A quoi servent les sciences sociales (II). Tracés. Revue de Sciences Humaines. 2010, Hors série.

Au printemps 2009, les chercheurs et les enseignants du supérieur se mobilisent contre la réforme impulsée par le gouvernement qui vise à refondre complètement le paysage de la recherche. Au-delà d’un réflexe corporatiste, cette mobilisation met à jour un aspect sinistre de l’état de la recherche en France, et plus particulièrement des sciences humaines : ce qui préoccupent les chercheurs de sciences sociales n’intéresse pas grand monde. Leur action est peu relayée par les médias et est mal comprise par la société. De ce contexte est née la volonté d’entamer une réflexion sur l’utilité des sciences sociales dans notre société. Mais cette réflexion se devait d’aller au-delà de la simple réflexion : « à quoi ça sert ? » pour proposer des clés de lecture répondant à la question : « comment on s’en sert ? ». Pour cela des journées d’étude ont été organisées afin de problématiser le dialogue entre chercheurs et non chercheurs. La question de la recherche appliquée est centrale dans une société qui demande des retours sur investissements rapides. Ainsi en est-il de la question de l’articulation entre savoir scientifique et connaissance ordinaire et des passerelles possibles entre recherche et milieu professionnel.

Le présent volume rend compte de ces débats. Deux dossiers occupent le volume : sciences sociales et monde de l’entreprise dirigé par Charles de Froment et A quoi sert la géographie ? coordonné par Yann Calbérac et Aurélie Delage. C’est ce second dossier qui a retenu notre attention, suite à sa présentation rapide lors d’une carte blanche animée par Yann Calbérac au cinquième Salon du Livre de Sciences Humaines (4 au 6 février 2011).

Cette journée d’étude consacrée à la géographie (4 février 2010) a réuni pas moins d’une douzaine d’auteurs : des enseignants chercheurs, des experts et des professionnels formés à la géographie. La question n’est plus en 2010 vraiment de savoir à quoi sert la géographie ? comme Yves Lacoste en 1976 mais de réfléchir à la demande sociale à laquelle elle doit répondre. Car il n’est plus question de prouver la légitimité de la géographie mais de montrer en quoi le renouvellement des paradigmes, ces dernières années, a contribué au renforcement de la discipline. Malgré tout, un constat demeure. La géographie est partout mais les géographes sont peu présents dans les médias. Ils sont souvent convoqués comme auxiliaires pour fournir les clés de lecture de notre espace. Patrick Poncet estime que le savoir-faire va bien au-delà que la réalisation de supports cartographiques. Il met en avant la communication spatiale, produit de la combinaison de l’intelligence spatiale et des technologies.  Les géographes ont leur place dans la société, au service des entreprises comme de celui de la cité. Il faut cesser, comme l’indique Martin Vanier, de scinder les géographes en deux groupes : ceux qui cherchent et ceux qui l’utilisent. C’est une vision erronée. On peut être à la fois universitaire et expert et c’est même recommandé si on veut que les géographes aient une mission dans notre société. C’est à Michel Lussault que revient la conclusion de cette journée. Il résume à la perfection les enjeux de la journée d’étude :  « La géographie ne sert à rien, mais il importe de se demander [qui et ce qu’elle] sert. »

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

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