http://mappemonde.mgm.fr/num34/articles/art12202.html

Les réseaux logistiques gèrent les flux de marchandises depuis les lieux de leur production jusqu’à ceux de leur consommation. À mesure que la division du travail s’accroît et se diffuse, que les systèmes de production et de distribution se fragmentent, jusqu’à former un «lego mondial» (Veltz, 2008), l’influence et le nombre de ces réseaux grandissent. Qu’ils soient organisés par les industriels ou les distributeurs mêmes, ou bien externalisés à un marché de spécialistes, ces réseaux sont déployés par des entreprises. Les entrepôts et les plates-formes forment ainsi les nœuds de ces réseaux et le transport proprement dit, s’appuyant sur les voies de communication, les arcs (Savy, 2006). La plupart de ces nœuds prennent la forme d’un immobilier d’entreprise spécifique dédié au stockage et à la manutention des marchandises. Il s’agit des entrepôts et des quais de messagerie.

La construction de cet immobilier logistique est une forme d’urbanisation: celle d’entrepôts en zones d’activités économiques situées en périphérie des villes. Les choix des implantations sont d’origine privée, mais les collectivités locales ont un pouvoir non négligeable. Les communes délivrent les permis de construire et les intercommunalités aménagent et gèrent les zones d’activités. Les acteurs du marché immobilier prennent également part à la structuration de ces espaces.

Si la simple observation des périphéries urbaines en France indique une participation de l’immobilier logistique à «la ville franchisée» (Mangin, 2004), on peut toutefois s’interroger sur sa participation au mouvement global de périurbanisation. Pour cela, la périurbanisation doit être appréhendée dans toute la richesse de sa polysémie (Roux, Vanier, 2008). Elle est d’abord l’urbanisation des périphéries à l’échelle des agglomérations urbaines et des grandes régions urbaines, telles que le Bassin parisien. C’est aussi l’étalement urbain dans toute sa diversité spatiale, le développement d’espaces bâtis au détriment notamment d’espaces agricoles. À ces deux échelles, l’urbanisation logistique suit-elle la tendance d’étalement spatial de l’urbanisme résidentiel? De manière complémentaire à cette approche morphologique, le périurbain est aussi défini statistiquement et délimité spatialement à partir des navettes domicile-travail des résidents permettant à l’Insee de délimiter les aires urbaines françaises (Insee, 2002 et 2011). Le périurbain correspond alors aux espaces dont les paysages sont ruraux mais dont les habitants sont urbains. Il bénéficierait à plein de la croissance urbaine: population, emplois, revenus (Insee, 2011). Le développement logistique s’inscrit-il dans cette géographie du desserrement? Enfin, le périurbain est aussi défini comme un tiers-espace (Vanier, 2000) dont la principale caractéristique serait de souffrir d’un déficit d’ingénierie publique et de représentation (locale et nationale) publique et politique, c’est-à-dire d’un déficit de construction politique. Cette dimension du périurbain est-elle l’un des ressorts du développement logistique?

En résumé, quelles logiques territoriales de l’implantation des plates-formes logistiques aux échelles locales et régionales cette géographie dévoile-t-elle? Sont-elles spécifiques ou similaires à celles du logement individuel?

Pour répondre à ces interrogations liminaires, nous avons analysé le grand Bassin parisien et développé une approche cartographique fondée sur l’anamorphose. Ce procédé de représentation a ainsi mis en évidence un processus de périurbanisation logistique spécifique [1].

 

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Photographie de Chloé Kaczmarek

Cette photographie a été prise dans le sud de la Sicile au sein de la zone archéologique d’Agrigente, où se trouvent les vestiges de dix temples, ainsi que diverses constructions datant du début du VIe siècle avant JC à la fin du Ve siècle avant JC.

 

Au premier plan, on distingue le Temple de la Concorde au sommet d’une colline rocheuse. L’état exceptionnel de conservation du temple en a fait un lieu d’attraction touristique très important ; il est donc possible d’apercevoir en contrebas de l’édifice des touristes déambulant.

