Pour consulter le programme du colloque : Partout la ville qui aura lieu la semaine prochaine (du 26 au 28 septembre 2012) à Clermont-Ferrand.

http://www.partoutlaville.com

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http://www.franceculture.fr/blog-globe-2010-11-24-les-mutations-recentes-de-l-espace-rural-en-france.html

 

Avant de poser les questions centrales de cet article, les auteurs présentent les campagnes françaises comme représentatives d’une France qui a su longtemps « rester attacher à sa terre et à son terroir ». Aujourd’hui, la réalité du monde rural est nuancée, et difficile à saisir : les recompositions spatiales se sont accompagnées d’une redéfinition de la place des territoires ruraux au sein du territoire national, donnant lieu à une controverse au sein des géographes : doit-on parler d’une « crise rurale », comme l’affirme R. Béteille ou d’une « renaissance » suggérée par B. Kayser ? Quoiqu’il en soit, les auteurs proposent de caractériser les espaces ruraux en s’interrogeant sur leurs diversités et sur leurs spécificités, afin de répondre à la question suivante : les campagnes françaises sont-elles vouées à un déclin irrémédiable, ou au contraire, doit-on y voir un renouveau prenant de multiples formes ?

I-                   La crise des campagnes

Si la notion est remise en cause aujourd’hui, il s’agit néanmoins de présenter les aspects de la « crise » qui aurait touché les espaces ruraux dans la deuxième moitié du 20ème siècle. Cette crise s’articule autour de (A) la « fin des paysans » et (B) sur la question d’une « désertification » de l’espaces rural.

(A) Les auteurs partent d’un postulat, la disparition de l’espace rural façonné depuis des siècles par la société paysanne sous l’effet de la seconde révolution agricole, afin d’expliquer cette « fin des paysans ». Elle s’est produite sous l’effet d’une modernisation, d’une concentration et d’une spécialisation à l’origine d’une disparition de trois agriculteurs sur quatre depuis 1950. En outre, le profil socio-économique des agriculteurs s’est largement modifié : on parle d’ « agrimanagers », qui assurent l’essentiel de la production agricole, face à un « petit prolétariat agricole », qui s’est difficilement maintenu.

(B) On remarque en France un exode rural, qui touche tardivement la France par rapport aux autres pays d’Europe occidentale. C’est seulement en 1936 que la France est composée d’une population à majorité urbaine (90 ans après l’Angleterre). Les dernières vagues d’exode rural sont les plus rapides et les plus massives (entre 1954 et 1975, la population rurale passe en France de 43% à 27%). Ce déclin démographique de l’espace rural accélère la dégradation de son activité économique. Dans un contexte marqué par une limitation croissante des dépenses publiques, certains services sont de plus en plus difficiles à maintenir (écoles, postes), les traduction paysagères de cette « désertification » sont multiples (progression des friches) et la désertification conduirait à la décomposition des sociétés rurales pour certains auteurs.

II-                Voies et limites de la renaissance des espaces ruraux

Après avoir étudié dans quelle mesure il est possible de parler d’une crise des campagnes, étudions les espaces ruraux, à l’instar de Kayser, sous l’angle de leur « renaissance » en analysant les manifestations de la revitalisation de la société et de l’économie rurales, mais aussi des limites de celle-ci.

La désertification des campagnes n’est plus d’actualité : la population des espaces ruraux augmente au même rythme que la population française depuis 1999. L’espace rural est dynamisé par les « néo-ruraux », qui travaillent en ville, mais ont fait le choix d’habiter à la campagne. Ce regain démographique ne se limite pas aux auréoles périurbaines : le « retour aux pays « des employés à la retraite ou « le désir de campagne » de citadins européens revitalisent l’ensemble de l’espace rural, excepté « la diagonale du vide », l’arc Nord-Est et les moyennes montagnes, qui demeurent en position de faiblesse. Il semble nécessaire de rappeler que l’agriculture n’est pas la seule activité à la campagne, qui est le lieu de l’implantation de nombreuses usines (en 2006, 500 mille emplois manufacturiers dans des communes de moins de 2000 habitants), et qui profite du tourisme pour être revitalisée. ¼ des Français choisissent la campagne comme lieu de vacances, permettant la création ou le maintien d’emplois. Seulement, l’essor touristique dépend de plusieurs conditions (patrimoine culturel mis en valeur, bonne accessibilité par les grands axes de communication routière et ferroviaire). Cette inégale « mise en tourisme » contribue à accroître la sélection spatiale au sein de l’espace rural.

