Article paru dans Le Monde magazine, n° 68, 1er janvier 2011

Sur le livre Voyage dans l’anthropocène, de Claude Lorius et Laurent Carpentier.

Claude Lorius : glaciologue français reconnu pour ses études de la composition des inclusions gazeuses dans les carottes de glace polaires indiquant les climats anciens de la terre. Il a  pu étudier ces carottes glacières depuis la station Charcot en  Antarctique. Ses études ont permis une meilleure compréhension de l’évolution des climats de la terre.

En double-page,  photo d’un massif du Groenland  couvert de glace autrefois et aujourd’hui  de déchets…

–          Pourquoi l’emploi de l’expression « anthropocène » ?

Depuis 1784, année de l’invention de la machine à vapeur, nous aurions quitté l’holocène,  période à température chaude et stable qui  aurait duré  environ 2000 ans,  pour passer dans l’ « anthropocène »,  période où c’est l’homme qui transforme la géophysique de la planète.  Nom donné pour la première fois par Paul Crutzen  qui, en étudiant la courbe des températures relevées dans la station Charcot en Antarctique,  publie avec le géochimiste Eugène Stoermer,  un article évoquant une nouvelle ère géologique. Un Congrès international se tiendra en août 2012 en Australie, mais les preuves de l’anthropocène ont déjà été reconnues par des membres de la commission de statigraphie de la Royal Geological Society de Londres.

–           Comment l’homme peut-il  influer à ce point sur son environnement ?

Claude Lorius et Laurent Carpentier, dans « Voyage dans l’anthropocène », répondent  à cette question.  L’homme modifie :

1) l’atmosphère  de la terre, par ses émissions de gaz à effet de serre

2) l’hydrosphère : il puise dans les réserves d’eau terrestres, et les rend acides par l’absorption de gaz carbonique

3) les écosystèmes marins

4) la lithosphère par la construction de barrages qui provoquent l’érosion des sols

5) la biosphère , en bouleversant les écosystèmes.

        –      L’homme est-il coupable d’un « second péché originel » ?

Pour Jacques Grinevald,  philosophe, historien des sciences et de la technique, il semblerait que oui. Son point de vue est loin d’être optimiste :  La société industrielle, qu’il accuse en premier, «  a des fondements scientifiques incomplets  et anachroniques.  Le XIXe siècle fut une erreur ;  le XXe, une catastrophe, et le XXIe ? On verra… »

Claude Lorius nuance cependant  ce pessimisme apparent : il ne renie pas la civilisation dont il est issu, il souligne un paradoxe : « nous sommes devenus notre meilleur ennemi »

   –          Fatalité plutôt que responsabilité…

Il critique plus particulièrement  la mentalité des écoles d’ingénieurs , où la valeur du progrès technique est  élevée en dogme,  et  l’innovation en principe. Cette « religion du salut » est en quelque sorte le mythe prométhéen reconverti  au XXe siècle, où l’idée de Messie se fait à travers l’innovation technologique.

L’historien britannique dresse, au cours d’une étude sur la civilisation sumérienne, un constat intéressant sur la façon dont elle a disparu : les Sumériens en Mésopotamie ont su exploiter intelligemment  l’endroit marécageux du delta de l’Euphrate en l’asséchant afin de rendre la terre cultivable, et ainsi ils purent vivre pendant des siècles de la culture de céréales… Mais le système d’irrigation ingénieux qu’ils avaient inventé se retourna contre eux  en faisant remonter des nappes phréatiques des sels minéraux qui brûlèrent les récoltes. Et Toynbee de conclure : « Les civilisations meurent par suicide. Non par meurtre. »  Nous serions ainsi, davantage que responsables de la détérioration de notre planète, victimes de notre propre activité, voués par une sorte de fatalité à disparaître nous aussi, comme toutes les autres civilisations qui ont fait l’histoire.

