photographie de Victor Jacquemont

Présentation

Sur cette photographie prise le 14 août 2012 lors de l’ascension du mont Marcy apparaît une vue panoramique du Parc National des Adirondacks, situé au nord-est de l’Etat de New York aux Etats-Unis, dans le massif des Appalaches. Le paysage est typique de ce que l’on peut observer dans cette zone protégée d’une superficie de 2.5 millions d’hectares : des forêts de pins et de bouleaux s’étendant à perte de vue, une végétation alpestre en voie de disparition et des sommets qui, selon  la légende, ont inspiré l’explorateur français Samuel de Champlain lorsqu’il baptisa l’Etat voisin Vermont.

Les Adirondacks comptent parmi les massifs montagneux les plus anciens du monde, et leur formation géologique date approximativement de 850 millions d’années. Aujourd’hui, l’érosion fait que le sommet le plus élevé du massif, le mont Marcy, culmine à une altitude de 5344 pieds soit 1629 mètres. Les 46 « high peaks » des Adirondacks, qui sont d’une hauteur supérieure à 1200 mètres, font le bonheur des randonneurs du monde entier, non seulement grâce à la beauté à couper le souffle et à la diversité des paysages qu’ils offrent, mais également par le challenge sportif que leur ascension constitue.

L’économie de la région gravite essentiellement autour du tourisme saisonnier et de la sylviculture. Les Jeux Olympiques d’hiver ont notamment eu lieu à Lake Placid, à proximité du lac éponyme, en 1980. Malgré  son statut de zone frontalière avec le Québec et la présence à proximité de nombreux lacs adaptés au transport fluvial, le Parc National des Adirondacks constitue un obstacle aux échanges commerciaux transfrontaliers qui empêche le comté d’Essex voisin de jouir des avantages et du dynamisme économique propres aux autres interfaces Etats Unis/Canada, comme par exemple la région des Grands Lacs située à l’ouest de la chaîne des Appalaches.

 

Description

Ce qui est intéressant, c’est que cette photographie est constituée de trois plans distincts, chacun illustrant une caractéristique singulière de cette réserve naturelle.

Au premier plan, on aperçoit nettement des conifères de type arctique, fréquemment rencontrés dans la chaîne alpine et près du cercle polaire, qui ont été réintroduits au cours des années 80 dans le cadre d’une campagne de sauvegarde de la flore endémique menacée d’extinction. Il est intéressant de constater que plus nous progressons vers le sommet, où la température dépasse rarement les 15°C, plus la part de végétation alpestre augmente dans le paysage. A une altitude d’environ 1000m, où la photo a été prise, cette flore en voie de disparition se fait rare.

Au deuxième plan,  on aperçoit  l’immense hêtraie sapinière, d’une superficie de 9300 km2, qui occupe environ 40% de la surface totale de la réserve forestière. Le relief accidenté et le faible volume de précipitations  (1.2m/an en moyenne) ont  fait de la réserve une zone particulièrement sauvage, dépeuplée et rustique. La protection de cette réserve forestière exceptionnelle fut même incluse dans la Constitution de l’État de New York qui la déclara « sauvage pour toujours ».

Enfin, au troisième plan, on distingue facilement plusieurs des « high peaks » qui font la renommée du massif des Adirondacks : Dix, Gothics, Armstrong, Giants et Algonquin entre autres. Y vit une faune diverse et nombreuse, qui comprend notamment des ours noirs dont la présence impose au randonneur le respect de certaines règles nécessaires à la préservation des niches écologiques de l’espèce.

 

Intérêt géographique

J’ai choisi cette photographie principalement pour deux raisons.

Premièrement, l’impression de sérénité et la douceur qui se dégage du paysage représenté  est très impressionnante. C’est un paysage sauvage qui ne porte aucune trace du passage de l’homme, ce qui est plutôt rare à notre époque où l’on tend à aménager et à exploiter la nature qui nous entoure pour tirer profit de ses ressources naturelles. Ce panorama invite à la découverte de la région tous les amoureux de la nature, ou tout simplement ceux qui souhaitent se ressourcer loin du tumulte urbain.

