Etre logé, se loger, habiter. Regards de jeunes chercheurs. Martine Berger et Lionel Rougé (dir.) L’Harmattan, 2011. 320 pages, 33€

Issues de deux journées organisées en 2005 et en 2007 par le laboratoire LADYSS, les contributions ici rassemblées ont toutes pour point commun de présenter le stade de réflexion de jeunes chercheurs doctorants ou post doctorants sur la thématique de l’Habiter. Inscrite aux programmes scolaires (programme de géographie de sixième) depuis 3 ans, ce concept témoigne d’une évolution épistémologique touchant à la fois la géographie, l’histoire, la sociologie et l’ethnologie. Une conception large de l’habitat et de l’habiter est retenue. La distinction villes – campagnes, dans le cadre de cette thématique n’a plus lieu d’être « lorsqu’il s’agit d’analyser les stratégies résidentielles et les pratiques spatiales des ménages. »

L’ensemble des contributions est organisée en deux parties aux titres assez énigmatiques et peu encourageants. La première partie, intitulée : Quand les pratiques et les politiques s’ajustent, vise à mettre sur l’accent sur les politiques publiques en œuvre et sur les acteurs. Dans les faits, c’est passionnant à lire. Cela commence par le métier d’agent immobilier pour ensuite glisser vers celui des bailleurs sociaux afin d’aborder la question de la rénovation urbaine. Puis, la seconde moitié de cette partie est consacrée à l’autre pendant de la question plus connue : celle de la gentrification. Ces articles sont riches d’enseignement car ils dévoilent des aspects méconnus de la question du logement.

Les stratégies territoriales des agents immobiliers sont analysées selon qu’ils travaillent en réseau franchisé (type Century 21) ou en indépendants. La pratique du mandat exclusif ou libre est décryptée selon le type de réseau auquel appartient l’agence. Instructif pour ceux qui ont un bien à vendre ! Le texte de Pascale Dietrich-Ragon, contenant des tableaux au contenu énigmatique (cf. tableaux de régression), pose une question fondamentale : celle de l’attribution du logement social. Elle décrypte les mécanismes traditionnels d’attribution (mérite, logique des statuts, respect de la loi) qui sont bafoués lors des relogements intervenant suite à des problèmes d’insalubrité. Pour faire face à l’urgence de la situation, l’ordre des demandes est modifié et favorise ceux qui étaient en situation de squat, surtout quand ils ont des enfants. L’auteur ne prend pas position et donne la parole aux habitants demandeurs de logements sociaux qui vivent cela comme une injustice. Un autre article (celui de Sophie Bretesché) décortique la réforme opérée au sein des organismes HLM dans le but d’une rationalisation du travail : mise en place des centrales d’appel. Si certains salariés appliquent les consignes de la direction à la lettre (envoi cadencé de lettres de rappel), d’autres le font aussi mais cherchent à ménager des temps pour recevoir en direct les locataires qui ont des problèmes d’impayés. Ils créent du lien, dans un système qui ne le valorise pas (notamment parce que ces actions ne sont pas évaluables et chiffrables). La politique de la ville, y compris Loi Borloo, est analysée dans le cadre mal connu des copropriétés en difficultés de Clichy/Bois et Montfermeil. Le processus de paupérisation est lié à un fort taux d’endettement qui empêchent les propriétaires de payer les charges et les investissements nécessaires dans la copropriété. Les mesures mises en œuvre ont été multiples mais leurs résultats sont bien peu probants. Au final, ces courts chapitres traitant de rénovation du logement social sont plutôt pessimistes. Le ton est finalement assez proche pour les articles qui portent sur les processus de gentrification. A partir d’un exemple moins connu que celui de Montreuil (étudié par Anaïs Collet), Marie Chabrol et Anne Clerval analysent les processus de gentrification à proximité du métro Château Rouge (à proximité de Barbès) ou de l’impasse Cour de Bretagne (X° arrondissement). Si le patrimoine immobilier a été considérablement valorisé depuis les années 2000, l’emploi du terme mixité sociale reste vain. Les nouvelles catégories socioprofessionnelles (issues des classes moyennes à tendance créatrice) ne se sont pas appropriées le quartier investi. Elles ne fréquentent pas les commerces ethniques du quartier et entretiennent un « entre soi » exclusif qui se traduit spatialement par la mise en place de portillons fermés à l’entrée de l’impasse. Politiques publiques, stratégies privées ont bien du mal à mettre en place du lien et la mixité sociale voulue par tous, y compris par les gentrificateurs eux-mêmes.

