Introduction
Olivier Dollfus, géographe français du XXème siècle, l’un des membres fondateurs de l’Université Paris VII en 1970 a été professeur à la Sorbonne. Dans son ouvrage La Mondialisation, publié en 1997, il redéfinit l’espace mondial en étudiant l’impact géographique du processus de mondialisation, développe son concept d’Archipel Mégalopolitain Mondial en brossant le portrait des principales mégalopoles mondiales et s’interroge sur la dynamique de mondialisation qui porte à redéfinir les termes de concentration et de vide au regard de ce phénomène de croissance généralisée.

Plan général et articulation


1 – Des populations et des richesses croissantes inégalement réparties.
La mondialisation se propage depuis les centres d’impulsions que sont les agglomérations. Ce processus est en premier lieu « intercontinental et transocéanique » : les interfaces engendrent des dynamiques d’échange. L’espace dans lequel évoluent les hommes, et donc leur commerce ne se limite plus à une zone géographique précise mais s’est étendue jusqu’à devenir le monde dans sa totalité. Les croissances entrainées par la mondialisation sont inégalement réparties sur le globe. Toutes les régions du monde n’ont pas entamé ce processus de croissance en même temps, on parle ainsi volontiers de « vagues » de mondialisation. La diffusion croissante des savoirs-faires dans tous les domaines techniques sont à la base de cette croissance généralisée.
Des croissances démographiques
Elles sont dues en majeure partie aux mesures de santé publique, au recul des famines grâce à l’intensification des transports et à l’accroissement des productions alimentaires à la suite des révolutions techniques et industrielles. Les sociétés vivent la « transition démographique », se traduisant dans les pays l’ayant terminé par une stabilisation de sa population.
Des croissances économiques
La productivité augmente et se diversifie ce qui entraine une baisse des coûts. Consubstantiellement, on note une hausse des revenus et de la consommation. Ce « tourbillon de croissances », selon Dollfus, est le facteur principal qui, à toutes les échelles, détermine la modification et la répartition des masses. Cette croissance spectaculaire fait rayonner le XXème siècle comme un siècle de la prospérité.

2- Première constatation spatiale : les hommes sont concentrés dans les villes.

La mondialisation ravive l’urbanisation
La croissance urbaine actuelle favorise des villes de plus en plus importantes : 50% des urbains vivent dans des villes de plus de 500 000 habitants. Le nombre de villes de plus de 1 million d’habitants est passé de 17 à 300 en un siècle.
La « métropolisation » des pays du Sud
Les plus grandes agglomérations se répartissent entre l’Asie, l’Afrique et l’Amérique Latine. Cependant, le contrôle des naissances fait chuter le taux de fécondité, on ne peut donc plus parler de « réservoirs » de population.

3- L’Archipel Mégalopolitain Mondial

Le symbole de la deuxième moitié du XXème siècle
L’AMM représente l’ensemble des villes, étant chacune un « îlot », reliées par des réseaux aux autres villes, et formant un «archipel» à l’échelle mondiale. Cet archipel va de pair avec la concentration spatiale des activités commerciales et de commandement dans les grandes villes. Ces pôles développés communiquent et échangent intensément entre eux.
Le concept de « mégalopole », expression d’un nouveau cosmopolitisme
A l’heure actuelle, une « mégalopole » est un réseau de villes et de métropoles voisines qui concentre pouvoirs politique, économique, financier et rayonnement culturel. Là sont les sièges des multinationales, des médias, des grandes universités et les laboratoires de recherche. Ces mégalopoles sont la manifestation d’un monde dont les visées cosmopolites font ressentir à chacun qu’il est citoyen de l’univers.

Aménagement du territoire et « communications internes »
Les villes de l’AMM sont dotées d’infrastructures de transports qui limitent les effets de congestion qui sont le principal risque de la concentration urbaine. Elles concentrent la majeure partie des flux visibles (produits manufacturés…) et invisibles (télécommunications, flux de capitaux…). Les clés de ces aménagements du territoire, tels les Hubs, permettent une mesure parfaite entre intercommunications et communications internes.