Deuxièmement, cette photographie illustre bien à quel point le massif des Adirondacks diffère des chaînes de montagnes françaises que nous connaissons. Elle souligne notamment le contraste qui existe avec les Vosges et le Jura notamment, dont la hauteur et l’âge sont pourtant comparables à celle des Adirondacks.  De par sa faune, sa flore, son relief et son climat, le massif des Adirondacks présente finalement plus de points communs avec les Alpes ou les Pyrénées, chaînes de montagnes pourtant bien plus élevées et récentes à l’échelle de la Terre. Je trouve cela intéressant car la comparaison ne viendrait probablement pas spontanément à l’esprit d’une personne n’ayant jamais contemplé cette réserve naturelle de ses propres yeux.

 

Victor Jacquemont

HK BL’ 2013

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Mise en situation – résumé

Cet article a été rédigé à l’occasion du projet « Territoires 2040 », qui a fait l’objet d’une exposition au Conseil Economique, Social et Environnemental. L’article, qui n’a pas été signé, a été commandité par la DATAR (créée en 1963), administration au service du Premier Ministre qui coordonne les politiques d’aménagement du territoire impulsée par l’Etat.

Cet article propose d’étudier les espaces de la faible densité dans leur multiplicité, de comprendre comment ces espaces fonctionnent et d’appréhender les enjeux auxquels ils doivent faire face.

 

Le vocabulaire de la faible densité – entrée en matière

Définition : espace comptant moins de 30 hab/km2 (critère de l’Insee)

Ce seuil est discutable et doit être vu avant tout comme un ordre de grandeur : on peut parler en tout cas d’agencement socio-spatial singulier marqué par la rareté des hommes, parfois aussi des ressources financières. Ce phénomène est loin d’être marginal : 42% du territoire français serait concernés par la faible densité. On peut dire que la France est un pays de faible densité.

Autre notion : les espaces désertifiés (moins de 10 hab/km2)

 

Problématique

De quoi se compose la faible densité ? Comment fonctionne-t-elle ?

La faible densité est le prisme par lequel on se propose d’étudier la catégorie générique du rural. Il s’agit de réinterroger les a priori que l’on peut avoir sur ces espaces : sont-ils toujours défavorisés ? Peut-on vraiment les appréhender comme un tout homogène ?

 

Idées principales de l’article

: Les espaces de faible densité ont une extrême diversité de profil

Ces espaces, s’ils partagent certaines problématiques, ne sont cependant pas à appréhender comme un tout. Non seulement chacun a ses singularités, mais encore ces espaces vivent des mutations qui empêchent toute considération figée de leurs situations : ces espaces n’appartiennent pas tous à la catégorie de « campagne fragile » et certains peuvent être rencontrés dans les campagnes périurbaines (ce qui empêche de renvoyer nécessairement la faible densité à l’éloignement des villes). Un secteur isolé de haute montagne n’a de commun avec un vaste plateau agricole que sa situation d’espace de faible densité.

 

: On peut parler d’attractivité à propos des espaces de faible densité

Il ne faut pas associer faible densité et abandon, dépeuplement, exode rural, bref, rupture. La faible densité peut manifester, au lieu d’un abandon, un certain équilibre. De plus, les espaces de faible densité vivent une situation particulière due au processus de repeuplement constaté depuis le début du siècle : plus les départements sont ruraux, plus ils ont tendance à attirer les populations. D’autre part, le caractère exceptionnel des espaces de faible densité ressort au regard du processus d’étalement urbain qui touche la France. Voilà pourquoi il est possible d’associer faible densité et attractivité : le « monde rural profond » est à la charnière d’une dialectique associant la crise et le renouveau de la ruralité.

Cet article rend donc compte du travail de certains experts visant à dégager 4 chantiers problématiques pour imaginer des futurs possibles concernant la faible densité à l’horizon 2040.

 

: La faible densité, des espaces en mutation

Vieillissement, dépeuplement, birésidentialité croissante sont autant de phénomènes vécus par les espaces de faible densité. Ces phénomènes restent contrastés d’un espace à l’autre, ce qui conduit à se poser la question suivante : existe-t-il aujourd’hui une société et des modes de vie spécifiques aux espaces de faible densité ? On constate une grande variabilité des modes de vie, qui tend à augmenter : populations temporaires, populations natives, populations en rupture avec le mode de vie urbain,… Les populations de la faible densité sont donc très hétérogènes.

