Sur France 5, cinq familles  » locavores  » nous font vivre une aventure instructive et drôle sur notre façon de consommer dans  » 200 km à la ronde « 

Nous sommes en Haute-Garonne. Cinq familles toulousaines, pleines de bonne volonté, s’apprêtent à mener l’expérience à laquelle ils ont consenti. A savoir, ne consommer pendant un mois que des aliments produits à 200 kilomètres à la ronde. Les Armand, les Mombrun-Chaumette, les Guillot, les Sauvage et les Morlets ont été retenu par la production (ITV Studios France), parmi des dizaines d’autres familles. Critère majeur de sélection : la motivation. Furent ainsi évincés tous ceux qui semblaient avoir plus envie de passer à la télévision que de se plier à cet apprentissage un peu fou : devenir des  » locavores « . Pas question de jeu ici. Rien à gagner. Mais tout à apprendre. Ils ont accepté. Ils ont vaincu. Non sans courage parfois.

Ces familles-là ont, de surcroît, un humour solide ; et il en faut ; ce, dès la première épreuve, immédiate et violente. Adieu sel, poivre, sucre, chocolat, café, thé, moutarde de Dijon, beurre et lait de Normandie, jus d’orange de Floride, sodas en tout genre. Adieu les croquettes pour le chien et les bonbons pour les enfants… Il s’agit en effet, de vider le réfrigérateur et les placards des denrées produites à plus de 200 kilomètres à la ronde.

PRENDRE CONSCIENCE DES RICHESSES DE LEUR RÉGION

Des yeux s’écarquillent. Des bouches s’entrouvent. Tout juste peut-on saisir quelques exclamations :  » Ah non, moi, sans café, je ne vais pas y arriver ! «  La stupéfaction tapie au fond de chacun. A son comble le lendemain, quand au réveil, en guise de petit déjeuner, certains en sont réduits à devoir aller cueillir, au jardin, une poignée de fraises et quelques herbes aromatiques pour une tisane de fortune.

Les courses deviennent un casse-tête quotidien. Une quête permanente et sans cesse renouvelée pour trouver des produits non importés. Voilà ce qui attend nos candidats. Chaque idée de repas se heurte à un ingrédient manquant. Faire des pâtes. Une horreur ! Manger du pain. Impossible puisque celui du boulanger est fait avec de la farine du coin, certes, mais aussi avec du sel de… Marseille. Nos cinq familles tâtonnent, se renseignent, se téléphonent pour partager les bons plans.

Les premiers jours ressemblent à un parcours du combattant. Puis, progressivement, l’aventure prend des allures de chasse au trésor durant laquelle les candidats – et nous avec eux – vont prendre conscience des richesses de leur région, découvrir et apprendre à connaître les petits producteurs qui, dans les environs, travaillent dur. Ils vont changer leur mode de consommation et leurs habitudes alimentaires. Ils vont réduire leur bilan carbone et apprendre à cuisiner autrement, inventer des astuces pour donner de la saveur aux plats, accommoder les restes, etc.

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Alain Dubresson et Yvette Veyret (Dir.)
Dix défis pour la planète
Éditions autrement, hors collection, en librairie le 25 avril 2012,18 euros

 

Reçu ce 14 avril, cet ouvrage de 160 pages mérite assurément d’être mis dans les mains de tout professeur de géographie qui se respecte. En dix petits chapitres, les auteurs des différents articles qui composent cet ouvrage présente 10 questions fondamentales sur le devenir de la planète. Ces auteurs participent au comité national français de géographie. Ils sont pour certains, comme Gérard-François Dumont connus de la Cliothèque. C’est d’ailleurs cet auteur qui ouvre le feu, avec une présentation du vertige démographique intitulé le retour des grandes peurs. Le phénomène qui affecte la population mondiale est multiforme. La population augmente et devrait se situer au-delà des 9 milliards en 2050, elle ne cesse de se concentrer dans les villes, pour atteindre 70 % en 2050 également, la population mondiale vieillit et devrait représenter pour les plus de 65 ans 1,5 milliard d’habitants, toujours en 2050 et enfin cette population bouge, avec le processus de migration. La question qui est posée est bien celle de savoir si la planète sera en mesure de supporter au sens premier du terme une telle croissance de population. Toutefois l’auteur relativise et note que par exemple la géographie de la population apporte trois éléments de réflexion sur la question de l’urbanisation. Le phénomène d’urbanisation est polymorphe, et l’évolution urbaine dépend de variable géopolitique interne et externe, au choix de gouvernance de la ville et à leur degré d’autonomie fixée par le système institutionnel. Cet article est enrichi par des cartes commentées, ce qui est le cas des autres articles d’ailleurs, avec des sources citées ce qui permet de les retrouver très facilement.

