Photographie de Etienne Daubié
Le site nucléaire du Tricastin se situe en Drôme provençale, entre Montélimar et Avignon et à cheval sur les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhônes-Alpes, auxquels il fournit une majeure partie des ressources électriques.
Au premier plan, on aperçoit un mur partiellement effondré, un des derniers vestiges de l’ancien village de Bollène, auparavant situé en haut du mont surplombant la vallée du Rhône qui s’étend à l’arrière plan. Au second plan, au pied de cette petite montagne, se trouve la commune de Bollène et notamment le centre commercial (le grand bâtiment blanc et gris en bas à gauche). Ensuite, coupant le panorama et légèrement en biais se trouve le canal de Donzère-Mondragon (canal de dérivation du Rhône) avec une péniche qui y navigue et, à peine discernable, la voie rapide qui lui est parallèle juste en dessous (le rond point au centre le la photo en fait partie). Après le canal, on peut voir le site nucléaire du Tricastin, avec les deux cheminées à gauche, les quatre réacteurs à droite juste au dessus du mur, et à l’arrière l’usine d’enrichissement de l’uranium. Enfin, à l’arrière plan s’étend la vallée du Rhône, avec ses cultures diversifiées et au fond les premiers contreforts des monts de l’Ardèche.
Cette photo permet d’illustrer les évolutions de l’aménagement du territoire français dans les 50 dernières années : le premier et l’arrière plan rappellent le monde rural et la primauté qu’avait l’agriculture dans cette région il y a un demi-siècle : la douceur du climat, l’ensoleillement pendant une majeure partie de l’année et les crues du Rhône sont des facteurs qui, réunis, ont permis à cette région d’être extrêmement fertile, à la fois pour des cultures céréalières, mais aussi maraîchères, fruitières et bien évidemment la culture des vignobles. Cependant cette richesse de la terre est aussi un danger, et les crues du Rhône ainsi que les risques d’invasion poussent les habitants de la région à construire en hauteur, comme le rappelle le mur d’enceinte au premier plan de la photo. C’est toujours cette imprévisibilité du Rhône qui sera à l’origine de la construction du canal de Donzère-Mondragon dans les années 50, permettant une navigation plus fluide pendant toute l’année ; puis, dans les années 60, sous l’impulsion du Général De Gaulle, est construit sur les rives de ce canal le site d’enrichissement nucléaire, initialement uniquement à des fins militaires. C’est avec l’agrandissement du site dans les années 70 et sa conversion partielle au nucléaire civil que le site va devenir une source d’emploi importante (actuellement plus de 5000 emplois). La nouvelle ville de Bollène se développe le long du canal, ainsi que les communes voisines de Saint-Paul-Trois-Châteaux et Pierrelatte, et une voie rapide est donc construite pour faciliter les transports de biens et de personnes. La maîtrise des crues du Rhône, la disparition des risques liés aux invasions, et plus conjoncturellement les offres d’emploi, la commodité des transports et l’activité économique liée au canal, à la voie rapide et au développement des villes ont poussé les habitants du village surplombant le canal à descendre dans la vallée et à abandonner l’ancien Bollène, qui aujourd’hui a donc presque entièrement disparu, à l’exception de quelques vestiges envahis par la végétation.
L’intérêt de cette photo réside dans le fait qu’elle symbolise les mutations d’une région qui, bien qu’éloignée des grands pôles dynamiques du territoire, a su s’intégrer aux processus de développement économique en alliant une technologie de pointe et une organisation efficace de son espace.
Etienne Daubié, Hypokhâgne A/L
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