Description :

Vue d’ensemble : La photo est composée  principalement de trois plans. Au 1er plan on peut voir une route à deux voies, séparées par un terre-plein central. Au 2ème plan se dresse une maison. Et à l’arrière plan se détachent des champs et une forêt à droite.

Au 1er plan, on voit donc une route en béton gris, avec vraisemblablement un panneau de signalisation au milieu du terre-plein

Mais ce qui attire l’œil, c’est d’abord la maison du 2ème plan, car elle occupe une grande place dans la photo. Elle se situe au milieu. Elle est blanche donc contraste fortement avec le reste de la photographie. Il s’agit d’une maison à un seul étage, bien entretenue, clôturée par un portail, des barreaux et une petite porte. Ses volets sont verts ainsi que la porte du garage. On peut aussi distinguer des jardinières avec des fleurs, accrochées aux fenêtres.

Mais deux autres éléments peuvent attirer l’attention du spectateur. Ce sont tout d’abord ces deux fils électriques qui partent de la maison et se détachent du ciel bleu et ensuite le fil à linge en fer sur lequel sèchent des vêtements qui se trouve dans le pré à droite de la maison.

Derrière, s’étend un paysage naturel  : des champs, des prés, une forêt, et au loin une petite colline. Sur le bord de la route on aperçoit des fleurs sauvages, surement des coquelicots.

Interprétation :

A première vue, on peut trouver cette photo quelque peu banale, sans intérêt. Mais si on l’observe mieux, elle a quelque chose d’un peu dérangeant, quelque chose qui pose question.

Cette masse verticale que forme la maison « casse » l’horizontalité paisible du paysage. De surcroit, la maison, pour pouvoir être bâtie a du être mise à niveau par rapport à la pente naturelle de l’environnement. Cette maison est  horizontalement droite, et donc en décalage avec le paysage et la route, qui sont eux, inclinés. La verticalité massive de la maison et le fait qu’elle ne suive pas la pente naturelle du terrain créent donc ce déséquilibre visuel, ce « quelque chose » qui dérange l’œil, avant même d’avoir réfléchi à la signification. De plus, on ne voit pas les habitants de cette maison ; pourtant tout laisse à croire qu’elle n’est pas abandonnée, ou plutôt, tout, dans l’environnement, trahit leur présence. Ce fil à linge en plein milieu du pré, semble ne pas être à sa place. C’est comme si les hommes qui vivent dans cette maison s’étaient appropriés un bout de nature en empiétant sur son territoire. De plus, les fils électriques qui partent de la maison sont surement raccrochés à un poteau électrique qui doit se trouver dans un champ, polluant ainsi le paysage.

Au niveau des couleurs, il y a un fort contraste entre le gris du 1er plan et les différentes nuances de vert de l’arrière plan. Le gris, c’est le symbole de l’activité industrielle, technologique, de la construction de bâtiments tandis que le vert, c’est la couleur de la nature par excellence.

Pourtant, on peut imaginer que les habitants de cette maison ont essayé d’utiliser des couleurs présentes dans le paysage qui les entoure : les volets sont verts, la clôture aussi, les tuiles rappellent les coquelicots, des fleurs décorent la maison pour mettre un peu de verdure sur la façade… Comme si les gens avaient voulu – en vain – se fondre dans le paysage.

Ce que le photographe a voulu montrer à travers cette photographie apparemment simple, serait toute la complexité du processus d’aménagement du territoire par les sociétés humaines actuelles. C’est peut-être aussi ce phénomène de « retour au vert » qui semble prendre de l’ampleur de nos jours, que Depardon a voulu illustrer avec cette photo. Ou encore peut-être que cette photo n’est que le début d’un travail : le photographe reviendra  peut-être faire l’état des lieux dans quelques années pour voir comment a évolué ce paysage…

On serait tenté de penser que cette maison va en attirer d’autres autour d’elles et que dans quelques temps, les champs seront recouverts par des pavillons, des immeubles… N’est-ce pas un appel à la sensibilisation de chacun et un moyen de faire prendre conscience que certains paysages sont menacés par l’homme ?

© Marie-Aimée Delpeuch et Sixtine Fourneraut, HK AL

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