Les lieux des banlieues. Hervé Marchal et Jean-Marc Stébé. Cavalier bleu, 2012. 154 pages, 18€50.

 

Voici que paraît le troisième tome de la série « Les lieux de… », consacré cette fois-ci aux banlieues. Comme pour les numéros précédents, l’éditeur a fait appel aux meilleurs spécialistes de la question (Rémy Knafou pour le tourisme , Denis Retaillé pour la mondialisation). Ici, c’est aux inséparables sociologues urbains, Hervé Marchal et Jean-Marc Stébé, auteurs du Traité sur la ville , que la mission a été confiée. Le principe est désormais bien connu. Il s’agit de présenter l’état de la question à partir d’un tour du monde : « De Paris à Nancy, de Mumbaï à Los Angeles ».

 

C’est une définition large de la banlieue qui a été retenue par les auteurs : celle de périphéries urbaines afin de ne pas se concentrer uniquement sur les cités HLM déshéritées. C’est pourquoi ce voyage en banlieues intègre aussi bien les lotissements pavillonnaires que les bidonvilles des grandes mégalopoles mondiales en passant par les hypermarchés. Une série de sept études de cas est proposée : Levallois, Dharavi, Los Angeles, Saint-Denis mais aussi à trois reprises Nancy, terrain d’étude privilégié des auteurs. Le sens de la narration des auteurs rend effective cette ballade urbaine. Les lieux choisis sont aussi l’occasion d’élargissement sur la place de la maison individuelle, la gentrification, les gated communities ainsi que de zooms sur des lieux similaires à l’étude de cas : favelas de Rio, grands ensembles de Sarcelles… L’idée qui a prévalu à l’organisation de l’ouvrage est de montrer qu’au sein même des banlieues, les différentiels existent, y compris dans un grand ensemble où une ségrégation socio-spatiale s’opère entre les différentes tours.

 

Si les auteurs ont eu à cœur de ne pas choisir des lieux clichés, l’appréciation des auteurs sur les lieux choisis transparaît. L’analyse du phénomène hypermarché (« Le Cora-Houdemont ») est particulièrement féroce et n’a rien à envier à la critique de la grande consommation déployée dans le film « Le Grand Soir » de Benoît Delépine et de Gustave Kervern. Cette critique de la culture du hangar se retrouve dans l’analyse de la megachurch pentecôtiste « Charisma » de Saint-Denis, même si, ici, tout est fait pour lutter contre l’anonymat dans un contexte d’  « entre-soi » cultivé. « Les megachurches sont aux villes globales d’aujourd’hui ce que les cathédrales étaient dans les métropoles régionales d’hier. » Plus la lecture de l’ouvrage avance et plus les méfaits de l’étalement urbain sont mobilisés par les auteurs, favorables à la ville compacte. Mike Davis et son « Pire des mondes possibles»  sont convoqués. « Nous entrons probablement dans l’ère des banlieues, pour le meilleur ou pour le pire… » Pas très réjouissant comme constat, pour les habitants des zones périurbaines que nous sommes !

 

Catherine Didier-Fèvre ©Les Clionautes

 

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , ,


Pour consulter le programme du colloque : Partout la ville qui aura lieu la semaine prochaine (du 26 au 28 septembre 2012) à Clermont-Ferrand.

http://www.partoutlaville.com

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , ,


Photographie de Marie Amiot

Localisation :

Cette photographie a été prise fin aout 2012 près de la ville de Chartres dans le département d’Eure et Loire en Beauce.

Description :

Au premier plan, on peut voir un champ de blé moissonné. Il ne reste que la base du fétu de blé. Au deuxième plan nous voyons sur notre gauche un bosquet d’arbres formant une petite forêt en plein milieu des champs qui s’étendent à l’infini mais bloqués au troisième plan par la ville de Chartres avec sa cathédrale au deux cloches l’un gothique, l’autre roman, à droite et deux immeubles dépassants de la ligne d’horizon à notre gauche. Quelques arbres et poteaux électriques complètent ce dernier plan. Derrière le ciel ensoleillé s’étend partout très bleu.