La Question du changement climatique est évoquée bien évidemment, par Pierre Carrega et Yvette Veyret. L’article permet de faire le point sur l’état actuel des connaissances en la matière. Il existe aujourd’hui deux types de réponses pour faire face aux changements climatiques à venir, et qui sont incontestables, y compris du point de vue des climato-sceptiques. Une tente de réduire la quantité de gaz à effet de serre rejetée dans l’atmosphère afin de diminuer, à terme la hausse des températures ; c’est le processus appelé atténuation. L’autre envisage des réponses sociales, économiques, spatiales au changement ; c’est ce que l’on nomme l’adaptation. Les auteurs font un rappel sur le protocole de Kyoto qui n’a pu être complété lors de la conférence de Copenhague de 2008, avant d’envisager les solutions d’adaptation qui se heurte à deux problèmes principaux : le prix tout d’abord car les changements structurels seraient forcément coûteux et surtout les incertitudes à propos de l’avenir climatique.

Richard Laganier et Laurent Simon s’interrogent sur la nécessaire préservation de la ressource « biodiversité ». Celle-ci est considérée comme une ressource inestimable mais la prise de conscience de son importance pour les sociétés humaines est relativement récente. Les services rendus par les écosystèmes aux activités humaines ne sont pas chiffrables économiquement. Et pourtant, cette biodiversité est également l’objet de bien des convoitises. De plus les deux auteurs s’interrogent sur les conséquences sociales de cette volonté de préservation de la biodiversité, et notamment sur ce qui peut différencier le traitement des populations locales et celui de ces écotouristes fortunés, premier utilisateur de ces programmes de protection.

L’article de Thierry Ruf présente avec beaucoup de clarté la question du partage et de la gestion de l’eau. Au-delà de ce que l’on affirme de plus en plus souvent sur « les guerres de l’eau », l’hydroconflictualité, et autres scénarios catastrophes, l’auteur remet en question des notions que l’on voit de plus en plus fréquemment utilisées, comme le stress hydrique ou la responsabilité de l’agriculture irriguée dans le désordre hydraulique. En la matière, rien n’est véritablement simple. Depuis 1992, la gestion intégrée des ressources en eau s’appuie sur quatre principes : l’eau est une ressource finie à gérer dans une unité hydrographique ; l’eau doit être gérée entre planificateurs, décideurs et usagers ; les femmes doivent avoir une place reconnue dans sa gestion ; et l’eau doit être considérée comme un bien économique. L’auteur note que l’aspect géographique de sa gestion ne semble pas poser de problème particulier. Pourtant, alors que l’élément de référence pour l’étude des ressources hydrauliques est le bassin versant, la notion de territoire de l’eau, associant les usagers, leurs besoins, leurs usages, et leur participation à la gestion ne semble pas être considérée comme suffisamment pertinente.

Autre question fondamentale traitée dans ces dix défis : peut-on nourrir l’humanité ? Le monde est confronté à des besoins croissants et si la production alimentaire mondiale a augmenté plus vite que la population, il n’est pas évident que dans l’avenir un tel rythme de croissance soit soutenable. Pour répondre à la demande à consommation constante par individu, il faudrait produire plus de 300 millions de tonnes de grain supplémentaire chaque année, soit l’équivalent de la production des États-Unis. À l’échelle mondiale le bilan alimentaire actuel paraît inquiétant mais en réalité si les familles n’existent elle semble davantage liée à des problèmes politiques et les problèmes de production. La question qui est également posée est celui du prix de la production. L’augmentation de la productivité agricole a permis une baisse tendancielle des prix, mais cela s’est fait au prix d’une consommation accrue d’énergie, d’eau, d’espaces agricoles. Toutes ses ressources sont de plus en plus rares. Dans ce domaine, Jean-Louis Chaléard qui rédige cet article note que les différences entre pays riches et développés, bénéficiant d’un soutien efficace à leurs agriculteurs et les pays du sud contraints à une agriculture largement dépendante des achats des pays riches, avec les cultures d’exportation, sont toujours aussi fortes.

