L’imaginaire du voyage. Sciences Humaines, N°240S, juillet-août 2012.

A l’heure du grand chassé-croisé de l’été et des traditionnels bouchons automobiles, comme il est bon de savourer, à l’ombre dans son jardin, la lecture du numéro estival de Sciences Humaines ! Consacré à la thématique de l’imaginaire du voyage, ce recueil d’articles est d’une grande qualité. Les meilleurs spécialistes du sujet ont été convoqués et livrent leur réflexion sur ce qu’est voyager.

Jean-Didier Urbain, célèbre auteur de L’idiot du voyage, Histoires de touristes, reprend l’analyse développée dans l’ouvrage publié en 1991 mais l’approfondit pour reconnaître que le touriste n’est pas seulement un abruti mais un « voyageur complexe qui transporte avec lui ses désirs et ses rêves. » Voyager, c’est aller à la rencontre de l’altérité, quelque soit le mode de vacances que l’on choisisse. « C’est l’imaginaire du voyageur, modelé par ses désirs, qui détermine sa vision du monde (des lieux et des milieux) comme de l’expérience du voyage (parcours ou séjour) ». Il distingue une typologie du tourisme : « les quatre désirs capitaux » dans laquelle tout un chacun peut se reconnaître à différents moments de sa vie ou de l’année : l’appel du désert, la tentation sociétale, la rêverie cénobite et le rêve altruiste et humanitaire. Sylvie Brunel revient sur le concept qu’elle a élaboré dans son récit de voyage publié en 2006 aux éditions Sciences Humaines. Elle entend par là la mise en scène touristique de certains lieux conçus pour recevoir le touriste. Elle n’est plus dans la dénonciation comme en 2006 puisqu’elle montre que l’activité touristique a du bon. C’est « la meilleure chose qui soit arrivée à l’humanité (…) La disneylandisation est d’abord et avant tout une démocratisation : elle met le merveilleux à portée de tous. C’est aussi un moteur de reconnaissance et de développement qui valorise les cultures et souligne les points forts des territoires. » Elle milite pour une disneylandisation responsable. La mise en tourisme ne doit pas se faire au détriment des populations et elle dénonce le syndrome de Tarzan (la mise sous cloche de la nature au détriment des populations autochtones). Cécile Bagault comme Héloïse Lhérété analysent le phénomène du tourisme sportif, que ce soit la conquête de sommets (« Les conquérants de l’inutile ») ou l’engouement pour la marche des Français tandis que Xavier Molénat décortique le phénomène Sea, Sex and Sun à Ibiza. Le dossier se clôt sur une sélection d’ouvrages « La bibliothèque idéale du voyageur » que les lecteurs peuvent enrichir sur le site de Sciences Humaines.

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

Étiquettes : , , , , , , , , , , , , ,


http://www.groupechronos.org/index.php/fre/themas/dossiers/envie-du-monde-et-envie-de-ville

 

07 06/2012 de Bruno Marzloff

Dans un récent essai (2011) intitulé « L’envie du monde », le sociologue Jean-Didier Urbain, grand explorateur des « vacances », adopte le point de vue de « l’envie » comme matrice du désir pour identifier et décrire les tropismes touristiques de tous acabits et leurs évolutions récentes. Mais, au motif de l’investigation d’un tourisme expansionniste en quantité et qualités, il explore autant la mobilité désirable que la ville désirable. Nous sommes en effet pour les deux cas dans une représentation idéalisée des désirs de mobilité. D’où, ici, une lecture quelque peu orientée de cet ouvrage, parfaitement recommandable par ailleurs.

Ainsi de l’équivoque de la ville – à la fois attractive et répulsive. J.-D. Urbain observe que les vacances sont nées avec l’urbanisation moderne et ses impressionnantes accélérations (extensions spatiale et démographique). Leurs développements respectifs furent conjoints et « le taux de départ en vacances est systématiquement corrélé à la taille de l’agglomération. » Que peut-on faire de « cette qualité sociofuge de la ville » ? Suggérons d’inverser l’analyse : quelles transformations de la boîte noire des mobilités seraient nécessaires pour redonner « l’envie de la ville » à ceux qui y résident, à ceux qui la pratiquent et à ceux qui la visitent ? N’est-ce pas le même combat ?

lire la suite du dossier de Chronos

Étiquettes : , , , , , , , , , , , ,