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in Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête ! Lattès, 2010

Christian Pierret est président fondateur du festival international de géographie et fut un temps ministre de l’industrie. Maire de St-Dié-les-Vosges, il est très impliqué dans la vie régionale.

Introduction : La crise environnementale a gagné une importance médiatique sans précédent, symbolisée par la conférence de Copenhague de l’hiver 2009. Ce qui caractérise peut-être le mieux ce champ d’investigations et de controverses qu’est devenu l’environnement, c’est le nombre des enjeux qu’ils recouvrent, touchant aussi bien les champs sociaux, et économiques que politiques. Sur toutes ces questions, et la question énergétique n’est que la plus brûlante d’entre elle, l’initiative géostratégique est passée au Sud dont le poids démographique (donc énergétique), financier et, de plus en plus, économique lui confère la première place.

I) Les réalités économiques

Les différentes sources d’énergie et leur potentielle rareté.

La production d’énergie utilise essentiellement trois ressources : les énergies fossiles, l’énergie nucléaire et les Energies Naturelles Renouvelables (ENR). Aujourd’hui 60% de la production d’énergie est tributaire des sources fossiles d’énergies. Le vrai problème est que 20% de la population (mondiale) consomme 80% de l’énergie. La croissance rapide du Sud pose alors le problème de la rareté de l’énergie : y en aura-t-il assez pour tous ?

Il n’y a pas de croissance sans énergie, c’est –à-dire sans augmentation de sa production et de sa consommation ; mais la logique actuellement prédominante, celle d’un court-termisme dicté par les marchés, rogne les réserves d’énergie au maximum : d’où les black-outs de Californie en 2001 ou d’Allemagne en 2006. Entre 1973 et 2006, la consommation d’énergie a doublé pour atteindre 11 milliards de tonnes-équivalent pétrole, produite à 85% grâce à des énergies fossiles.

La qualité de l’énergie devient aussi un impératif, c’est-à-dire sa qualité environnementale, mais aussi sa répartition. Dans cette optique, la décroissance est une impossibilité : elle contredit l’impératif même de sortir de la pauvreté les deux tiers de l’humanité. La répartition de l’énergie est aujourd’hui plus qu’inégale ; mais croire que la réduction de la consommation du Nord suffira à arracher au Sud son désir de croissance est aussi une illusion. Le problème est que les ressources vont diminuer, même si on ne parle pas d’oil peak : nous consommons deux fois plus de pétrole que nous n’en découvrons.

II) La crise énergétique, une réalité mondiale !

Ce sont surtout les transports et, dans une moindre mesure, le résidentiel qui assurent l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre. La question n’est pas : peut-on durer avec les énergies fossiles ? car la réponse est non. Dans les ingrédients du « mix énergétique » (pétrole, gaz, charbon, tourbe, lignite : 83% de l’énergie mondiale) le seul dont les réserves dureront est le charbon, et cela seulement si on parvient à en faire une énergie propre et efficace. Or non seulement le charbon implique un grand gaspillage, mais le coût d’amélioration de son raffinage est prohibitif. Le vrai débat porte sur les alternatives aux fossiles. Les ENR sont les plus propres mais elles sont trop dépendantes du climat. En l’état actuel des choses, on estime qu’elles ne peuvent représenter plus de dix pour cent de la production d’énergie. L’alternative la plus sérieuse est le nucléaire. C’est une énergie abondante et sûre, mais qui génère des déchets peu massifs et extrêmement polluants. Enfin, l’irradiation nucléaire est loin de correspondre à la frayeur qu’elle déclenche : elle est vingt fois plus rare que l’irradiation au cours d’un traitement. C’est dans les représentations que le nucléaire trouve son plus grand obstacle : la population n’a pas oublié Tchernobyl ou Three Mile Island. Cela ne concerne pas seulement le nucléaire, mais toute innovation en matière énergétique. Il y a une mentalité « not in my backyard » bien présente. La responsabilité de chacun devrait être plus grande.