Les autres articles traitent de la santé, des villes, des transports ainsi que de la place de la Chine dans le nouvel ordre mondial.

Le dernier article rédigé par Frédéric Dufaux, Sophie Moreau, Philippe Gervais-Lambonny interroge la notion de justice spatiale ? L’appropriation de l’espace, les inégalités sociales que cette appropriation peut traduire sont effectivement des sujets importants qui montrent que la justice sociale se traduit dans l’espace mais que réciproquement, l’organisation sociale de l’espace et productrice d’injustice. Ces dynamiques complexes qui se déploient dans l’espace et dans le temps ne sont pas faciles à décrypter même si l’on peut en percevoir très rapidement les effets autour de soi.

Bruno Modica

 

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Atlas de l’agriculture. Comment nourrir le monde en 2050 ? Jean-Paul Charvet. Atlas Autrement, nouvelle édition augmentée,  2012, 96 pages. 19€.

Le salon de l’agriculture 2012 vient de fermer ses portes. L’affluence des candidats à la présidentielle à cet évènement ne vient pas démentir la citation de Mirabeau : « Toute politique part d’un grain de blé. » (Déclaration du comte de Mirabeau, datée de 1789). Aujourd’hui encore, la question de « Nourrir les Hommes » demeure centrale au niveau politique alors que les agriculteurs français représentent moins de 3% de la population active.

A l’échelle mondiale, le phénomène agricole est d’une autre ampleur. 43%  des actifs dans le monde travaillent dans l’agriculture, 60% si on prend en compte l’amont et l’aval de la chaîne agro-alimentaire. La question des ressources agricoles est centrale quand on sait qu’un milliard d’êtres humains souffre de sous-alimentation chronique et deux milliards de malnutrition. Pour traiter de cette question fondamentale, les éditions Autrement ont fait appel à un géographe expert en la matière. Jean-Paul Charvet, professeur émérite de géographie rurale et agricole (Paris Ouest Nanterre La Défense), est aujourd’hui correspondant national de l’académie d’agriculture de France.

Ainsi, les tenants et les aboutissants du sujet sont analysés « à la lumière de la raison ». « L’agriculture est le premier, le plus étendu et peut être le plus essentiel de tous les arts » (Extrait de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers). Il n’est pas question ici de remettre au goût du jour les thèses malthusiennes. Jean-Paul Charvet convoque les thèses cornucopiennes (du latin, corne d’abondance) pour répondre à la question : Comment nourrir le monde en 2050 ? Il analyse les stratégies de développement qui peuvent être mises en place aux échelles locales et mondiales. L’humanité doit trouver un compromis entre la hausse des rendements et le respect de l’environnement.

Au-delà des cartes habituellement présentes dans les manuels du secondaire, cet atlas offre des documents qui sortent de l’ordinaire . Les cartes portant sur la prise de contrôle de terres agricoles dans les pays étrangers permettent de voir que c’est un phénomène disséminé à travers le monde, y compris dans les pays développés (Australie). La Chine, l’Inde et les pays du Moyen Orient en sont les acteurs principaux. « Un jeu de Monopoly se développe aujourd’hui à l’échelle planétaire : celui de la délocalisation off-shore de productions agricoles. » La double page consacrée au commerce équitable est de très bonne qualité, aussi. Elle décrypte les circuits commerciaux du café équitable et du café non équitable (à recommander aux professeurs de terminale STG). La question de la quantité n’est pas la seule retenue pour faire face aux besoins croissants liés à la transition alimentaire, à l’urbanisation et à la croissance démographique. La qualité alimentaire a toute sa place dans cet atlas par le biais du vin et des AOC.