III-             Des espaces ruraux aux dynamismes fortement différents

Quoi de commun entre les campagnes fragiles de la France du vide et les territoire opulents des produits agricoles à forte valeur ajoutée ?

Pour répondre à cette question, l’auteur propose une typologie des territoires, en distinguant (A) les « campagnes agricoles », qui sont les agricultures intensives produisant l’essentiel des activités : plateaux de la Beauce et de la Brie, de (B) les « campagnes fragilisées », qui sont des campagnes qui ont du mal à s’adapter à la logique productiviste : les montagnes sont particulièrement concernées, de (C) les « campagnes des villes », qui se distinguent par un population très mobile et un paysage rural transformé mêlant traditionnel et moderne : l’arrière-pays niçois ou l’Alsace, de (D) les « campagnes diversifiées », qui sont touristiques (Haute Provence ou Haut Languedoc) ou industrielles (le Choletais).

 

 

 

On reconnaît bien les exigences de l’université française dans ce chapitre : le plan est en trois parties et répond au problème : « une crise ou un renouveau des campagnes françaises ? », tout cela répond donc à des exigences formelles évidentes, qui rendent le propos clair et précis, dialectique (on aurait reconnu le classique thèse, antithèse, typologie des campagnes françaises) mais parfois monotone. Heureusement, les rubriques : « Zoom » dynamisent le propos en donnant des exemples précis en Sologne ou dans la vallée de Germigny par exemple. On peut donc avant tout congratuler les auteurs d’arriver à nous donner une vision globale de ce problème en France en une vingtaine de pages à peine, même s’il est certain qu’un plus grand nombre de cartes montrant la diversification des espaces ruraux aurait pu être bienvenu.

 

Louis Airy, HK/AL

 

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http://aglamiettes.canalblog.com/archives/2011/10/20/22418877.html

par Sébastien Vignon, le 09/05/2012

Comment expliquer le succès du Front national en milieu rural ? Dans un contexte marqué par la déstructuration des formes locales de sociabilité, la vigueur des votes frontistes découle en grande partie de la mobilisation de candidats autochtones s’appuyant sur la revitalisation de lieux de sociabilités à l’abri des diverses sources de fragilisation sociale.

Depuis le 21 avril 2002, le vote Front national, jusque-là présenté comme un vote essentiellement « urbain », enregistre ses scores les plus élevés loin des grandes villes, quel que soit le scrutin pris en considération. Le décollage du parti de Jean-Marie Le Pen dans les campagnes est souvent présenté depuis comme une « nouvelle » tendance de fond dans la société française. Mais, par-delà le sensationnalisme dans lequel baignent les discours sur les « extrêmes », les interprétations surplombantes fréquemment mobilisées pour rendre compte des scores « ruraux » de cette formation ont un rendement explicatif faible, entravant un peu plus sa compréhension. Cette contribution vise à montrer que c’est au contraire par un souci de contextualisation et de ré-encastrement du politique dans l’épaisseur du social que l’on peut comprendre tous les sens des votes frontistes. Centrée sur une enquête dans la Somme, département caractérisé par une sur-représentation du vote FN dans les petites communes, elle souligne le rôle central joué par la transformation des sociabilités concrètes dans l’inscription rurale des votes frontistes.

L’inconnue de l’équation FN : ruralité et vote d’extrême droite

À l’issue du premier tour de la présidentielle de 2002, le succès électoral de Jean-Marie Le Pen dans les mondes ruraux attire toutes les attentions et suscite de nombreuses interprétations. Les localiers dépêchés sur les lieux du « scandale » électoral témoignent de l’incrédulité générale et avancent quelques explications : fantasmes sécuritaires, chômage, projet contesté de construction d’un aéroport, allergie fiscale de travailleurs indépendants, tradition électorale, etc. Plus sérieusement, des spécialistes de sociologie électorale ainsi que certains géographes proposent, comme à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle de 2012, des analyses statistiques qui engendrent pourtant de nombreuses insatisfactions.

