Le Point, 17/03/2011

interview de Jean-François Sabouret, directeur de recherche au CNRS, est l’un des meilleurs spécialistes du Japon, où il a enseigné pendant 25 ans.

Comment expliquez-vous cet étonnant sang-froid des Japonais ?

JFS : les Japonais, surtout les hommes, sont formés, rompus à résister, à supporter et à se taire. Rappelez-vous cette phrase de l’empereur, le 15/08/1945, alors que le Japon vient de capituler : « Nous devons supporter l’insupportable ». Le 12/03/2011, la Terre s’est « fâchée ». Le Japon vient de subir coup sur coup un séisme, un tsunami et tente d’éviter une catastrophe nucléaire, les Japonais doivent de nouveau supporter l’insupportable.

Peut-on parler de soumission aux évènements ?

JFS : Non. Quand on entend parler du « stoïcisme japonais », on pense à Sénèque. C’est une erreur. Le prétendu stoïcisme des Japonais vient de leur coexistence avec des éléments souvent déchaînés. Le Japon est un pays par gros temps. Un pays de montagnes hostiles, de volcans en activité, de pluies diluviennes, de neige camisole, de typhons dévastateurs. Cette nature adverse a façonné l’âme japonaise. Ajoutez-y le bouddhisme, qui ancre ce peuple dans l’intensité du présent et, en même temps, dans le sentiment de l’impermanence, le mujo. Le Japon est le pays de l’éphémère, de l’instant, du transitoire. Leurs estampes sont les « images du monde flottant ». On ne sait jamais de quoi demain sera fait. Quand le malheur arrive, il faut faire face. Quand le bonheur surgit, il faut en profiter. C’est un fatalisme actif. Pas désespéré.

Lire la suite dans Le Point N°2009.

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