Dans cette nouvelle formule des atlas Autrement qu’il nous est donné de chroniquer (couverture cartonnée renforcée), le texte prend le pas sur les cartes et est plus présent. Des verbatim résument en une phrase ce qu’il y a retenir d’une double page. Chaque sous-partie s’achève par une conclusion qui reprend de manière synthétique le contenu du chapitre. En revanche, les citations qui étayaient le texte tout au long des doubles pages ont disparu : n’en restent plus que deux (celles qui ont été reprises plus haut) en introduction et en conclusion. La charte graphique de l’atlas, nouvelle formule, est toujours la même et rend difficile l’exploitation des cartes en classe, y compris par le biais d’un vidéo-projecteur. Des cartes sans échelle se sont glissées dans l’ensemble et des localisations fantaisistes ont pu être relevées. Union européenne en lieu et place de l’Algérie et de la Tunisie sur la carte des produits agricoles : les principaux pays d’exportation et d’importation (page 49).

L’auteur dénonce les méfaits de l’agriculture productiviste au fil du texte. Il reconnait que « l’agriculture biologique présente beaucoup de vertus mais pas celle de pouvoir nourrir le monde. » Il vante les capacités de l’agriculture raisonnée même s’il ne cache pas la technicité de sa mise en œuvre. Il appelle les consommateurs des pays riches à lutter contre le gaspillage. « Un tiers de la nourriture produite dans le monde pour la consommation humaine est perdu ou gaspillé. » Alors que le quotidien gratuit Direct Matin (6/03/2012) consacre un article aux cantines scolaires qui avance que « 180 grammes de nourriture sont gaspillés en moyenne dans l’assiette d’un collégien à chaque repas. », la marge de manœuvre de réduction du gâchis semble importante. Le chapitre « Nourrir les Hommes » en seconde ou cinquième peut être l’occasion de sensibiliser le public scolaire à cet enjeu, sans pour autant aller jusqu’à ne faire servir qu’un bol de riz à la cantine !

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

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LEMONDE | 25.02.12

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Pour les enfants en milieu rural, la tranquillité de la cour de récré peut parfois tourner au casse-tête quand vient le temps du collège. « Dans deux ans, quand j’irai au lycée, j’aurai deux solutions, explique Amandine, 14 ans, qui vit dans un petit village de montagne de 250 habitants (elle a souhaité, comme beaucoup d’élèves, rester anonyme). Soit me lever à 5 heures pour prendre le car, soit être pensionnaire. Et je ne vais pas pouvoir choisir toutes les options que je désire. »

Pour Lise, qui a grandi dans le Lot, l’internat n’a pas posé problème. « J’avais besoin de m’éloigner un peu. Et puis, au lycée, j’avais pour voisins une forêt… et des vaches ! Peu dépaysant, en somme. » C’est après, dit-elle, que « ça se corse » : « Soit il faut partir en ville, continuer les études pour chercher un boulot intéressant, soit rester en zone rurale et occuper un petit boulot sympa. » La jeune femme a fait son choix : elle est vendeuse dans une petite ville des Pyrénées-Orientales.

Combien sont-ils, les jeunes, à se sentir un peu « contraints » dans leurs choix d’orientation en raison de leur lieu d’origine ? A ne viser ni trop loin ni trop haut, de peur de se couper de leurs racines ? Quelque 2 millions d’enfants et adolescents sont scolarisés en milieu rural. Si leurs profils sont aussi variés que les territoires qu’ils habitent, ils partagent tous ou presque le sentiment que leurs « galères » intéressent peu. « Beaucoup de mes anciens camarades ont été obligés d’opter pour des études en alternance ; d’autres, à la fin du lycée, ont dû partir en quête d’un emploi. Les jeunes ruraux se sentent aussi délaissés que les jeunes des banlieues, regrette Lucas, 19 ans, étudiant en droit en Rhône-Alpes et boursier, mais ils sont peut-être plus résignés. »

AUTO-CENSURE

« Les élèves ruraux et montagnards arrivés en fin de collège n’utilisent pas autant que les autres toute la palette des choix d’orientation à leur disposition« , reconnaît Pierre Champollion, président de l’Observatoire éducation et territoires (OET, ex-Observatoire de l’école rurale). Depuis plus de dix ans, l’observatoire étudie dans six départements – Ain, Alpes-de-Haute-Provence, Ardèche, Drôme, Haute-Loire, Haute-Saône – les trajectoires scolaires de 2 400 élèves. « L’école rurale fonctionne globalement bien, affirme le chercheur en sciences de l’éducation. Les élèves, en sortant du primaire, sont au moins à égalité avec leurs homologues urbains, comme l’ont montré les évaluations nationales en français et mathématiques. » Plus on se rapproche des territoires réputés isolés, moindre est le retard en fin de CM2, dit-il.

