http://news.doctissimo.fr/Sante/Sensibiliser-les-jardiniers-amateurs-aux-risques-des-pesticides-21722

Yvette Veyret, ancienne professeur de géographie à l’université Paris X  et spécialiste du développement durable dont elle traite dans des ouvrages comme Le développement durable : approches plurielles ou Atlas des villes durables, veut ici montrer le lien qui existe entre risques et le développement durable : mal gérer les risques c’est entrainer un mal développement, il est donc nécessaire de les maitriser pour faciliter le développement durable.

 

  1. I.                    Des définitions indispensables : risque, aléa, catastrophe

Yvette Veyret introduit des termes importants à distinguer si l’on veut bien envisager les risques : Les aléas sont de brusques et irréguliers changements géologiques dus à la dynamique interne terrestre, la Terre subissant constamment des influences qui modifient en l’espace de plusieurs millions d’années son climat et le font alterner entre périodes glaciaires et périodes interglaciaires, de réchauffement, comme celle que nous vivons actuellement. Ils peuvent être classés en deux catégories, les aléas géologiques et les aléas climatiques ou hydroclimatiques. On y inclut les processus déclenchés par l’activité humaine, comme l’érosion des sols ou la pollution atmosphérique.

Ces aléas deviennent des risques quand ils sont considérés comme dangereux par et pour une population : le risque a un caractère social.

Cependant le risque ne traduit qu’une potentialité : quand il se concrétise et qu’un aléa touche une population il devient une crise ou une catastrophe. Elles sont classées selon l’ampleur des dégâts qu’elles ont occasionnées, néfastes et perçues comme extraordinaires.

A l’intensité des aléas ne correspond pas l’intensité de la catastrophe. Pourquoi ? Parce qu’il faut prendre en compte la vulnérabilité des populations.

 

  1. II.                  Le poids de la vulnérabilité

Yvette Veyret définit la vulnérabilité comme « la fragilité d’un système ». Elle présente ensuite ses différentes composantes dans un tableau : elle peut être matérielle, structurelle ou fonctionnelle. Ces trois types de vulnérabilité dépendent de trois types de facteurs : des facteurs biophysiques, des facteurs sociaux et économiques et des facteurs spatiaux.

Elle remarque ensuite que moins un pays est développé, plus il sera vulnérable face aux crises: le risque est donc indicateur de mal développement.

Cette vulnérabilité se traduit par plusieurs facteurs : une insuffisante connaissance du risque et un manque d’éducation et d’analyse face à lui ; une vision des catastrophes comme punitions divines ; des problèmes financiers, économiques et politiques avec la corruption ; des problèmes d’aménagement défaillants qui aggravent les risques.

Pour étayer cette thèse elle compare deux séismes de magnitude équivalente survenus à quelques mois d’intervalles, celui de Spitak, en Arménie en 1988,  et celui de San Francisco en 1989 : On voit qu’en Arménie les pertes humaines et matérielles ont été considérables, tandis qu’aux Etats-Unis les pertes humaines et matérielles ont été très faibles.

Cependant même les pays riches ne sont pas exempts de toute vulnérabilité.

 

  1. III.               Risque, catastrophe, vulnérabilité et développement durable

 

  1. Vulnérabilité et développement durable

Selon un rapport de la Croix rouge internationale le coût économique des catastrophes dans le monde a été multiplié par cinq en 20 ans, ce qui est dû à l’augmentation de la vulnérabilité par le renforcement de logiques de la mondialisation comme la littoralisation ou la métropolisation, qui conséquemment regroupent les biens et les personnes.

Cette évolution peut être un frein au développement durable. Les catastrophes sont par leur aspect destructeur une menace écologique, et également un frein économique et social : elles renforcent les inégalités et forcent à obliger les fonds publics pour la reconstruction en priorité.

Plus un pays connaît un faible développement plus il est atteint économiquement, on peut voir sur des études qu’entre 1990 et 2000 en moyenne les dégâts coutent 7, 8% du PIB des pays touchés. Les moins développés étant les plus vulnérables, ils sont aussi les plus touchés par les catastrophes, contrairement aux pays riches ou les seules pertes réelles sont les pertes économiques.

Yvette Veyret relie ces effets des catastrophes au concept de résilience, qui est la capacité d’un système à se reconstruire après une crise en intégrant d’elle des enseignements. Là encore la résilience est fonction du niveau de développement des pays : des pays pauvres comme Haïti, où le séisme de 2010 a aggravé des conditions de vie déjà extrêmement difficiles, ont une résilience très faible, alors que des pays comme le Japon, qui a su grâce à ses ressources reconstruire très rapidement Kobé après un séisme en 1995, ont une forte résilience.

