Nouveaux rapports à la nature dans les campagnes. François Papy, Nicole Mathieu et Christian Ferault (dir.) Quae, Indisciplines, 2012. 191 pages, 26€.

Tapez dans google image le terme campagne et vous verrez une multitude de paysages verdoyants, peuplés d’animaux ! Au-delà du cliché, les auteurs des contributions rassemblées par François Papy, Nicole Mathieu et Christian Férault pensent que le rapport à la nature a changé, y compris dans les campagnes. Ils sont rejoints dans ce constat par Bertrand Hervieu qui signe la préface et estime que nous sommes en train de vivre une mutation. « La marque de cette rupture réside dans l’émergence triomphante de la fonction résidentielle au sein de ces espaces ruraux et celle-ci l’emporte sur toutes les autres, physiquement et symboliquement ainsi que dans la construction du mouvement d’aménagement qui entraîne ce regard nouveau porté sur ces campagnes. » Cet état de fait modifie les représentations de la campagne comme lieu de production.

La campagne évoquée n’est pas profonde mais périurbaine, même si le terme est assez peu employé par les auteurs. L’arrivée de nouvelles populations génèrent des conflits d’usage. Elle s’accompagne aussi d’une volonté de patrimonialisation du paysage (celui-ci doit être conservé en tant que bien collectif) et cette vision s’oppose à celle de patrimoine privé comme outil de travail. Malgré tout, la problématique de transition écologique retenue par les directeurs de l’ouvrage, masque l’idée générale véhiculée par le titre de l’ouvrage. Les études de cas présentées ici s’attachent davantage aux initiatives mises en œuvre au niveau local pour préserver les espaces ouverts ou pour générer une énergie propre qu’aux représentations véhiculées par le paysage. L’angle de traitement est essentiellement agricole. Cela n’enlève rien à l’intérêt des travaux mais le centrage sur les conflits d’usage agriculteurs – résidents, à l’exception de l’article d’Yvon Le Caro, n’est pas assez présent. Les problèmes apparaissant suite à un usage concurrentiel de l’espace entre agriculteurs et tenants de loisirs récréatifs informels (cavaliers, notamment) sont la parfaite illustration de rapports à la nature différenciés. Les agriculteurs doivent mettre en œuvre des stratégies (mise en place de haies le long de chemins de promenade) pour éviter que les promeneurs passent à travers champs et détériorent les productions ou bien encore pénètrent dans leur espace résidentiel ! C’est tout le paradoxe du tourisme vert. L’agriculteur peut à la fois profiter de la manne financière qu’il peut tirer de la mise en place d’un « assolement récréatif » mais doit préserver son exploitation d’une invasion d’urbains !

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

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photographie : Arthur Lesage

Localisation :

Commune d’Entrammes, près de Laval, département de la Mayenne (53260), région des Pays de la Loire, France.

Description :

Le premier plan représente un champ de blé après la moisson estivale : seul le chaume reste après la coupe et le battage des épis, et la récolte des grains de blé. On distingue le second plan, si infime soit-il, par une portion de route taillée dans le paysage rural, bordée de part et d’autre par des fossés et à sa gauche par une ligne de poteaux électriques. Au troisième plan, on voit clairement une prairie limitée par des barrières en bois de confection manuelle, occupée par deux chevaux (l’un à la robe bai, l’autre alezan) et un âne du Berry. Masqués par une rangée de hauts chênes, les arrière-plans successifs alternent entre terrains agricoles, vertes prairies et bocages épars.

Interprétation :

Principalement connue pour l’entreprise familiale Besnier, Lactalis, plus connue dans le milieu consommateur sous les noms de Lactel ou Président, la Mayenne dispose également d’une forte présence dans l’agriculture et l’élevage. Ici, la photographie a tenté de mettre en valeur ce patrimoine mayennais par la diversité des plans offerts par l’angle de vue. L’ascension du regard par plans successifs donne un ordre dans l’aspect général de la photographie. L’œil passe d’une allégorie de la culture céréalière (le champ moissonné) à la possession de chevaux d’agrément qui, en dépit de leur aspect peu représentatif, englobe toutes les formes d’élevages de la Mayenne, notamment bovins et porcins. En baissant les yeux depuis le poteau électrique, l’œil attentif peut même espérer apercevoir la portion de route, présence humaine rendue minime par le poids oppressant et omniprésent de la Nature. L’observateur, continuant son chemin, serpente alors entre les nombreux vallons boisés, marqués par de verts pâturages ou par l’or des blés moissonnés, pour finir sa course dans les forêts à l’horizon. Le regard a ainsi englobé la majorité du paysage rural mayennais d’un simple coup d’œil.

Intérêt :

Le choix de cette photographie a été motivé par le désir de présenter un département souvent méconnu (comme beaucoup d’autres,
hélas !). Dans le but de présenter le plus rapidement et le plus complètement la campagne mayennaise, à la manière d’une définition de dictionnaire, il s’est avéré indispensable de choisir un angle de vue qui permît une interprétation à la fois riche et diverse. La structure
multi-planaire de cette photographie remplit parfaitement le cahier des charges fixé par le photographe.

 

 Arthur Lesage, Hypokhâgne AL

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