 

Interprétation :

La Beauce grâce à son terrain et sa situation permet l’agriculture massive. Elle couvre six cent milles hectares répartis en plus de 12 000 exploitations et fermes . Betteraves, blés, colza sont les principales cultures en Beauce, celle-ci produit 13% des récoltes de la France soit 8,5millions de tonnes de céréales par an. Des chiffres qui lui ont donné le surnom « Grenier de la capitale » puis « grenier de la France ». Ils lui permettent  de nourrir la population française mais aussi de prendre part à l’exportation mondiale. En ce moment à cause de la sécheresse aux Etats-Unis, les récoltes ont été faibles et le prix du blé a augmenté permettant aux agriculteurs français ayant fait une meilleure récolte un revenu plus conséquent.

Grâce aux techniques de plus en plus modernes, les champs qui étaient bordés de petites haies ont vus celles-ci disparaitre pour laisser la place aux énormes machines : les tracteurs permettant une meilleure récolte que la faucille ou la charrue du 16ème siècle. Les bocages ont donc disparus et les champs s’étendent partout à perte de vue c’est le paysage de « l’openfield ».

Située au sud ouest de Paris, la beauce est une région assez sèche et son climat qui a d’abord fait fuir les populations avant le 12ème siècle : il y avait peu d’eau, attire maintenant des populations. Grâce à l’attractivité et le rayonnement de Paris et de sa région ainsi que la présence de l’autoroute A10, de plus en plus de gens viennent s’installer en Beauce.

Aujourd’hui  l’eau n’est plus source de dépopulation car les nouvelles technologies (tuyaux, réseaux )  et  la présence d’une grande nappe phréatique située sous le sol de Beauce facilitent l’accès à l’eau pour les cultures en cas de sécheresse.

Mais la Beauce est aussi une terre polluée à cause des nombreux engrais chimiques pourtant limités par certaines lois. Et cela pose un problème car ceux-ci polluent la nappe et les cours d’eau comme l’Eure ou la Loire. Malgré cela, la Beauce s’engage dans l’écologie et utilise sa géographie pour installer de nombreuses éoliennes.

Terre de beauce, terre de blé, c’est une région où il y a très peu d’élevages d’animaux de façon massive. La place est réservée pour les cultures : 57% du territoire beauceron.

Terre d’histoire aussi, comme le montre certaines batisses anciennes comme le château de Maintenon ou  la cathédrale de Chartres haut lieu de culte et de pèlerinage concurrencée aujourd’hui par les nombreux immeubles dans les nouveaux quartiers. Jadis les pélerins venaient par tous les chemins pour voir Notre-Dame de Chartres, mais aujourd’hui moins nombreux, ceux que l’on retrouve sur les chemins sont les visiteurs venus se ballader au soleil, dans les champs, ou faisant un tour en mongolfière pour mieux admirer les couchers de soleil à l’horizon.

Car la Beauce offre un paysage bien à elle, peu de relief, elle offre une longue et large vision du ciel et des champs en openfield que célèbre Charles Peguy à Chartres et Proust à Illiers- Combray.  Quelques bosquets d’arbres attestent la présence d’anciennes forêts défrichées au Moyen-Age par les cultivateurs.

Intérêts :

Je ne fais pas dans l’original car j’habite en Beauce et ce n’est pas forcément ma destination de vacances mais j’aime beaucoup les paysages de ces champs immenses qui n’ont pas de fin et cette vue panoramique qui s’étend très loin, le ciel bleu et son immensité.  Je trouve que la cathédrale de Chartres est un élément marquant à visiter au moins une fois dans sa vie faisant partie du paysage culturel beauceron au même titre que le château de Maintenon ou d‘anciens moulins et la confrontation avec les immeubles modernes montrent une ville contradictoire mais riche culturellement où se sont succédés de nombreuses populations.

Marie Amiot, HK/AL

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , ,


 

Habiter les espaces périurbains. Rodolphe Dodier, Laurent Cailly, Arnaud Gasnier et François Madoré. PUR, 2012. 219 pages. 16 €.

 

Les espaces périurbains ont le vent en poupe ! Voilà que Télérama a fait sa Une de son numéro de rentrée sur cet espace. Si le titre « Loin des villes, un rêve qui tourne mal » est moins catastrophique que le précédent numéro « Halte à la France moche » (février 2010, N°3135), le tableau dressé demeure toutefois assez sombre. Il faut dire que le très médiatique « La tentation du bitume » a inspiré les auteurs du dossier !

