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Sylvie Brunel, Géographie amoureuse du monde

  Sylvie Brunel est agrégée de géographie et est aujourdhui professeur à la Sorbonne. Pendant près de 20 ans, elle a travaillé dans l’humanitaire. Ce n’est que depuis 2002 qu’elle en dénonce les dérives et sa perte de fiabilité. Elle avait été envoyée dans le Nordeste du Brésil par Médecin Sans Frontière en 1985, pour déterminer les raisons de son sous-développement. À l’époque, la thèse dominante voulait que ce sous-développement soit dû au non-respect des droits de l’homme. Dans son article << Le Nordeste du Brésil: de la région épave à la côté de lumière >>, la conclusion qui s’impose 25 ans plus tard est qu’il était dû aux fortes inégalités sociales du Brésil.

  Une géographie de la faim

  Une des causes de la pauvreté du Nordeste est le modèle de développement agricole qui avait été décidé par les généraux au pouvoir après le coup d’état militaire de 1964. Il s’agissait d’un modèle de développement agricole fondé sur l’agribusiness. Les paysans ne possédant que de petites exploitations familiales furent marginalisés.

  Ce paragraphe révèle aussi les concurrences qui existent entre les ONG. Toutes se battent pour trouver des financements, attirer l’attention des médias, etc… Il n’est pas rare que des recherches d’investisseurs trop désorganisées (l’auteur prend l’exemple d’un mailing effectué à partir de l’annuaire téléphonique) portent ces ONG à la ruine. L’expérience de Brunel dans l’humanitaire la fait affirmer qu’aujourd’hui les ONG sont plus organisées au niveau du recrutement de leurs donateurs.

  Le souffle du sertão

  Le Nordeste se divise en trois parties distinctes:

            _ le Mata littorale, qui a longtemps cultivé la canne à sucre. C’est la partie la plus industrialisée et urbanisée.

            _ l’Agreste, où sont produit des aliments variés.

            _ le sertão, ie: l’intérieur des terres, semi-aride et où se trouvent des élevages extensifs de bovins.

  Ces régions sont d’autant moins peuplées qu’elles s’enfoncent dans les terres. C’est dû au fait que les précipitations se font plus rares. C’est une région très inégalitaire, où 1% de la population possède 1/4 des terres. Il s’agit d’une oligarchie foncière fortement hiérarchisée. Au XVIIIe siècle, la Mata approvisionnait le monde entier en canne à sucre. Les premiers à en exploiter les terres ont fait venir des esclaves d’Afrique. Aujourd’hui encore, cette société est très proche du modèle féodal.

  Dès son voyage en 1985, Brunel avait observé que le Nordeste n’est pas la région aride que l’on nous présente, ni une zone de famine. La famine, dans la mesure où elle existe peut être facilement combattue. Les précipitations sont irrégulières, favorisant les mouvements migratoires. Ce sont après de tels mouvements migratoires nordestins que se sont constituées les premières favelas.

  Des sécheresses bien utiles

  Chaque sécheresse permet d’attirer des aides financières. À la fin du XIXe siècle, le gouvernement avait fait creuser des réservoirs (açudes). Aujourd’hui la région en possède 70 000 plus quelques barrages. Seulement l’eau emmagasinée est mal redistribuée. Les grands propriétaires fonciers préfèrent l’utiliser pour abreuver leur bétail. Ainsi ils peuvent fournir de la nourriture aux paysans qui viennent travailler sur la construction d’infrastructures. Il s’agit d’une << industrie de la sécheresse >>, ie: l’image de cette région comme région aride renforce la popularité des grands propriétaires fonciers envers les paysans. De plus ils constituent un énorme lobby au parlement brésilien.

  Industrialiser le Nordeste ou le déverser en Amazonie

  Il existe deux tendances pour favoriser la croissance du Nordeste:

            _ d’une part depuis les années 1980, le gouvernement a mené une politique de développement volontariste, avec comme but de désenclaver la région. La Sudene (Surintendance pour le développement du Nordeste), financée par la Banque du Nordeste a permis d’industrialiser les littoraux. Problème: depuis il y a un phénomène marqué d’exode rural.