Un premier enjeu se dessine pour ces espaces : il leur faut maitriser l’équilibre entre mobilité et sédentarité et faire preuve d’inventivité afin de produire les conditions d’une occupation humaine viable (maîtrise des ressources, services collectifs).

Le deuxième enjeu concerne l’implication des habitants dans la vie des espaces de faible densité : les parcours des populations de la faible densité sont variés, ce qui explique que les aspirations ne soient pas les mêmes en terme d’habitat, d’activité ou d’organisation. C’est pourquoi les espaces de faible densité peuvent être considérés comme des laboratoires concernant les nouvelles manières d’occuper et de gérer l’espace, les terrains privilégiés de l’innovation sociale (implication des habitants qui enrichissent les projets de leur expérience, de leur formation, de leur réseau).

 

: L’économie des espaces de faible densité en transition : redéfinition, recomposition, diversification, nouvelles pratiques

Les profils économiques sont variés : indéniablement l’économie de ces espaces vit actuellement une transition. La partie productive de ces espaces concerne principalement trois activités : l’agriculture (activité composite très dynamique marquée par la PAC et qui tend à se diversifier), l’activité sylvicole (riche de nombreuses potentialités, notamment concernant les « nouveaux » usages du bois) et la production énergétique (gisement d’activités important bénéficiant du discours en vogue sur la transition énergétique).

Ces activités peuvent contribuer au caractère attractif des espaces de faible densité en ce qu’elles appuient le caractère exceptionnel de ces espaces et le valorisent au regard du tourisme. Les évolutions de la PAC, véritable tournant historique, sont fortement susceptibles de changer en profondeur l’économie des espaces de faible densité.

 

: Les diverses formes que prend l’attractivité dans les espaces de faible densité et les conditions de sa mise en œuvre

L’attractivité est multiple : cette diversité a fait naître un enjeu important : le besoin de se distinguer pour mettre en valeur ces espaces dans leur singularité. Le risque pour ces espaces, est de se fondre dans l’espace global : entre résistance et intégration, on comprend combien l’attractivité peut prendre des chemins différents selon les objectifs fixés. Les espaces de la faible densité se trouvent donc à la charnière d’une dialectique entre tradition (à la marge du système global, tranquillité, qualité de vie) et modernité (intégration à des circuits, des réseaux, évolution technologique). L’attractivité de ces espaces tient également de la grande disponibilité d’espaces, de la possibilité d’y pratiquer un style de vie spécifique (la faible densité « heureuse » : mise à distance volontaire de la circulation frénétique et de l’habitat de masse).

Le problème qui se pose est le suivant : les acteurs et les ressources de la valorisation de ces espaces sont souvent en dehors des territoires qu’ils rendent attractifs. Se pose la question de la dépendance de ces espaces au regard du système global.

 

: Le défi de la maîtrise et de la valorisation des ressources de la faible densité

Le premier enjeu concerne la maîtrise des ressources, qui sont liées à ces espaces mais qui peuvent être victimes d’une emprise extérieure : complémentarité ou confrontation ? Il s’agit pour ces espaces d’éviter simultanément deux phénomènes extrêmes : l’abandon, la déprise du territoire, et la perte de la maîtrise des ressources. Ces deux risques sont bien réels. La maîtrise de la ressource foncière est révélatrice de cette situation : on constate des tensions entre ses détenteurs actuels et ceux qui veulent se l’approprier.

Le second enjeu concerne l’intégration des espaces de la faible densité dans les dispositifs d’aménagement publics. Il demande de choisir entre l’assistance et la solidarité, entre l’autonomisation et la nécessité de recourir aux financements publics. Se pose la question de leur place dans le « puzzle territorial ». Les espaces de la faible densité se voient donc conférer un rôle stratégique et de nouvelles responsabilités.