En effet, l’objectivation quantitative ne permet guère de différencier des types de ruralité hétérogènes ni d’interpréter des faisceaux de causalités imbriquées et donc nécessairement complexes. On s’éloigne ainsi bien souvent d’une véritable sociologie politique de la diversité rurale. Pire, certaines analyses reposent sur un présupposé normatif fortement empreint d’ethnocentrisme : l’« autoritarisme » supposé des classes populaires [1]. Le faible degré de sophistication culturelle et politique, mesuré au travers du seul niveau de diplôme possédé, couplé à la vulnérabilité économique (notamment par la faiblesse des revenus et l’exposition au chômage et à la précarité) rendraient ainsi compte des attitudes xénophobes et « fermées » (c’est-à-dire rétives au changement et à la modernisation) des ruraux ; attitudes dont le débouché électoral logique serait le vote pour un parti lui-même xénophobe et fermé (le FN). À la limite, la distinction entre les mondes ruraux et l’univers urbain perd alors toute pertinence puisque, d’un point de vue électoral, c’est bien l’appartenance populaire qui pose problème(s). Le risque de dérapage normatif est d’autant plus important que les méthodes quantitatives désencastrent les comportements électoraux de leur substrat social (Pierru et Vignon 2007 ; 2008).

Or, au-delà du jeu des variables liées à l’appartenance sociale, la compréhension des succès électoraux du FN en zone rurale ne peut se faire sans une étude minutieuse des configurations sociales et territoriales spécifiques dans lesquelles ces votes « extrêmes » prennent sens. En effet, une fois mises de côté les facilités de l’explication par « l’autoritarisme » et les attitudes « fermées » des classes populaires rurales [2], il ne fait guère de doute que c’est dans la (dé)structuration des rapports sociaux et la crise des sociabilités populaires que réside la clef de ces résultats électoraux. Comme l’a montré Emmanuel Pierru (2005), il faut se méfier des interprétations mécanistes « globales » du vote : si le chômage et la précarité exercent des effets politiques, ceux-ci ne sont pas directs (on ne peut ainsi parler d’un « vote des chômeurs », puisque ces derniers ne constituent pas, loin s’en faut, un électorat homogène), mais indirects et contextuels : ces effets se font par exemple sentir de façon plus large par le biais de l’intériorisation de rapports insécurisés au monde social, ou par l’intermédiaire de sentiments et d’anticipations de déclassement qui touchent une population plus large que les seuls chômeurs et précaires.

Lire la suite sur métropolitiques

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Le numéro de février du magazine Ca m’intéresse (N° 360) consacre son dossier central aux campagnes. Selon le principe de ce dossier, 20 questions sont posées dont les réponses tiennent en quelques lignes. Magazine de vulgarisation, la teneur des développements ne permet pas d’aller au fond des choses mais la liste des questions posées est intéréssante :

  • Faut-il retirer aux maires le permis de construire ?
  • Qui seront les nouveaux ruraux ?
  • La vie à la campagne sera-t-elle hors de prix ?
  • Y aura-t-il encore des postes et des écoles dans les villages ?
  • Le médecin de campagne sera-t-il roumain ?
  • Existera-t-il des villages fantômes ?
  • Les villages deviendront-ils des musées ?
  • A quoi ressembleront nos campagnes avec la flambée du prix du carburant ?

La teneur des réponses alterne entre franc optimisme et terrible catastrophisme. Le tout semble correctement documenté, même si la bibliographie est bien maigrichonne !

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A la suite du sujet sur lequel vous avez réfléchi mardi dernier, je vous soumet ici le travail réalisé par Charlotte, HK / BL. Son plan détaillé n’est pas parfait mais elle a le mérite d’avoir parfaitement compris l’enjeu du sujet.

Je vous invite, par ailleurs, à demander à Augustin B. ou à Aurélia P leur copie. Ils proposent un traitement du sujet sensiblement différent mais intéressant aussi dans leurs approches. Ce qui compte dans une copie (y compris un plan détaillé comme ici) c’est de bien définir les termes du sujet afin de bien cerner les limites du sujet et ses enjeux. Ensuite, il faut utiliser un maximun de vocabulaire et de concepts géographiques mais sans cette étape intermédiaire, cela ne sert à rien.

Vous pouvez, avec profit, lire la réflexion de 2 élèves de l’ENS LSH sur le sujet.

Avec les deux révolutions industrielles et l’exode rural qu’elles ont provoqué, l’espace urbain en France s’est transformé et la ville a gagné en importance, au détriment des campagnes. Ainsi les deux espaces semblent interagir selon un système de vases communicants ; l’espace urbain puisant voire absorbant l’influence du rural par la polarisation.

Ces interactions entre ville et campagne nous empêchent de considérer les deux espaces comme absolument distincts, séparés l’un de l’autre.

Pourtant, les deux réalités existent bien et se définissent même en opposition de l’une par rapport à l’autre. La question de la pertinence de la dichotomie ville-campagne est donc légitime.

Comment penser l’espace français dans les rapports qui unissent l’urbain et le rural, la ville et la campagne ?