La seconde partie du volume : Concepteurs, habitants : s’approprier des lieux et des modèles traite du point de vue des habitants, eux-mêmes, même si un article, assez compliqué de Marilena Kourniati, revient sur les propositions faites par le groupe Team 10 (groupe d’architectes issus du mouvement moderniste) pour rénover les principes de la Charte d’Athènes. De nombreuses études de cas sont exposées dans cette partie. L’approche historique est retenue par Olivier Berger à partir du cas du Parc d’Ardenay (Essonne) à Palaiseau. Dans ce parc de 9 hectares, ont été construites dans les années 1950 des résidences collectives de grand standing pour l’époque dont les appartements ont été achetés par des catégories socioprofessionnelles assez homogènes : fonctionnaires, membres du CEA, enseignants, nombreux rapatriés d’Algérie… Le parc d’Ardenay est surnommé par les habitants de Palaiseau « la cité des Polytechniciens ». Olivier Berger analyse comment les habitants d’Ardenay sont vus par les habitants locaux mais aussi comment ceux-ci se voient. Ce différentiel est surtout le fait des premières décennies. « Aujourd’hui plus aucune barrière ne les sépare des Palaisiens. Le Parc n’étant plus nouveau, il n’est donc plus porteur d’une nouvelle identité. » Le point de vue des habitants est aussi celui retenu par Sabrina Bresson, sociologue, qui travaille, dans une optique historique, sur deux ensembles collectifs : l’unité d’habitation de Le Corbusier à Rezé et les Etoiles de Jean Renaudie à Ivry-sur-Seine. L’approche par les ressentis des habitants permet bien de rendre compte de ce qu’est habiter un espace. La place du jardin et des espaces collectifs dans des petits ensembles d’habitat collectif est une autre clé d’entrée dans la problématique de l’habiter. Ainsi, Magali Paris s’intéresse à la manière avec laquelle les habitants s’approprient leur balcon, leur bout de cours par la pratique du jardinage. «  (…), habiter son jardin c’est s’adapter à une situation et l’adapter à soi à travers différentes modalités d’interactions plus ou moins hospitalières ou plus ou moins défensives. » Le jardin est un lieu « synthétique » : « Michel Foucault (1967) le qualifiait d’hétérotopie : capacité d’un lieu à rassembler en son sein plusieurs espaces en eux-mêmes incompatibles. Selon lui, le jardin est la forme la plus ancienne des hétérotopies, la plus petite parcelle du monde qui rassemble en son sein la totalité du monde. » Valérie Lebois, elle, s’intéresse aux espaces collectifs : cour – jardin d’habitat social à Paris et sur le rôle tenu par ces espaces dans la vie collective de la résidence. Ces espaces sont une alternative à la ville dense. Pour cela, il est nécessaire de réunir plusieurs conditions : le calme, l’impression d’espace, la lumière, la présence de végétation. Si l’auteure met bien en avant que, trop souvent, ces espaces sont considérés par les maîtres d’ouvrage comme des espaces inutiles car non rentables financièrement, elle n’aborde pas l’appropriation de ces espaces par des individus extérieurs aux résidences : jeunes qui viennent squatter bruyamment la nuit ces espaces au mépris du repos des résidents. Au-delà d’autres articles qui traitent de la question d’habiter dans des champs géographiques divers (Maroc, Hongrie, Burkina Faso), l’article de Nathalie Ortar approche, par le biais des résidents secondaires, la question de l’habiter selon le concept de l’ancrage qu’elle a précédemment développé dans la lignée des travaux de J. Remy (1996). Posséder une maison de vacances est central pour pouvoir avoir un ancrage, surtout dans le cas de mobilités professionnelles non choisies. « La maison est utilisée comme un épicentre de la vie familiale.  Elle représente une attache, une référence dans la vie familiale qui permet d’aller de l’avant vers de nouveaux projets et surtout de nouvelles destinations professionnelles. » C’est tout le paradoxe de la question des mobilités appliquée à notre société. Etre mobile nécessite d’être « de quelque part » : l’habitat permanent ou secondaire participe à la construction de l’identité.

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

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Sylvie Brunel. Géographie amoureuse du monde, 2011

            Sylvie Brunel est une géographeéconomiste et écrivain française. Elle a travaillé pendant plus de quinze années dans l’humanitaire (Médecins sans frontièresAction contre la faim). Elle est à ce jour professeur de l’Université Paris IV-Sorbonne.

            Son livre Géographie amoureuse du monde, remet en question une vision pessimiste du monde.