 

Remarques, ajouts, critique

L’intérêt que j’ai trouvé à travailler cet article tient surtout du souci dont témoignent ses auteurs de revenir sur des préjugés quant aux espaces de faible densité : en effet avant de lire l’article j’associais ces espaces au dépeuplement, à la pauvreté, à l’abandon, en somme à des notions négatives. Travailler cet article m’a permis d’appréhender ces espaces tout autrement, de considérer leur multiplicité et leurs potentialités. J’ai été frappée de voir combien ces espaces, loin d’être immobiles et marginaux, loin de régresser, sont le théâtre de véritables mutations dans tous les domaines et font face à de multiples défis.

Le seul reproche que le lecteur pourrait formuler serait à propos du manque d’exemples concrets ou d’étude de cas précis, qui auraient clarifié davantage le propos (qui, selon moi, reste très technique) et l’auraient ancré dans une réalité plus proche du lecteur.

Espérance Du Peloux, HK/AL

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Patrimoine et tourisme. Histoires, lieux, acteurs, enjeux. Olivier Lazzarotti. Belin Sup, 2011. 302 pages.

En 2006, Sylvie Brunel partait faire le tour du monde en famille et rendait compte à son retour dans un essai de ses déceptions. Elle dénonçait la disneylandisation de la planète et démontrait ainsi que la mise en valeur d’un patrimoine par des acteurs touristiques amenait à des dérives. Patrimoine et tourisme semblaient alors incompatibles. Olivier Lazzarotti veut croire que patrimoine et tourisme peuvent très bien s’entendre. Il développe « l’idée que l’articulation entre tourisme et patrimoine permet, tout à la fois, de comprendre une des manières de produire le monde contemporain et d’en dégager quelques-unes des grandes logiques. » « Le patrimoine et le tourisme, issus des conditions du monde contemporain, participent en retour à sa construction. »

Patrimoine et tourisme : une co-construction

La réflexion sur les deux termes est centrale dans l’ouvrage d’Olivier Lazzarotti. Il montre, à partir de multiples documents (iconographiques, textes, graphiques…) commentés, comment la notion de patrimoine est née du glissement de celle de monument (Commission des Monuments historiques, œuvre de Guizot en 1837). L’exemple développé de la forêt de Fontainebleau est particulièrement intéressant. Il s’agit de l’invention de la première forêt urbaine grâce à l’action de Claude – François Denecourt qui, à partir de 1844, a ouvert 150 km de chemins pour rendre le massif accessible aux urbains. Il transforme ainsi une forêt paysanne (bois et pacage dans les clairières) ou domaine réservé des puissants (chasses à courre royales) en une forêt urbaine. Le succès de ce nouvel usage est garanti quand les artistes s’emparent du sujet (école de Barbizon) et s’en font les porte-paroles (cf. opposition à l’enrésinement). En 1853, la notion de « monument de nature » est donnée à la forêt de Fontainebleau avec la création de la première réserve (antérieure à la création du parc de Yellowstone en 1872). « L’invention monumentale ne réfléchit donc par seulement les bouleversements du regard du premier XIXème siècle. Au-delà, elle participe à cette révolution romantique de la sensibilité, indissociable de l’esthétique et de l’émotion monumentales ». Ce mouvement de classification est liée à un contexte : la construction étatique centralisée parallèle à la révolution industrielle qui brouille les repères.

Au-delà du fait que le tourisme est une mobilité (se caractérisant par au minimum une nuit passée à l’extérieur du domicile) et qu’il se distingue en cela du patrimoine, le tourisme est une « pratique du hors quotidien, soit une rupture avec le familier, celui de la vie courante. (…) En s’arrachant du banal, les touristes recherchent un effet recréateur. » Repos, jeu, découverte se conjuguent pour caractériser le tourisme. La rencontre de l’Autre est aussi centrale dans cette activité. « La rencontre touristique, en particulier, et les pratiques touristiques, en général, changent ceux qui les mettent en œuvre et ceux, qui, sans bouger, les reçoivent. » Si Le Corbusier, dans la charte d’Athènes (années 1930), est le premier à énoncer l’idée de « patrimoine urbain des villes », le terme n’est employé qu’à partir des années 1960 et remplace celui de monument.