III) Un défi pour notre monde

La voie la plus raisonnable pour le développement futur de nos capacités semble être l’efficacité énergétique, qui permet d’améliorer à la fois le confort et la productivité. Au niveau domestique, l’essentiel des pertes d’énergies pourrait être compensé par l’utilisation d’appareils ménagers économes en énergies, et ce sont souvent les plus performants. Malheureusement leur prix reste bien au-dessus de la moyenne. L’efficacité énergétique est un investissement, et requerra probablement des sommes considérables.  A un niveau plus vaste, il s’agit de mettre en place des structures d’utilisation rationnelle de l’énergie, de l’extraction à la consommation. Le meilleur moyen est d’améliorer le rendement. L’économie qui se dégage comme résultat d’un tel processus est appelée « économie sobre ». L’industrie est le secteur où l’investissement est le plus direct, et le plus directement efficace : mais c’est aussi celui où les progrès ont été déjà réalisés :sa consommation finale globale a diminué en France de 20% : accroître la pression sur l’industrie ne génèrera plus de résultats très significatifs : en tout cas, ce n’est pas l’urgence.

Conclusion : vers un modèle de croissance « post-carbone » ?

Les deux secteurs qui vont subir une révolution énergétique, parce qu’elle est techniquement possible, sont les transports routiers avant tout, avec le remplacement du moteur à explosion par l’hybride, l’hydrogène ou le tout-électrique et le logement, avec une exigence d’isolation et de Haute Qualité Environnementale dans les nouvelles maisons. Tout cela n’ira pas sans volonté politique, au niveau européen et international ; mais il faut affirmer qu’il est possible d’améliorer les performances environnementales énergétiques sans pour autant annihiler le développement du Sud.

Réflexion personnelle : la première qualité de cet article est de poser le problème avec sérieux. L’auteur réfute activement tout catastrophisme, tout alarmisme, toute tentation de la décroissance : si nous serons 9 milliards en 2050, tous exigeant un niveau de vie correct, cela n’est pas anormal, cela est juste. Ici le problème est loin d’être posé en termes apocalyptiques : ce n’est pas la fin du monde qui nous attend, mais simplement un risque croissant de pénuries endémiques d’énergie : cette perspective est à peine moins effrayante, mais c’est parce qu’elle est réaliste et aigue, et non pas vague et menaçante. L’auteur offre un panorama complet de la situation et des possibilités en matière d’énergie : en faisant ainsi, il tente d’attribuer à chaque élément son juste poids, souvent faussé dans l’opinion publique par les médias. L’auteur conclut en affirmant que la technologie rend possible une croissance verte ; et ce qui fait différer cette affirmation de promesses néo-positivistes, c’est que l’auteur décrit les innovations concrètes de la vague technologique, et décrit comment elle s’appliquera, dans quels domaines en priorité. Mais, si cela comporte davantage de réalisme en ce qu’aujourd’hui, ce ne sont pas les pouvoirs publics mais les puissances économiques et technologiques qui détiennent l’initiative du progrès, on ne peut s’empêcher d’avoir l’impression que l’auteur contourne le problème Nord-Sud : pourquoi le Sud investirait-il, et surtout quand ? L’auteur ne cite pas de sources, donc la question de l’imminence de cette vague technologique, certes secondaire dans le cas de l’énergie ( puisqu’elle serait probablement mise en place, dès que la pénurie s’annoncera : cela a déjà commencé), mais primordiale dans le cadre plus global de la lutte environnementale, est abandonnée.

Victor Bucaille, HK BL

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Sylvie Brunel et Jean-Robert Pitte dirigent Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête. Sylvie Brunel est spécialiste de la mondialisation et a présidé l’ONG Action contre la Faim, tandis que Jean-Robert Pitte est à la tête de la Société de Géographie, et est spécialisé dans les notions de paysage et territoire.

Les auteurs se proposent de répondre aux questions environnementales en tant que géographes, c’est-à-dire en prenant en compte non pas uniquement la nature, mais aussi la société humaine qui y vit et l’aménage.

La première préoccupation des écologistes est l’environnement. Il faut en effet s’y intéresser, néanmoins celui-ci vaut en tant qu’il est occupé par les hommes. La protection de l’environnement doit être faite en prenant en compte les hommes qui y vivent : il s’agit là du pilier social du développement durable. En effet, les enjeux ont changé : si les niveaux de vie se sont améliorés, les clivages socio-économiques se sont accentués à de plus petites échelles : ville, pays.

La solution de la « croissance verte » met en péril l’équilibre social, car elle ne prend pas en compte le fait que l’homme habite la terre, et oppose l’homme à la nature sauvage.

Le regard du géographe est différent. Pour la géographie, l’environnement est crée, modifié et enrichi par l’homme. La nature s’est adaptée à sa présence : les auteurs développent ici l’exemple d’oiseaux qui trouvent refuge dans les villes.