 

Les auteurs d’Habiter les espaces périurbains veulent croire à l’avenir de cet espace et s’attachent à comprendre ce qui pousse les Français à venir s’y installer. Ils se refusent à ne voir dans cet espace que l’expression d’une individualisation de l’espace et croient aux logiques collectives qui s’y maintiennent. C’est parce que c’est un espace en devenir qu’il faut mieux « parler d’espace – laboratoire plutôt que de ‘terrain’ ». Tout jugement de valeur doit être laissé de côté, sans compter le fait que toutes les populations périurbaines ne se ressemblent pas. Arnaud Gasnier montre qu’à La Bazoge (Sarthe), la population y est très diverse. Cela va des CSP + installées sur de grandes parcelles boisées à des populations précaires, locataires de maisons de village.

 

Pour rendre compte de cette diversité, des enquêtes qualitatives et quantitatives ont été réalisées dans le cadre du PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture) PERIURB. Celles-ci ont porté sur les stratégies résidentielles des ménages et elles ont montré qu’il n’y a pas de déterminisme du marché du logement et de l’emploi. La rationalité du choix résidentiel n’est pas toujours au rendez-vous. Des contraintes de toutes sortes (y compris culturelles) pèsent sur les ménages. La part du hasard n’est pas négligeable, non plus (importance du « coup de cœur »). Les auteurs rejettent la position de Jacques Lévy (2003) et refusent de stigmatiser les habitants périurbains comme des individualistes. « Le repli côtoie l’ouverture, l’entre soi s’oppose au vivre ensemble. »

 

C’est l’ouest de la France qui a été étudié avec ce PUCA et plus particulièrement la région autour du Mans. Les cartes réalisées lors de ce programme de recherche permettent de constater la rapidité de l’étalement de l’aire urbaine du Mans entre 1982 et 2006. Les bassins d’emploi périphériques sont désormais intégrés à l’aire mancelle. Celle-ci est parcourue par des flux liés au travail, au lieu d’étude (renforcement des polarités secondaires dans le cas des collèges périurbains), aux loisirs, shopping compris. On est loin d’un modèle centre / périphérie : les flux internes au périurbain étant nombreux et d’autant plus variés en fonction de la position géographique du périurbain (proche ou lointain, périurbain des petites et moyennes ou périurbain des grandes villes).

 

L’enquête PERIURB montre très précisément la diversité des modes d’habiter. L’ouvrage constitue un recueil précis des habitudes des périurbains. Et c’est plus particulièrement dans le dernier chapitre que Rodolphe Dodier rend compte de ces comportements. Dans la lignée de l’HDR (http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00430480) qu’il a soutenue en 2009, il fait vivre, par son récit, les habitants du périurbain en mettant en œuvre des exemples concrets. La typologie des modes d’habiter le périurbain (cf. petits croquis portant sur les pratiques spatiales des périurbains) comme les exemples mobilisés peuvent servir de supports à l’enseignant de classe de troisième ou de première qui a à enseigner l’espace périurbain dans sa classe de géographie. Rodolphe Dodier veut croire que « l’archétype périurbain, dans sa façon d’être exprimé dans la littérature scientifique ou plus encore dans les discours des urbanistes, ne coïncide pas exactement avec la réalité des habitants des espaces périurbains. » La périurbanité n’est en rien un état de seconde zone. Encore faut-il pour éviter d’enseigner une caricature du périurbain prendre le temps d’expliquer aux élèves que tous les périurbains ne sont pas des vilains individualistes pollueurs d’extrême droite. Pas évident quand on dispose de 4 heures dans l’année pour enseigner cette question à des élèves de troisième !

 

Catherine Didier-Fèvre ©Les Clionautes

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,


Photographie de Camille Bichler

Cette photographie a été prise dans un quartier très populaire appelé « la Viscachera » qui est aussi le nom d’un gros rongeur d’Amérique du Sud  qui vit en haute altitude. Ce quartier est situé dans le prolongement de Campoy, petite ville périphérique de la grande capitale du pays, Lima. Ce quartier peut être qualifié de bidonville car, s’il regroupe des péruviens de la classe moyenne, il accueille également de plus en plus de péruviens défavorisés qui n’ont d’autre choix que de loger dans des habitations précaires faites de matériaux de récupérations. Le quartier regroupe donc deux classes bien distinctes : la classe moyenne (au premier plan) et la classe la plus défavorisée (au second plan).

