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LE MONDE | 04.06.2012

 

Par Laurent Chalard, géographe, coauteur de « Géographie urbaine de l’exclusion » (L’Harmattan, 2011)

 

Ainsi l’un des principaux enjeux des élections législatives des 10 et 17 juin est de savoir si le Front national va réussir, grâce aux triangulaires, à obtenir un ou plusieurs sièges de député à l’Assemblée nationale, ce qui constituerait une première depuis 1997. La candidate et présidente du parti d’extrême droite, Marine Le Pen, est arrivée en tête au premier tour de l’élection présidentielle dans vingt-trois circonscriptions. Elle peut légitimement espérer que sa formation politique fasse son entrée à la représentation nationale. Quelles sont donc, selon leur profil, les circonscriptions les plus susceptibles d’exaucer ses voeux ?

Suivant une analyse géographique, il est possible de distinguer trois types de territoire, qui répondent à des logiques très différenciées, témoignant du profil multiforme de l’électorat frontiste, a contrario des analyses, à notre avis, réductrices de certains chercheurs qui associent ce vote à un seul aspect : le périurbain enfermé dans son pavillon (Jacques Lévy), l’exclu de la mondialisation (Christophe Guilly), ou le « gaucho-lepéniste » (Pascal Perrineau). En fait, ces modèles d’explication ne sauraient tout expliquer à eux seuls.

Le premier type correspond au bastion désormais traditionnel du Sud-Est, identifié depuis les années 1980, c’est-à-dire neuf circonscriptions du littoral méditerranéen, qui se caractérisent par la conjonction de plusieurs facteurs favorisant le vote Front national. La présence d’une population pied-noir importante et engagée politiquement dans un contexte de fortes inégalités sociales et d’une insécurité réelle assure un fonds électoral important à l’extrême droite.

Ces circonscriptions, dont certaines sont bien connues du grand public, se situent dans les Bouches-du-Rhône : Vitrolles/Marignane, Arles et Istres/Martigues ; dans le Vaucluse : Carpentras et Bollène/Orange ; dans le Gard : Beaucaire/Vauvert ; dans l’Hérault : Béziers, et dans les Pyrénées-Orientales : Perpignan-Nord. Ce Midi « bleu Marine », ne le fut pas toujours, puisqu’il s’oppose au Midi rouge historique. La commune de Malemort-du-Comtat, ville natale du félibre rouge Félix Gras, auteur du roman Les Rouges du Midi (Anthema, 2011), en constitue un bon exemple, ayant voté à 28,25 % pour le Front national.

Le deuxième type de circonscription où Marine Le Pen a devancé tous les autres candidats au premier tour de l’élection présidentielle s’inscrit dans ce que nous proposons d’appeler « la France du sous-sol », qui apparaît comme un nouveau bastion extrémiste, avec un nombre de circonscriptions plus important que le précédent, soit onze. Ce sont des territoires, essentiellement du nord-est du pays, qui ont subi de plein fouet le processus de désindustrialisation, amplifié par la mono-activité, se traduisant par un vote antisystème pour l’extrême droite, mais aussi pour Jean-Luc Mélenchon.

Sans surprise, il s’agit d’abord de plusieurs circonscriptions d’anciens bassins miniers : Hénin-Beaumont et Anzin dans la région Nord – Pas-de-Calais, Forbach et Saint-Avold en Moselle, Alès dans le Gard. La présence de la circonscription d’Anzin dans le département du Nord, berceau de la révolution industrielle française, ayant inspiré Germinal à Emile Zola, constitue tout un symbole.

A Fresnes-sur-Escaut, où le premier puits de mine a été inauguré en 1720 par l’ingénieur Jacques Mathieu, Marine Le Pen a remporté 35,4 % des suffrages ! Les autres circonscriptions concernées correspondent à des territoires ruraux de tradition industrielle centrée autour d’une ville moyenne : Bar-le-Duc, Saint-Dié, Sarreguemines et Lunéville en Lorraine ; Hirson et Beauvais en Picardie ; Saint-Dizier en Champagne-Ardenne, dont l’agglomération connaît le plus fort déclin démographique récent en France.

Le troisième type de circonscription accordant prioritairement ses suffrages au FN relève de l' »espace périurbain subi ». Ce sont des territoires de morphologie rurale en croissance démographique situés à la périphérie des villes qui accueillent des populations aux moyens financiers limités, ayant quitté les quartiers difficiles pour accéder au rêve de l’habitat individuel.

