Le Monde, 2 juin 2012

De 30 % à 40 % de la population vit entre ville et campagne, dans des pavillons, sans voisin direct, et cette proportion s’accroît. Attirés par les partis extrêmes ou par l’abstention, rejetant le  » système « , les périurbains restent mal étudiés

Un beau matin, les Français se sont réveillés en découvrant qu’un baobab avait poussé dans leur jardin. Il aura fallu la présidentielle de 2012 et la plongée dans les profondeurs du pays pour que l’opinion prenne conscience de ce qu’elle avait pourtant sous le nez : en moins d’un demi-siècle, et dans un silence à peu près total, la carte de la France s’est transformée.

En se frottant les yeux, les citoyens de l’Hexagone ont dû se rendre à l’évidence : la fameuse opposition ville-campagne, qui permettait de penser l’espace depuis des siècles, n’était plus opérationnelle. A la place, une autre forme d’occupation du territoire, à la fois plus complexe et plus vague, incontestablement plus difficile à saisir, mais qui pèse lourd dans les urnes. D’un côté le vote urbain, très majoritairement de gauche dans les villes grandes ou moyennes ; de l’autre celui des périphéries, où progressent à la fois l’abstention et le vote tribunitien, qu’il soit en faveur des tribuns d’extrême gauche ou d’extrême droite.

L’affaire ne s’est pas produite en une nuit mais, hormis les spécialistes, personne ne semble avoir vu le phénomène – comme si, à force d’être partout, il était devenu transparent. Au fil des ans, et de lotissement en lotissement, l’espace rural a été insidieusement grignoté par les constructions, surtout individuelles. Une révolution, cachée derrière un mot technique : périurbanisation. Et surtout un coup de pied dans les représentations traditionnelles du pays.

Désormais, la ville a gagné, ou plutôt une forme d’urbanisation indécise, ni vraie ville ni campagne, qui étend l’espace urbain en cercles plus ou moins concentriques autour des agglomérations. On estime aujourd’hui qu’entre 30 % et 40 % de la population française vit dans ces zones situées en dehors des villes, et parfois même très à l’écart, mais rattachées à elles par des liens économiques. Une commune est dite périurbaine si elle est séparée de ses voisines par 200 m non bâtis et si au moins 40 % de ses habitants travaillent dans l’aire urbaine de rattachement. Or ce chiffre concerne maintenant près de la moitié des communes françaises. Et le mouvement continue : selon Stéphane Cordobes, de la délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (Datar), l’espace périurbain est celui où la population connaît le plus fort taux de croissance.

lire la suite sur Le Monde.fr

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,


 

Les périphéries ont voté haut et fort, alors que l’abstention a progressé dans les centres urbains. Analyse géo-électorale du premier tour de la présidentielle, par Hervé Le Bras et Jacques Lévy.

Le Front national se renforce en France mais s’affaiblit dans les villes. Cette carte spectaculaire montre que la signification politique des gradients, autrement dit des degrés d’urbanité, est maximale lorsqu’il s’agit de l’extrême droite. Depuis 2002, le rejet de Jean-Marie puis de Marine Le Pen par les habitants des grandes agglomérations s’est confirmé.

Les électeurs de l’agglomération parisienne et de presque toute l’Ile-de-France confirment clairement leur refus de banaliser le FN, tandis que, à l’inverse, les périphéries les plus lointaines, dans l’Oise, l’Aube ou l’Yonne, renforcent leur adhésion à ce parti. Marine Le Pen ne s’y est pas trompée en s’attaquant directement aux habitants des centres-villes lorsque, depuis son fief d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 15 avril, elle brocardait les Parisiens, traités de  » bobos «  et stigmatisés pour s’adonner au brunch et au Vélib’.

En 2012, les grandes villes de la moitié nord et est du pays – cette France qui regroupe les bastions de la géographie lepéniste – rejoignent celles de l’autre moitié. Strasbourg, Mulhouse, Nancy, Dijon, Besançon, Lyon, Chambéry, Grenoble présentent désormais des scores faibles, comme ceux des villes de l’Ouest et du Sud-Ouest qui avaient exprimé leur rejet depuis plus longtemps. Dans le Midi méditerranéen, enfin, Aix-en-Provence et Montpellier résistent, Marseille, Avignon, Nîmes et Perpignan hésitent, dans un environnement chauffé à blanc.