 

 

Au premier plan, on distingue donc des habitations dites de « classe moyenne » au Pérou, ces

Logements sont pour la plupart faits de briques rouges, caractéristiques du pays. Cependant, si la classe moyenne bénéficie de véritables murs de pierre, ils n’ont pas tous les moyens de s’offrir un toit, au sens propre du terme, puisque certains d’entre eux n’ont qu’une simple bâche en guise de toiture. On peut voir que certaines de ces maisons sont construites sur deux voire trois étages car dans la tradition péruvienne, toute la famille vit ensemble : ainsi, les grands parents habitent le rez-de-chaussée, les enfants construisent alors un premier étage dans lequel ils logent puis ils en construiront un second pour loger leurs enfants…

Devant ces maisons, on aperçoit des câbles électriques : en effet si la population n’a pas accès à l’eau courante, les plus chanceux jouissent de l’électricité, ainsi, certains foyers ont le téléphone et même la télévision. Les hauts cactus situés derrières les maisons sont révélateurs du climat désertique et sec. De plus, le quartier, situé au départ entre deux montagnes, doit faire face à des éboulements et des glissements de terrains très fréquents, ce qui crée des nuages de poussières, qui ne font que décupler la soif des habitants ainsi que leur problème de santé.

 

Au second plan, on devine une petite route au cœur du quartier, on aperçoit deux petits bus rouges : la plupart d’entre eux amènent les enfants à l’école et la population en ville. Les transports en communs (petit bus, pouce-pouce, car…) jouent un rôle très important car ils acheminent les habitants de la Viscachera à la ville et font le lien avec l’extérieur, car rares sont ceux qui possèdent leur propre véhicule. Les bus effectuent donc des allers-retours quotidiens et indispensables.

Derrière cette route, on distingue le même type d’habitations qu’au premier plan, des maisons faites de briques ou bien de pierres abritant la classe moyenne. La différence avec les habitations du premier plan est qu’elles sont construites  sur un relief montagneux, ce qui rend la construction des maisons beaucoup plus difficile. En effet, avant d’entreprendre la construction des maisons, il faut préparer une surface plane : le futur emplacement de la maison. Pour cela, il faut creuser dans la montagne, c’est un travail important, fait à la main, ce qui demande donc du temps.

 

Au troisième plan, on distingue, nichées plus haut dans la montagne, des habitations plus modestes, on peut alors parler de bidonvilles, les maisons étant faites principalement de cartons épais et de planches de bois pour les murs et des tôles en guise de toit. Les habitants se retrouvent également face au problème d’aplanissement de terrain mis à part qu’eux n’ont pas les moyens d’engager de chef de chantier, ils doivent donc creuser la montagne seuls. Ces maisons sont plutôt petites, il n’y a qu’une seule pièce commune qui regroupe la cuisine, le salon et les chambres. Il n’y a ni douche, ni toilette. En plus des problèmes d’hygiène et du grand manque de confort, les habitants des bidonvilles doivent faire face à des risques multiples, en effet, le Pérou est sujet à de nombreux tremblements de terre, des inondations et des glissements de terrains…Ces catastrophes naturelles sont d’autant plus dangereuses pour les habitants de la Viscachera car ils habitent sur la montagne, et encore plus pour les habitants des bidonvilles. De plus, le bidonville situé de plus en plus haut dans la montagne est très difficile d’accès pour ses habitants.

 

 

Cette photographie permet une prise de conscience : la pauvreté est très présente au Pérou et ne cesse d’augmenter. Elle permet également  de mieux comprendre comment et où vivent les Péruviens modestes voire pauvres. De plus, elle nous permet de déduire que la pauvreté est très présente dans ce pays et elle ne cesse d’augmenter. En effet, n’ayant plus de place sur le sol plat, les Péruviens défavorisés se retrouvent contraints de s’installer sur la montagne, ce qui est très dangereux étant donné la fréquence des catastrophes naturelles de ce pays. Il y a un an, toutes les habitations du troisième plan n’existaient, chaque année de nouvelles habitations précaires fleurissent en raison de la pauvreté qui augmente et du manque de place.

 

 

J’ai choisi cette photographie car elle permet une prise de conscience qui est double : d’abord la pauvreté est très présente dans notre monde actuel, et ce voyage au Pérou m’a permis de voir et de comprendre ce qu’était la pauvreté dans un bidonville.

De plus, elle nous permet également de réaliser la chance que nous avons d’habiter des logements sains, d’avoir accès à l’eau potable… J’ai pris cette photographie lors d’un voyage humanitaire en juillet et c’est donc l’occasion pour moi de faire part de mon expérience qui m’a réellement marqué.

 

 

 

Camille Bichler, HK A/L

Année 2012/2013

Étiquettes : , , , , , , ,