Ce dernier se transforme rapidement en désillusion du fait de son coût monétaire et humain, à l’origine d’un vote extrémiste. L’espace périurbain subi est moins apparent que les deux précédents, ne concernant que trois circonscriptions, conséquence du découpage artificiel des territoires d’élection des députés, sans aucune logique géographique (ce sont des espaces urbains et ruraux), ce qui noie le phénomène.

Les deux premières circonscriptions concernées se présentent comme des territoires périurbains subis de Paris du fait de leur éloignement, au-delà des limites franciliennes : la deuxième de l’Oise (Chaumont-en-Vexin/Noailles), le long de l’autoroute A16, et la cinquième de l’Aisne (Château-Thierry/Villers-Cotterêts), entre la route nationale N2 et l’autoroute A4. Par exemple, à Sainte-Geneviève dans l’Oise, Marine Le Pen a récolté 31,68 % des voix. La deuxième circonscription de Haute-Saône (Héricourt/Lure) s’inscrit aussi partiellement dans cette logique, incluant des territoires périurbains des métropoles des départements voisins : Besançon et Belfort/Montbéliard.

lire la suite sur

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/06/04/quelles-circonscriptions-le-front-national-pourrait-il-remporter_1712344_3232.html

 

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Laurent Chalard, 32 ans, est un géographe qui vit à Sucy-en-Brie (Val-de-Marne). Ce docteur en Sorbonne travaille notamment pour un think tank bruxellois, le European Centre for International Affairs. Depuis six ans, il étudie la répartition géographique du vote Front national, à partir des résultats de 2002, 2007 et désormais du premier tour de 2012.

Les dernières élections ont confirmé que le vote FN est très ancré dans la grande périphérie des métropoles. Des chercheurs estiment qu’il augmente avec la distance du centre-ville. Y aurait-il une explication géographique à ce phénomène, une corrélation directe ?

Une simple lecture du vote FN selon un gradient kilométrique par rapport au centre des villes est insuffisante. Quand on regarde la carte de France, cela semble marcher. Quand on descend d’échelle, ça ne fonctionne pas. Bien sûr, on trouve dans l’espace périurbain les communes qui ont les plus forts votes en faveur de Le Pen, que ce soit le père ou maintenant la fille.

Mais on trouve aussi dans cet espace les communes qui ont les plus faibles votes en faveur du Front national, comme Saint-Nom-la-Bretèche [Yvelines] en région parisienne, Vieille-Toulouse [Haute-Garonne] dans la métropole toulousaine, Gruson [Nord] dans l’aire urbaine lilloise. Les taux de vote pour l’extrême droite y sont proches de ceux des  arrondissements les plus riches de la ville-centre, confirmant que l’hypothèse du gradient kilométrique est trop simpliste.

En même temps, on ne peut pas gommer totalement l’aspect géographique et ne retenir qu’une simple lecture sociologique, quel que soit le lieu où les gens vivent. Sinon, la Seine-Saint-Denis, par exemple, voterait plus massivement pour Marine Le Pen. Dans les villes de proche banlieue, on constate que l’écart entre le vote le plus faible et le vote le plus fort pour le Front national est beaucoup moins accentué, ce qui prouve que la donne géographique joue bien.

Alors comment conjuguer les lectures géographique et sociologique ?       

J’ai analysé en 2006 l’espace urbain du vote Jean-Marie Le Pen sur l’ensemble des communes de l’aire métropolitaine de Marseille. J’ai distingué deux espaces périurbains : un espace périurbain où il y a un fort vote d’extrême droite, dans l’ouest varois ; un espace périurbain avec un très faible vote d’extrême droite, dans le pays d’Aix-en-Provence et le Sud-Luberon.

Arrivé là, j’ai essayé de regarder ce qui distinguait les deux espaces. On avait une opposition évidente entre un espace riche et un espace moins riche. C’est là qu’a émergé l’hypothèse d’un espace périurbain choisi et d’un espace périurbain subi. J’ai constaté que cette hypothèse fonctionnait ailleurs dans les grandes métropoles, en prenant chaque fois les plus forts votes pour le FN, et les plus faibles.

Quelles définitions donneriez-vous de ces deux espaces que vous distinguez ?

L’espace périurbain choisi correspond au modèle américain de la suburbia. Des personnes aisées ont quitté le centre des villes pour habiter en maison individuelle à la campagne, en général pas trop loin du centre-ville ou à proximité de leur lieu de travail. Ils sont dans des petits villages de caractère, comme Lourmarin [Bouches-du-Rhône] dans la métropole marseillaise, ou vivent près de zones d’activité de haute technologie, comme Sophia-Antipolis près de Nice.

