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Le Monde, 30 mai 2012

A la demande des jeunes, la commune a ouvert une structure innovante où ils sont libres de venir après les cours

Un lieu où on ne  » leur prenne pas la tête « . Où on ne leur organise pas la moindre activité. Un café idéal où il ne serait pas obligatoire de consommer. On pourrait simplement s’y retrouver pour discuter et s’amuser. Voilà le rêve des adolescents de Sceaux (Hauts-de-Seine), tel qu’exprimé il y a quatre ans en Conseil municipal des jeunes.  » Ils nous ont dit qu’à la MJC, il fallait choisir une activité et payer, se souvient le maire (centriste, non étiqueté), Philippe Laurent. On les a laissés développer leur idée, aller voir ce qu’il y avait dans les autres villes. «  Résultat : rien de ce genre, nulle part.

Une structure innovante voit donc le jour fin 2008, que désormais d’autres villes viennent étudier. Car elle satisfait ses concepteurs. Les ados. L’Espace public numérique dit  » Les Ateliers « , puisqu’il occupe d’anciens ateliers municipaux, peut se prévaloir de 400 inscrits  » et de parents contents parce qu’il y a moins d’orphelins de 16 heures « , ajoute le maire.

Comme Valérie Weber-Haddad dont le fils, en quatrième, fréquente les Ateliers depuis l’an dernier :  » Je rentre à la maison vers 19 heures, nous précise-t-elle. Lui, je sais qu’il est ici à partir de 17 heures, qu’il n’est pas seul, il y a une présence adulte. Je sais aussi qu’il partage avec d’autres enfants de son âge parce qu’à la maison, il pourrait passer son temps devant l’ordi et la télé… « 

Chaque année, la fréquentation grimpe d’une centaine de jeunes. Après inscription, et engagement pris de respecter le règlement intérieur, les 11-18 ans qui habitent Sceaux ou y fréquentent un établissement scolaire peuvent venir traîner ici les mardis, jeudis, vendredis après les cours, et les mercredis et samedis de 14 heures à 19 heures. Ces deux grosses journées, ils sont souvent une cinquantaine à se côtoyer, tissant ainsi un réseau. Au lycée, ils se retrouvent :  » Je te connais des Ateliers. « 

Gros avantage de cet  » établissement municipal recevant du public «  au budget annuel de fonctionnement de 55 000 euros : il ne ferme pas durant les vacances scolaires. En centre-ville, non loin des cités scolaires Lakanal et Marie-Curie, ces 200 mètres carrés d’ateliers ont été réhabilités par des architectes dans une ambiance très loft. Au rez-de-chaussée, un baby-foot, un billard américain, un écran géant qui diffuse matchs de foot ou clips vidéo – de la musique invariablement taxée de  » chelou «  par les ados, qui pourtant sélectionnent eux-mêmes la chaîne. Et des ordinateurs pour surfer sur les réseaux sociaux, sur You tube – avec contrôle parental sophistiqué. Ou jouer aux jeux vidéo en réseau (maximum 45 minutes).

 » Pour geeker entre potes, résume l’une des animatrices, Jasmine Vérité. Ce qui évite qu’ils le fassent chez eux jusqu’à pas d’heure le soir, qu’ils arrivent à l’arrache le matin au lycée. Et que les parents craquent ! «  Sur la mezzanine, encore des ordinateurs mais cette fois plutôt réservés au travail, notamment de groupe. Des télés et des consoles de jeux vidéo. Deux ados nous rejoignent avec à la main des mini-guitares qui servent de manettes de jeu. Théo, 14 ans, le fils de Valérie Webber-Haddad avec qui nous avons conversé, n’a pas tous ces équipements chez lui.  » Et puis ici, on est entre potes, c’est convivial. Et les animateurs sont cool si on ne dépasse pas les limites. «  Son copain Nicolas tient à ajouter, sérieux, qu’ » on peut compter sur les gens « .  » A une ou deux reprises, je me suis fait agresser, je suis venu, ils m’ont rassuré. « 

Des adultes de confiance, bienveillants, connus de tous, qui prêtent une oreille, réexpliquent pour la millième fois les règles du billard, aident à rédiger une lettre de motivation pour un stage… Ce soir, ils sont assis autour d’une longue table surélevée couverte de magazines. Une partie de  » Monsieur je sais tout  » est en cours, dont on perçoit vite qu’elle est surtout prétexte à discussion. Les ados vont et viennent, jouent un coup, s’éloignent pour échanger quelques  » vannes  » avec l’un ou l’autre, prendre une boisson au distributeur. Puis reviennent. Comme s’ils disputaient avec des copains une partie sur la table basse du salon, entre deux plongées dans le frigo familial.