La triade et les échanges
Ces mégalopoles effectuent entre elles 85% des échanges mondiaux. Elles sont au cœur des pays de la Triade (Amérique du Nord, Asie du Nord-est, Europe occidentale). Les échanges sont notamment favorisés par l’abaissement des droits de douane. Les villes de l’AMM traduisent « un monde dominé par les luttes d’oligopoles » dans lequel l’extension de l’espace commercial s’allie à une forte compétition.

4- Paysage des mégalopoles mondiales

-L’Amérique du Nord
La mégalopole du Nord-est des Etats-Unis est la plus complète au monde car elle réunit les pouvoirs politiques et financiers de la première nation au monde à des sièges mondiaux. Elle s’étend de Washington à Boston et est centrée sur New-York. La Maison-Blanche, le Pentagone, La Banque Mondiale et le Fond Monétaire International y sont réunis. Boston concentre quant à elle les pôles universitaires et des laboratoires comme ceux du MIT.

-L’Europe occidentale
La mégalopole Européenne s’étend sur l’arc qui réunit les plaines du Pô, au nord de l’Italie, au bassin de Londres. Ses marges intégrées sont Paris, la Catalogne Espagnole et la région de Munich en Allemagne. Contrairement à la mégalopole Américaine, la mégalopole Européenne ne présente « ni unité territoriale, ni unité linguistique », d’où les enjeux croissants d’une politique européenne cohérente.

-Le Japon
Centrée sur Tokyo et sur la seconde agglomération Japonaise Osaka-Kóbe, elle est la seconde puissance économique mondiale. Elle n’est cependant pas un centre de décision stratégique mondial, et son pouvoir politique est en retrait par rapport à sa puissance économique et financière.  

L’Asie du Sud-est
Une nouvelle mégalopole est en formation en Asie du Sud-est mais elle se heurte à des problèmes d’ordre politique malgré son dynamisme économique. Elle est disposée sur l’arc de l’Asie pacifique de Séoul à Singapour, enserrant les trois principaux ensembles chinois : Pékin-Tianjin, Shanghai, et Canton.

L’Amérique du Sud fait-elle partie de l’AMM ?
Le MERCOSUR est une organisation internationale des pays d’Amérique du Sud. Malgré des villes comme Sao Paulo au Brésil, l’ensemble est plutôt une ébauche de mégalopole qu’une île de l’AMM. Les politiques visant à maîtriser à la fois la démographie et la croissance économique est une première étape dans la constitution d’un réseau d’agglomérations.

-Reconsidération des notions de « vide » et de « plein »
Ces îles qu’il est difficile de délimiter, mène le géographe à reconsidérer les distinctions rural/urbain et richesse/marginalité. Les mégalopoles ne sont pas des espaces de concentrations continues. Les quartiers qui concentrent les pouvoirs voisinent avec des « poches de marginalité ». Les mégalopoles « reflètent l’état du monde tel qu’il est actuellement », dans lequel les richesses sont inégalement réparties à toutes les échelles.

5) D’anciennes densités humaines toujours plus fortes, des vides entretenus par la mondialisation

L’Asie
Le continent asiatique maintient son pourcentage de croissance démographique. L’Asie est encore actuellement le premier foyer de population au monde. Malgré la pauvreté, les « Révolutions Vertes », qui permettent d’accroître la production, empêchent les famines.

L’Afrique
Malgré son histoire qui l’a saigné, telle que la traite d’esclaves entre le XVI et le XIXème siècle, et les épidémies, telle que le Sida, le continent africain constitue l’une des masses de population de l’humanité. On y prévoit 1,2 milliard d’hommes en 2020.

L’Amérique Latine
A la différence de l’Asie, l’Amérique Latine a connu plus tôt ses croissances urbaines. L’accroissement des productions est du à une agriculture extensive et non intensive. De grandes surfaces de terre sont encore en réserves.