 IV. Risques, catastrophes, aménagement des territoires et développement durable

Yvette Veyret insiste sur la nécessité de l’intégration des risques au programme d’aménagement du territoire, pour conduire au développement durable.

La France notamment reconnaît la nécessité de la prévention des risques, notamment dans de nombreux textes réglementaires comme le Plan de Prévention des Risques en 1995, qui mettent aussi en place des zones à risques où l’aménagement du sol est réglementé spécifiquement et géré par l’Etat.

Mais dans la plupart des cas manque d’intégration du risque aux politiques de développement durable : c’est le cas de Paris et de Londres, où la gestion des inondations n’a pas pu suivre l’expansion croissante de la ville.

Dans beaucoup de cas, même si cela est nécessaire, les projets urbains visant au développement durable  grâce à la création d’emplois, de pôles dynamiques ou d’une politique d’espaces verts n’intègrent pas la gestion des risques, ils ne définissent pas de zones à risque.

Ce problème est encore plus important dans les Suds, où les politiques d’aménagement du territoire en elles-mêmes sont insuffisantes et l’urbanisation s’est généralement développée hors de tout contrôle. Le problème est aussi celui du manque d’implication ou de la corruption politique, les lois concernant le développement durable et les risques n’étant pas appliquées. C’est le cas du Venezuela, du manque réaction politique face aux catastrophes et de sa « loi des eaux et forêts ».

Pour Yvette Veyret la reconstruction pourrait être l’occasion de mettre en place des installations prenant en compte risque et développement durable, mais le problème du coût élevé et celui de la nécessité d’un investissement politique toujours sous-jacents. Il est donc difficile de lier risques et développement durable ou même risques et développement.

Cet article explique bien la notion de risques et tous les termes qui en découlent, ainsi que le rôle qu’ils jouent dans la fracture Nord/Sud, mais ses limites résident peut-être ici : l’article tourne autour de ce sujet, le développement durable y a une place moindre alors qu’il est un thème essentiel. Yvette Veyret arrive cependant à montrer la nécessité de la prise en compte des risques en leur donnant une plus grande place. Mais sera-t-il possible, en regard de la difficile situation économique actuelle, de concilier développement durable et prise en compte des risques ?

Marie Gabet, HK/BL

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http://villemandeurdemain.over-blog.com/article-29478163.html

(Par Gérard-François Dumont)

 in Historiens et Géographes, enseigner le développement durable.

Résumé :

 Ce que craint Malthus est un dynamisme démographique non équilibré, créateur de misère. Jean-Baptiste Say (1767-1832) pense qu’il faut pratiquer une restriction des naissances qui se ferait par la peur des conséquences négatives de la procréation sur l’économie : privilégier l’épargne à la procréation. La fin des « 30 glorieuses » pose la question des limites physiques de la croissance économique. Cette croissance proviendrait de la croissance démographique et aurait des effets dévastateurs sur la planète. Ces inquiétudes renvoient à des ignorances : le monde à cette période se trouve en pleine transition démographique depuis la fin du XVIIIe siècle, il n’y a donc aucune raison de s’inquiéter car la population va tendre à se stabiliser. De plus, le malthusianisme a toujours sous estimé les ressources, le progrès technique, la capacité d’adaptation des modes de consommation, la lutte contre la pollution, etc … Selon le malthusianisme écologique, la population est responsable de la rupture des «grands équilibres» écologiques. Cependant, ce courant semble oublier les progrès de l’humanité dans le mieux vivre. De plus, l’homme peut-il toujours porter atteinte aux espaces naturels puisque la question se pose de savoir s’il reste encore ou non des espaces « naturels » ?

Ces accusations de la croissance démographique d’entraver le développement durable sont elles fondées ?

Il est vrai que la population de la planète a augmenté de façon inédite et importante ces deux derniers siècles. Elle n’est nullement due à une hausse de la natalité mais plutôt à une baisse importante de la mortalité. Cela pourrait s’expliquer par la transition démographique, opérée dans certains pays en ce moment, qui transforme structurellement les attitudes démographiques de certaines régions. Il y a donc en plus de croissance démographique, développement démographique. L’étude de l’espérance de vie nous montre que le développement démographique est profitable aux générations présentes, mais aussi, augmente l’espérance de vie des générations futures. Le développement démographique est donc durable. Enfin, certains s’inquiètent de la poursuite de la croissance démographique au XXIe siècle en se fondant sur l’idée de l’homme pollueur. Or, on ne constate pas de corrélation entre densité et émissions de dioxyde de carbone. La démographie n’intervient donc pas dans le processus de pollution. La croissance démographique ne peut donc pas être accusée des insuffisances de développement durable. Elles sont les conséquences de comportements humains seulement.