 » Ils nous disent qu’ici, c’est un peu leur deuxième maison, témoigne Jasmine Vérité. Mais ils viennent avec qui ils veulent. Si un gars est avec une fille, on ne fait pas d’insinuations… Ils peuvent lâcher prise. S’il leur arrive une de ces bricoles qui fait mal aux ados, ils peuvent en parler, ils savent qu’on n’en fera pas tout un foin comme les parents. «  Que lui confient-ils ? Leurs angoisses scolaires…  » Ils sont vachement inquiets. Il y a deux gros établissements élitistes à Sceaux qui exercent une grande pression aux résultats. On récupère des gamins qui écopent de 2/20 en devoirs sur table ! On essaie de leur faire comprendre qu’il existe d’autres filières que les classiques. « 

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Inventer sa vie. Les jeunes face à leur avenir. SH, N°234, février 2012. 5,50€

Inventer sa vie. Les jeunes face à leur avenir. En voilà une belle thématique pour inaugurer la nouvelle formule de Sciences Humaines !

Sciences Humaines reprend ici un thème étudié, il y a 6 ans : Une société face à sa jeunesse. Grands dossiers, N°4, septembre – octobre – novembre 2006, dossier alors composé dans le contexte des émeutes de 2005. Ce numéro spécial avait prix un sacré coup de vieux. Aujourd’hui, la crise change la donne et cette redistribution des cartes se fait au détriment des jeunes. Pour cela, une petite dizaine d’articles ajuste la focale sur des phénomènes nouveaux apparus avec la crise financière ou amplifier par celle-ci. La galère des stages, mise en avant par le collectif « Génération précaire » ou bien le fait que la décohabitation parents – enfants soit de plus en plus tardive sont des phénomènes amplifiés par la situation économique actuelle. L’invention d’une nouvelle mise en couple (sans prise de tête) ou bien encore la tentation du sac à dos caractérisent cette génération Y des 18 – 30 ans qui ne veulent pas s’installer rapidement dans un cadre de vie trop conventionnel.

Tous ces sujets sont analysés de manière comparative avec ce qui se passe chez nos voisins européens. Le « modèle nordique », souvent plébiscité, semble encore apparaître comme la solution ? Ainsi, au Danemark, la période 18 – 30 ans est considérée comme une phase d’expérimentation. « Il s’agit de faire son ego trip avant de fonder une famille et d’entrer dans la conformité adulte ». Pour cela, rien de plus simple. L’Etat danois verse une allocation directe et universelle pour garantir la survie économique du jeune indépendamment des ressources parentales. De même, un système d’allocations chômage bien plus sécurisant grâce à sa longue durée existe. Paradoxal ou normal ? dans  un pays qui fait partie de ceux où la flexibilité du travail est la plus forte. Bref, tout est mis en place pour mettre fin aux nesthockers (« pilleurs de nid ») allemands, aux kippers ( « kids in parents’ pockets eroding retirement savings ») britanniques, aux parasaito shinguru (« célibataires parasites ») japonais ou bien encore aux bamboccioni ( « grands bébés ») italiens.

A l’ère des « adulescents » (15 – 30 ans), d’une jeunesse à rallonge (sans que ce soit un phénomène qui touche tous les individus d’une cohorte d’âge – l’âge moyen de départ du cocon familial en France est de 23 ans), il apparaît qu’à la proposition : « Quand je serai grand », la part du rêve soit encore très importante chez les jeunes comme les moins jeunes. « Combien d’enseignants ou de cadres rêvent en secret de disposer d’une année pour écrire le polar ou le roman qui les propulsera sous les projecteurs ? » Une manière pour la génération X (quarantenaires actuels) ou « bof génération », atteinte par le chômage et le sida, de prendre sa revanche ou du moins dans ses rêves !

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

 

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