La notion de paysage vient enrichir cette idée. En effet, celui-ci est défini comme l’environnement approprié par l’homme, et peut être étudié par géosystème, c’est-à-dire comme un tout et non plus divisé en petites parties. Ainsi étudié, le paysage dévoile la façon dont les sociétés humaines l’ont transformé, ce qui permet de comprendre son évolution passée, et de pouvoir envisager des changements dans le futur.

La géographie cherche ainsi à concilier deux histoires : celle de la planète et celle des sociétés humaines. La perspective historique permet d’effectuer des comparaisons entre ce que l’on craint et ce qui est déjà arrivé, afin de dédramatiser des situations. L’enjeu est ainsi d’éviter les scénarios catastrophes afin de pouvoir agir.

Je trouve que cette article apporte un argument neuf à la réflexion sur la protection de l’environnement. Il permet de faire avancer les choses, car il nous sort d’un fatalisme que l’on trouve souvent vis-à-vis de ce problème (Al Gore dans Une vérité qui dérange, par exemple). Une approche positive est essentielle, afin de montrer aux gens qu’ils peuvent faire avancer les choses, alors qu’une approche désespérante n’encourage pas à faire de geste pour l’environnement.

Anne – Sophie Veyrier, HK AL

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In Le ciel ne va pas vous tomber sur la tête ! Lattès, 2010.

La croissance, qui est l’augmentation des quantités produites, est considérée comme positive puisqu’elle améliore les possibilités d’achat, qu’elle permet à des populations de sortir de la pauvreté et qu’elle améliore le bien être. Dans le débat public, il est fréquent d’entendre que la croissance ne peut que s’arrêter, qu’elle n’est plus forcément un modèle à avoir.

Pourtant, Frédéric Teulon affirme ici 5 points importants à propos de la croissance qui en font une réalité positive : la croissance économique actuelle est forte, elle est polarisée spatialement, sa diffusion dans le monde entraine une amélioration générale des niveaux de vie même s’il peut exister des contraintes qui freinent cette diffusion. La croissance est aussi potentiellement accessible à tous car elle est fondée sur le progrès technique et enfin, il est possible de promouvoir une croissance durable, la réduction des ressources naturelles et la dégradation de l’environnement pouvant être traités avec les outils de la science économique.

Auteur : Frédéric Teulon est un économiste français ayant publié un certain nombre de livres et d’essais économiques ces dernières années, enseignant en classes préparatoires au centre Madeleine Daniélou, à Sainte-Marie de Neuilly et à l’ISTH.

  • La forte progression du PIB mondial

Dans le passé, à de très diverses époques des économistes avaient des visions pessimistes des possibilités de croissance. C’est le cas de Stanley Jevons, néoclassique qui en 1865 prédisait que la croissance du Royaume Uni ne pouvait que s’arrêter car elle était liée au charbon or les mines du Royaume Uni s’épuisaient. Plus tard, en 1938, Alvin Hansen, keynésien, affirmait que la stagnation était inévitable puisque la propension moyenne à épargner est croissante avec le revenu (comme l’accroissement du revenu engendre une augmentation du taux d’épargne, la consommation s’accroît moins que proportionnellement, l’offre a alors structurellement tendance à excéder la demande et la perspective de long terme est alors un état stationnaire). Et en 1972, Paul Sweezy publie la thèse que le développement économique ne peut plus se poursuivre au même rythme pour des raisons géographiques (absence de nouveaux pays à découvrir), sociologiques (saturation des besoins), techniques (baisse du taux de profit) et démographiques (réduction du taux d’accroissement de la population).

Pourtant, la réalité statistique montre que la croissance se poursuit.

–          La croissance de la production mondiale est de l’ordre de 3% par an en volume, ce qui est très élevé.

–          Le PIB mondial a atteint récemment un niveau inégalé de 57 000 milliards de dollars (9 000 dollars de revenu moyen par tête).

–          Cette croissance permet en grande partie de remplir les objectifs du « Millénaire pour le développement » de 1990 : 950 millions de personnes avec moins de 1$ par jour contre 1,3 milliard il y a 20 ans.

–          L’Afrique a connu un regain de croissance sur les années 2000.

–          Les pays bien dotés en ressources naturelles ont un taux de croissance plus faible que les autres.

Il n’y a pas de fatalité en matière de développement. Le rattrapage des pays à faible niveau de vie en croissance n’est possible qu’à partir d’un certain niveau minimal de PNB par tête et de conditions politiques et économiques initiales mais, lorsqu’il est amorcé il est inévitable. La croissance n’est possible que si des institutions sont mises en place pour créer un environnement favorable aux échanges. En ce qui concerne l’ouverture aux échanges, la libéralisation des échanges est davantage une conséquence de la prospérité qu’une des causes.