L’auteur :

Gérard-François Dumont est un géographe et démographe français. Ses liens avec son ami, l’économiste Alfred Sauvy, le pousse dans la carrière universitaire. Professeur dans la section géographie et aménagement de l’université Paris IV, il se spécialise dans la géographie humaine en utilisant beaucoup la géodémographie. C’est l’étude des populations et de la façon dont elles se succèdent sur le territoire. Géographe reconnu, il est l’inventeur de néologismes régulièrement repris comme les principes de « gérontocroissance », « gérontodécroissance », de « juvénocroissance »,  « juvénodécroissance »,  d’ « Europe ridée », ou encore d’ « hiver démographique ».

Critique :

Il est vrai que le rapprochement entre démographie et développement durable est très tentant d’un point du vue écologique, ce que traite très bien ce texte. Cependant, il ne faut pas restreindre les problèmes de développement durable aux problèmes écologiques. Quantités d’autres domaines peuvent ne pas se développer durablement. On peut prendre l’exemple de l’économie.

En effet, cette discipline traite de la production, de la circulation et de la consommation des richesses. Cela peut poser des problèmes en se développant pour les générations futures. Un exemple d’actualité brulante est le problème de la dette. On pourrait, là aussi, faire un rapprochement avec la démographie. Ce n’est pas la croissance démographique dont il est ici question, mais de l’évolution du type de la population, observée de manière générale dans les pays riches : le vieillissement pose problème dans la mesure où il pèse sur les finances publiques de diverses manières. Ce poids de la population pour la génération présente ne doit pas entraver leur développement. C’est pourquoi, elles empruntent et s’endettent (même si le vieillissement de la population n’est pas le seul facteur d’endettement). Cette dette sera transmissible aux générations futures. Deux choix s’offriront à elles : soit elles décident de rembourser cette dette et ainsi, se priver d’un certain développement ; soit elles décident de ne pas rembourser la dette et ainsi exposent les générations futures à de graves troubles. Bien sûr, l’exemple de la situation actuelle de la Grèce illustre parfaitement cette idée.

Voici donc un domaine où la démographie entrave un certain développement durable et que le texte a peu développé.

Paul de Penfentenyo, HK BL

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http://www.journeeseconomie.org/index.php?arc=p4&num=464

Article d’Yvette Veyret sur le développement durable dans Historiens & Géographes n°411)

Yvette Veyret est une géographe française, ancien professeur à l’Université de Paris X-Nanterre et spécialisée dans la question du développement durable. Elle a publié plusieurs ouvrages à ce propos : Développements durables, tous les enjeux en 12 leçons ou encore Le développement durable, Approches plurielles.

Au début de son article, Yvette Veyret pose les questions essentielles pour tendre à une définition universelle du développement durable, à savoir : sa fonction, les acteurs et l’échelle de mise en œuvre. Une fois cela posé, Y. Veyret nous met en garde : « le développement durable demeure une notion floue ». Ne nous attendons donc pas à obtenir une définition nette et précise. Au-delà de ces questions pratiques, la géographe soulève de réels problèmes liés au développement durable : d’une part, comment faire coïncider développement et développement durable, notamment pour les pays en voie de développement, d’autre part la possibilité de mise en œuvre, en se demandant si le développement durable n’est pas pure utopie et enfin le problème du discours adopté par la presse et les media, qu’elle dénonce, le jugeant apocalyptique, décourageant pour les sociétés montrées du doigt et également contre-productif.

I-                    La planète, encore loin du développement durable : trop de pauvres ? trop de population pour un développement durable ?

Y. Veyret part du postulat qu’il existe de profondes inégalités entre les pays, qui sont vérifiées par des indicateurs tel que l’IDH (indicateur de développement humain). Ainsi, des populations pauvres se détachent et semblent être loin de se préoccuper du développement durable : ce n’est pas leur priorité et elles manquent d’argent. C’est pourquoi l’un des objectifs du Millénaire (cités lors du sommet du millénaire à New York en 2000), le septième, vise à « assurer un environnement durable », valable pour l’ensemble de l’humanité. Yvette Veyret étudie ensuite la question de la croissance : le rapport entre la croissance de la population et les ressources disponibles est l’objet de discussions depuis  près de 4 siècles, et oppose économistes, géographes et sociologues. Par exemple, alors que Malthus évoque une « pression destructrice », c’est-à-dire que plus la population augmente,  plus le décalage entre population et ressources augmente, Condorcet lui voit dans la science et le progrès technique la possibilité de repousser les limites de la croissance. Il pense, comme Esther Boserup qui parlait de « pression créatrice », une évolution positive. Mais depuis quand cette obsession de développement durable existe-t-elle ?