            Dans ce Huitième chapitre, elle écrit sur un thème qui lui est cher : L’Afrique. Après une présentation géographique de ce continent, et de sa diversité, elle nous raconte l’Afrique telle qu’elle l’a vue, montrant sa beauté et sa douceur, mêlées à la brutalité et à la violence. Maintenant nous parlons de « rising Africa »

            Elle décrit l’histoire de l’Afrique depuis sa décolonisation. Tous les espoirs sont en Afrique, qui ne seront jamais accomplis,  en raison de la guerre Froide qui soutient des dictateurs oubliant l’agriculture. Le manque d’aide rend les populations vulnérables aux changements climatiques. L’ingérence économique est déclarée dans les années  80.

            A la chute de l’URSS, les dictateurs perdent leurs soutiens, c’est l’ingérence politique. Mais la démocratie trop soudaine aboutit à des guerres civiles. L’aide humanitaire remplace l’aide stratégique. Les services publics disparaissent, des écoles évangéliques ou coraniques les remplacent.

            En août 1998 les ambassades américaines du Kenya et de la Tanzanie ont subi des attentats, revendiqués par Al Qaida. Les Etats-Unis prennent conscience d’une Afrique mondialisée, et de ses enjeux.

            L’Afrique devient une sorte de terre promise. Mais en vue d’une économie saine, l’Afrique doit sortir de la « décennie du chaos ». Les « démocratures » sont nées. Ce sont des régimes forts qui ont l’aspect d’une démocratie : la démocratie n’étant plus défendue que par la France (la Chine ne met pas de conditions institutionnelles à son intervention économique sur le continent).

            L’Afrique obtient des investissements (50 milliards de dollars dans cette dernière décennie) et des aides humanitaires contre les pandémies.

            C’est une des terre les plus riches du monde, d’où l’enjeu qu’elle représente. Elle possède la rente bleue (hydroélectricité), la rente noire (12% des réserves de pétrole), la rente jaune (le soleil), la rente géothermique (le rift), et la rente verte. L’Afrique possède 60% des réserves de terres, seulement 10% sont utilisées actuellement, avec une faible rentabilité. (1 tonne par hectare)

            Les pays manquant de terre, se précipitent sur ces terres, et délocalisent. Ceci est vu par les occidentaux, comme une dépossession des terres et des ressources.

            Ces états tout-puissants sont bien souvent indifférents au sort des paysans, grands perdants du « décollage africain ».

            Ces mesures permettent à l’Afrique de posséder des taux de croissance comparables à la Chine. De plus L’Afrique attire le tourisme, nouvel Eldorado.

            Il faut préserver cette éden contre l’irresponsabilité des africains. C’est le syndrome Tarzan. L’Afrique est accusée d’ingérence écologique. Pourtant si on lit Tintin au Congo on s’aperçoit que les occidentaux procédaient à de véritables massacres.

            Aujourd’hui 14% du continent est classé. Les ouvertures des parcs nationaux empêchent les villes de s’étendre et les migrants s’entassent dans des quartiers précaires.

            Sylvie Brunel se demande alors, si l’Afrique restera la banlieue du monde. On peut observer l’émergence d’une classe moyenne de 300 millions d’individus, mais la moitié de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté.

            De plus les démocratures sont accusées de détourner l’argent. Les famines sont d’ailleurs un indicateur de l’état de la politique, révélatrices des dysfonctionnements politiques. Mais permettent des « primes d’urgence ».

            Ce chapitre montre la diversité de l’Afrique. Il expose la vue biaisée occidentale, notre responsabilité et nos erreurs.  En cela elle  arrive à changer quelque peu notre vision. Cependant sa position n’apparait pas clairement, elle se montre dubitative sur la « rising Africa » est incertain. Pourtant elle tente d’apporter des solutions, par exemple pour les famines, et surtout pour réduire les inégalités : « Seules de véritables politiques visant à rééquilibrer les territoires », permettront que les jeunes voient  leur futur en Afrique.

Livia Haulot, HK/AL

 

 

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La France et l’Italie sont deux pays presque opposés en Europe en termes de fécondité : la France compte en moyenne 2 enfants par femme contre 1,4 en Italie. Cette différence s’explique en partie par un report de l’arrivée du premier enfant plus accentué en Italie. À l’âge de 25 ans, 42 % des femmes en France nées entre 1960 et 1969 avaient eu un premier enfant contre 35 % en Italie.

Lire la suite sur l‘INED.

 

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http://villemandeurdemain.over-blog.com/article-29478163.html

(Par Gérard-François Dumont)

 in Historiens et Géographes, enseigner le développement durable.