  • La dimension spatiale du développement

L’analyse a-spatiale de l’économie est remise en cause par les théories de la localisation industrielle et par les théories tiers-mondistes en termes de centre et de périphérie.

L’idée de base de la géographie économique est que les forces qui conduisent à un développement régional plus ou moins inégal reposent sur des variables géographiques : infrastructures de transport, localisation des populations, mobilité des facteurs, concurrence locale,…

Exemples :

–          Henrich von Thünen, en 1826, intègre l’espace dans l’analyse économique. Il étudie les mécanismes d’affectation du sol à des activités productives afin d’expliquer la répartition des récoltes autour d’un centre dans l’Allemagne préindustrielle.

–          Alfred Weber en 1909 s’efforce de définir un modèle explicatif de la localisation des entreprises industrielles (« triangle de localisation »), il recherche l’implantation géographique optimale pour une entreprise, à partir de la localisation du marché et des sources de matières premières.

–          Paul Krugman en 1991 montre que la mondialisation concentre les activités dans des régions déjà favorisées et accentue les écarts entre le centre urbain de haute technologie et ses périphéries sous-développées. Il y a aussi des forces centrifuges qui expliquent pourquoi il n’y a pas qu’un seul centre urbain où se concentre l’activité (congestion, pollution, augmentation du prix foncier,…). Avec le modèle centre/périphérie on intègre les pays sous-développés au système mondial.

–          Analyse de Paul Prebish (1950) ou Samir Amin (1970), le système capitaliste mondial est hiérarchisé (et reconduit nécessairement cette hiérarchie), et est entièrement organisé à partir de son centre.

  • Les pays émergents et la diffusion de la croissance

Ce sont les pays d’Asie et d’Amérique latine qui ont connu les taux de croissance les plus élevés sur les 20 dernières années (aujourd’hui, pays émergents et en développement représentent 50% du PIB mondial).

Cette croissance des pays émergents a plusieurs particularités. Elle se diffuse à l’échelle continentale, ainsi, en Asie, le développement des ‘ dragons s’est diffusé aux tigres. Elle s’est accélérée et elle conduit à un rattrapage et à un changement des rapports de force. (Rq : ces pays ont été beaucoup moins affectés que les pays développés par les crises financières récentes.)

  • Le rôle du progrès technique

John Stuart Mill (1848), est le 1er à avoir contesté l’avènement d’un état stationnaire, car il croyait à « la croissance illimitée du pouvoir de l’homme sur la nature ». Il considère donc le progrès technique.

Aujourd’hui, il existe un consensus au sein de la théorie économique pour expliquer la croissance contemporaine comme le fruit du progrès technique. Mais 2 visions coexistent.

La croissance exogène (modèle de Solow)

Il considère que la production augmente proportionnellement aux doses de facteurs de travail et de capital utilisé et il ajoute un 3ème facteur à la croissance, le progrès technique, c’est un bien gratuit qui n’entre pas dans le partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits. Celui-ci est exogène (non applicable par le raisonnement économique), il existe une logique interne à l’avancée de la connaissance qui est largement étrangère à la logique économique.

Le taux de croissance de long terme dépendrait de l’évolution de la population et du progrès technique. Tout les pays ont accès à la même technique donc les différences de développement entre les pays résidents dans le niveau de capital initial. Les pays pauvres devraient rattraper les autres et finir par croitre au rythme du progrès technique.

La croissance endogène (modèle de Romer)

Pour lui, le vrai moteur de la croissance est la connaissance, la transmission rapide d’idées. Il existe une dynamique du savoir. L’enjeu de la croissance actuelle est l’accès de la société à la connaissance et la production de biens et services est liéseaux NTIC. La croissance est endogène, car le progrès technique peut être expliqué par des raisonnements économiques.

Il existe une synergie dans l’accumulation du capital physique (learning by doing). Le taux de croissance à long terme est inférieur au taux de croissance optimal, seules des mesures de politiques économiques peuvent résorber cet écart (investir dans l’éducation est important,…) Les conditions initiales de l’économie jouent un rôle sur sa trajectoire de long terme

Une hausse du taux d’épargne accroit toujours le taux de croissance de l’économie donc les politiques qui altèrent la répartition des revenus ont un impact sur la croissance. Les ménages n’en ont pas conscience, le rendement social du taux d’intérêt est supérieur au rendement privé donc on a besoin encore d’une intervention de l’Etat.