II-                  Le développement durable, une notion récente ?

Si l’on situe d’instinct les débuts du développement durable en 1987, lors du rapport Brundtland (qui lui donnera sa définition telle que : développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs), son origine est en fait plus ancienne, et s’ancre dans le XVIIIème siècle. En effet, l’idée de développement durable s’est forgée en réponse à des besoins sociaux et économiques et en suivant le cours de l’Histoire : alors que les Lumières ont bouleversé la pensée occidentale, les hommes commencent à se préoccuper de la nature et de son sort, puis le développement de l’industrie ou encore l’urbanisation, autant de transformations qui vont modifier le rapport de l’homme à la nature : naissent alors des mouvements écologistes (le Sierra Club en 1892 aux USA). Les manifestations internationales vont se multiplier à partir de la seconde moitié du XXème siècle : conférence de Stockholm en 1972, rapport Brundtland en 1987 ou encore conférence de Johannesburg en 2002.

Ainsi, la notion de développement durable n’est pas si récente qu’on pourrait le croire, et c’est en approfondissant les recherches sur le sujet qu’on a pu se rapprocher d’une définition de développement durable. Cependant, cette notion reste complexe.

III-                La complexité de la notion de développement durable et les difficultés inhérentes à chaque « pilier ».

Y. Veyret distingue 3 piliers qui déterminent le développement durable.

 En premier lieu, elle aborde le rapport entre la nature et le développement durable. Si dans l’idéal humain, la conception de la nature est celle d’une nature vierge, il est clair qu’aujourd’hui l’anthropisation (qui se traduit par l’agriculture, l’élevage, l’industrialisation, l’urbanisation et la croissance démographique) va à l’encontre de cette idée. Cependant, cette vision idéaliste d’une « mère nature » protectrice n’a jamais vraiment été applicable : elle est le fruit de l’imaginaire des citadins, ou bien le résultat de mouvements artistiques tels que le Romantisme. Il faut donc renoncer à la nature parfaite, mais cependant Yvette Veyret s’intéresse à l’équilibre de la nature. Là encore, une limite s’impose : le point d’équilibre ou point zéro n’existe pas, compte tenu des changements perpétuels de la planète.

En second lieu, elle parle de l’aspect socio-économique du développement durable, distinguant la « durabilité faible », qui croit au renouvellement des ressources de la « durabilité forte », qui oppose croissance et développement durable. Les décroissants, à l’instar de Nicolas Georgescu-Roegen ou Serge Latouche, vont plus loin : pour eux, impossible de remplacer un produit par un autre. Une dernière conception est enfin exposée : celle des pays pauvres, qui « considèrent que le développement durable est un luxe de pays riche plutôt qu’un concept opérationnel ». L’économie joue donc un rôle important dans la question du développement durable, mais qu’en est-il de l’équité et de la gouvernance ?

Yvette Veyret affirme que le développement durable va nécessairement de pair avec la démocratie, c’est-à-dire avec un milieu qui prône l’équité, soit traiter chacun selon ce qui lui revient de droit, selon son mérite. En outre, elle soutient que le développement durable doit se faire dans un échange entre les différentes institutions de la société, c’est-à-dire les « acteurs politiques, administratifs et les citoyens ». Cette complémentarité entre les acteurs s’appelle la gouvernance.

IV-               Développement durable et géographie

Pour finir, la géographe établit un lien entre géographie et développement durable. Cette science, en tant qu’étude des sociétés et des milieux dans lesquels elles évoluent, aborde le développement durable d’un point de vue social, et à différentes échelles. Y. Veyret s’intéresse ici aux espaces agricoles puis aux espaces ruraux pour montrer comment la réflexion sur le développement durable rejoint la géographie. La démarche géographique intervient encore dans l’étude des ressources : quantité, localisation, usage…

Yvette Veyret parvient dans cet article à montrer comme le développement durable n’est pas une simple notion vague et évidente, mais bien un enjeu majeur qui repose sur les choix de la société à effectuer pour l’avenir. Elle ajoute enfin que le développement durable est nécessairement lié à la mondialisation et aux transformations qu’elle fait subir à notre planète.  Si la construction de l’article est, à mon sens, irréprochable, un aspect manque cependant. En effet, Yvette Veyret semble se contenter de donner les faits et de les analyser, mais elle ne répond pas réellement aux questions posées au début de l’article, notamment celle du développement durable envisagé comme une utopie. Réponse impossible à l’heure actuelle ? Volonté de sa part ? Quoi qu’il en soit, nous restons sur une fin ouverte. À nous, peut-être, de trouver des solutions pour demain.

Raphaëlle-Marie Hirsch, HL/AL

 

 

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