Résumé :

 Ce que craint Malthus est un dynamisme démographique non équilibré, créateur de misère. Jean-Baptiste Say (1767-1832) pense qu’il faut pratiquer une restriction des naissances qui se ferait par la peur des conséquences négatives de la procréation sur l’économie : privilégier l’épargne à la procréation. La fin des « 30 glorieuses » pose la question des limites physiques de la croissance économique. Cette croissance proviendrait de la croissance démographique et aurait des effets dévastateurs sur la planète. Ces inquiétudes renvoient à des ignorances : le monde à cette période se trouve en pleine transition démographique depuis la fin du XVIIIe siècle, il n’y a donc aucune raison de s’inquiéter car la population va tendre à se stabiliser. De plus, le malthusianisme a toujours sous estimé les ressources, le progrès technique, la capacité d’adaptation des modes de consommation, la lutte contre la pollution, etc … Selon le malthusianisme écologique, la population est responsable de la rupture des «grands équilibres» écologiques. Cependant, ce courant semble oublier les progrès de l’humanité dans le mieux vivre. De plus, l’homme peut-il toujours porter atteinte aux espaces naturels puisque la question se pose de savoir s’il reste encore ou non des espaces « naturels » ?

Ces accusations de la croissance démographique d’entraver le développement durable sont elles fondées ?

Il est vrai que la population de la planète a augmenté de façon inédite et importante ces deux derniers siècles. Elle n’est nullement due à une hausse de la natalité mais plutôt à une baisse importante de la mortalité. Cela pourrait s’expliquer par la transition démographique, opérée dans certains pays en ce moment, qui transforme structurellement les attitudes démographiques de certaines régions. Il y a donc en plus de croissance démographique, développement démographique. L’étude de l’espérance de vie nous montre que le développement démographique est profitable aux générations présentes, mais aussi, augmente l’espérance de vie des générations futures. Le développement démographique est donc durable. Enfin, certains s’inquiètent de la poursuite de la croissance démographique au XXIe siècle en se fondant sur l’idée de l’homme pollueur. Or, on ne constate pas de corrélation entre densité et émissions de dioxyde de carbone. La démographie n’intervient donc pas dans le processus de pollution. La croissance démographique ne peut donc pas être accusée des insuffisances de développement durable. Elles sont les conséquences de comportements humains seulement.

L’auteur :

Gérard-François Dumont est un géographe et démographe français. Ses liens avec son ami, l’économiste Alfred Sauvy, le pousse dans la carrière universitaire. Professeur dans la section géographie et aménagement de l’université Paris IV, il se spécialise dans la géographie humaine en utilisant beaucoup la géodémographie. C’est l’étude des populations et de la façon dont elles se succèdent sur le territoire. Géographe reconnu, il est l’inventeur de néologismes régulièrement repris comme les principes de « gérontocroissance », « gérontodécroissance », de « juvénocroissance »,  « juvénodécroissance »,  d’ « Europe ridée », ou encore d’ « hiver démographique ».

Critique :

Il est vrai que le rapprochement entre démographie et développement durable est très tentant d’un point du vue écologique, ce que traite très bien ce texte. Cependant, il ne faut pas restreindre les problèmes de développement durable aux problèmes écologiques. Quantités d’autres domaines peuvent ne pas se développer durablement. On peut prendre l’exemple de l’économie.

En effet, cette discipline traite de la production, de la circulation et de la consommation des richesses. Cela peut poser des problèmes en se développant pour les générations futures. Un exemple d’actualité brulante est le problème de la dette. On pourrait, là aussi, faire un rapprochement avec la démographie. Ce n’est pas la croissance démographique dont il est ici question, mais de l’évolution du type de la population, observée de manière générale dans les pays riches : le vieillissement pose problème dans la mesure où il pèse sur les finances publiques de diverses manières. Ce poids de la population pour la génération présente ne doit pas entraver leur développement. C’est pourquoi, elles empruntent et s’endettent (même si le vieillissement de la population n’est pas le seul facteur d’endettement). Cette dette sera transmissible aux générations futures. Deux choix s’offriront à elles : soit elles décident de rembourser cette dette et ainsi, se priver d’un certain développement ; soit elles décident de ne pas rembourser la dette et ainsi exposent les générations futures à de graves troubles. Bien sûr, l’exemple de la situation actuelle de la Grèce illustre parfaitement cette idée.

Voici donc un domaine où la démographie entrave un certain développement durable et que le texte a peu développé.

Paul de Penfentenyo, HK BL

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Géographie amoureuse du monde. Sylvie Brunel. JC Lattès, 2011. 279 pages. 19€

Sylvie Brunet repart en guerre !