Pour mieux comprendre ces rapports, il convient d’abord de définir les deux espaces et d’étudier leurs liens avant de voir se dessiner une conception de l’espace français dans leur mise en relation par la notion de polarité qui nous permet d’articuler réseau et aire d’influence urbaine.

•I.                    L’impossibilité de définir la campagne de façon positive sans recourir à la notion de ville fait surgir l’ambigüité des rapports entre espace urbain et espace rural : notions à la fois distinctes et interdépendantes.

 

1. Comment définir la campagne de façon affirmative?

 

  • Agence immobilière: «calme, tranquillité, silence, nature». Mais, «à proximité de gares, routes, etc…» (accès voies de communication: AXE) àà proximité de la ville.

La campagne serait un espace séparé de la ville mais connecté à la ville via les axes de communications. Les éléments d’une définition encore vague qui met déjà au jour la difficulté de définir précisément et de façon positive l’espace rural, difficulté aussi de le définir par lui-même sans avoir recours à la notion de ville.

  • La campagne semble avant tout se définir par opposition de la ville (de façon négative). Il faut donc, pour mieux rendre compte de ce que recouvre le terme «campagne», définir la ville

 

2. Une première définition de la ville

 

  • La ville comme ce qui rassemble la population. Critère démographique – objectif: 2000 personnes ou en terme de densité. Anciens critères de définition de la ville et campagne: peu d’habitants.
  • Mais alors comment considérer le cas des cités dortoirs? rendu possible par cet accès au réseau de communication, créé par le phénomène des mobilités: déplacements pendulaires.
  • Il faut donner une autre définition de la ville plus pertinente.

 

•II.                  Une définition plus poussée de la ville fait apparaître l’existence d’espaces intermédiaires qui viennent nuancer la dichotomie ville – campagne

 

1. La difficulté de définir la ville rend nécessaire l’établissement d’une typologie des espaces incluant espaces intermédiaires entre ville et campagne

 

  • Définition de la ville:

– Le critère démographique demeure

– Mais la ville, c’est un mode de vie rendu possible par la concentration

o Des emplois, des activités professionnelles, socio-culturelles

o Des pouvoirs (politiques, économiques, administratifs… à pouvoir de décision)

o Des services nombreux et de qualité (santé, éducation, loisirs)

Une définition de la ville par son dynamisme et son attractivité (aire d’influence)

Cette attractivité crée un phénomène de polarisation des espaces périphériques. à où s’arrête la ville ? difficulté de répondre à cette question qui tient à la difficulté de définir la ville de façon précise, selon des critères objectifs. Il faut alors considérer l’espace selon une typologie hiérarchisée.

 

  • 2. Une typologie de l’espace qui nuance la dichotomie ville – campagne
La ville :
  • – ville de rang 1,
  • – ville de rang 2,
  • – ville de rang 3

 

CENTRE URBAIN
Sa banlieue
  • – espace périurbain
  • – couronne urbaine
PERIPHERIES
La campagne
  • – couronne urbaine
  • – espace déconnecté du réseau à l’écart (effet tunnel) pas d’existence de liens, d’accès aux axes
PERIPHERIES  MARGES

 

Apparition d’espaces intermédiaires entre villes et campagne qui se constituent comme lien entre rural et urbain : hors du pôle urbain (métropole) à proprement parlé, mais relié à lui par des axes, connexion au réseau et donc au mode de vie urbain.

Fin de la typologie de l’espace français selon la dichotomie ville – campagne mais vision tripartite : centre, périphérie et marges

•III.                Une conception de l’espace français qui opère la synthèse entre espaces rural et urbain : réalités bien distinctes mais non disjointes

  • 1. Toile, maillage avec toutes les composantes du réseau:
  • – Pôle: la ville, le centre urbain polarisant
  • – Axes: routes, chemin de fer, transports, communication
  • – Flux: échange, commerce entre deux villes – circulation en tout genre (hommes, marchandises)

 

  • 2. Densification du réseau autour de la grande ville (principal pôle) et éclaircissement du maillage lorsque l’on s’éloigne.

 

  • 3. Logique tentaculaire de densification et d’expansion du réseau suivant la polarisation

En France, Paris métropole nationale. Macrocéphalie du réseau urbain.

Conclusion :

La dichotomie ville – campagne, même si elle n’a pas perdu toute sa pertinence doit être nuancée et affinée par une analyse plus poussée de l’espace français : typologie hiérarchisée faisant apparaître des espaces intermédiaires s’intégrant au réseau urbain.

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