L’espace périurbain subi est habité par une population moins aisée, sans être pauvre.  Ce sont des employés et ouvriers qualifiés, souvent peu diplômés. Cette classe moyenne basse recherche la même chose que les riches : une maison à la campagne. Mais le choix du lieu d’habitat est limité par le coût. Ils s’éloignent dans des zones moins recherchées, souvent dans une campagne sans grand intérêt et sans transports en commun.

Un nombre non négligeable de ces personnes est issu des quartiers difficiles de la ville-centre ou des villes populaires de la proche banlieue. Elles s’installent souvent dans leur prolongement, le long du principal axe de communication. Elles ont un rejet dès l’origine de l’immigration. Cela leur pose un problème, alors elles s’en vont. Après les émeutes de 2005, ce phénomène de périurbanisation s’est d’ailleurs accentué.

Mais ces gens se retrouvent dans la campagne-galère, loin de la ville-centre et du lieu de travail, souvent dans un environnement banal. Ils se sont lourdement endettés pour acheter leur maison. Ils ont deux voitures, forcément, ce qui coûte cher. Le rêve périurbain se transforme en cauchemar, nourrit la frustration.

lire la suite sur le blog de Benoit Hopkin

http://sucyenbrie.blog.lemonde.fr/2012/04/27/une-lecture-geographique-du-vote-le-pen/

 

 

 

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Les Echos, 7/09/2011.

Depuis une dizaine d’années, les villes où l’emploi s’est le plus fortement développé se situent au sud et à l’ouest du pays.
A l’inverse, celles où cet accroissement a été le plus faible sont concentrées dans les régions désindustrialisées, au nord et à l’est.

La France métropolitaine compte exactement 111 villes de plus de 25.000 habitants, selon les plus récents recensements, réalisés entre 2005 et 2009. Dans l’Hexagone,cette armature urbaine concentre l’essentiel de l’emploi (61 %). Avec bien entendu une place démesurée pour l’ensemble parisien, qui représente à lui seul 20 % des emplois nationaux (lire ci-dessous). Depuis 1999, cette concentration de l’emploi dans les villes s’est très nettement accentuée. Tendance qui ne correspond d’ailleurs pas à celle du peuplement, puisque la croissance de la population est plus dynamique dans les espaces rurauxet les petites villes que dans les zones urbaines, selon les plus récentes statistiques.
En passant au crible les évolutions parallèles de l’emploi et de la population dans ces 111 villes, les démographes Laurent Chalard et Gérard-François Dumont (1) ont ainsi constaté qu’au poids démographique des villes ne correspond pas nécessairement un poids équivalent en termes d’emplois. Ainsi, Nice, la 5e entité urbaine la plus peuplée, n’est que la 7e en termes d’emplois. A l’inverse, Toulouse ou Bordeaux sont mieux placés pour l’emploi que pour leur population.

Lire la suite sur le site des Echos.

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http://www.hht.net.au/whats_on/past_exhibitions/mos/boomburbs_andrew_merry

A une époque où l’écologie est devenue une question primordiale dans la vie des sociétés occidentales, l’étalement urbain est considéré comme un phénomène à juguler, étant source de pollution. Or, la croissance démographique des communes de la périphérie des grandes villes est une caractéristique globale de l’ensemble du monde développé. Aux Etats-Unis, les chercheurs parlent de boomburbs pour désigner les communes périurbaines de plus de 100 000 habitants connaissant une forte augmentation de leur population. En France, où le contexte estdifférent, avec un morcellement communal plus important et une moindre croissance démographique, peuvent être considérées comme des boomburbs des communespériurbaines de plus de 10 000 habitants à la forte progression de leur population, 54 communes. La Suisse romande présentant des caractéristiques semblables à la France, il convient donc de s’interroger su l’existence du phénomène sur son territoire.
La réponse est positive, puisqu’en appliquant aux communes de Suisse romande les mêmes critères de définition qu’en France sur la période 1980-2010, deux communes apparaissent comme des boomburbs: Gland dans le canton de Vaud, appartenant à l’aire urbaine de Genève, et Villars-sur-Glâne dans le canton de Fribourg et l’aire urbaine du même nom. A ces deux communes s’ajoute Saint-Julien-en-Genevois, qui, bien que commune française du département de la Haute-Savoie, fait partie sur le plan fonctionnel de l’aire urbaine de Genève (c’est un des 54 boomburbs à la française). Il est à noter aussi que Versoix, autre commune de l’aire urbaine de Genève dans le canton du même nom, devrait répondre aux critères de définition des boomburbs très prochainement.