Le monde des faibles densités et des vides
Les étendues mondiales qui restent vides sont nombreuses et sont des enjeux pour les puissances. Certaines recèlent des richesses minières, ou énergétiques, comme le grand Nord. Preuve est ici de l’importance de l’histoire des hommes dans le peuplement de la Terre, ainsi que des enjeux économiques qui modifient les répartitions de populations.

La mondialisation produit du concentré et entretient les vides
La Terre de la mondialisation se densifie sans combler les vides. Ces vides ne sont pas « obstacles aux flux mondiaux » qui s’organisent en réseaux à partir de pôles d’impulsions. Les progrès des transports jouent une large part dans la maitrise de l’espace mondial. Le monde de la globalisation est un monde de la concentration des activités, des populations, des pouvoirs dans des pôles.

Critique
Spécialiste des massifs montagneux, Dollfus se passionne cependant pour l’interdisciplinarité universitaire. On ressent dans ce texte l’apport des sciences économiques et politiques dans sa conception de l’espace géographique. Il est l’un des premiers à proposer une vision globale du monde, le « Système Monde » ancêtre de la « Mondialisation ». Il introduit et développe le concept d’Archipel Mégalopolitain Mondial. L’approche de Dollfus peut être qualifiée de systémique, car il intègre le maximum d’aspect possible des territoires. Parmi ses travaux, l’Espace géographique manifeste la nouvelle vague de la géographie française qui adopte une réflexion en terme de réseaux. Cette approche en réseaux suppose justement une réflexion interdisciplinaire : la nouvelle vague de la géographie française des années 70 reconsidère le poids des facteurs socio-économiques qui déterminent, plus que les facteurs géologiques et climatiques la répartition des hommes sur la terre.

Aurélia Peyrical

Mots-clefs :, , , ,


PREMIER SEMESTRE

 

 

2 septembre

 

1

9 septembre

 

2

16 septembre

 

POPULATION, RESEAUX ET MOBILITES

3

23 septembre

J. Lévy. La carte, enjeu contemporain. La Documentation Photographique, N°8036. 2003. 16 pages.

http://sciences-po.macrocosme.net/lectures/LevyCarteEnjeu.pdf

 

4

30 septembre

Populations et Sociétés, N°408, janvier 2005. 4 pages.

Populations et Sociétés, N°443, mars 2008. 4 pages.

fichier disponible en pdf sur le site de l’INED

 

5

7 octobre

Raffaele Poli. Migrations de footballeurs et mondialisation : du système-monde aux réseaux sociaux. Mappemonde, N°88. Avril 2007. 12 pages.

http://mappemonde.mgm.fr/num16/articles/art07401.html

 

6

14 octobre

Olivier Dollfus, « Le Monde en ses réseaux« , in R. Brunet (dir.), Géographie Universelle, t.1, « Mondes Nouveaux », Paris, Hachette/Reclus, 1990, p. 402-415.

 

7

21 octobre

 

 

 

28 octobre

 

 

4 novembre

 

 

11 novembre

 

8

18 novembre

 

 

9

25 novembre

Armand Frémont. Aimez-vous la géographie ? Flammarion, 2001. p 77 à 90. Ouvrage disponible au CDI du lycée

 

10

2 décembre

Olivier Dollfus, « Le monde dans ses lieux », in La mondialisation, Paris, PFNSP, 1997, p. 21-36.

 

11

9 décembre

http://www.mgm.fr/PUB/Mappemonde/Mappe489R.html

Sylvie ADAM, Yves GUERMOND. Des hexagones dans l’Hexagone. 4 pages. Mappemonde, 1989.

Marie-Claire ROBIC. Sur les formes de l’Hexagone. 6 pages. Mappemonde, 1989.

 

12

16 décembre

 

 

23 décembre

 

 

30 décembre

 

13

6 janvier

 

 

14

13 janvier

Guy Di Méo. Les métropoles des pays développés, in Bailly, Ferras, Pumain. Encyclopédie de la géographie, 1992. P 697-712.

 

15

20 janvier

Pierre Veltz. La grande transition. La France dans le monde qui vient. Seuil, 2008. Page 12 à 22.

 

Mots-clefs :, , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,