–          Perte de confiance en la science dans les consciences :

Le temps où la science fascinait, surprenait, était l’objet de toutes les hypothèses et la solution de tous les problèmes, est passé. C’est elle qui nous a perdus, elle a trompé nos espérances :  « nous ne croyons plus, à la suprématie  quasi mystique de la science » dit Lorius.

On assiste  également à une perte de contrôle, ou plutôt à une prise de conscience des ingénieurs techniques de leur impuissance à tout maîtriser : de grands spécialistes de  la  géoingénierie ont reconnu à San Francisco en mars 2010 « ne pas connaître suffisamment les risques » associés aux méthodes qu’ils proposent pour atténuer le réchauffement climatique.

Cette prise de conscience des risques liés à nos découvertes est « une des leçons de l’anthropocène » pour nous, hommes de cette ère nouvelle, « qui avons inventé dans le même temps la vitesse et l’accident. »

–          Quelles solutions ?

1)      promouvoir  l’opinion publique internationale, pour passer  à une action au niveau mondial. Mais cet objectif semble difficile à atteindre, compte tenu de la diversité des intérêts particuliers. En effet le niveau de vulnérabilité n’est pas égal partout, il est bien plus élevé dans les pays en développement, qui sont situés dans des zones vulnérables mais surtout qui n’ont pas les moyens de se protéger contre les risques liés au réchauffement climatique.

2)      Faire entendre la voix de ceux qui se sentent concernés, qui représentent en fait plus de 50% de la population, donc sont déjà en majorité ! Le problème finalement n’est pas le désintéressement mais le sentiment d’impuissance des gens face à un problème d’envergure mondiale…

Avis personnel :  «Le dragon qui nous menace »  semble bien terrible à entendre Claude Lorius et les savants qu’il cite… Peut-être cette vision est-elle, non à nuancer si la réalité est telle, mais à présenter d’une manière moins alarmante : en effet,  Claude Lorius l’observe justement, l’opinion publique est de plus en plus mobilisée, mais l’insistance et le ton apocalyptique avec lesquels le message est diffusé par les médias et le système éducatif peuvent également opérer l’effet inverse, en agaçant  sérieusement certains de nos contemporains…

Marie Pierson, HK AL

 

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Le Monde, 11/02/11

Mururoa : après l’atome, la menace du tsunami

Fragilisé par les tirs nucléaires souterrains, l’atoll pourrait subir un glissement de terrain suivi de vagues océaniques

Les 227 habitants de l’atoll de Tureia, en Polynésie française, vivent dans la crainte après les révélations de risques de tsunami liés au possible effondrement d’une partie du récif de l’atoll de Mururoa, distant de 105 kilomètres. Fin janvier, Marcel Jurien de la Gravière, délégué à la sûreté nucléaire et à la radioprotection pour les activités et installations intéressant la défense (DSND), responsable des anciens sites d’essais, a présenté un rapport de surveillance géomécanique de l’atoll de Mururoa aux autorités et aux associations polynésiennes.

Ce document présente une simulation des  » effets hydrauliques «  sur Tureia, consécutifs à un effondrement de 670 millions de m3 de la falaise nord-est de Mururoa. Il précise qu’un train de vagues océaniques pourrait parcourir la distance séparant les deux atolls en dix minutes, engendrant des déferlements de 2 à 3 mètres au sud de Tureia, dont les zones habitées, situées au-dessus de 3 mètres d’altitude, ne seraient cependant pas touchées.

 » Nous ne pouvons pas ignorer que ce phénomène peut arriver, indique M. de la Gravière. Nous sommes incapables de dire quand exactement il surviendrait, mais nous serions en mesure de détecter les signes avant-coureurs d’un tel glissement « , plusieurs jours à plusieurs semaines à l’avance. Depuis le début des années 1980, la défense a en effet appareillé le sous-sol de Mururoa d’un système de surveillance géomécanique (Telsite) pour alerter ses occupants d’un glissement de terrain.