  • La gestion des externalités négatives

On peut être frappé par le catastrophisme des rapports publiés, lié au fait qu’ils sont plus souvent politiques que scientifiques. Par exemple, le rapport Stern de 2006, commandité par le gouvernement britannique, affirme que le changement climatique correspond à un problème réel, qu’il est nécessaire d’entreprendre une action urgente, que la politique climatique doit être guidée par une analyse coûts/avantages de la réduction des gaz à effet de serre et que cette politique doit reposer sur des instruments de marché (taxation, permis à polluer). Ce rapport insiste sur les effets catastrophistes du changement climatique (perte équivalente à 5% du PNB mondial chaque année,…).

Des tactiques pour corriger les effets indésirables de la croissance sur l’environnement sont proposées (Arthur Pigou 1920, Ronald Coase 1959, William Nordhaus 1994) :

–          des systèmes basés sur les prix (taxation)

–          la labellisation des entreprises et des produits

–          les subventions publiques destinées à promouvoir des innovations dans le secteur des énergies alternatives

–          l’action sur les volumes (à l’image du protocole de Kyoto)

RQ : des bourses de droit à polluer permettent aux énergies d’échanger tout ou partie des quotas qui leur sont distribués.

Conclusion : On peut faire confiance à l’inventivité des hommes, bonnes raisons d’être optimistes. Le Développement durable est à notre portée.

Critique

Frédéric Teulon donne ici un exposé clair appuyé par divers économistes, de toutes époques et de tous courants, sur les ressorts de la croissance dont le principal serait le progrès technique, ce qui lui permet d’envisager une croissance presque infinie. Il s’oppose alors à des visions catastrophistes qui pointent les manques futurs de ressources. En effet, il ne nie pas que ces phénomènes existent mais il les fait passer au second plan puisque ce ne sont pas les matières premières d’un pays qui font sa richesse mais plutôt l’état de ses centres de recherche, fondamentale mais surtout appliquée, et de ses investisseurs. Cela explique donc la encore très forte croissance mondiale.

Mais l’enjeu mis en valeur dans son cours est aussi la généralisation de la croissance dans le monde, il ne s’intéresse pas seulement à la croissance des pays développés mais à celle encore fragile des pays en voie de développement. En ce qui concerne cette possibilité de croissance, elle dépend de la vision que l’on a de la croissance, endogène ou exogène. Frédéric Teulon ne tranche pas réellement sur la vision qu’il juge la plus véridique, pourtant elles appellent un raisonnement différent. Si la croissance est exogène, il n’y a pas de raison pour que les pays en voie de développement ne puissent entrer dans la croissance assez vite puisque le progrès technique est à leur disposition. Dans le cas d’une croissance endogène, le progrès technique est nourri par le progrès technique, la croissance entraine la croissance, il faut donc enclencher dans un premier temps un démarrage de croissance dans les pays en voie de développement qui ne semble pouvoir se faire qu’en grande partie par l’Etat. Pour une vision optimiste de la croissance, notamment dans les pays en voie de développement il est donc nécessaire d’avoir un état stable, actif qui prenne en main l’économie, qui pousse aux investissements, qui finance la RD (recherche développement), ce qui est loin d’être acquis. Ainsi, les cinq pays les plus développés assurent 85% de la recherche mondiale. De plus, Frédéric Teulon, en citant divers auteurs montre aussi l’existence d’une dimension spatiale du développement, liée à des données géographiques, et encore une fois à l’action de l’état, ce qui amène à une constitution de modèles centre/périphérie qui ne va pas dans le sens d’une égalisation du modèle de croissance dans le monde. L’optimisme est donc possible mais est encore limité, surtout en ce qui concerne ce point.

Daphné Dupré, HK BL

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Chapitre extrait de Le ciel ne va nous tomber sur la tête ! Lattès, 2010

Gilles Fumey a choisi de traiter dans ce chapitre son domaine de prédilection. Il est en effet enseignant chercheur français en géographie culturelle de l’alimentation. Ses recherches se concentrent essentiellement sur le comportement des mangeurs, leurs orientations et aujourd’hui l’industrialisation croissante de la nourriture

Tout au long de ce chapitre, Gilles Fumey instaure une distinction entre deux modes de restaurations similaires mais dont la qualité alimentaire diffère. Il explique les changements alimentaires vécus par nos sociétés et la volonté de changement fréquente à notre époque.