« Si dans le premier degré les fermetures de classes et les regroupements d’écoles ont contraint les élèves à plus de mobilité, l’engagement des parents, des enseignants, et le maillage associatif compensent l’éloignement des ressources pédagogiques », expliquent Céline Vivent et Yvette Grelet, du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) pour la Basse-Normandie.

Pourtant, à l’issue du collège, les parcours scolaires des jeunes ruraux et des jeunes urbains divergent. « De la 6e à la 3e, les souhaits de poursuite d’études supérieures longues diminuent de moitié sur notre panel de 2 400 élèves, un peu comme s’ils s’autocensuraient », remarque Yves Alpe, de l’OET. A résultats scolaires identiques, le taux de demande – et d’accès – des élèves ruraux en 2de générale est plus faible. La voie professionnelle rencontre davantage de succès, et les études supérieures, souvent courtes (DUT ou BTS), ne s’envisagent pas sans mobilité.

« Nombre d’élèves de 3e que j’accompagne, même si les collèges font tout ce qu’ils peuvent pour leur ouvrir des horizons, privilégient des formations qui leurs sont familières, dans des établissements qu’ils connaissent – où leurs parents, parfois leurs grands-parents ont été scolarisés », note Isabelle Riou, conseillère d’orientation-psychologue – vingt-deux ans de métier – dans plusieurs établissements de l’Eure.

Au collège de Rugles, où Mme Riou intervient un jour par semaine, les premiers choix des familles se portent souvent vers un CAP. « Quand je leur parle du bac professionnel, je vois bien que je les déstabilise un peu. ‘Un bac pro pour mon enfant ? Il faudra qu’il continue ses études. Et puis, est-ce qu’il l’aura ?’ Je cherche à leur ouvrir un maximum de possibilités, en respectant les parcours familiaux. » « Ces gamins ont de meilleurs résultats que la moyenne au brevet, mais beaucoup ne voient pas ce qu’ils peuvent faire d’autre que leurs parents », reconnaît également Jean-Paul Noret, professeur de sciences dans un petit collège (130 élèves), à Laignes (Côte-d’Or).

MARCHÉ DE L’EMPLOI PEU QUALIFIÉ

Rien d’étonnant, analyse la sociologue Marie Duru-Bellat : « Quand on n’est pas très sûr de son projet professionnel, on a tendance à privilégier une formation près de chez soi et à s’en contenter, a fortiori quand les moyens financiers sont limités. » Malgré l’arrivée des « néo-ruraux », des cadres moyens, « les critères ne sont pas toujours ceux des familles des grandes villes, poursuit-elle. Tout le monde ne rêve pas d’intégrer Henri-IV, une prépa ou une grande école ! Dans les petites villes, en milieu rural, la qualité de vie passe, souvent, avant la carrière, le salaire ».

Didier Pleux, psychologue, travaille avec les équipes éducatives des maisons familiales rurales de Basse-Normandie, des établissements de formation en alternance où l’on n’observe, dit-il, ni démotivation des élèves ni décrochage : « Il y a une approche réaliste, pragmatique de l’orientation. » Autrement dit, certains de ces jeunes anticipent les besoins du marché de l’emploi, peu qualifié en milieu rural.

Des choix assumés : les jeunes ruraux estiment à 81 % – contre 75 % en moyenne -, que leur orientation après la 3e a été conforme à leur demande, selon le Céreq.

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LE MONDE CULTURE ET IDEES | 25.02.12

Comme souvent, ce soir-là, Nicolas Sarkozy n’a pas fait dans la demi-mesure. Lors de son intervention, retransmise simultanément sur dix chaînes de télévision, dimanche 29 janvier, le président de la République annonçait son intention d’augmenter de 30 % les droits à construire sur « tout terrain, toute maison, tout immeuble ». « Cela va donner un travail formidable à toute l’industrie du bâtiment, expliquait-il. Deuxièmement, cela va augmenter considérablement le nombre de logements, donc cela fera pression sur les prix. Et enfin les prix de l’immobilier à l’achat, à la vente, et les prix à la location vont pouvoir baisser. »

Martingale immobilière propre à satisfaire tout le monde ? Avant d’être adopté le 22 février par l’Assemblée nationale, le projet de loi a déclenché l’hostilité d’une grande partie du secteur. Les promoteurs promettent une flambée du prix des terrains, les agents immobiliers redoutent une désorganisation du marché, les constructeurs de logements sociaux s’estiment oubliés. Quant aux maires, chargés d’instruire les permis de construire et d’établir les plans locaux d’urbanisme, ils voient leurs pouvoirs entaillés par le nouveau texte.