Ce dispositif a été motivé par l’épisode Tydé, nom de code du 97e essai nucléaire effectué par la France, le 25 juillet 1979. Le choc de ce tir souterrain, effectué au sud-ouest de l’atoll, entraîne le basculement dans l’océan d’un bloc corallien de plusieurs dizaines de millions de m3 de calcaire. Ce glissement provoque, aux abords immédiats, une vague de deux mètres de haut, qui provoque des blessures parmi le personnel. Après cet accident, un mur de protection et des plateformes surélevées ont été mis en place à Mururoa.

Les 105 essais supplémentaires réalisés sur l’atoll jusqu’au dernier tir,  » Thémisto « , fin 1995, n’ont pu que fragiliser la couronne corallienne. Le risque géomécanique, longtemps nié par le ministère de la défense, avait donné lieu à une expertise conduite en 1998 par un groupe d’experts mandatés par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Prenant en compte les mouvements de terrain observés depuis 1980 dans la zone nord de l’atoll, ce rapport avait déjà envisagé l’effondrement d’une énorme  » loupe  » de calcaire. Il évoquait aussi les risques pour Tureia.

Le nouveau rapport présenté par M. de la Gravière se fonde sur des simulations plus récentes. A Mururoa, la vague atteindrait 20 m de haut dans un rayon de 500 m au droit de l’effondrement. Et  » la hauteur d’eau atteindrait 2 à 5 mètres en zone vie « , là où se trouvent les 23 militaires qui stationnent en permanence sur le site. Pour Tureia, une carte des zones submergées a été produite.

Pour M. de la Gravière, il convient donc de coupler,  » dans l’année « , le système Telsite à celui géré par la sécurité civile à Turea et chargé de prévenir la population en cas de cyclone ou de tsunami  » naturel « . Le DSND souligne aussi que le réseau de capteurs permettant de mesurer l’évolution géomécanique de Mururoa devrait être pérennisé et modernisé :  » L’environnement marin a déjà corrodé et mis hors service certains d’entre eux « , indique-t-il. Un chiffrage du coût est en cours.

Reste la question radiologique : si le glissement a lieu, la radioactivité emprisonnée dans la roche polluera-t-elle les alentours ?  » Si d’aventure cela arrivait, les conséquences environnementales seraient très très faibles « , répond M. de la Gravière, qui prend soin de préciser que  » la dissolution de la radioactivité n’est pas une bonne pratique « . Mais, ajoute-t-il,  » on serait devant un fait inéluctable : cet ensemble de tirs nucléaires est irréversible « .

Indignée, la population de Tureia a signé une pétition remise au DSND,  » exigeant des explications, la mise en place de mesures de protection de leur atoll et l’envoi en Polynésie d’une mission d’experts indépendants du Commissariat à l’énergie atomique et des armées pour évaluer les risques géologiques et radiologiques et leurs conséquences et pour proposer des mesures de protection des habitants de l’atoll de Tureia « .

L’inquiétude est générale.  » Chaque fois qu’une houle est annoncée à Rapa dans l’archipel des Australes, à plus de 1 000 km, notre piste d’atterrissage est abîmée, notre débarcadère où on décharge les vivres et où on charge le coprah est endommagé, témoigne un des habitants, Mauake Brander, les conséquences d’une telle vague seraient la mort immédiate. « 

De plus, la population perd confiance. Après l’avoir écarté, les autorités admettent un possible effondrement  » mais minimisent les risques « , s’indigne Bruno Barrillot, de l’association des vétérans des essais Mururoa E Tatou. Il s’était déjà inquiété des effondrements survenus à la fin des années 1970. Il note qu’en zone nord, des failles s’élargissent, et qu’en dix ans, les craquements ont été multipliés par trois. Des fuites ont été constatées dans le récif corallien.  » 28 essais souterrains ont été effectués dans cette zone, explique-t-il. Une dizaine d’entre eux ont provoqué des fuites et n’ont pas été vitrifiés et contenus dans la lave, et les zones coralliennes ont été contaminées. « 

Entre risque de tsunami et risque de contamination radioactive,  » la population de Tureia a peur, selon la maire, Taitua Maro, qu’allons-nous devenir, aura-t-on le temps d’être évacué ? « . Mauake Brander est amère :  » Tout ce qu’on nous a envoyé, ce sont des sirènes pour nous prévenir que la vague arrive et qu’on va crever. « 

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Attention ! Pavé dans la mare !

