source :  http://culture.france2.fr/art-et-expositions/expos/la-france-de-depardon-224-la-bnf-65119375.html

Supplément Livres du Monde, daté du 22 avril 2011

Comment notre perception de l’espace se modifie-t-elle sous l’effet de la mondialisation et de l’accélération du temps ?

Des écrivains se confrontent à cette question par le biais de la littérature : Jean-Christophe Bailly, Antonin Potoski, Sylvie Germain, Olivier Rolin et Mathias Enard.

Entretien avec le photographe Raymond Depardon

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Saint Thomas de Conac est une commune de Charente Maritime, en Poitou Charente, non loin de Bordeaux. Coincé entre la Gironde et l’autoroute A10, c’est ce bourg de campagne de 555 habitants en 2007, avec ici sa rue principale, que choisit Raymond Depardon parmi ces nombreux clichés réalisés lors de son tour de France, pour figurer dans son expo au côté de 35 autres photos.

C’est le centre du bourg, sans vie, que Depardon nous dévoile. A l’arrière plan, l’on distingue l’église avec le monument aux morts, et au premier sans doute un des seuls commerces du village, le magasin Coop.

Ainsi, on peut voir au premier plan ce magasin Coop, installé dans une vielle maison de ville quelque peu décrépie. Une unique porte sert d’ouverture sur l’extérieur. 4 panneaux publicitaires, aux couleurs criardes vert et jaune, signalent l’échoppe aux passants. Tout ce dont on peut avoir besoin peut être trouvé ici : alimentation générale, pain, photocopieuse, relai SNCF, Groupama, bonbonnes de gaz,… Le slogan est d’ailleurs : « Tout près de chez vous… ». Des livraisons à domicile sont proposées.

Sur la gauche de la photo, la route. Elle est étroite et il est impossible de se croiser comme l’indique le panneau de signalisation au centre. La route est en mauvais état et rien n’est d’ailleurs très bien entretenu. Les volets des habitations sont fermés accentuant encore l’aspect de ville déserte de ce bourg. On devine une autre boutique dans cette rue, sans doute un bar, tabac, presse.

Cette vue du bourg de Saint thomas de Conac pourrait avoir été prise dans n’importe quel bourg de campagne isolée. Raymond Depardon ne fait d’ailleurs pas figurer les légendes à côté des photos, mettant d’autant plus en valeur le caractère représentatif de multiples communes de cette photo.

La ville s’est vidée petit à petit, les commerçants n’ont pas été remplacés. Les jeunes ont fuit la difficile vie rurale au profit des opportunités de la ville. L’isolement du village a d’ailleurs peut être été accentué, par un effet tunnel, avec la création de l’autoroute A10, sans bretelle d’autoroute aux alentours du village. La seule boutique qui fait vivre le village est ce magasin, Coop. Le fait qu’il fasse des livraisons à domicile révèle aussi les caractéristiques de sa clientèle, âgée et donc peu mobile. Dans cette ville fantôme, tournée vers le passé avec son monument aux morts, cette boutique récente, dissone avec le reste du village, comme en témoigne la couleur des panneaux publicitaires. Ce magasin a comme été rajouté, pour redonner vie au lieu. Ce type d’aménagement rend compte de la volonté des habitants de sauver leur commune, volonté de survie plus que d’embellissement.

© Anne-Astrid de Kerizouët et Daphné Dupré, HK BK

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Description :

Vue d’ensemble : La photo est composée  principalement de trois plans. Au 1er plan on peut voir une route à deux voies, séparées par un terre-plein central. Au 2ème plan se dresse une maison. Et à l’arrière plan se détachent des champs et une forêt à droite.

Au 1er plan, on voit donc une route en béton gris, avec vraisemblablement un panneau de signalisation au milieu du terre-plein

Mais ce qui attire l’œil, c’est d’abord la maison du 2ème plan, car elle occupe une grande place dans la photo. Elle se situe au milieu. Elle est blanche donc contraste fortement avec le reste de la photographie. Il s’agit d’une maison à un seul étage, bien entretenue, clôturée par un portail, des barreaux et une petite porte. Ses volets sont verts ainsi que la porte du garage. On peut aussi distinguer des jardinières avec des fleurs, accrochées aux fenêtres.

Mais deux autres éléments peuvent attirer l’attention du spectateur. Ce sont tout d’abord ces deux fils électriques qui partent de la maison et se détachent du ciel bleu et ensuite le fil à linge en fer sur lequel sèchent des vêtements qui se trouve dans le pré à droite de la maison.

Derrière, s’étend un paysage naturel  : des champs, des prés, une forêt, et au loin une petite colline. Sur le bord de la route on aperçoit des fleurs sauvages, surement des coquelicots.

Interprétation :

A première vue, on peut trouver cette photo quelque peu banale, sans intérêt. Mais si on l’observe mieux, elle a quelque chose d’un peu dérangeant, quelque chose qui pose question.