Il est plus difficile de distinguer nettement le second plan masqué par une brume grise. Cependant, on observe distinctement les colonnes d’évacuations d’une usine pétro-chimique qui se détachent. Bien que la première partie de la plaine derrière le temple semble déserte, des immeubles de couleur neutre apparaissent non loin des colonnes rouges et blanches. On suppose ainsi une ville industrielle. Cette ville se nomme Porto Empedocle.

 

Cette photographie souligne le contraste permanent entre patrimoine historique remarquable et industrialisation peu fructueuse auquel le voyageur est confronté lors de son exploration de la Sicile.

L’histoire de cette île à l’extrême sud de l’Italie séparée du continent par le détroit de Messine est très riche, en particulier à l’Antiquité. Sa position géographique était idéale pour le commerce maritime tout comme la stratégie militaire. Les temples  qui donnent son nom à la vallée d’Agrigente font hommage aux dieux grecs : Héra, Hercules, Déméter entre autres.  Erigés par les tyrans siciliens du Ve siècle avant JC en hommage aux Grecs qui installèrent des comptoirs de commerce sur la côte est et sud de l’île. Akragas (Agrigente) est par la suite envahie par Carthage en -406 av. JC, et certains temples notamment celui d’Héra est incendié. Les vestiges de ces temples sont cependant étudiés et entretenus par les Romains puis l’Eglise. C’est ce travail et ce passé très riche qui est reflété au premier plan grâce au Temple de la Concorde. Les nombreux touristes qui le visitent représentent une activité économique essentielle pour cette région pauvre de l’Italie.

Il est intéressant de noter que la situation géographique de la Sicile a attiré l’intérêt des colons Grecs et lui a permis de se développer  tout au long de l’Histoire. Cependant, c’est aujourd’hui son point faible. Il n’y a plus de commerce maritime très important en Méditerranée ; la majeure partie de l’activité économique de l’Europe se trouve au Nord, dans une zone symbolisée par la dorsale européenne. Physiquement, le sud de l’Italie et la Sicile sont exclus de cette zone.

Il est difficile de distinguer clairement la ville au second plan. Un détail est facilement remarquable : les colonnes rouges et blanches. Dans cette photographie, elles sont le symbole de l’ère moderne et de l’industrialisation en opposition à la valeur historique antique du temple. La proximité entre le temple majestueux et l’usine pétro-chimique accentue le contraste entre le passé et le présent de la Sicile, séparés de quelques kilomètres. Cette proximité surprend d’abord, puis évoque l’indéniable pauvreté de la Sicile de nos jours ; la nécessité de produire de l’emploi et de la richesse prime sur la préservation du cadre naturel qui met en valeur le patrimoine culturel. Par ailleurs, les colonnes de l’usine se trouvent au milieu de la ville industrielle, au détriment des habitants dont la qualité de vie n’est sans doute pas très bonne. En effet, le ciel bleu est terni par un nuage grisâtre qui provient de la pollution.

 

L’intérêt de cette photographie réside donc dans la perspective qu’elle nous offre de la Sicile et plus particulièrement de la région d’Agrigente. Elle souligne le contraste entre le passé opulent supposé par la magnificence du Temple de la Concorde et un présent plus laborieux représenté par l’usine au sein de Porto Empedocle. L’activité touristique genérée par le patrimoine est fondamentale pour la région d’Agrigente, même si elle est largement insuffisante pour supporter l’économie sicilienne. Il s’agit ainsi de remarquer l’ironie du développement de la Sicile, au cours duquel sa position géographique fut d’abord une force avant de devenir une grande faiblesse.

Chloé Kaczmare, HL/BL

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Photographie de Morgane Villechange (A/L)

La photographie dont je vais parler a été prise depuis la plage de Houlgate, une petite ville de Basse Normandie, le 13 août 2012. Considérée à partir du XIXe siècle comme une station balnéaire par l’aristocratie, la ville a su se développer autour du tourisme balnéaire de masse mais sans pour autant se couper de la culture normande, toujours visible.