C’est ainsi que l’on pourrait qualifier ce livre qui vient de sortir aux éditions JC Lattès et dont les nombreux auteurs ont assuré la promotion lors du Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges. Deux têtes d’affiche (Sylvie Brunel et Jean-Robert Pitte) assurent la direction de l’ensemble des contributions de 15 auteurs, tous géographes et qui se sont exprimés à l’occasion d’un colloque qui s’est tenu à la Société de Géographie le 16 septembre 2010.

Derrière ce titre, calqué sur l’expression attribuée aux Gaulois, se cache le coup de gueule des géographes qui en ont assez du catastrophisme ambiant diffusé par les médias, concernant le devenir de notre planète. Depuis que le développement durable s’est imposé dans la gouvernance internationale, les géographes souffrent face à cette vision pessimiste des choses qui tend à s’institutionnaliser. La géographie est la science des possibilités, celle qui s’intéresse à comment l’homme habite la planète. Ils veulent croire en l’avenir de l’Homme. Ils mettent en avant l’histoire de l’humanité, qui n’est, finalement, qu’une succession de réponses apportées à des défis. Ils sont bien conscients que la population mondiale est deux fois plus nombreuse qu’il y a 50 ans, que si l’espérance de vie a fortement augmenté, la mortalité infantile reste encore forte (même si elle a considérablement décru). Ils veulent croire qu’en matière de capacité de charge, il n’y a pas de limites : tout dépend de notre mode de développement. Ils ne nient pas l’ampleur des défis à relever mais estiment que les indicateurs qui sont utilisés ne sont pas les bons.

Ils veulent croire aussi que la géographie peut intéresser le grand public, qu’elle ne mène pas à l’inquiétude ambiante. Ils prêchent la non détermination de la nature et de la culture. Ils réfutent à ce titre la théorie du choc des civilisations. Ils veulent croire que la technique peut être au service des hommes pour mieux gérer la planète et pas seulement de la guerre. Cet optimisme, que d’aucuns pourraient qualifier de « béat », vise à prouver que tout n’est pas fichu et que les Hommes ont un rôle à jouer. Un rôle à jouer aujourd’hui comme demain car, avant de s’intéresser au sort des générations futures, il faut aussi pouvoir aux besoins des Hommes d’aujourd’hui. Ils refusent une mise sous cloche de la nature qui se ferait aux dépens des Hommes. La géographie est là pour apporter des réponses nuancées aux problèmes présentés à l’emporte-pièce par les médias. Comme le dit Martine Tabaud, dans son article intitulé Le réchauffement climatique : «  C’est grave docteur ? » : « La planète n’a pas qu’un climat, une température ne définit pas à elle seule un climat, et une société aujourd’hui, n’est pas seulement déterminée par son climat… bien heureusement ! ». Il faut croire en l’Homme et ne pas se laisser aller à l’émotionnel véhiculé, lors d’accidents climatiques, par les médias du monde entier.