Les dialogues du patrimoine et du tourisme

Olivier Lazzarotti met en évidence, contre les discours néo-malthusiens ambiants, la corrélation entre tourisme et patrimoine. « Car ce que l’on peut dire est que, sans les touristes, Venise, Versailles, et avec eux quantité de villes, châteaux, églises, mais aussi forêts, montagnes et plages, n’auraient pas été prises en considération. Sans les regards extérieurs, y compris ceux des touristes, bien des éléments du passé ne seraient pas dans leur état actuel. » Il part en guerre contre ceux qui dénoncent « les parasites du Monde » (Nancy Bouché, 1998) et mettent en avant une « capacité de charge » maximale des lieux, y compris au nom du développement durable. « On ne peut réduire le tourisme à un fait insupportable pour le patrimoine ; l’application radicale d’une limite indépassable est inapplicable. » Trop souvent, la mise en place de périmètres de protection d’un patrimoine naturel se fait aux dépens des populations locales qui vivent dans la forêt (exemple : interdiction de chasser). C’est aussi une manière pour l’Etat de contrôler des espaces marginaux et peu contrôlés, comme c’est le cas au Cameroun avec la réserve de faune du Dja. Les Aborigènes d’Australie sont un des exemples de réussite de mise en tourisme. Ils en sont les acteurs et non les sujets. Car tourisme et patrimoine sont avant tout une question économique. Ils génèrent des secteurs d’activités qui peuvent se concurrencer ou s’appuyer l’un sur l’autre. L’action du Conservatoire du Littoral se trouve au croisement du patrimoine et du tourisme. Né en 1975, il est un agent foncier qui acquiert des espaces « naturels », les restaure et les aménage avant d’en confier la mise en valeur touristique aux communes. C’est tout le paradoxe de sa mission. L’accueil du public doit être compatible avec la protection des milieux naturels.

Des lieux, des territoires et du monde

« La co-construction avérée du patrimoine et du tourisme ne réfléchit finalement que celle des lieux et des territoires. (…) Invoquer le patrimoine et le faire valider par des touristes, c’est une manière de faire les lieux. Etre touriste et choisir les lieux que l’on fréquente pour ce qu’ils ont de singulier, c’est une manière de produire des territoires. (…) Les uns ne vont pas sans les autres. » Le site kmer d’Angkor est davantage protégé depuis sa mise en tourisme (315 000 visiteurs payants en 2006) depuis le début des années 1990 que d’autres « monuments qui demeurent encore invisibles (et) sont de fait les plus menacés. » La mise en tourisme construit les territoires (développement de la région pauvre de Siem Reap : 4000 chambres en 2003 contre 680 en 1994) et permet de lutter contre le trafic de biens arrachés aux différents temples. Elle participe à « la construction territoriale d’une société, de son unité et de sa prospérité. » Angkor est un de ces « lieux-Monde », « c’est-à-dire des lieux qui, parce qu’ils sont singuliers et uniques, donc irremplaçables, comportent tous les traits qui les attachent, directement, au Monde. Le Monde est en eux autant qu’ils sont dans le Monde. »

Une réflexion dont la lecture est à recommander tant aux professeurs d’histoire des arts que d’histoire de terminale qui, à la rentrée 2012, entameront le programme en traitant du rapport des sociétés à leur passé autour de la notion de patrimoine.

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

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Le Monde, 23/04/12

Ils sortent souvent la nuit, seuls ou en groupe. Ils semblent sans arme. Mais, au fond de leurs poches, de petites boules de terre s’entrechoquent. Des bombes à graines. Au prochain arrêt, l’air de rien, ils les lanceront sur le sol délaissé d’une friche urbaine. Avec un peu de chance, dans quelques jours, cet espace fleurira. Puis ils repartiront biner un chantier à l’abandon, entretenir les boutures d’un pied d’arbre ou végétaliser d’autres interstices dans le béton.

Leur combat a un nom : la guérilla jardinière. Inventé à New York dans les années 1970, le terme a retrouvé ses lettres de noblesse après la publication en 2003 d’un opus, On Guerrilla Gardening, devenu la bible des militants et traduit en français en 2010 chez l’éditeur alternatif Yves Michel.

L’auteur, Richard Reynolds, un professionnel de la publicité fan de jardinage, lui-même guérillero clandestin, y fait le point sur l’histoire du mouvement, ses valeurs, ses techniques. Le Britannique se consacre à cette activité qu’il retrace sur son site (Guerrillagardening.org) et donne des conférences sur le sujet dans le monde entier. Sa définition est toute prête : « La guérilla jardinière, c’est la culture sans autorisation de terrains qui ne vous appartiennent pas. » Une fertile occupation des sols abandonnés, en somme.