La grande différence entre ces deux moitiés de la France porte sur le périurbain : au nord et à l’est, ces zones urbaines situées à l’écart des agglomérations manifestent une forte adhésion à la candidate du Front national. Au sud et à l’ouest, le périurbain est davantage tenté de soutenir le FN, mais ce soutien reste à un niveau inférieur à la moyenne nationale. Ce sont alors les marges  » hypo-urbaines « , à l’extérieur des aires urbaines, qui constituent les zones de force de l’extrême droite. Au contraire, au nord et à l’est, le périurbain choisit plus franchement Marine Le Pen.

L’espace du lepénisme, tout en se renforçant en masse, tend à perdre une part de sa consistance territoriale. Il est fait de filaments nombreux mais interstitiels, qui tissent une trame en négatif de celle des grands réseaux de communication. C’est l’espace du retrait, imposé ou volontaire, vis-à-vis de l’espace public. Inversement, l’urbanité, ce mélange de densité et de diversité, se comporte, vis-à-vis du Front national, comme un bouclier renforcé. Cette élection montre donc une radicalisation de l’espace de l’extrême droite : l’adhésion ou le refus dessinent des espaces de plus en plus étanches les uns aux autres.

Jacques Lévy, Le Monde, 25/04/2012

Étiquettes : , , , , , , , , ,


source : http://www.fundp.ac.be/universite/mobilite/

La mobilité comme bien public

21 septembre, par Jacques Lévy
Après Jean-Pierre Orfeuil, Jacques Lévy revient sur le « droit à la mobilité ». Il souligne une double confusion, d’une part entre le droit à l’accès et l’injonction à bouger et, d’autre part, entre mobilité et déplacement. La mobilité doit se comprendre comme un bien public. Comme les autres biens publics (éducation, culture, etc.), ce n’est que dans la mesure où elle participe d’un système de biens publics qui s’auto-entretiennent qu’elle peut être une valeur.
lire la suite sur le site de metropolitiques :

http://www.metropolitiques.eu/La-mobilite-comme-bien-public.html

Dix ans de « droit à la mobilité », et maintenant ?

16 septembre, par Jean-Pierre Orfeuil
La mise à l’agenda d’un droit à la mobilité s’est assortie de nombreuses initiatives. Malgré cela, les transformations économiques, sociales et technologiques des dix dernières années ont accentué les inégalités et multiplié les enjeux. Elles les ont aussi profondément transformés au point de devoir aujourd’hui questionner cette norme qu’est devenue la mobilité.
Lire la suite sur

http://www.metropolitiques.eu/Dix-ans-de-droit-a-la-mobilite-et.html

Étiquettes : , , , , , , , , , , , ,


Des experts livrent leur définition d’une des facettes de la mondialisation. Des points de vue qui se répondent, se complètent, voire s’opposent. Dossier issu de l’atlas des mondialisations.

Pascal Picq, Anthropologue, Maître de conférences au Collège de France. Il étudie les origines et l’évolution de l’homme et des grands singes. Ouvrage récent : Il était une fois la paléoanthropologie (2010)

Mondialisation : évènement ayant une incidence planétaire. De contraintes extérieures à l’homme, ce phénomène est devenu une initiative humaine qui aujourd’hui, traduit la prise de conscience du caractère limité de notre planète.

Pour les paléoanthropologues, c’est un phénomène très ancien dont la première forme est l’anthropisation (lorsque l’espèce homo sapiens a colonisé l’ensemble de la Terre).

Au départ cela es dû à des changements qui ne sont pas du domaine de la vie mais qui affectent la vie : les grandes catastrophes, les climats, le volcanisme, les mouvements de plaques ont entrainé des extinctions d’espèce, des migrations, des dérives génétiques qui ont participé à cette forme de mondialisation de la planète.

Puis à cause des poussées démographiques et des migrations toujours plus rapides, l’homme a eu la volonté de conquérir de nouveaux espaces (grande étape de 1492).

