L’imaginaire des cartes. Alberto Castoldi. L’Harmattan, Bergamo University Presse Sestante Edizioni, 2012. 98 pages, 15€.

Les cartes ont le vent en poupe ! Télérama consacre une de ses séries de l’été aux cartes et à leur histoire. Les éditions L’Harmattan, en collaboration avec les éditions Bergamo University Press, publient au seuil de l’été l’ouvrage d’Alberto Castoldi L’imaginaire des cartes. Professeur de littérature française à la faculté de Bergame, c’est la problématique de l’imaginaire qui l’intéresse à travers ce support. Il veut analyser comment les hommes ont vu le monde par le biais de la feuille de papier, au cours des siècles.

La carte, reflet de notre vision du monde

Ainsi, la carte en TO est le reflet d’une vision très chrétienne alors que celle de 1549 s’émancipe de l’influence religieuse. Cela se traduit par les changements opérés au niveau des encadrements des cartes. Sur la carte d’Hereford (1300), le Christ du jugement dernier surplombe le cadre alors que sur la carte de Waldseemüller, il a été remplacé par Ptolémée et Vespucci. Avec la production d’atlas, la vision du monde est parcellisée mais elle se veut encyclopédique. « L’atlas, ainsi que l’expansion vertigineuse de ses planches, reflète une nouvelle forme de curiosité ainsi que le plaisir d’avoir le monde entier dans son espace domestique, réserve virtuelle de rêves et de connaissances. »

Typologie des cartes

Au XVIIème siècle, apparaît un nouvel usage de la carte : la transformation du texte en carte avec la « carte du Tendre ». « Le désir d’un corps devient désir d’espaces, la cartographie émotionnelle s’habille de curiosité sexuelle. » C’est ce que l’auteur appelle les cartes allégoriques présentes dans de nombreux ouvrages littéraires. Ces cartes ou croquis illustrent le texte ou sont à la base de la trame narrative (voir l’ouvrage relatant les aventures de Robinson Crusoé mais aussi les plans-croquis de paysage de Zola, aides à l’écriture des Rougon-Macquart). Les cartes anthropomorphes, qui se développent à partir du XIVème siècle avec Opicinus de Canistris, figurent les continents ou pays sous forme de personnes. L’auteur opère des rapprochements avec des tableaux de surréalistes tels que Max Ernst ou Marcel Duchamp sans que la démonstration ne soit convaincante. Enfin, les cartes de l’abstrait occupent la fin de la réflexion de l’auteur. Il devient difficile de le suivre quand il veut, comme Didi-Huberman, voir dans les reflets de marbre d’un œuvre, telle la Madonna delle ombre de Fra Angelico, un message caché. Il faudrait y voir des « similitudes dissemblables », c’est-à-dire des images qui ne doivent pas être interprétées par rapport à ce qu’elles représentent, mais par ce qu’elles suggèrent au-delà de leurs aspects, en tant qu’indices du mystère (pas le visif, mais le visuel). » Le renfort des nombreuses illustrations couleurs du volume s’avère de peu d’utilité pour adhérer à la démonstration, dans le cas présent. Ainsi, l’auteur voit dans les plis des statues du Bernin ou dans les tentures ou les drapés d’Ingres un sens caché comme les enfants voient dans les nuages des personnages se composer au fil de leur avancée. L’auteur achève sa réflexion ainsi « imaginaire qui n’est pas passif, mais qui constitue la réponse aux sollicitations de l’esprit et du monde extérieur. »

Si les dernières pages de ce petit ouvrage laissent dubitatif, il faut reconnaître à l’auteur d’être très convaincant dans les deux premières parties de l’ouvrage. L’historique des cartes qu’il dresse mérite de trouver sa place dans le cours d’histoire de seconde consacré aux nouveaux horizons des Européens. De même, la partie sur les cartes allégoriques peut tout à fait constituer une amorce ou une clé de voute à l’enseignement d’exploration Littérature et Société, au croisement de la littérature et de l’histoire de la cartographie. L’interprétation des cartes anthropomorphiques et notamment celle d’Opicinus de Canistris à la description, semble-t-il, inversée par rapport à la représentation donnée, annonce la dernière partie de l’ouvrage qui suscite le moins d’engouement. Il faudrait y voir « une gigantesque copulation « géographique » (…) La géographie terrestre est la représentation littérale d’un monde lubrique. » A méditer !

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

 

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