I- le manger rapide et ses modèles

A- les US se sont inspirés de l’alimentation européenne alors pourquoi est-elle aussi différente aujourd’hui ?

Le fast food est un modèle de consommation américain très éloigné de la culture européenne. L’intégration progressive aux Etats-Unis de la sphère « nourriture » dans la sphère économique a contraint l’alimentation à être soumise aux lois de l’économie et du marché contrairement en Europe où elle restait le travail des femmes.

B- les modèles du fast food américain

L’Europe se différencie des Etats-Unis même si elle possède quelques modèles de restauration rapide (ex: sandwich à la demande en France, soba ou ramen au Japon)

II- Invasion et résistance

A- Pourquoi le développement de la mal-bouffe en Europe ?

Le changement des habitudes des citadins pressés par de nouveaux rythmes urbains a entrainé la copie des modèles américains dans les année 1970’s. Par conséquent la concurrence s’est accrue dans ce domaine et mené à la concentration d’entreprise.

B- L’acte du repas

La pratique du repas collectif est toujours d’actualité : c’est un moment privilégié pour la famille ou d’ établissement de relation sociale dans le monde du travail. Néanmoins la nécessite de manger « hors-domicile » à cause des distances a entrainé la mise en place de multiples possibilités de prendre son repas à l’extérieur

C- La résistance face à cette invasion

La mal-bouffe est une source de profit mais pour la contrer on assiste au développement de lieux d’exceptions qui présentent une véritable gastronomie.

III- Ce que fast good veut dire

Le fast-good est la « réponse à ce que le fast food a véhiculé comme mauvais conscience chez les mangeurs des pays riches ».

A- Désavantages du fast-food

En effet le fast-food convient sur certains points tels que la présentation sous la forme du snacking qui permet de manger rapidement tout en satisfaisant le goût mais ses emballages sont peu durables et il développe de nombreuses pathologies. C’est pourquoi les techniques de marketing tente de vendre le fast-food sous un « mode inoffensif et ludique » avec des slogans alléchants à connotations thérapeutiques

B- Une industrialisation qui s’immisce aussi dans la haute gastronomie

De plus en plus, dans le but de faciliter le travail des grands chefs, la nourriture est industrialisée. La maison peut garder l’appellation « faits maison » car il ne lui reste plus qu’à faire un assemblage des éléments qu’on lui propose.

IV – Des prises de conscience aux actes

Malgré la promotion du fast-food dans certains pays, le renouvellement des chambres d’agriculture a permis une réflexion sur l’environnement et une volonté de s’adapter aux circuits de commercialisation. Certains problèmes ont aussi mené la population à réfléchir vis-à-vis des dangers que pouvait avoir l’alimentation productiviste. C’est ainsi que le mouvement des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) émerge qui permet  la mise en place de circuits courts.

V- De nouveaux modèles agro-alimentaires en gestation

Les pouvoirs publics se sentent concernés dans ce renouvellement de demande de qualité et mettent en place deux nouveaux modèles :

–          agriculture raisonnée : il permet de minimiser l’impact sur l’environnement tout en conservant des objectifs économiques. Cette une stratégie est une étape de transition vers des modes de production plus propres.

–          Agriculture biologique

VI – Le relai de la restauration rapide  et celui des grands chefs

Le fast-good est soutenu par des hommes d’affaires et des cuisiniers tels que l’entreprise Paul dirigée par Maxime Holder. Il s’installe un peu partout à des lieux « où le fast peut devenir fast good ». Les grands cuisiniers eux-aussi défendent la démocratisation de la qualité alimentaire en mettant en place des services de gastronomie rapide de haute qualité. Leur but est de tirer vers le haut la nourriture quotidienne.

VIII- Le sens par l’éthique

La principale différence entre les deux mode de restauration réside essentiellement dans la qualité du service car la rapidité du service est de toute manière recherchée. De plus en plus de personnalités s’impliquent dans le combat, particulièrement dans une optique de respect de la planète comme le montre le slogan de Marc Veyrat : « respectons la planète, dégustons la nature ». Les nouvelles préoccupations éthiques instaurent un refus du gâchis de l’alimentation industrielle.

IX- Des changements à venir

On peut remarquer l’amélioration de l’offre par la grande distribution (diffusion du bio, commerce équitable) qui encourage les circuits courts et la qualité des produits. Mais elle agit sous la contrainte et tente parfois de duper les consommateurs. D’autres efforts sont faits concernant la consommation des étudiants dans l’optique de réorienter leurs goûts dans les restaurants universitaires, élargir l’offre.