Aujourd’hui, notamment depuis le premier pas de l’homme sur la Lune, l’enjeu de la mondialisation est la prise de conscience du caractère limité de notre planète. Le changement de rapport à notre planète est très bien illustré dans 2001, l’odyssée de l’espace de Kubrick. Un primate lance un bâton dans l’espace, qui tournoie et se transforme en vaisseau spatial. Vieux rêve de l’humanité qui aspire à s’échapper de sa condition terrestre, car le bâton jeté par le grand singe est forcément retombé au sol, vers les origines, comme le rappel La planète des singes, le retour vers une planète aux ressources limitées (réchauffement climatique, énergies fossiles).

Francis Hallé, Botaniste et biologiste, spécialiste de l’écologie des forêts tropicales, de l’architecture des arbres et grand défenseur des forêts primaires. Dernier ouvrage : condition tropicale. (2010)

Il n’y a pas de définition unique de la mondialisation car ce n’est pas un mécanisme unique. Elle relève de plusieurs domaines qui ont chacun leur propre conception de la mondialisation.

La mondialisation culturelle qui met les progrès techniques au profit de visites et d’échanges fructueux entre des pays lointains est utile, féconde, joyeuse et doit s’amplifier. Elle donne le sentiment d’appartenance à une même planète et de solidarité humaine.

Mais la mondialisation économique est à bannir car elle accroit les inégalités et met en œuvre l’exploitation des pays pauvres par les pays riches. L’implantation de multinationales dans les pays pauvres apporterait argent et emplois mais c’est à la condition d’une main d’œuvre peu couteuse, de législation sociales et écologique peu exigeante… Les économies locales sont ruinées et « induit des mentalités de larbins ».

Coline Serreau, Artiste, (métiers du cinéma, compositeur, chef de cœur). Les travers de la société sont sa source d’inspiration et la préoccupation écologique est au cœur de son discours. Son dernier film : solution locales pour un désordre local (2010)

La première grande mondialisation est le patriarcat (domination des hommes sur les femmes) qui a corroboré les inégalités que l’on connait aujourd’hui. L’appropriation par les hommes des « femmes et de leurs fruits » entraine la légitimation de l’appropriation des richesses.

Or il ne devrait pas y avoir de domination mais des mouvements compatibles, une harmonie, entre les différents êtres vivants. Le communisme et le christianisme ont essayé d’instaurer l’égalité et le partage mais ont échoué car ils n’ont pas renoncé au patriarcat (idem pour les écologistes aujourd’hui).

Mais aujourd’hui ce système est entré dans une logique d’auto-contradiction. La prochaine révolution sera que l’homme comprenne qu’il n’est pas supérieur aux autres espèces. Révolution douloureuse du même ordre que celle des hommes de la Renaissance qui ont du accepter que la terre ne soit pas le centre de l’univers. Si l’humanité ne se remet pas en question elle ne pourra pas survivre. Les autres espèces sont plus adaptées plus solides et mieux intégrée.

Jacques Lévy, géographe, Professeur de géographie et d’urbanisme à l’école polytechnique Lausanne. Ouvrage récent : l’invention du monde : une géographie de la mondialisation.

Mondialisation : processus spatial caractérisé par l’émergence d’un espace d’échelle mondiale. La première manifestation est la mobilité des hommes : en colonisant la planète ou toujours aujourd’hui à travers le tourisme (une des grandes activités nées grâce à la mondialisation). C’est un processus qui s’inscrit dans la durée. Par l’épaississement de tous les liens de la planète, se créent des relations quotidiennes et permanentes par le transport, le commerce, l’internet, la culture, le débat politique…

La mobilité est essentielle pour mettre en lien les différents lieux de la planète, mais cela n’a de sens que si les lieux sont différents. Si tous étaient semblables nous n’irions pas à la recherche de l’ailleurs. La mondialisation interroge l’uniformisation de la planète.