Ils mettent en garde contre le simplisme et sont conscients de la nécessité de mettre en œuvre des raisonnements organisés. Le chapitre consacré par Paul Arnould à la question de la forêt et des pluies acides montre à quel point un phénomène peut être instrumentalisé par la sphère scientifico-médiatique. La question des pluies acides a fait l’objet d’une prise de conscience dès le XIXème siècle suite au constat fait, qu’à proximité des usines, les forêts étaient victimes d’un phénomène de dépérissement. Puis la question n’a plus été mise en avant car les industriels ont trouvé comme parade la mise en place de cheminées très hautes qui permettaient ainsi d’ « exporter » la pollution loin de sa source et empêchaient ainsi de désigner l’entreprise coupable de pollution. La question des pluies acides est remise au goût du jour en Allemagne par les Grunen dans les années 1980.  Et c’est bien une question éminemment politique mais aussi économique car comment expliquer que ce fléau qui attaquait les forêts allemandes ne soit pas (ou presque pas) recensé en France, de l’autre côté de la frontière, dans les Vosges plus exactement ! Le lobby écologique allemand y est pour beaucoup (c’est un thème porteur qui accompagne son essor) mais aussi le lobby de l’industrie automobile qui avait la parade aux pluies acides : le pot catalytique. Pour vendre des pots catalytiques, il faut convaincre le consommateur du bien-fondé de son achat : une manière de le dédouaner (il achète une voiture qui pollue, mais moins que les autres !). En revanche, côté français, l’industrie automobile était à la remorque côté technologies écologiquement innovantes, elle n’avait aucune urgence à vendre des voitures plus chères équipées du pot d’échappement écologique. Il n’y avait donc aucune nécessité à mettre en avant un phénomène réel mais exagéré !

L’ambiance actuelle est au catastrophisme. Il ne faut bien sûr pas nier les réalités mais voir derrière elles qui s’y cachent. C’est à ça que la géographie doit servir !

Catherine Didier-Fèvre Copyright Les Clionautes

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Emmanuel Garnier

Maître de conférences d’histoire moderne

compte-rendu de la conférence qui s’est tenue le vendredi 8/10/10 à Saint Dié-des-Vosges

La Forêt est un objet idéal pour étudier les changements climatiques même si on ne possède pas toujours des séries statistiques.  La tempête de 99 a permis de donner un référentiel pour comparer les évènements climatiques.

Garnier a fait sa thèse sur l’histoire des forêts vosgiennes avec Le Roy-Ladurie. Il travaille aujourd’hui au CEA (laboratoire climat –environnement). Il fait le lien en tant qu’historien entre les sciences dures et les sciences molles. Les scientifiques ne savent pas dépouiller et interpréter les sources historiques et on ne dispose pas de séries statistiques avant les années 1950.

Trois évènements (99 Lothar-Martin, 2009 Klaus, beaucoup moins médiatisée., 2010 Xynthia) ont été vécus comme des évènements exceptionnels alors que ce n’est pas vraiment le cas. Le caractère inédit qui qualifie les accidents climatiques amène à ne pas prendre de mesures de prévention.

A la poursuite d’Eole

Il s’agit de la question des sources. La plus connue est celle du Sire de Gouberville (1562), fonctionnaire forestier du Cotentin. Mais, les indications ne sont pas faciles à interpréter. Exemple, il qualifie de vent violent, des tempêtes de 90km/h ou 110 km/h ?

Les sources ne sont pas de sources homogènes.

Leroy Ladurie a utilisé les bans de vendanges et les mercuriales (prix des denrées)

On dispose des journaux intimes, des mémoires, des livres de raison : récit de la vie quotidienne (famille, comptes, mention météo).

Des travaux dans le cadre de réseaux de scientifiques locaux ou de particuliers. Exemple : un marchand de La Rochelle qherche à faire le lien entre prix des denrées et évènements météorologiques dans le but de faire de la spéculation sur les denrées.

Le clergé tient des écrits qui rendent compte de la météo : les registres paroissiaux. Lors des enterrements, les décès sont commentés (tempête en mer, idem sur les vagues de chaleur et leurs effets sur les décès). On apprend aussi les dégâts sur les clochers des tempêtes. Exemple : ouragan de 1739 suivi par le biais des registres paroissiaux (le curé mentionne l’heure à laquelle le clocher est tombé). On peut la suivre de la Normandie à l’Allemagne. Les curés ont dès le XVII° ont un discours très rationnel (c’est la fin de la colère de Dieu). Il y a aussi les ex-voto, expression d’une pitié populaire. Il y a des saints météorologiques. En Catalogne, Saint Galéric a la réputation de protéger des tempêtes, y compris encore aujourd’hui.

