Photographie : Jérémie Alliet

Description :

La photographie se découpe en trois plans. Au premier plan, nous pouvons distinguer, au milieu du cadre, un gros bosquet de fleurs avec de larges feuilles vertes, et à gauche, à moitié coupée, une voiture garée, ce qui laisse à penser que l’image a été prise près d’un parc de stationnement.

Au second plan, nous pouvons distinguer à gauche un monument derrière un peuplier, qui est une église (nous le remarquons grâce à la petite croix en haut du toit, ou grâce aux statues de saints sur la façade principale). En face de l’église (dont le clocher ne rentrait malheureusement pas dans le cadre) nous observons un grand bâtiment clair, de l’autre côté de la rue, qui est, comme le nom l’indique, l’usine de fabrication et de distillation du Grand-Marnier. On peut d’ailleurs remarquer à quel point la blancheur et la propreté de ce bâtiment contraste avec l’usure du sommet de l’église.

Au dernier plan, enfin, au bout de la rue, nous observons un bâtiment sur lequel sont accrochés des drapeaux et entouré de massifs de fleurs bleues blanches et rouges, et qui est la mairie de Neauphle-le-Château.

 

Intérêt et interprétation :

Ce qui fait sortir cette photographie de la banalité des places de l’Eglise des villages ordinaires, c’est d’une part l’agencement des bâtiments les uns avec les autres, et d’autre part les bâtiments eux-mêmes. D’abord, le Grand Marnier, bien sûr, peut surprendre. Il s’agit là de la fierté de Neauphle, de l’un des symboles du village, tout autant que celui des produits régionaux de qualité que l’on ne fabrique qu’à certains endroits précis. L’industrie de Marnier-Lapostolle est non seulement un atout économique majeur pour un petit village peu productif, mais permettent aussi à Neauphle de jouer un rôle, bien sûr de faible proportion, dans le commerce international, puisque la majeure partie de la production se fait à l’export. C’est pourquoi cette «fabrique » que l’on peut aisément hisser au rang de « monument » puisqu’elle véhicule des valeurs telles que le refus des petites campagnes de se laisser engouer par les grandes villes et de se fondre dans la conformité des grandes enseignes étrangères, a sa place dans l’une des rues les plus empruntées du petit village. D’ailleurs, un autre bâtiment de Marnier-Lapostolle, derrière le photographe, qui n’apparaît donc pas sur la photographie accentue cette présence de l’enseigne et donc la fierté de la ville d’en être l’un des hébergeurs.

L’autre curiosité de la photographie réside dans le fait que l’on aperçoit depuis cette place de l’Eglise les trois bâtiments les plus importants de la ville : l’Eglise à gauche, avec ses saints dans des niches et sa petite croix au sommet du toit, l’industrie du Grand Marnier à droite, et au fond, avec ses drapeaux et ses bosquets de fleurs, la Mairie. L’association de ces trois monuments n’a rien d’un hasard : elle est la volonté de montrer le patrimoine et les valeurs des campagnes. Mais on peut également y voir une réconciliation entre l’économique, le politique et le religieux, et même se permettre une allusion aux trois libidos saint augustiniennes : la libido dominandi, c’est la Mairie, la libido sentendi, c’est l’alcool, et la libido scendi, c’est, en creux, ce que l’Eglise cherche à combattre.

Quoiqu’il en soit, la vue de la Place de l’Eglise depuis la rue Louis-Alexandre Marnier Lapostolle (et qui montre un morceau de la Place de la Mairie, là encore les dénominations des rues ne sont pas dues au hasard) est un symbole en péril : en effet, la fierté de la campagne ne résiste pas aux mâchoires de l’innovation, et l’entreprise Marnier-Lapostolle devra quitter Neauphle début 2012, pour n’y plus revenir.

Alliet Jérémie

Hypokhâgne B/L

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