Ex : l’archipel mégalopolitain mondial. Avant toutes les villes avaient le même destin, petits mondes au cœur de leur territoire. Aujourd’hui elles sont reliées par les mobilités et les télécommunications, se copient mais sans jamais pour autant se ressembler. Le succès d’une ville tient au fait qu’elle invente des singularités ; il faut avoir une raison d’y aller. (San Francisco ou Montréal innovent dans l’accueil des gays)

Les mobilités sont impulsées par la différence des espaces mais il est indéniable que la Terre devient de plus en plus un espace géographique unique. Nous avons déjà une économie mondiale, mais la politique mondiale est balbutiante (structures qui ont pour mission de fabriquer la gouvernance mondiale sans gouvernement mondial.) C’est illisible pour les citoyens car il n’y a pas d’espace de débat public mondial. Or les citoyens devraient pouvoir participer car ce sont leurs attentes qui construiront le monde de demain.

Claude Hagège, linguiste, Professeur au collège de France. Il a des connaissances dans une cinquantaine de langue. Ouvrages récent : le dictionnaire amoureux des langues (2009) et le combat entre l’écrivain et sa langue (2009)

Mondialisation : action de faire circuler dans le monde entier les produits commerciaux = ouverture des marchés mais en réalité il s’agit de la domination des marchés par les USA. Il s’appuie sur J.K. Galbraith « la mondialisation n’est pas un concept sérieux. C’est une espèce de jouet que nous avons inventé pour maintenir et améliorer notre domination dans les pays et régions où notre commerce est dominant »

Le bénéficiaire le plus évident de la mondialisation est la langue anglaise, qui devient la langue des échanges. Les autres pays doivent mettre en place des structures pour promouvoir leurs propres langues (Organisation internationale de la francophonie, Goethe Institut).

Il promeut l’idée d’une Europe qui inclurait la Russie. Ayant une côte Atlantique et une côte sur la mer du Japon, cela concurrencerait cette mondialisation. Un des signes de la crainte des USA face à cette idée est le fait qu’ils encouragent l’autonomie des pays frontaliers de la Russie.

Hervé Le Bras, démographe et historien. Directeur de recherche à l’institut de recherche émérite à l’Institut d’études démographique, à l’EHESS (école hautes études en Sciences sociales), et du laboratoire de démographie historique au CNRS. Ouvrage récent : Vie et mort de la population mondiale (2009)

Pour les démographes, on peut parler de mondialisation à partir du moment où on a considéré l’égalité de tous les hommes. On ne compte plus le nombre de citoyens, d’esclaves, les bourgeois, mais la population mondiale toute entière. On doit ce changement de perspective à Hobbes où il démontre dans son Léviathan l’égalité de tous les hommes. En 1683, le Britannique William Petty a été le premier à évaluer la population mondiale. Aujourd’hui les pratiques démographiques sont unifiées à travers tous les pays du monde et on peut parler de mondialisation.

Gérard Chaliand, géostratège, géopolitologue, écrivain et poète, Spécialiste des conflits armés. Maître de conférences à l’Ecole nationale d’administration, enseignant à l’Ecole supérieure de guerre et directeur du centre européen des conflits. A enseigné à Harvard. Ouvrage récent : Géopolitique des empires : des pharaons à l’imperium américain (2010)

La première véritable mondialisation est celle opérée par l’expansion musulmane. Par la conquête militaire, elle contrôle un espace allant de l’Espagne aux marches de l’Inde. Par les échanges commerciaux, ils atteignent les portes de la Chine. Ils allient puissance militaire et commerciale pour marquer leur influence sur une grande partie des continents. Projection de puissance, augmentation de la richesse et multiplication des échanges traduisent cette mondialisation.

François Bourgignon, économiste, Directeur de l’Ecole d’Economie de Paris et directeur d’études à l’EHESS. Il a été vice-président de la banque mondiale en charge de l’économie du développement. Ouvrage récent : trajectoire et enjeux de l’économie mondiale. (2010)

Mondialisation : développement des échanges dans les différentes parties du monde : marchandises, population, capitaux mais aussi idées, technologies, processus et gestion de production. Se produit de façon autonome. On peut difficilement l’empêcher, il est dans la nature des hommes de se déplacer, d’explorer, de pouvoir vivre mieux, d’obtenir des biens à moindre coûts.