Surtout, la loi semble passer sous silence un des aspects essentiels de la construction en France : le paysage. Si les années 1950 à 1970 ont été celles des grands ensembles, les trois dernières décennies ont vu le triomphe de la maison individuelle, qui représente aujourd’hui les deux tiers de la production de logements en France. Les tours et les barres des cités abîmaient les paysages du val de Seine ou les hauteurs marseillaises. Dorénavant, lotissements et maisons isolées colonisent, partout en France, vallées et coteaux, plaines et forêts. Les identités des communes s’effacent, leurs contours se floutent. Les enseignes commerciales défigurent les entrées des villes. Ce n’est plus la campagne, ça ne sera jamais la ville. Néant urbain ou néant rural, au choix.

L’ESPACE, « UNE RESSOURCE NON RENOUVELABLE »

Certes, le projet de loi exclut du dispositif toutes les zones préservées au titre du patrimoine naturel, comme d’ailleurs celles inscrites au patrimoine historique. Mais, hors de ces terres sauvegardées, quel effet la mesure aura-t-elle sur le paysage ? Peut-elle ralentir son mitage ou risque-t-elle de l’accélérer ? A quelle situation vient-elle répondre ? Sur quels principes s’appuie-t-elle ? A cette dernière question, Benoist Apparu, ministre délégué au logement, a une réponse assez simple : « Nous ne voulons plus consommer d’espace naturel, nous ne pouvons pas continuer à consommer de l’espace agricole et il nous faut construire davantage de logements, donc il faut densifier. »

Densifier : le grand mot est lâché. Il y a dix ans, le terme aurait fait hurler le pays à l’unisson. A l’exception de quelques urbanistes, chacun réclamait « de l’air ». Créer des espaces verts dans les villes, abattre des tours dans les banlieues, fluidifier la circulation pour rapprocher les périphéries du centre, étendre les bourgs… « Aujourd’hui, chacun constate les ravages du paradoxe français qui veut que l’on consomme plus d’espace que tous nos voisins mais que l’on manque toujours cruellement de logements, explique le paysagiste Bertrand Folléa. On « artificialise » 60 000 à 70 000 hectares chaque année, essentiellement des terres agricoles. Cela correspond à un département français tous les sept à dix ans. Par comparaison, l’Allemagne consomme 20 000 à 30 000 hectares. Les Français voulaient des maisons individuelles ? On a fait le choix de l’étalement urbain, en oubliant que l’espace était une ressource non renouvelable. »

Pour comprendre comment on en est arrivé là, Bertrand Folléa avance plusieurs explications. D’abord, « le mythe du petit château » : « On a voulu démocratiser le modèle bourgeois sans voir qu’en changeant d’échelle, on changeait de modèle. » Puis la poursuite d’une organisation urbaine héritée du Moyen Age. « Des centre-villages très denses, très lisibles, et autour les terres agricoles qui nourrissaient les hommes. Quand l’agriculture est devenue moins essentielle, on a construit sur ces terrains de façon peu dense… »

Michel Lussault, professeur de géographie urbaine à l’Ecole normale supérieure de Lyon, va plus loin, et pointe la « culture urbano-sceptique nationale et la mythologie campagnarde ». « En Italie, la città est partout. La plus petite des cités est urbaine. En France, c’est l’inverse, même certaines grandes villes sont campagnardes. Tout est « villageoïsé ». Regardez nos présidents, tous ou presque ont mis en avant leur attache villageoise. »

Son collègue de l’ENS, l’historien Jean-Luc Pinol, ajoute la dimension « mortifère » longtemps associée aux villes : « La densité provoquait la transmission des miasmes, on enviait Londres avec ses maisons de trois étages parce qu’elle était moins dense que Paris. D’ailleurs, au cours du XXe siècle, la population parisienne n’a fait que diminuer, passant d’environ 3 millions à 2 millions d’habitants. D’abord entre les deux guerres, où l’on a construit des pavillons dans la petite couronne, souvent à faible prix. Puis avec l’édification des cités-dortoirs et des grands ensembles. Enfin avec les lotissements bâtis hors des villes. »