L’article permet au lecteur de cerner de manière concrète la différence entre deux modes de consommations qui lui paraissent proches et qu’il côtoie de manière quotidienne. Gilles Fumey ouvre davantage notre regard sur le fast-good qui n’est pas encore réellement entré dans les mœurs de l’époque mais qui devient une préoccupation. Ce chapitre a l’avantage de présenter clairement cette distinction par des exemples tout en élaborant des réponses et en proposant des solutions. En effet les préoccupations montantes par rapport à l’écologie mais aussi l’éthique de la nourriture devraient permettre une prise de conscience de l’opinion publique.

Adélaïde De Coussin, HK/AL

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chapitre extrait de Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête ! Lattès, 2010

Le métier de militaire comme la fonction militaire change.

Les Etats œuvrent pour un monde de paix comme en témoigne la réduction du nombre de conflits. En revanche, les conflits intra-étatiques ne sont pas moins nombreux conduisant le militaire à diversifier ses missions vers des opérations de paix devenues plus complexes et politisées.

Quel est « le bon usage des armées de la planète » ?

Philippe Boulanger est maître de conférences en géographie à l’Université Paris-Sorbonne. Ses travaux de recherche porte sur la géographie historique de la France, la géopolitique et la géographie militaire dans le monde. Entre 2006 et 2009, il a été directeur des études de géographie à l’Université Paris Sorbonne-Abu Dhabi (Emirats arabes unis) et a consacré plusieurs études sur la géopolitique et la géostratégie du Golfe Arabo-persique. Il vient d’achever une étude sur « Géographie et culture militaire française aux XXe et XXIe siècles ».

1)       Un monde en paix ? Moins de guerre entre les Etats

Depuis la guerre froide, le phénomène de guerre tend à se transformer et à retrouver des formes anciennes non étatiques telles qu’il se produisait avant le XVIIème siècle en Occident.

Il existe différents types de guerre : Guerre internationale (Etats), Guerre intra-étatique (groupes ou communautés non étatiques), Guerre interne institutionnalisée (groupes non étatiques et Etats), Guerre extra-symétrique (groupes, Etats et organisations internationales)

Entre 1992 et 2005, le nombre de conflits armés connaît une forte diminution (de 40%). De même pour le nombre de génocides (80%), de réfugiés (30%), et de coups d’Etats. On peut expliquer cela par les progrès économiques et politiques des pays, avec la diffusion du modèle libéral et démocratique mais aussi le regain d’activités des Organisations non gouvernementales, des organisations régionales.

Aussi le nombre de démocraties est passé de 20 en 1946 à 88 en 2005.

La guerre redevient locale, communautaire, inscrite dans les zones de non-droit appelées « zones crises » ou « zones d’Etat défaillant » et vise la destruction de l’Etat, parfois pour en construire un autre. Cette régionalisation des conflits s’explique par une manifestation croissante du rapport de forces entre des ethnies, une convoitise grandissante pour l’exploitation des ressources pour financer la lutte armée (ex : 95% du marché de cocaïne et de l’héroïne proviennent des pays en guerre civile). Les conflits ethniques résultent quant à eux de crises d’identité et de discrimination (victimisation, xénophobie…)

Ex : Kosovo (1999), Arméniens/Azéris (1994)

Si les conflits armés deviennent moins nombreux, ils deviennent plus violents à l’encontre des populations civiles (avec aussi le délabrement des services publics, de la paupérisation provoquée par l’insécurité).

2)      Le militaire au service de la paix

La paix est l’objet de préoccupation de la communauté internationale.

Le militaire intervient pour s’interposer entre les communautés humaines, ramener la paix et reconstruire l’Etat fragmenté.

La fonction d’une armée moderne comme celle de la France doit être ainsi proactive, préventive et stabilisatrice. L’ONU est le centre des stratégies de paix et connaît une diversification des missions. Il peut superviser les élections, résoudre les conflits, constituer des forces préventives, protéger les réfugiés, surveiller l’application des accords de paix

Ex : En 2010, 99 opérations sont terminées depuis la création de l’ONU.

Cependant, l’ONU est critiquée au sujet de la partialité dans les interventions.