            _ d’autre part, le gouvernement veut déverser les flux humains du Nordeste en Amazonie. Le but est de remédier à la pauvreté. Mais en fait il s’agit pour le gouvernement brésilien d’empêcher que l’Amazonie ne devienne un territoire international surveillé, et de continuer à exploiter ses richesses. Les paysans qui partent pour l’Amazonie (les caboclos) sont obligés de s’enfoncer dedans à cause du peu de fertilité des sols. Le gouvernement brésilien en profite pour construire des routes et ainsi quadriller le territoire.

  Une nouvelle Californie

  En retournant dans le Nordeste, le constat s’impose: en 25 ans la région a changé. Les propriétaires fonciers ont abandonné les discours misérabilistes. Il y a désormais trois sources de croissance:

            _ la canne à sucre. Le Brésil veut devenir le leader mondial des technologies renouvelables.

            _ le développement des secteurs agricole et agroalimentaire. Ils sont valorisés grâce à la demande internationale de produits agricoles à forte valeur ajoutée.

            _ le tourisme.

  Une politique sociale active

  Les paysans de l’intérieur du Nordeste ne bénéficient pas des nouveaux marchés de l’emploi. Le gouvernement combat la pauvreté en favorisant leur accès aux nouveaux marchés. Ainsi les entreprises publiques sont incitées à acheter leurs matières premières chez ces paysans, car en faisant de la sorte elles bénéficient d’exemptions fiscales.

  La côté de la lumière

  La dernière source de croissance du Nordeste est le tourisme. Une avant-garde touristique découvre la région. Ainsi Salvador de Bahia est devenue le troisième site le plus visité du pays. Les promoteurs immobiliers en profitent pour faire construire de nombreux immeubles et l’aéroport a été rénové. L’accès aux loisirs pour les touristes s’est développé aussi, et les entreprises privées comme les services publiques veillent à leur sécurité.

  L’aridité comme atout

  L’article se finit sur la conclusion suivante: aucun Etat ne peut se développer pleinement sans une juste politique de redistribution. Sylvie Brunel fait du concept de << bonne gouvernance >> une notion irréductible à l’adoption d’une économie de marché. La croissance d’un pays/d’une région est d’autant plus durable qu’elle se fait par la correction permanente des inégalités sociales.

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  L’article commence par une description du Nordeste d’il y a 25 ans, accompagné du récit de l’expérience de Sylvie Brunel dans les ONG. Ce regard critique nous informe sur leur fonctionnement ainsi que sur leurs relations avec les subventions, les médias,… ce qui laisse présager les dérives marchandes que Sylvie Brunel a, depuis, dénoncées. L’auteur tempère tout de même son propos en énoncant que l’organisation des ONG s’est améliorée depuis.

  Le côté apparemment peu rigoureux du texte (il s’agit, en plusieurs passages d’un récit à la première personne) n’est au final pas un véritable défaut puisque l’article n’a aucune prétention à apporter des éclairages inédits sur la situation actuelle du Nordeste et sur son évolution depuis 25 ans. Pour alimenter sa réflexion, Sylvie Brunel reprend les raisonnements de divers auteurs et les valides. Il s’agit donc d’une synthèse très claire.

Alexis Torello, HK BL.

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Par Simon Berjeaut | Enseignant | 01/07/2011 | 16H10

Pas de fuite aux épreuves du diplôme national du brevet, mais une grosse bévue : aux écrits d’histoire-géographie et d’éducation civique, la Corse est présentée comme faisant partie de l’Italie. Le mercredi 29 juin, à 9 heures du matin, les candidats ont la mine fatiguée, témoin d’heures de bachotage de dernière minute. A moins, peut-être, qu’ils n’aient passé la nuit sur des sites de jeux vidéo à guetter l’apparition des sujets du lendemain. Cela s’est récemment avéré payant.

A l’heure de distribution des sujets, les élèves semblent pourtant tous découvrir les documents sur lesquels ils vont plancher pendant deux heures :

  • la première partie (18 points) est consacrée, au choix, à l’histoire (« Le régime de Vichy ») ou à la géographie (« Le Japon, une puissance mondiale et ses limites ») ;
  • la deuxième partie (12 points) porte sur l’éducation civique (« L’élaboration des lois en France »). Les réponses sont à rédiger sur une copie d’examen vierge, et 4 points sont prévus pour la « maîtrise de la langue (orthographe et expression écrite) » ;
  • une troisième partie, « Repères chronologiques et spatiaux », notée sur 6 points, consiste en une feuille volante à renseigner et « à rendre avec la copie d’examen ».