UN AMÉNAGEMENT POUR ET PAR LA VOITURE

L’architecte-urbaniste David Mangin a parfaitement analysé ce dernier phénomène dans son livre La Ville franchisée. Les vieux mythes, la tradition, l’Histoire se sont vus embarqués dans une révolution technologique : l’avènement de l’automobile. « Ça a tout changé : les modes de vie, les bâtiments, l’organisation urbaine, mais aussi l’économie, les services et évidemment les paysages. » Missionné par la Ville de Nice pour réaménager la plaine du Var, il a cartographié l’espace. « Plus de 40 % de ce paysage sublime est occupé par la bagnole : parkings de l’aéroport ou de supermarchés, loueurs, garages, casses. C’est insensé. » Une situation extrême, reconnaît-il. Mais le tout-venant, s’il est moins spectaculaire, relève de la même logique.

Un paysage réaménagé pour et par la voiture. Avec d’abord le réseau routier. Ce maillage de voies rapides qui, selon Charles Pasqua, ministre de l’aménagement du territoire entre 1986 et 1988, allait mettre « tout à moins de vingt minutes d’une autoroute ». Puis la maison individuelle, qui depuis trente ans représente les deux tiers des logements construits. « Les grands ensembles avaient échoué, mais les maires avaient besoin de sauver les écoles et les services. Alors on a construit des lotissements, des sortes de grands ensembles à plat, monofonctionnels. Les parents conduisent leurs enfants à l’école en voiture, la prennent pour aller chercher le pain. C’est anti-écologique au possible, mais on est près de la nature… Tout ça avec la bénédiction des pouvoirs publics qui voulaient se désengager du logement collectif. »

Troisième maillon de la chaîne, la grande distribution. Les terrains étaient bon marché, le bassin de population avait crû : « Les grandes enseignes ont saisi l’occasion, nourries par une conviction venue des Etats-Unis : no parking, no business. Et ils ont calibré le parking pour le samedi après-midi de Noël. Avec les rocades de contournement, la grande surface est effectivement accessible de partout. On tue ainsi les centres-bourgs, on défigure les entrées des villes, on pousse à la construction de nouvelles maisons qui attireront de nouvelles grandes surfaces. Un cercle vicieux mais qui satisfait beaucoup de monde. Y compris les paysans, car un terrain agricole qui devient constructible voit sa valeur exploser. Et c’est vrai partout en France. » Schéma, cartes et photos à l’appui, David Mangin démontre ainsi comment, des alentours de Dinan, en Bretagne, à ceux de Chalon-sur-Saône, en Bourgogne, entre les années 1960 et les années 1990, le rural a fait place au rurbain.

LA MAISON « AVEC SON PETIT JARDIN AUTOUR »

La faute à la maison individuelle ? Economiste et directeur de recherche au CNRS, Vincent Renard réplique avec vigueur : « Je n’aime pas ce mépris, ce racisme, presque, envers ceux qui se font construire une maison individuelle. Le problème ce n’est pas la maison, c’est le système. » Jean Attali, philosophe et professeur d’urbanisme à l’Ecole nationale d’architecture de Paris-Malaquais, renchérit : « Lorsque mes amis architectes critiquent la maison individuelle, il y a un léger biais qu’ils omettent de signaler, à savoir que ce marché leur échappe très largement. En France, le recours à un architecte n’est obligatoire qu’à partir de 170 m2. Je suis donc toujours un peu mal à l’aise quand je les entends prendre pour cible la maison individuelle. » David Mangin, lui-même, affine le tir : « Ce n’est pas à la maison individuelle que j’en veux, c’est au lavage de cerveau des promoteurs qui ont réussi à ancrer dans la tête des Français que la seule solution était la maison « péripatéticienne » : isolée, sur une butte, avec son petit jardin tout autour. »