Dans la lignée de l’ouvrage qu’elle avait codirigé avec Jean-Robert Pitte   l’année passée, elle livre ici une apologie de l’action des hommes sur la terre. « Je suis amoureuse du monde. Je le trouve beau, accueillant, hospitalier là où l’homme a imprimé sa marque, façonné les paysages, apprivoisé l’eau, reverdi le désert, créé des jardins. » Elle refuse de se laisser aller au catastrophisme, alimenté par la crainte d’un réchauffement climatique. Elle estime qu’il faut arrêter de dénoncer l’anthropisation de la planète. Elle rappelle que, grâce à l’action des hommes, nous sommes moins nombreux à mourir de faim, de froid, de maladies qu’autrefois. « L’histoire de l’humanité est celle d’une âpre lutte pour la survie, avec, pour compagnes quotidiennes, l’insécurité et la vulnérabilité. »

Elle s’insurge contre les « nouveaux flagellants, qui paraissent trouver une jouissance masochiste dans la mise en accusation d’eux-mêmes – et surtout de leurs concitoyens – et vont partout en appelant le monde à l’expiation collective. » Elle croît en l’action politique (quand elle est menée au nom de l’intérêt général) pour améliorer le sort de l’humanité car elle ne nie pas les problèmes. Elle veut croire en la capacité des Hommes à trouver des solutions durables aux situations que nous vivons. Pour cela, elle appuie son discours sur des exemples copieusement développés : la Camargue, le monde insulaire, les cités-Etats du Golfe, le Nordeste brésilien ou bien encore l’Afrique.

L’ouvrage s’apparente beaucoup à un ouvrage d’ego-géographie (sa fête d’anniversaire, histoire de sa grand-mère en Polynésie, ses missions au Brésil, ses cours à Abu Dhabi à la « Sorbonne des Sables »…). Le plan de l’ouvrage brasse et rebrasse les thèmes chers à Sylvie Brunel : le développement durable, la faim , l’Afrique . L’ensemble est globalement écrit avec une plume alerte, convaincante comme son auteure qui, lors de conférences ou de cours, sait captiver un public (souvent acquis à sa cause). Elle reprend ici le thème de la « disneylandisation »  à travers plusieurs exemples. Avec celui de la Camargue, le jeu des acteurs est décortiqué pour mettre en évidence ce qui se cache derrière les conflits d’usage. Elle montre qu’un espace naturel ou classé comme tel n’a rien de naturel. La Camargue est aussi le résultat de l’action des hommes. Elle met en garde contre la patrimonialisation de sites par le biais de l’UNESCO, si cela se fait sans tenir compte des populations locales en tant qu’acteurs à part entière. Elle ose s’attaquer à la thèse de Jared Diamond, qui explique la disparition des Pascuans par une guerre entre clans, responsable de la déforestation. Elle mobilise pour cela les arguments de deux archéologues français : Catherine et Michel Orliac. Ces derniers rendent responsables de cet état de fait une longue sécheresse (au milieu du XVII° siècle) et la traite des esclaves, aux effets aggravés par le développement de l’élevage ovin par les Chiliens au début du XXème siècle. Les chapitres dédiés aux thèmes les plus souvent exploités par l’auteure sont particulièrement éclairants. Celui sur l’Afrique achève de faire réfléchir sur le « syndrome de Tarzan » (l’ingérence écologique conduite par les Occidentaux dans le cadre d’accords signés avec des « démocratures ») et ses méfaits. Elle prend la défense de ceux qui cultivent la terre et qui sont souvent accusés de dégrader l’environnement par l’usage d’engrais ou d’irrigation alors que le productivisme réduit considérablement l’emprise foncière de l’agriculture. Elle démontre que l’idée qui tend à faire croître qu’en consommant moins de viande, il y aura plus de céréales pour nourrir la planète est une baliverne. C’est le meilleur moyen de totalement désorganiser un système qui ne donne pas déjà toute entière satisfaction. Ce qui compte ce sont les trois P : paix, pluie et prix. « (…) aujourd’hui les meilleurs alliés de la nature, les vrais écologistes, ceux qui sont les sentinelles de la terre et qui peuvent aider le monde à s’engager dans ce vœu désormais universel d’un développement durable, ce sont les agriculteurs ! Eux connaissent parfaitement la nature, au lieu d’en concevoir une vision bucolique et désincarnée. Et ils savent qu’elle envahit tout, colonise tout, reprenant ses droits dès que s’affaiblit la main de l’homme ».

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

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