Laurent Chalard, Le temps, 31/08/2011

Lire la suite sur le site du journal : http://www.letemps.ch/

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Source : Le Monde

Le Monde, mardi 5 juillet 2011

Des banlieues champignons qui étalent leur dynamisme aux portes de villes à bout de souffle : le phénomène est connu aux Etats-Unis, où la suburbia compose l’ordinaire de la matrice urbaine. Surprise : il est aussi bien implanté en France, révèle le chercheur Laurent Chalard, pour qui « nous critiquons l’étalement urbain anarchique des Etats-Unis, sans voir que nous n’y échappons pas ».  

Ce jeune docteur en géographie de l’université Paris-IV-Sorbonne dénombre pas moins de cinquante-quatre boomburbs – contraction des mots anglais boom et suburb – à la française, dans une étude publiée par la revue Population et avenir.

Si l’étalement urbain est dénoncé dans l’Hexagone depuis belle lurette, l’ampleur extrême prise par cette urbanisation dans certaines communes n’avait pas encore été mesurée. « Au départ, ce sont des villages ruraux de 700 à 2 000 habitants qui se sont couverts de zones pavillonnaires jusqu’à urbaniser près de 80 % de leur territoire », explique le chercheur.

Dans la France du Grenelle de l’environnement, où la densité, les transports en commun, la protection de la nature et de l’agriculture périurbaine sont devenus les maîtres mots de l’urbanisme, ces communes font figure de dramatique contre-exemple. Alors que le grignotage des terres agricoles se poursuit au rythme de 74 000 hectares par an, « l’urbanisation des boomburbs s’est faite le plus souvent sur de bonnes terres consacrées à des cultures maraîchères », précise M. Chalard.

Pour caractériser les boomburbs de France, le géographe retient des critères stricts : la commune doit appartenir à une agglomération sans en être le centre, compter plus de 10 000 habitants, avoir enregistré une croissance démographique supérieure à 75 % depuis 1975 et à 12,5 % depuis 1990.

Exemples : Tournefeuille, dans la banlieue de Toulouse (Haute-Garonne), moins de 3 500 âmes en 1968, plus de 25 000 aujourd’hui ; ou Valbonne, à côté de Nice (Alpes-Maritimes), dont la population a été multipliée par plus de cinq depuis 1975, passant de 2 200 à plus de 12 000 habitants.

Sans surprise, les régions qui connaissent la démographie la plus dynamique sont celles où fleurissent les banlieues champignons. « Plus de la moitié des boomburbs sont concentrées dans les régions les plus méridionales, le reste se partage entre le Grand-Ouest, l’Ile-de-France et Rhône-Alpes », décrit Laurent Chalard. On peut encore citer Blanquefort, en Gironde ; Genas, dans le Rhône ; Vaux-le-Pénil, en Seine-et-Marne ; et Carquefou, en Loire-Atlantique.

Si la référence aux Etats-Unis s’impose, la comparaison a ses limites – et n’est pas forcément à l’avantage de l’Hexagone. Le bon point : les « villes centres » en France se portent mieux que leurs équivalents américains et restent plus peuplées que leurs banlieues, même si « elles ont subi une baisse de leur population entre 1975 et 1990 et enregistrent toujours un solde migratoire négatif », souligne le géographe.

A l’inverse, si, aux Etats-Unis, les boomburbs forment de véritables villes, mêlant des secteurs résidentiels et des pôles d’emploi parfois plus importants que ceux de la ville centre, « on en est loin en France », observe M. Chalard. Ici, l’urbanisation ne produit pas de ville : on ne trouve dans ces périphéries ni les espace publics, ni les emplois, ni les équipements qu’on pourrait attendre d’une cité de 10 000 à 20 000 habitants. « On a affaire à des banlieues pavillonnaires horizontales, très peu denses », décrit le chercheur.

Tournefeuille compte ainsi 74 % de maisons individuelles, contre 55 % en moyenne en France, même en comptant les zones rurales. L’automobile y est la condition de la survie : 56 % des ménages y possèdent deux voitures, contre un tiers en moyenne en France.

Ce modèle urbain est fortement fragilisé par la flambée du prix du pétrole. Pas facile pourtant d’enrayer la propagation des banlieues champignons. Des municipalités souhaitent voir leur population s’accroître, notamment pour peser davantage au sein de leur agglomération, même si cette croissance échappe à toute planification et prend souvent une ampleur et une vitesse imprévues.

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