 

Au premier plan de cette photographie, nous pouvons voir une plage de sable, bordée de cabines blanches, où des vacanciers se promènent ou profitent du soleil, et sur laquelle sont dressées de petites tentes rouge et bleu.

Derrière la promenade «Roland Garros», au deuxième plan, s’élèvent un lotissement décoré de colombages, puis un immeuble plus ancien. Plus à gauche se tient un long bâtiment blanc construit de plain pied, au bord de la plage : c’est le Casino, qui comprend un restaurant et le cinéma, et au centre, enfin, des voitures laissent présager de l’activité de la petite ville.

Enfin, à l’arrière plan, un bâtiment ancien, le Grand Hôtel, symbole de la ville, se dresse fièrement. Son architecture semble assez disparate : une «base» néo-normande mais un dôme et des ornements qui rappellent le style Renaissance. Plus à gauche, sur la falaise, de grandes villas maisons normandes, décorées de colombages surplombent la ville.

 

La ville d’Houlgate, étant située en Normandie, a su tirer profit très tôt de ses avantages dans le domaine du tourisme balnéaire : en effet, les destinations lors des premiers congés payés étaient souvent les vacances à la mer, et en particulier dans cette région car la première autoroute construite en France fut celle reliant la capitale et la Normandie. De plus, le littoral a été complètement aménagé pour accueillir le flot de touristes désireux de trouver une ville où l’on puisse se loger facilement et trouver des jeux (casino), des loisirs (la plage, qui peut être le théâtre de sport nautique, le cinéma), des restaurants, … La plage reste également idéale pour le tourisme balnéaire : propre, sablonneuse et équipée d’accessoires attirant les touristes : chaises longues, tentes, cabines et parasols à louer.

Cependant, la ville a su conserver visiblement son patrimoine culturel : ainsi, les lotissements à droite de la photographie reproduisent les motifs de pans de bois, typique de l’architecture normande traditionnelle, en dessous de leur toit, pour ne pas trop trancher dans la magnifique vue que l’on peut avoir d’Houlgate depuis la côte. Ainsi, le Casino a pu être construit de façon basse pour ne pas cacher le panorama aux habitations situées plus haut et pour permettre de garder le front de mer dégagé, de façon à laisser en évidence le symbole de la ville, le Grand Hôtel. Ce dernier a été reconverti en habitations saisonnières pour accueillir les touristes.

Ce côté «conservateur» est également recherché par les vacanciers : la ville attire autant par le tourisme balnéaire que par le tourisme culturel, grâce à son architecture riche et disparate ; ainsi plusieurs villas de personnages célèbres y sont visitables.

J’ai choisi cette photographie car elle montre une Normandie ensoleillée (chose rare, quoi qu’on en dise) et parce qu’elle représente un type de tourisme de masse qui a su préserver l’environnement naturel et les traditions du lieu où il s’est implanté, en s’intégrant au paysage plutôt qu’en s’y imposant.

 

Morgane Villechange (A/L)

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La revue Urbanisme fête ses 80 ans cette année


Cela aurait pu être un grand moment, alors que la majorité des humains sont des urbains et que les villes sont au cœur des politiques publiques.


Qu’en est-il en réalité ?


C’est le moment que choisit la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) pour diviser par deux sa subvention à la revue, dont elle est propriétaire, et pour lancer une restructuration aussi technocratique que dangereuse pour la survie même de la revue.

Tout cela a été lancé très vite, sans concertation ni avec l’éditeur, ni avec l’équipe, ni avec le comité de rédaction, et sans prendre le temps de s’interroger sur la demande croissante que nous constatons à propos des questions urbaines, du logement aux transports en passant par les espaces publics, l’énergie, la sécurité ou la nature en ville.