Par la nature de ce processus le bilan économique de la mondialisation est positif : il est bénéfique pour la population mondiale de faire produire des biens intensifs en main d’œuvre là où elle est la moins cher et des biens technologiques là où ces technologies voient le jour. Les pays riches qui délocalisent sont gagnants mais également les pays pauvres qui reçoivent investissement et emplois industriels nouveaux.

La mondialisation est un facteur de croissance de l’économie mondiale mais se pose la question de la répartition des gains. Les pays pauvres, comme les pays riches sont gagnants mais pas dans les mêmes proportions. Les inégalités sont également présentes parmi les citoyens d’un même pays. Il faut résoudre le problème de la compensation des perdants qui s’élèvent contre la mondialisation.

Le réchauffement climatique est le premier phénomène authentiquement mondial car il ne peut être résolu par une politique nationale. Les gaz à effet de serre traversent les frontières. Il faut une réaction coordonnée et concertée. Comment faire sans politique économique et gouvernementale mondiale ?

Critique :

Ce dossier offre une approche multidisciplinaire très intéressante de la mondialisation. Chaque approche permet de préciser la définition

–          Approche spatiale : colonisation de la planète par l’homo sapiens

–          Phénomène qui dépasse l’initiative et les résolutions nationales : le réchauffement climatique.

–          …

Je pense que pour ma part la conception de la mondialisation aujourd’hui résulte de la prise de conscience de ce phénomène. Ce n’est plus tant un processus autonome extérieur à l’homme qu’une évolution de rapport vis-à-vis de la Terre avec laquelle l’homme peut interagir. Parce que la mondialisation implique avant tout l’homme, celui-ci peut orienter son déroulement par des décisions pour tirer le plus profits de la fécondité de ces échanges culturels et diminuer les conséquences du réchauffement climatique, ou des inégalités engendrées qui sont les principaux points d’ombre de ce phénomène.

Même si la consommation de masse est toujours à l’ordre du jour, il y a une prise de conscience de plus en plus aigüe de la richesse des ressources de notre planète. Il s’opère un retour vers nos origines, vers la nature. Cela est bien sûr manifestée par la prise de conscience écologique (la récente décision allemande de stopper l’industrie nucléaire civile ce qui rejoint les décisions analogues d’autres pays européens comme l’Autriche 1978 ou Suède 1980, Italie 1987, Belgique 1999, Allemagne 2000, réinstauré et de nouveau supprimé par Angela Merkel. Danemark, Grèce, Irlande, Norvège ont proscrit dans leur loi nationale toute construction d’usine nucléaire suite à Tchernobyl) mais également une prise de conscience plus générale des hommes qui se traduit par des films très récents comme Home de Yann Arthus Bertrand, The tree of life de Terence Malik ou le prochain La planète des singes : les origines.

La nécessité de conserver la richesse de la diversité des différentes régions et des différents peuples de la planète me parait également très intéressante tout en gardant une certaine unité géographique pour toujours permettre les déplacements et les échanges. De ces analyses il ressort souvent la nécessité d’un équilibre, voire d’une égalité entre les différentes régions du monde. Cela est visible même dans l’approche presque assimilable à une théorie du complot de Claude Hagège : la domination d’un espace sur tous les autres ne peut constituer une véritable mondialisation.

On aurait pu également parler d’une nouvelle conception de la mondialisation à partir de l’apparition des nouvelles technologies et notamment d’internet qui participe à raccourcir les distances.

 

Certaines analyses me paraissent cependant discutables : Cela provient notamment du fait que n’est pas toujours précisé ce qui permet de considérer ces phénomènes comme les premières mondialisations

–          L’analyse du patriarcat : il n’est pas précisé à partir de quels critères Caroline Serreau considère le patriarcat comme une mondialisation. Elle l’utilise pour justifier l’existence d’inégalités qui peuvent être rapprochés à la mondialisation, mais est-ce que cela fait pour autant du patriarcat une mondialisation ? Les inégalités de richesses peuvent avoir d’autres sources. Les sociétés féodales montraient déjà l’existence d’inégalités en dehors d’un processus de mondialisation. Il n’est pas non plus préciser le processus d’autodestruction dont souffre actuellement le patriarcat et qui aurait pu nous orienter sur sa définition comme mondialisation. On pourrait lui contrer l’existence de sociétés dominées par les femmes (étude de Margaret Mead sur le peuple Chambouli en Océanie cf. cours Socio BL J ). Mais cette critique un peu extrémiste a le mérite de remettre en cause radicalement nos modes de vies pour inverser une tendance trop inégalitaire et incontrôlable de la mondialisation qu’il faut en effet changer en profondeur.

