In BRUNEL Sylvie, PITTE JR, LATTES JC, Le Ciel ne va pas nous tomber sur la tête, Société de géographie, 2010.

L’auteur : Alain Miossec

Spécialiste de la géographie des littoraux, Alain Miossec est l’auteur d’une thèse consacrée à la gestion de la nature littorale atlantique, étude comparative Etats-Unis, Pays-Bas, Royaume-Uni, Espagne et France (1994). Son activité scientifique lui a permis d’écrire des ouvrages sur les relations Homme-Nature sur les littoraux, ainsi que de travailler comme expert pour divers organismes d’Etat, comme l’Union Géographique Internationale et le Comité national de Géographie.

Résumé du chapitre

Le débat sur le réchauffement climatique et ses effets sur la montée des océans est régulièrement relancé. Mais, plus que craindre un aggravement des évènements, il faut savoir garder raison et tirer un enseignement des évènements du passé pour appréhender ceux du futur. Une réflexion calme aux risques envisageables entraînera alors la prise de mesures préventives efficaces pour les affronter.

Problématique : Comment garder raison face au déluge de critiques ? De quels moyens dispose-t-on pour accompagner l’évolution de la montée des eaux ? Résistance ou fuite ?

Contenu

1.  Exemple de la « violente tempête » qui a frappé les côtes atlantiques le 28 février 2010

Ce drame, qui n’est dû qu’à la convergence de facteurs favorables, révèle surtout les formes d’occupation et de gestion du littoral. Il permet aussi de caler un événement présent par rapport à ceux du passé, pour pouvoir ensuite envisager l’avenir.

Dans l’hypothèse du réchauffement climatique, il faut analyser la perspective d’un relèvement du niveau des océans, et anticiper les réponses possibles à ce relèvement.

2.  L’élévation du niveau des océans : réalités et solutions possibles

o     Le passé éclaire le présent…

On constate une grande variabilité de climats au cours du Quaternaire (on compte par exemple cinq glaciations), avec à chaque fois des conséquences sur le niveau de la mer. La dernière transgression a eu lieu il y a 20 000 ans, de manière irrégulière.

Situation contemporaine : Le niveau de la mer s’élève progressivement depuis la fin du XIXe siècle, et ce processus connaît une accélération depuis les années 1990. Deux techniques fiables permettent d’établir ce constat : l’augmentation des marégraphes et la télédétection par satellite.

Cependant, si l’on peut être sûr de l’augmentation du niveau des mers au cours du prochain siècle, il ne faut pas s’alarmer pour autant : la science est faite d’incertitudes.

Le problème n’est pas tant l’élévation du niveau des océans que la manière dont on envisage d’y faire face. On attend que la solution englobe à la fois un champ technique et politique : résister ou fuir…

o     Résister

La résistance suppose la mobilisation de la recherche technique et de l’art des ingénieurs. Le passé éclaire alors le présent : on adapte les techniques actuelles à l’évolution naturelle des littoraux, mais aussi aux observations faites dans le passé. Mais ces techniques, comme les digues, nécessitent un entretien permanent. La surveillance scientifique des lieux est aussi une des clés : elle ne permet pas d’éviter la transgression de la mer mais de savoir « où l’on en est ».

o     Reculer

Cette solution plus politique implique le retour contrôlé de la mer par la dépoldérisation, ce qui a le bénéfice de créer des milieux riches en faune et en flore. Cependant, il est difficile d’obtenir l’acceptation de ce recul par des populations dont les générations précédentes avaient inscrit leur vie dans la lutte contre la mer ; de plus, les populations ne veulent pas voir le danger et continuent, pour le tourisme notamment, à construire en zone inondable.

3.  Des rivages qui resteront encore longtemps sous pression

Il faut nuancer les propos de ceux qui dénoncent les responsabilités humaines dans l’actuel réchauffement du climat et mettent en cause l’océan comme facteur futur de déstabilisation du climat.

o     … de la mondialisation

La maîtrise des espaces océaniques a toujours été source d’enrichissement matériel et spirituel.

Aujourd’hui, le commerce international est dominé par des échanges internationaux de telle ampleur que seul le navire peut rendre les services les plus appropriés en terme de coût-bénéfice. La géographie des ports témoigne donc de la puissance des échanges et des mutations les plus récentes (ex : transfert des places portuaires les plus importantes de l’Occident à l’Asie).

Bien sûr, cette prépondérance portuaire a des conséquences de type environnemental…

o     Transports maritimes

L’augmentation du tonnage est l’expression d’une croissance continue : la diversification de l’offre avec les modifications apportées aux navires, de plus en plus gros et spécialisés, est une réponse économique à la demande croissante. Le cas du pétrole reflète bien cette spirale de la croissance.

4.  Science et technique au service de la destruction des fonds marins, la pêche ?

Peut-on envisager un jour une mer sans poisson ? En effet, certaines espèces se raréfient du fait de l’amélioration des techniques de pêche, qui permettent d’aller toujours plus en profondeur. L’avenir est donc à l’élevage de poissons… et à l’indemnisation des pêcheurs.

5.   Menaces fantasmées et craintes réelles : des solutions pour des angoisses mal venues

Une telle pression sur les littoraux entraîne évidemment des conséquences spatiales et environnementales. Cependant, les commentaires alarmistes doivent être nuancés.

Problème des coraux (développement difficile et blanchissement à certains endroits) : les phénomènes doivent être étudiés dans la durée et non dans l’instantané du constat : le temps de la nature n’est pas réductible à celui de l’homme.

Problème des marées vertes : la nature est en partie responsable de ce phénomène, qui ne date pas d’hier (on en parlait déjà il y a trente ans). De plus, des solutions techniques et des dialogues ont été mis en place.

Finalement aujourd’hui, l’image et l’émotion l’emportent sur la rationalité. Il faut alors savoir garder raison et trouver des solutions à des problèmes qui sont d’abord locaux.

Critique

Cet article a le mérite d’être optimiste et de donner des raisons de l’être. Il reprend en effet les questions préoccupantes que soulèvent les médias et y répond rationnellement, sans toutefois négliger leur ampleur. Cependant, les solutions données sont uniquement politiques ou scientifiques et ne mentionnent pas ce que pouvons-nous faire, nous, au quotidien. Sommes-nous alors impuissants, totalement dépendants des décisions des chefs d’Etat ?

© Margot Grellier, HK AL

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