3)      L’environnement désormais protégé, objet de nouvelles stratégies militaires

Il y a eu une prise de conscience, à partir de la guerre du Vietnam (par l’intervention des médias) de l’impact environnemental de la guerre. Ceci a conduit à la signature de conventions dont les plus importantes sont :

  • 1976 : Convention ENMOD, (la dégradation de l’environnement comme arme de guerre est théoriquement interdite)
  • 1977 : protocole additionnel aux conventions de Genève montre son intention de protéger les individus comme l’environnement avec un critère de durabilité plus exigeant.

Protéger l’environnement est donc érigé en cause d’intérêt général dans la gestion des armées en temps de paix.

Ex :   France : 1ère mesure  sur l’environnement apparaît dans les années 70, dès 1976 est mise en place une inspection pour la protection, dont les efforts seront poursuivis en 2003 par la création de la Charte de l’environnement, proposée par le ministère de l’écologie.

Les domaines d’interventions pour la défense de l’environnement sont variés. Ils se retrouvent dans la protection des sites militaires (avec des mesures de classement, et de protection), mais aussi dans l’encadrement des activités de défense (installations répertoriées selon la gravité des dangers) ou encore dans la dépollution des terrains.

Cette prise de conscience environnementale est un facteur de communication et de valorisation des activités de défense car elle vient renforcer la dimension humanitaire des missions de reconstruction et peut conduire à l’utilisation de ces recherches en technologie pour le civil.

Ces stratégies demeurent partielles à l’échelle planétaire car l’action des pouvoirs politiques demeure souvent isolée, les politiques n’aboutissent pas forcément aux résultats escomptés.

Conclusion:

Le rôle des armées change, surtout dans le monde occidental.

Les missions du militaire se sont diversifiées et complexifiées : le militaire devient un combattant, un médiateur et un négociateur.

Les armées occidentales adoptent des stratégies de développement durable et montrent de nouvelles préoccupations dont les résultats restent à connaître.

Avis personnel :

Ce texte présente les changements dans les fonctions de militaire mais ne présente cependant pas l’image que l’on se fait du métier de militaire. Ces hommes et ces femmes qui se sacrifient pour une cause sont souvent mal-compris, ce qui est dû au fait des secrets entourant leurs actions sur le terrain. Bien qu’il existe des services spéciaux chargés de les réhabiliter dans la vie professionnelle après une mission difficile, la réintégration reste encore, dans beaucoup de cas, difficile. J’en veux pour preuve les suicides nombreux, ou maladies psychiatriques dont souffrent de nombreux militaires américains rentrés de la guerre en Irak entre autres. On en parle peu sous peine d’inquiéter l’opinion publique sur les réussites de ces guerres et sur les conditions de vie des combattants partis.

Ainsi, le travail de militaire doit être l’objet d’une étude sociologique. On ne doit pas prendre compte uniquement leur rôle mais surtout les conditions dans lesquelles ils l’exercent pour améliorer les visions de leur propre acte. Si leur acte est mieux perçu, les problèmes de réintégration diminueront.

Il faut donc améliorer la perception que l’on se fait du métier de militaire, en montrant davantage leurs rôles, afin de mieux juger leurs actions et non pas les voir comme un acte mauvais mais comme une action pour le bien commun. Si cette vision change, de même la vision que les militaires se font de leurs métiers changera et deviendra plus positive.

Ainsi il n’y a pas que le « bon usage des armées » mais aussi la bonne vision des armées, vision sur laquelle la sociologie peut nous éclairer.

L’action des médias, par des études à caractère publique est nécessaire. Ils doivent montrer, non pas pour choquer mais pour que ces sujets ne restent plus des tabous, comme l’est encore les souffrances que les militaires peuvent connaître pendant leurs missions.

Ce texte présente également le métier de militaire mais en oublie de présenter le militaire qui n’en fait pas son métier. La vision de ce texte reste selon moi une vision très occidentale où le militaire est vu comme un acteur de la démocratie. Mais on en oublie presque que le militaire peut être un criminel dans ces nombreux pays, comme la Birmanie, où la liberté n’est pas respectée et où les militaires sont les représentants d’un régime autoritaire. Je ne crois pas qu’en montrant uniquement les bons usages de l’armée, on permettra de voir en ces « bons militaires » un bien. Au contraire, il faut montrer que dans les mauvais usages de l’armée, on arrive à la misère, à la peur et à la non-liberté, pour mettre en valeur le caractère positif d’une armée avec des règles éthiques, alliée de la démocratie. Ceci permettra de voir que les armées occidentales font un travail formidable. Ceci agira de concert avec l’action des médias pour nous éclairer davantage sur la vocation de militaire.

Anne-Astrid de Kerizouët, HK/AL

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