C’est celle-ci qui est surtout digne d’attention. Elle est constituée de deux exercices d’histoire et de géographie. Le premier consiste à compléter et à faire correspondre des évènements et des dates historiques, proposés sans ordre ni logique, comme dans un quiz au dos d’un paquet de cornflakes, de la « chute de Constantinople » à « août 1945 » en passant par la « prise de la Bastille » et par « 52 avant J.C. ». Sans aucun lien vraiment avec le programme de troisième.

L’Italie agrandie, le Brésil rétréci

L’exercice de géographie propose de « nommer les trois pays dont la forme est représentée par les numéros » 1 à 3. Véritables pièces de puzzle, les silhouettes très schématiques de trois ensembles géographiques sont éparpillées sur la page sans cohérence, ne respectant pas la moindre échelle commune, et n’indiquant ni territoire frontalier ni rivage.

Ainsi, le Brésil (numéro 2 sur le document ci-dessous) bien que trente fois plus vaste que les pays suivants, ressemble à une île à peine plus longue que la péninsule italienne. L’archipel japonais (numéro 3) est représenté par ses quatre îles principales, et l’Italie (numéro 1), outre sa botte, comprend la Sicile, la Sardaigne… et la Corse !

Aucune information n’est donnée quant à ce découpage (politique, géologique, climatique… ? ), et aucune légende n’explique non plus pourquoi l’Italie continentale semble être tracée en gras.

Voir le site de rue89

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iguacu

Cette photographie représente quelques cascades des chutes d’Iguaçu (« Las cataratas da Iguaçu »), situées au beau milieu de la forêt tropicale, à la frontière entre le Brésil et l’Argentine, Il s’agit là une merveille naturelle inscrite au patrimoine mondial par l’UNESCO en 1984.

 A Iguaçu, on ne peut pas  proprement parler d’une chute, mais d’un ensemble de 275 cascades, atteignant entre 55 et 75 mètres de hauteur, et  formant un front de 2,5 kilomètres environ. La plus haute d’entre elles atteint les 90 m de hauteur. On l’appelle la Garganta del Diablo (« gorge du Diable »).

Ces chutes interrompent le cours de la rivière Iguaçu, affluent du Paraná, entre l’État brésilien du Paraná et la province argentine de Misiones.

La prise de vue de ce cliché nous plonge immédiatement au beau milieu du bassin naturel formé par ces quelques cascades, et l’aspect vertigineux ici rendu est de fait présent sur l’intégralité du parc.

Outre la branche d’Eucalyptus donnant une idée de la hauteur à laquelle nous nous trouvions pour prendre la photographie, nous pouvons donc distinguer au premier plan un bassin naturel, sur lequel un zodiac s’est aventuré ; cela nous donne ainsi une idée de l’échelle concernant la taille humaine par rapport a ces prodiges naturels.

Au second plan, les cascades tumultueuses se déploient avec force et bruit, ininterrompues et abondantes (le climat brésilien est tropical, et les pluies y sont nombreuses).

Enfin au troisième plan, il est possible d’apercevoir les prémices de la forêt tropicale, s’étendant de fait sur 7 millions de kilomètres carrés.

Iguaçu offre donc de nombreux éléments favorables à l’exploitation humaine, le principal étant évidemment l’eau ; outre les nombreuses et très lucratives activités touristiques se développant aux aborde d’Iguaçu, l’abondance et la puissance de l’eau ont permis la construction de l’une des plus fabuleuses centrales hydroélectiques de notre temps, le barrage d’Itaipu, construit en 1979, second après le barrage des Trois-Gorges achevé en Chine en 2006. Situé sur le fleuve Paranà, il produit en effet 25% de l’énergie électrique consommée par le Brésil, et 90 % de celle qui est consommée au Paraguay, et constitue par là-même un élément fondateur de la puissance brésilienne.

Face au miracle naturel que représente Iguaçu, l’Homme a donc su exploiter ces ressources à son profit, sans en esquinter la richesse.

Margharita Fres, rentrée 2009, HK

 

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