–          Celle de l’expansion musulmane : Ici la justification comme processus de mondialisation (projection de puissance, augmentation de la richesse et multiplication des échanges) est juste et valable. C’est plutôt l’affirmation de la première mondialisation qui est discutable. Les civilisations précédentes, notamment l’empire romain n’avait-il pas lui aussi un territoire et une influence aussi vaste ? La Méditerranée qui constituait le monde connu d’alors permettait la multiplication des échanges et l’accroissement des richesses.

Même si la mondialisation économique comporte de défauts non discutables, je suis assez d’accord avec l’économiste François Bourgignon sur le fait que c’est une richesse pour notre planète. Refuser toute mondialisation serait une grande perte pour la richesse de nos cultures. Il ne faut pas oublier qu’une mondialisation culturelle n’aurait sans doute pas été possible sans mondialisation économique préalable, car le commerce a sans doute mieux réussi que les aventuriers à rapprocher les continents.

Le problème d’une gouvernance mondiale (qui rejoint les problématiques d’une Union européenne fédérale ou non et des problèmes de gouvernance actuelle) est également intéressant car il diminuerait nécessairement la diversité et l’égalité entre les pays. Mais cela regroupe peut-être plus une approche philosophique de la question.

Pauline Fournols HK/BL

Étiquettes : , , , , , , ,


bulle

Source : dzmix.com

L’invention du monde : une géographie de la mondialisation,  Chapitre 6 : Il monde è mobile. Presses de Sciences Po, 2008.

Jacques Lévy a dirigé cet ouvrage de recherche publié par science po Les presses et mettant en évidence les phénomènes de la mondialisation, les flux, les mobilités qui s’opèrent dans un monde globalisé. Il est un géographe français réputé, notamment spécialisé dans la géographie politique, membre de la rédaction d’EspaceTemps, professeur à l’IEP de Paris. Dans le cadre de ses recherches sur la géographie politique, il s’est intéressé au phénomène de mondialisation et son influence sur les politiques étatiques et comment les populations au sein des pays se meuvent et sont mobiles.

L’auteur de ce chapitre est Mathis Stock.

Introduction :

Ce livre a pour projet de définir une géographie de la mondialisation, projet en somme toute difficile mais auquel s’attache Lévy qui théorise très bien les flux, les mobilités multiples au sein d’un monde mondialisé. Les mouvements sont en effets permanents. La mobilité, elle, c’est l’ « ensemble des manifestations liées au mouvement de réalités sociales dans l’espace. » Mais la mobilité va au-delà des seuls flux ou déplacements. Les acteurs de cette mobilité en sont le centre : à la fois décideurs et exécuteurs. C’est la grande question de l’ « habiter » notamment avec le tourisme, c’est-à-dire la manière de faire avec de l’espace, comme condition de possibilité de déplacements.  Dans un monde capitaliste le déplacement trouve toute sa place, son épanouissement, c’est-à-dire un enchevêtrement de flux, un « mode d’organisation de société ».  Tout espace amène à une mobilité. Mais comment cette mobilité se manifeste-elle ? Quelle est-t-elle ? Et, comment le tourisme illustre le rôle de la mondialisation dans notre façon de nous déplacer ?

  1. La mobilité constitutive du monde mondialisé.

 

1. Le monde des circulations.

Dans un premier temps il s’agit de définir les différents types de circulation avec des mouvements de plus en plus nombreux et de plus en plus importants (3 milliards de passagers, 3 milliards de touristes dont 800 millions internationaux, 100 millions de migrants, 2 millions d’étudiants, 200 millions de déplacements (sportifs, culturels, etc.  …) et il existe aussi les expatriés.