Quelques éclaircissements s’imposent. Depuis plusieurs années, il est évident pour la rédaction comme pour le Comité de rédaction auquel nous appartenons que la revue doit évoluer : le rôle du numérique, un modèle économique fragile, une internationalisation croissante… Une première expertise lancée par la CDC a été rapidement enterrée. Et, comme  c’est souvent le cas, au lieu de tenir compte de ses conclusions et de les adapter à la spécificité d’une telle revue, un nouvel audit a été commandé à des professionnels étrangers aux sujets urbains.

Nous l’avons dit à plusieurs reprises à nos interlocuteurs de la CDC. D’autres options peuvent être élaborées, discutées. Aucun débat n’a eu lieu, aucun retour. Nous appelons la CDC à se ressaisir, à initier un projet consolidant l’avenir de la revue et à le mettre en débat, notamment avec les membres du comité de rédaction qui consacrent bénévolement du temps à une revue nécessaire et

On a coutume de dire, quand on veut couper un arbre, que l’on demande une expertise sur son état de santé. L’audit reprend, dans ses analyses, des points de vue que nous exprimons depuis longtemps mais fait des propositions qui certes satisfont à court terme son commanditaire mais qui, de notre point de vue, mettent sérieusement en danger la revue.


Nous l’avons dit à plusieurs reprises à nos interlocuteurs de la CDC. D’autres options peuvent être élaborées, discutées. Aucun débat n’a eu lieu, aucun retour. Nous appelons la CDC à se ressaisir, à initier un projet consolidant l’avenir de la revue et à le mettre en débat, notamment avec les membres du comité de rédaction qui consacrent bénévolement du temps à une revue nécessaire et précieuse.


Il est normal que la Caisse des Dépôts et Consignation, grand établissement public, participe au financement d’une revue d’intérêt général dont l’équilibre économique n’est pas acquis. Il est anormal qu’elle ne cherche pas des solutions de manière concertée, avec intelligence et compétence. Ce n’est pas admissible de mettre ainsi en danger la revue Urbanisme. Le processus lancé par la CDC doit être suspendu, pour une évolution féconde et non un enterrement dissimulé.

Les signataires  : Sophie Body-Gendrot, Frédéric Bonnet, Jean-Pierre Charbonneau, Paul Chemetov, Anne-Michèle Donnet, Jean Frébault, Renaud Le Goix, Michel Lussault, Olivier Mongin, Jean-Marc Offner, Gilles Rabin, Vincent Renard, Jean-Michel Roux, Gérard Salmona, Chris Younes.

 

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http://www.groupechronos.org/index.php/fre/themas/dossiers/envie-du-monde-et-envie-de-ville

 

07 06/2012 de Bruno Marzloff

Dans un récent essai (2011) intitulé « L’envie du monde », le sociologue Jean-Didier Urbain, grand explorateur des « vacances », adopte le point de vue de « l’envie » comme matrice du désir pour identifier et décrire les tropismes touristiques de tous acabits et leurs évolutions récentes. Mais, au motif de l’investigation d’un tourisme expansionniste en quantité et qualités, il explore autant la mobilité désirable que la ville désirable. Nous sommes en effet pour les deux cas dans une représentation idéalisée des désirs de mobilité. D’où, ici, une lecture quelque peu orientée de cet ouvrage, parfaitement recommandable par ailleurs.

Ainsi de l’équivoque de la ville – à la fois attractive et répulsive. J.-D. Urbain observe que les vacances sont nées avec l’urbanisation moderne et ses impressionnantes accélérations (extensions spatiale et démographique). Leurs développements respectifs furent conjoints et « le taux de départ en vacances est systématiquement corrélé à la taille de l’agglomération. » Que peut-on faire de « cette qualité sociofuge de la ville » ? Suggérons d’inverser l’analyse : quelles transformations de la boîte noire des mobilités seraient nécessaires pour redonner « l’envie de la ville » à ceux qui y résident, à ceux qui la pratiquent et à ceux qui la visitent ? N’est-ce pas le même combat ?

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