L’urbaniste Philippe Panerai poursuit : « Les Hollandais ou les Anglais ont fait eux aussi le choix de la maison individuelle, mais avec une autre histoire, une autre organisation. Les Hollandais, qui avaient gagné leur terrain sur la mer, ne pouvaient pas le gaspiller ; les Anglais disposaient d’un produit industriel, rationnel, typé, et n’étaient pas propriétaires de leur terre. Les maisons ont donc été placées côte à côte, avec des jardins derrière, une solution beaucoup plus économe en espace. »

Economiser l’espace. Longtemps inaudible en France, cette idée a peu à peu fait son chemin. Dans les travaux des chercheurs et les réflexions des paysagistes, d’abord. Puis, depuis dix ans, dans les lieux de débats institutionnalisés, comme le Grenelle de l’environnement ou lors de la compétition sur le Grand Paris. « On a pris conscience du coût économique, social, environnemental de l’étalement urbain, analyse Jean Attali. En termes de mobilité, de saturation des transports collectifs, d’embouteillages, de dégâts environnementaux. Les habitants eux-mêmes, qui rêvaient d’un mode de vie meilleur, proche de la nature, en perçoivent aujourd’hui les nuisances. »

Vincent Renard abonde dans ce sens: « On a subi le contrecoup de la politique des grands ensembles, pas encore celui des lotissements. Mais avec la crise économique et l’augmentation du prix de l’essence, qui n’en est qu’à ses débuts, le piège est en train de se refermer. Et certains commencent à le voir. » « Surtout, la hausse des prix a figé le système et touche maintenant tout le monde, dit dans un sourire David Mangin. Tant que les pauvres étaient les seuls à en souffrir, rien ne se passait. Aujourd’hui, même les cadres supérieurs ont du mal à loger leurs enfants. Appelons ça une prise de conscience… »

DENSIFIER

Les urbanistes ont donc proposé leurs modèles. Les uns rêvent d’un retour à la ville ancienne et à la marche à pied, les autres inventent de nouvelles circulations et plaident pour une « ville fluide ». Dans le sillage du Hollandais Rem Koolhass, d’autres encore appellent à se libérer des contraintes réglementaires et à faire confiance au génie des architectes pour restructurer la cité. Enfin les derniers, comme Bertrand Folléa et sa femme Claire Gautier, tentent d’inventer une « ville durable ».

Tous semblent toutefois partager dorénavant une conviction, presque un mot d’ordre : il faut densifier. Densifier les centres-villes, même si les terrains à bâtir manquent cruellement. Des usines, des casernes, des hôpitaux trouvent alors de nouvelles fonctions. « Il y a vingt ans, la biscuiterie Lu de Nantes aurait été rasée, constate l’écrivain Jean-Christophe Bailly, professeur à l’Ecole nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois. A la place, on aurait construit un parking ou un supermarché. Au mieux un espace vert. La municipalité a choisi d’en faire un pôle artistique, Le Lieu unique. Comme quoi tout n’est pas perdu. » Densifier les grands ensembles aussi, « car, contrairement aux idées reçues, les grands ensembles sont peu denses du fait des règles d’espacement entre les bâtiments, des parkings, des pseudo-espaces verts », poursuit Jean-Christophe Bailly.

Plutôt que céder à la mode de la destruction pure et simple de tours ou de barres, urbanistes et architectes proposent de les remplacer par des unités plus petites, d’y adjoindre des commerces, d’y ramener des professions libérales. Rennes, Grenoble ou Strasbourg ont emprunté ce chemin. Densifier en déqualifiant des voies rapides en villes pour libérer du foncier, ou en profitant de nouvelles techniques plus sûres pour construire en zone inondable. « Mais rien n’est simple, avertit David Mangin. Le hangar que vous voulez détruire pour créer des logements peut cacher la seule entreprise innovante de la ville. Ce sont toujours des opérations complexes, délicates, longues, qui imposent de négocier. »

LE RÔLE DES HABITANTS

Et les 30 % chers à Sarkozy, dans tout ça ? Une mesure « électoraliste », « brutale », « démagogique », affirment en choeur tous nos interlocuteurs. « Peut-être pourrait-elle faire sens dans un ensemble qui reverrait le système de planification, qui imposerait les terrains sur leur valeur réelle, qui confierait les permis de construire aux communautés de communes ou aux agglomérations plutôt qu’aux maires, soupire l’économiste Vincent Renard. Mais seule, elle est absurde. »

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