2. Le continuum des circulations

Mais les déplacements définitifs et circulations temporaires (de plus en plus courantes) sont à différencier. Aujourd’hui le migrant est émigrant/immigrant.

A/les approches transnationalistes : On peut voir des migrations à l’intérieur d’un état : on parle alors de « Constellation postnationale » qui permet des « identités transnationales », ainsi que l’émergence du Monde comme aire pertinente (multiples pratiques) et aussi un monde de multiples circulations et de liens « postmigratoires ». Lien avec le pays d’origine : les transmigrants. Les touristes sont également un élément important de ces éléments transnationaux.

B/le code géographique des mobilités : Il est nécessaire de distinguer circulation et migration=Mobility transition. Typologie des transports qui en découle : quotidien/non quotidien, choix/obligation, familier/étranger, proche/loin, non exotique/exotique. La mobilité  c’est donc le continuum entre déplacements et séjours éphémères, la différence réside dans le « retour » ou non à la maison, un déplacement peut être temporaire, définitif, court ou long.

 

  1. Le tourisme : processus mondialisant

Le concept de tourisme est défini ici comme un «  système d’acteurs, de pratiques et d’espaces qui participent de la « recréation » des individus par le déplacement et l’habiter temporaire hors des lieux du quotidien ». Cela implique donc un nouvel espace. Ces flux sont très nombreux (800 millions de déplacements) et rapportent près de 700 milliards de dollars soit 6% de l’activité mondiale. La mondialisation augmente considérablement ce phénomène, une extension de « l’espace touristique », intégrations des lieux dans l’économie et création d’une économie. Mondialisation et tourisme sont donc très étroitement liés.

 

  1. Habiter le Monde touristiquement

A/l’émergence de l’écoumène touristique : le 1er des éléments essentiels du tourisme : tout lieu est regardé comme potentiellement touristique. Un aménagement possible de ce lieu est donc imaginé. L’écoumène touristique est l’espace où se concentre le maximum de ces lieux touristiques et il ne cesse de s’étendre. Cet espace est du à de multiples facteurs de la mondialisation.

B/Maitriser les distances : Depuis le XIXème siècle accélération de la vitesse de transports, la distance se réduit, les transports se multiplient, la mondialisation et le tourisme sont toujours plus faciles. La bonne maîtrise de la logistique (infrastructures, plateformes multimodales) accroit la facilité de déplacements.

C/ Maitriser l’altérité : primordial pour le tourisme, le rapport avec l’autre doit être maitrisé, à savoir le dépaysement peut être recherché (découverte d’une nouvelle culture), ou au contraire recherche d’un repos (sur les plages) ou comme aire de jeux(Disneyland). Cela implique la mise en place d’infrastructures, de personnels qualifiés pour répondre à la demande.

D/Les pratiques mondiales : Dans le monde de la recréation les pratiques sont multiples. Les séjours de vacances se sont écourtés, la villégiature prend fin, mais les congés sont plus fréquents. Il y a des modèles différents selon les envies du touriste   (repos, visite) sans parler des évènements sportifs (marathon, spot, tournoi) et évènements culturels (festivals, conférences, concerts).

 

 

 

 

  1. Le tourisme mondialisant et mondialisé

 En quoi le tourisme est-il mondial ? Le niveau mondial, en quoi est-il pertinent pour le tourisme ? (Interdépendance des lieux touristiques, la régulation par des acteurs, la nécessité de technologies spatiales).       

A/La mondialité des lieux touristiques : Compétitivité entre les hauts lieux touristiques à l’échelle mondiales (Paris, New York par exemple) et lieu de tourisme majeur comme la Côte d’Azur, les Alpes, selon les saisons. Petit à petit les lieux se spécialisent pour une clientèle de luxe (Cannes) ou pour les classes moyennes.  De plus la concurrence s’ouvre avec des pays en voie de développement, bien moins cher. La facilité des transports rend ces destinations exotiques prisées comme par exemple l’Asie du Sud Est contre un pourtour méditerranéen trop cher. Un lieu touristique est mondial si la synthèse entre divers éléments est possible comme l’accessibilité, les équipements, etc. … Des stations touristiques existent également à l’image de Chamonix, de St-Tropez. L’image de marque d’un lieu se mesure par sa popularité via internet par exemple ou encore les global tourist spots (hauts lieux du surf) et surtout les villes mondes qui drainent la richesse et les touristes. Le tourisme est mondialisé.        