La manne bureaucratique est une source de grande qualité en France, ce qui n’est pas le cas partout en Europe. Il est apparu avec la création des Etats modernes qui visent à établir une fiscalité efficace. On crée des représentants de l’Etat partout. On contrôle le territoire. On va faire payer les gens.

En 1669, création par Colbert de l’administration des eaux et forêts. Création des grueries dans les Vosges (circonscription) pour gérer de manière stratégique les bois, fournisseuses des bateaux.

On a aussi les registres de chablis et de martelage dès la fin du XVI° – début XVII°.  L’intendant a de plus en plus comme mission de venir en aide aux populations privées du côté de l’assistance (indemnisation pratiquée depuis les années 1700 – 1730. Equivalent de 2% du budget de l’Etat alors que pour Lothar – Martin, les indemnisations se sont élevées à 3%).

Il y a aussi les archives municipales qui reflètent le climat dès le XIV° siècle, celles des  amirautés (sur le modèle anglais, créées sous le règne de Louis XIV).

Dernière source : au XVIII°, l’observatoire de Paris, l’académie des sciences de Paris, l’académie des sciences, Belles Lettres et Arts de Bordeaux. Les Cassini arrivent à ce moment pour former des scientifiques ces institutions.

Mesurer les tempêtes

Il faut se constituer des bases de données.

Il apparaît que les tempêtes ne comptent qu’à hauteur de 6% des évènements climatiques au cours de 5 derniers siècles.

Le XVIII° a davantage de vents force 10 (sur l’échelle de Beaufort, ouragan = 12) qu’aux XIX° et XX°. Au XX°, il y a très peu de vents violents dans la première moitié du siècle. Cela participe à un trou d’air mémoriel depuis 1950.

Exemple de la tempête Xynthia

30 submersions entre 1500 et 1950 = trou d’air mémoriel. Cela a des conséquences sur la gestion des digues et leur entretien. La vulnérabilité a été telle que ces régions ont été fortement urbanisées. L’exode rural a fait que les populations sont parties et leur mémoire avec. La rurbanisation secondaire dans les années 70 par des populations venues de région parisienne s’est faite en oubliant les risques de submersion. Les pompiers ont été installés à la Faute/mer dans une des zones les plus submersibles.

Perceptions des tempêtes

Elles sont très présentes. Les livres liturgiques prévoient ce qu’il faut faire en cas de tempêtes : rituel de processions, exorcisme des tempêtes. Cela change à partir du XVIII°.

La tempête de 1703 est un modèle enseigné aux officiers de la Royal Navy (la marine avait été décimée alors qu’elle devait envahir la France. Les Anglais ont  perdu 10 000 hommes. Cet évènement est à l’origine de la mise en place, par la suite, de la presse).

Janvier 1739 : il s’agit d’une tempête qui passe du RU, par la France, pour finir en Suisse.  Elle cause de très gros dégâts au château de Fontainebleau (cf. les devis de réparations).

Le modèle de gestion de la forêt (sur des parcelles, futaie ; on pratique la cépée = un mélange de taillis et de baliveaux) française a été diffusée à travers tout le territoire sans prendre en compte la particularité des espèces. Ce modèle n’est pas adapté aux conifères puisque ces espèces ne repoussent pas sur souches. L’administration forestière est très critiquée par les populations locales. Les espaces enclavés seront préservés puisque l’administration ne pouvait pas exploiter ces parcelles. On a donc la préservation de paysages assez naturels (fin XVII) sauf à proximité de la verrerie de Wildensteim (sur le versant alsacien des Vosges) qui avait besoin de beaucoup de bois.

Les évènements qu’a connu la France ces derniers temps n’ont en rien un caractère exceptionnel, si on prend en compte une échelle de temps plus longue que celle du XX° siècle.

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A lire : la synthèse du  rapport du GIEC 2007. 37 pages destinées aux décideurs afin de leur éviter la lecture fastidieuse des 3 tomes parus en 2007.

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