Dans les faits, les attaques ciblent surtout les espaces publics négligés. A Londres, les militants y plantent des massifs de fleurs. A Paris, ils préfèrent les potagers. L’art et la poésie ne sont jamais loin de ces séances de bêchage collectif et autogéré. Il suffit de suivre les tags en mousse qui grimpent le long des murs de ciment. Le Centre Georges-Pompidou à Paris ne s’y est pas trompé, qui organisait sur ce thème, l’hiver dernier, des ateliers lors de son exposition « Green Attitude ».

« FAIRE PASSER UN MESSAGE POLITIQUE »

Combien sont-ils dans le monde à s’en revendiquer ? Le chiffre de 60 000 militants circule, difficile à vérifier, car le cercle est mouvant. Il tend surtout à s’étendre. En France, le réseau va de Rennes à Bordeaux, de Lyon à Nantes. Le mardi 1er mai, ces groupes s’associeront à leurs camarades hors des frontières pour une « grande fête globale du jardinage illégal de tournesol » (International Sunflower Guerrilla Gardening Day). Plantations hautes en couleur assurées.

« Pour les militants à la marge, ces actions sont une façon provocante de faire passer un message politique sur la propriété, le vivre-ensemble et la nature », signale Richard Reynolds. Les membres de la plate-forme Guerrilla Gardening Paris se voient ainsi comme des résistants, plus tournés vers la critique de l’urbanisme contraint que vers l’embellissement du bitume. « Nous sommes proches du mouvement des peuples sans terres ailleurs dans le monde, précise Gabe, coordinateur de la plate-forme. L’idée est de s’approprier nos rues et d’agir pour un patrimoine plus diversifié des espaces verts. »

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Alain Dubresson et Yvette Veyret (Dir.)
Dix défis pour la planète
Éditions autrement, hors collection, en librairie le 25 avril 2012,18 euros

 

Reçu ce 14 avril, cet ouvrage de 160 pages mérite assurément d’être mis dans les mains de tout professeur de géographie qui se respecte. En dix petits chapitres, les auteurs des différents articles qui composent cet ouvrage présente 10 questions fondamentales sur le devenir de la planète. Ces auteurs participent au comité national français de géographie. Ils sont pour certains, comme Gérard-François Dumont connus de la Cliothèque. C’est d’ailleurs cet auteur qui ouvre le feu, avec une présentation du vertige démographique intitulé le retour des grandes peurs. Le phénomène qui affecte la population mondiale est multiforme. La population augmente et devrait se situer au-delà des 9 milliards en 2050, elle ne cesse de se concentrer dans les villes, pour atteindre 70 % en 2050 également, la population mondiale vieillit et devrait représenter pour les plus de 65 ans 1,5 milliard d’habitants, toujours en 2050 et enfin cette population bouge, avec le processus de migration. La question qui est posée est bien celle de savoir si la planète sera en mesure de supporter au sens premier du terme une telle croissance de population. Toutefois l’auteur relativise et note que par exemple la géographie de la population apporte trois éléments de réflexion sur la question de l’urbanisation. Le phénomène d’urbanisation est polymorphe, et l’évolution urbaine dépend de variable géopolitique interne et externe, au choix de gouvernance de la ville et à leur degré d’autonomie fixée par le système institutionnel. Cet article est enrichi par des cartes commentées, ce qui est le cas des autres articles d’ailleurs, avec des sources citées ce qui permet de les retrouver très facilement.

La Question du changement climatique est évoquée bien évidemment, par Pierre Carrega et Yvette Veyret. L’article permet de faire le point sur l’état actuel des connaissances en la matière. Il existe aujourd’hui deux types de réponses pour faire face aux changements climatiques à venir, et qui sont incontestables, y compris du point de vue des climato-sceptiques. Une tente de réduire la quantité de gaz à effet de serre rejetée dans l’atmosphère afin de diminuer, à terme la hausse des températures ; c’est le processus appelé atténuation. L’autre envisage des réponses sociales, économiques, spatiales au changement ; c’est ce que l’on nomme l’adaptation. Les auteurs font un rappel sur le protocole de Kyoto qui n’a pu être complété lors de la conférence de Copenhague de 2008, avant d’envisager les solutions d’adaptation qui se heurte à deux problèmes principaux : le prix tout d’abord car les changements structurels seraient forcément coûteux et surtout les incertitudes à propos de l’avenir climatique.