B/Normes à l’échelle mondiale pour le tourisme : Ce tourisme nécessite donc des normes pour le contrôler.  L’O.N.U permet de protéger les acteurs de ce tourisme (UNESCO, OMC, OMT,…). Par ailleurs il existe des « codes du tourisme » à tout niveau. L’OMT a mis en place des normes mondiales, c’est-à-dire assurer les statistiques internationales du tourisme, rassembler des données fiables, assurer la légitimité d’organismes et de comprendre les évolutions de ces flux. L’OMT cherche également à préserver et à promouvoir un tourisme propre avec l’appui de l’UNESCO par exemple.

C/Techniques et technologies spatiales : les technologies sont l’ensemble de médiation visant à régler des problèmes d’espace (distance, accès, altérité). L’espace peut devenir une technique, c’est-à-dire par sa maitrise il promeut le tourisme. La mondialisation fait donc émerger le tourisme mondial  mais cela implique un limage des cultures, une uniformisation, une acculturation et des pratiques touristiques qui se répandent : ski, plage, tourisme balnéaire. Serais-ce le début d’une culture touristique mondiale ?

L’extrait étudié ici se concentre donc d’une part sur la définition des mobilités, qui sont multiples. Elles dépendent d’une mondialisation croissante qui n’a jamais cessé dans sa logique de promouvoir le déplacement. Le tourisme semble donc être une bonne illustration de cela dans la mesure où il correspond à mettre en valeur un site, un lieu pour favoriser le déplacement. Il est donc responsable et en même temps receveur de ces déplacements. A l’échelle mondiale, le monde se rapproche, une uniformisation s’accomplirait-elle ?

 

 

Réflexion personnelle :

La question de la mobilité reste aujourd’hui pleinement d’actualité, comment se déplacer plus vite, à l’heure où l’Europe et les Etats-Unis ferment leurs frontières, où l’on recherche un tourisme plus écologique et où toute la mobilité se retrouve donc mise en cause.

Ainsi les migrations sont plus difficiles, les renvois à la frontière de clandestins ne cessent d’augmenter et attisent les débats comme en France, avec un relent de natiomalisme, une xénophobie renaissante. On invite à rediscuter du sort des étrangers dans nos pays, à l’heure où la tolérance s’effrite. Peut-on garder des minarets sur les mosquées suisses, signe «  ostentatoire », provocation, peur de voir l’étranger nous envahir ? En effet la question de la migration se pose dans la mesure où elle est une nécessité pour certains pays qui ont besoin de main-d’œuvre mais qu’elle génère intolérance, ghettoïsation, discrimination et parfois isolement des expatriés. Le juste équilibre est dur à trouver, tant les repères sont floutés dans une mondialisation à toute allure.

De plus, on nous invite à redéfinir une nouvelle façon de nous déplacer, en effet l’exemple du tourisme nous montre une logistique immense, ainsi qu’une dénaturalisation de l’espace. On aménage, on modélise un type de tourisme, on joue de la carte postale, on cache, on transforme, c’est une mise en scène implacable que le tourisme, contrebalancé par un consumérisme insolent. En outre se déplacer par avion c’est polluer visuellement et polluer l’air, comment remédier au problème du réchauffement climatique tout en haranguant la foule à se déplacer toujours plus ? Le protocole de Copenhague n’a en tout cas pour le moment pas permis de trouver de solution aux problèmes des émissions de gaz dont les avions sont parmi les grands responsables.  Le livre de Lévy est donc au cœur des problématiques actuelles, décrivant les différentes mobilités à travers le monde, montrant au combien elles sont ambigües, à savoir nécessaires mais problématiques. La prise de conscience mondiale de cela permettra peut-être une régulation nécessaire.

HK A/L  Thomas Abarnou

Étiquettes : , , , , , , ,