Emmanuel Garnier

Maître de conférences d’histoire moderne

compte-rendu de la conférence qui s’est tenue le vendredi 8/10/10 à Saint Dié-des-Vosges

La Forêt est un objet idéal pour étudier les changements climatiques même si on ne possède pas toujours des séries statistiques.  La tempête de 99 a permis de donner un référentiel pour comparer les évènements climatiques.

Garnier a fait sa thèse sur l’histoire des forêts vosgiennes avec Le Roy-Ladurie. Il travaille aujourd’hui au CEA (laboratoire climat –environnement). Il fait le lien en tant qu’historien entre les sciences dures et les sciences molles. Les scientifiques ne savent pas dépouiller et interpréter les sources historiques et on ne dispose pas de séries statistiques avant les années 1950.

Trois évènements (99 Lothar-Martin, 2009 Klaus, beaucoup moins médiatisée., 2010 Xynthia) ont été vécus comme des évènements exceptionnels alors que ce n’est pas vraiment le cas. Le caractère inédit qui qualifie les accidents climatiques amène à ne pas prendre de mesures de prévention.

A la poursuite d’Eole

Il s’agit de la question des sources. La plus connue est celle du Sire de Gouberville (1562), fonctionnaire forestier du Cotentin. Mais, les indications ne sont pas faciles à interpréter. Exemple, il qualifie de vent violent, des tempêtes de 90km/h ou 110 km/h ?

Les sources ne sont pas de sources homogènes.

Leroy Ladurie a utilisé les bans de vendanges et les mercuriales (prix des denrées)

On dispose des journaux intimes, des mémoires, des livres de raison : récit de la vie quotidienne (famille, comptes, mention météo).

Des travaux dans le cadre de réseaux de scientifiques locaux ou de particuliers. Exemple : un marchand de La Rochelle qherche à faire le lien entre prix des denrées et évènements météorologiques dans le but de faire de la spéculation sur les denrées.

Le clergé tient des écrits qui rendent compte de la météo : les registres paroissiaux. Lors des enterrements, les décès sont commentés (tempête en mer, idem sur les vagues de chaleur et leurs effets sur les décès). On apprend aussi les dégâts sur les clochers des tempêtes. Exemple : ouragan de 1739 suivi par le biais des registres paroissiaux (le curé mentionne l’heure à laquelle le clocher est tombé). On peut la suivre de la Normandie à l’Allemagne. Les curés ont dès le XVII° ont un discours très rationnel (c’est la fin de la colère de Dieu). Il y a aussi les ex-voto, expression d’une pitié populaire. Il y a des saints météorologiques. En Catalogne, Saint Galéric a la réputation de protéger des tempêtes, y compris encore aujourd’hui.

La manne bureaucratique est une source de grande qualité en France, ce qui n’est pas le cas partout en Europe. Il est apparu avec la création des Etats modernes qui visent à établir une fiscalité efficace. On crée des représentants de l’Etat partout. On contrôle le territoire. On va faire payer les gens.

En 1669, création par Colbert de l’administration des eaux et forêts. Création des grueries dans les Vosges (circonscription) pour gérer de manière stratégique les bois, fournisseuses des bateaux.

On a aussi les registres de chablis et de martelage dès la fin du XVI° – début XVII°.  L’intendant a de plus en plus comme mission de venir en aide aux populations privées du côté de l’assistance (indemnisation pratiquée depuis les années 1700 – 1730. Equivalent de 2% du budget de l’Etat alors que pour Lothar – Martin, les indemnisations se sont élevées à 3%).

Il y a aussi les archives municipales qui reflètent le climat dès le XIV° siècle, celles des  amirautés (sur le modèle anglais, créées sous le règne de Louis XIV).

Dernière source : au XVIII°, l’observatoire de Paris, l’académie des sciences de Paris, l’académie des sciences, Belles Lettres et Arts de Bordeaux. Les Cassini arrivent à ce moment pour former des scientifiques ces institutions.

Mesurer les tempêtes

Il faut se constituer des bases de données.

Il apparaît que les tempêtes ne comptent qu’à hauteur de 6% des évènements climatiques au cours de 5 derniers siècles.

Le XVIII° a davantage de vents force 10 (sur l’échelle de Beaufort, ouragan = 12) qu’aux XIX° et XX°. Au XX°, il y a très peu de vents violents dans la première moitié du siècle. Cela participe à un trou d’air mémoriel depuis 1950.

Exemple de la tempête Xynthia

30 submersions entre 1500 et 1950 = trou d’air mémoriel. Cela a des conséquences sur la gestion des digues et leur entretien. La vulnérabilité a été telle que ces régions ont été fortement urbanisées. L’exode rural a fait que les populations sont parties et leur mémoire avec. La rurbanisation secondaire dans les années 70 par des populations venues de région parisienne s’est faite en oubliant les risques de submersion. Les pompiers ont été installés à la Faute/mer dans une des zones les plus submersibles.

Perceptions des tempêtes

Elles sont très présentes. Les livres liturgiques prévoient ce qu’il faut faire en cas de tempêtes : rituel de processions, exorcisme des tempêtes. Cela change à partir du XVIII°.

La tempête de 1703 est un modèle enseigné aux officiers de la Royal Navy (la marine avait été décimée alors qu’elle devait envahir la France. Les Anglais ont  perdu 10 000 hommes. Cet évènement est à l’origine de la mise en place, par la suite, de la presse).

Janvier 1739 : il s’agit d’une tempête qui passe du RU, par la France, pour finir en Suisse.  Elle cause de très gros dégâts au château de Fontainebleau (cf. les devis de réparations).

Le modèle de gestion de la forêt (sur des parcelles, futaie ; on pratique la cépée = un mélange de taillis et de baliveaux) française a été diffusée à travers tout le territoire sans prendre en compte la particularité des espèces. Ce modèle n’est pas adapté aux conifères puisque ces espèces ne repoussent pas sur souches. L’administration forestière est très critiquée par les populations locales. Les espaces enclavés seront préservés puisque l’administration ne pouvait pas exploiter ces parcelles. On a donc la préservation de paysages assez naturels (fin XVII) sauf à proximité de la verrerie de Wildensteim (sur le versant alsacien des Vosges) qui avait besoin de beaucoup de bois.

Les évènements qu’a connu la France ces derniers temps n’ont en rien un caractère exceptionnel, si on prend en compte une échelle de temps plus longue que celle du XX° siècle.

Mots-clefs :, , , , , , , , ,