Richard Laganier et Laurent Simon s’interrogent sur la nécessaire préservation de la ressource « biodiversité ». Celle-ci est considérée comme une ressource inestimable mais la prise de conscience de son importance pour les sociétés humaines est relativement récente. Les services rendus par les écosystèmes aux activités humaines ne sont pas chiffrables économiquement. Et pourtant, cette biodiversité est également l’objet de bien des convoitises. De plus les deux auteurs s’interrogent sur les conséquences sociales de cette volonté de préservation de la biodiversité, et notamment sur ce qui peut différencier le traitement des populations locales et celui de ces écotouristes fortunés, premier utilisateur de ces programmes de protection.

L’article de Thierry Ruf présente avec beaucoup de clarté la question du partage et de la gestion de l’eau. Au-delà de ce que l’on affirme de plus en plus souvent sur « les guerres de l’eau », l’hydroconflictualité, et autres scénarios catastrophes, l’auteur remet en question des notions que l’on voit de plus en plus fréquemment utilisées, comme le stress hydrique ou la responsabilité de l’agriculture irriguée dans le désordre hydraulique. En la matière, rien n’est véritablement simple. Depuis 1992, la gestion intégrée des ressources en eau s’appuie sur quatre principes : l’eau est une ressource finie à gérer dans une unité hydrographique ; l’eau doit être gérée entre planificateurs, décideurs et usagers ; les femmes doivent avoir une place reconnue dans sa gestion ; et l’eau doit être considérée comme un bien économique. L’auteur note que l’aspect géographique de sa gestion ne semble pas poser de problème particulier. Pourtant, alors que l’élément de référence pour l’étude des ressources hydrauliques est le bassin versant, la notion de territoire de l’eau, associant les usagers, leurs besoins, leurs usages, et leur participation à la gestion ne semble pas être considérée comme suffisamment pertinente.

Autre question fondamentale traitée dans ces dix défis : peut-on nourrir l’humanité ? Le monde est confronté à des besoins croissants et si la production alimentaire mondiale a augmenté plus vite que la population, il n’est pas évident que dans l’avenir un tel rythme de croissance soit soutenable. Pour répondre à la demande à consommation constante par individu, il faudrait produire plus de 300 millions de tonnes de grain supplémentaire chaque année, soit l’équivalent de la production des États-Unis. À l’échelle mondiale le bilan alimentaire actuel paraît inquiétant mais en réalité si les familles n’existent elle semble davantage liée à des problèmes politiques et les problèmes de production. La question qui est également posée est celui du prix de la production. L’augmentation de la productivité agricole a permis une baisse tendancielle des prix, mais cela s’est fait au prix d’une consommation accrue d’énergie, d’eau, d’espaces agricoles. Toutes ses ressources sont de plus en plus rares. Dans ce domaine, Jean-Louis Chaléard qui rédige cet article note que les différences entre pays riches et développés, bénéficiant d’un soutien efficace à leurs agriculteurs et les pays du sud contraints à une agriculture largement dépendante des achats des pays riches, avec les cultures d’exportation, sont toujours aussi fortes.

Les autres articles traitent de la santé, des villes, des transports ainsi que de la place de la Chine dans le nouvel ordre mondial.

Le dernier article rédigé par Frédéric Dufaux, Sophie Moreau, Philippe Gervais-Lambonny interroge la notion de justice spatiale ? L’appropriation de l’espace, les inégalités sociales que cette appropriation peut traduire sont effectivement des sujets importants qui montrent que la justice sociale se traduit dans l’espace mais que réciproquement, l’organisation sociale de l’espace et productrice d’injustice. Ces dynamiques complexes qui se déploient dans l’espace et dans le temps ne sont pas faciles à décrypter même si l’on peut en percevoir très rapidement les effets autour de soi.

Bruno Modica

 

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