute le problème de l’érosion, des inondations meurtrières (le Yangzi en 1998 : 3 000 morts) causées par la déforestation. Les ressources hydriques, qu’on utilise pour l’irrigation, baissent. De plus, elles sont très polluées (60% impropres à la consommation). L’air est lui aussi pollué : 16 villes chinoises figurent parmi les 50 plus polluées au monde.

            Tout ceci a un coût : la pollution de l’eau et de l’air entraîne des dépenses de l’ordre de 8% du PIB. Le coût humain est énorme (100 000 empoisonnements par an).

            La lutte contre la pollution a commencé : par exemple dans le delta de la Rivière des Perles, région très industrialisée et polluée. Mais cette lutte est freinée par la priorité absolue que donne la Chine à la croissance économique. Dongtan est un projet de ville écologique. On a le projet de ne construire que sur 40% du territoire de l’île, le reste étant laissé à l’agriculture. L’architecture sera pensée dans une optique environnementale (bâtiments de 8 étages max.), les transports seront écologiques (bus, vélo, à pied, taxis électriques). Cependant, il y a polémique : cette île étant naturellement écologique, pourquoi y installer une présence humaine, même dite « écologique »? N’est-ce pas une vitrine pour le reste du monde?

            Depuis 30 ans, la Chine s’est dotée de nombreuses lois de protection de l’environnement, elle qui n’en avait auparavant aucune conscience : l’Agence nationale pour la protection de l’environnement (SEPA) acquiert en 1998 un rang équivalent à un ministère. Pour le Premier ministre Wen Jibao, les mentalités doivent évoluer. Si la Chine rencontre des obstacles dans la mise en place d’une industrie moins gourmande en énergie, c’est à cause des autorités locales et de groupes d’intérêt réticents. La SEPA a pris des mesures de sanctions vis-à-vis des villes les plus polluantes, des producteurs d’électricité les plus importants et des projets industriels non écologiques. Les solutions sont au niveau de l’éducation (guides dans les programmes scolaires), des ONG (en liaison avec la conservation et la protection de la nature ou s’occupant du développement urbain).

            Si le gouvernement encourage la protection de l’environnement, ce n’est pas gagné pour autant, du fait d’intérêts conflictuels, de tensions entre gouvernements centraux et locaux, du manque de mesures strictes pour inciter les entreprises à utiliser des technologies propres.

            C’est grâce à son intégration internationale que la Chine a pu peu à peu changer de comportement : elle est fidèle à cinq grands principes :

la protection de l’environnement ne peut être effective que lorsque le développement est atteint

les pays développés sont responsables de la dégradation globale

la Chine ne discute pas sa responsabilité

les pays développés doivent compenser ceux en voie de développement pour les efforts environnementaux qu’ils font

la souveraineté sur les droits en ressources naturelles doit être respectée

 

            Les problèmes environnementaux en Chine sont trop graves pour qu’on leur trouve une solution rapide. Sont en jeu la croissance économique, l’écologie planétaire et l’équilibre social. Pour que cela fonctionne, il faut une coopération internationale, des décisions cohérentes, il faut que la Chine réalise que les technologies propres sont un moteur pour la croissance.

 

Réflexion personnelle

La réflexion dont nous fait part Frédéric Obringer a l’avantage de nous aviser de tous les tenants et aboutissants de la situation chinoise. Il n’oublie pas non plus la politique de façade que mène ce pays. En effet, à titre d’exemple, la Chine a signé le protocole de Kyoto. Cependant, elle n’est pas un pays développé : ce protocole ne s’applique donc pas à elle. On peut effectivement y voir une preuve de bonne volonté, certes, mais surtout un habile acte de politique qui lui sert à s’éviter des reproches trop intensifs.

Le gouvernement chinois met également en avant son travail de protection des pandas, animal emblématique de la Chine, mais il s’agit de la démonstration de la protection d’un animal, alors que de nombreuses autres disparaissent ou risquent de disparaître, qu’elles soient chassées de leur territoire par la déforestation ou empoisonnées dans les rivières charriant des produits polluants.

Cette étude de F. Obringer est donc doublement intéressante : d’abord parce qu’elle nous offre un large panel d’exemples et de situations diverses, ensuite parce qu’elle se veut le plus objective possible.

 

Hubert Darbon

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u fond d’une vallée encaissée, sur les bords du mythique fleuve Euphrate, la petite ville de Halfeti meurt à petit feu. Les vieilles maisons en pierre sont quasiment toutes vides. Un bureau de poste, quelques cafés où l’on fait griller les énormes carpes du fleuve et une prison encore en activité sont les seules traces de vie. La construction, en aval, du barrage de Birecik a bouleversé la quiétude de cette région turque, proche de la frontière syrienne.

Trente et un mille habitants ont été évacués, avant l’inondation de la zone en 2000, pour être relogés dans des appartements neufs construits en haut de la colline, dans le « nouveau Halfeti ». Le village voisin, Savasan, n’est plus accessible qu’en bateau. Le minaret de la mosquée et un pylône électrique dépassent des eaux bleues du lac. Le reste est englouti. « Nous passons au-dessus de mon école », montre le capitaine du bateau. Zeugma, la cité antique du IIIe siècle av. J.-C., découverte juste avant la mise en eau, a connu le même sort.

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