Cette masse verticale que forme la maison « casse » l’horizontalité paisible du paysage. De surcroit, la maison, pour pouvoir être bâtie a du être mise à niveau par rapport à la pente naturelle de l’environnement. Cette maison est  horizontalement droite, et donc en décalage avec le paysage et la route, qui sont eux, inclinés. La verticalité massive de la maison et le fait qu’elle ne suive pas la pente naturelle du terrain créent donc ce déséquilibre visuel, ce « quelque chose » qui dérange l’œil, avant même d’avoir réfléchi à la signification. De plus, on ne voit pas les habitants de cette maison ; pourtant tout laisse à croire qu’elle n’est pas abandonnée, ou plutôt, tout, dans l’environnement, trahit leur présence. Ce fil à linge en plein milieu du pré, semble ne pas être à sa place. C’est comme si les hommes qui vivent dans cette maison s’étaient appropriés un bout de nature en empiétant sur son territoire. De plus, les fils électriques qui partent de la maison sont surement raccrochés à un poteau électrique qui doit se trouver dans un champ, polluant ainsi le paysage.

Au niveau des couleurs, il y a un fort contraste entre le gris du 1er plan et les différentes nuances de vert de l’arrière plan. Le gris, c’est le symbole de l’activité industrielle, technologique, de la construction de bâtiments tandis que le vert, c’est la couleur de la nature par excellence.

Pourtant, on peut imaginer que les habitants de cette maison ont essayé d’utiliser des couleurs présentes dans le paysage qui les entoure : les volets sont verts, la clôture aussi, les tuiles rappellent les coquelicots, des fleurs décorent la maison pour mettre un peu de verdure sur la façade… Comme si les gens avaient voulu – en vain – se fondre dans le paysage.

Ce que le photographe a voulu montrer à travers cette photographie apparemment simple, serait toute la complexité du processus d’aménagement du territoire par les sociétés humaines actuelles. C’est peut-être aussi ce phénomène de « retour au vert » qui semble prendre de l’ampleur de nos jours, que Depardon a voulu illustrer avec cette photo. Ou encore peut-être que cette photo n’est que le début d’un travail : le photographe reviendra  peut-être faire l’état des lieux dans quelques années pour voir comment a évolué ce paysage…

On serait tenté de penser que cette maison va en attirer d’autres autour d’elles et que dans quelques temps, les champs seront recouverts par des pavillons, des immeubles… N’est-ce pas un appel à la sensibilisation de chacun et un moyen de faire prendre conscience que certains paysages sont menacés par l’homme ?

© Marie-Aimée Delpeuch et Sixtine Fourneraut, HK AL

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http://feedesbrumes.canalblog.com/tag/expo

J’ai choisi de traiter l’une des deux photos qui portent sur la ville d’Albi, celle où l’on voit une sandwicherie, car j’ai vécu dans cette ville durant plusieurs années et je connais bien cette vue.

C’est une photo qui à mes yeux est presque dérangeante, il paraît inconcevable de prendre en photo un cadre d’une telle banalité, et c’est justement cela qui la rend intéressante. On peut y voir, dans un plan rapproché, sans recul, une maison de ville avec un magasin, une sandwicherie sur le fond d’un mur ocre. La photo ne présente aucun second plan, on est mis face à face avec ce petit monde, et il n’y a personne. Elle ne présente pas un intérêt architectural, et n’est pas particulièrement représentative de la ville, qui est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il n’y a rien de joli sur cette image, rien qui charme l’œil : les couleurs sont criardes, il y a des fils électriques apparents, et l’enseigne n’est pas très attractive. Cette photo peut même paraître un peu glauque, tout paraît à l’abandon.

Et cependant, il s’en dégage une impression d’être hors du temps, une forme de douceur. C’est le portrait d’une France provinciale, traditionnelle, qui se modernise progressivement et s’oppose à une autre image de la France, orientée vers le progrès et la modernité. Raymond Depardon montre une France du quotidien, loin des clichés.

© Marion Teulières, HK AL

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  • Description:

Au premier plan se tiennent des personnes, de dos, partagées en deux grands groupes (de huit et sept personnes) séparés par un panneau de signalisation (vu de profil). Ces personnes se tiennent sur un parvis pavé entouré de routes goudronnées. La route goudronnée principale fait comme une séparation (sur le bas de la photographie) en isolant d’un côté (le côté droit) des bâtiments à l’architecture plutôt ancienne (peut-être une mairie notamment), et de l’autre côté (à gauche) des bâtiments qui paraissent plus modernes (l’immeuble UNIMAG et la maison aux couleurs vives). De part et d’autre de cette rue, on peut observer des voitures. Sur le haut de la photographie, la route n’est plus visible. On peut observer un groupe de maisons dont l’une est en feu (on peut, même si les flammes ne sont visibles, voir la fumée qui s’en échappe).

  • Analyse:

Dans cette photographie, Raymond Depardon immortalise un événement (l’incendie de la maison), ce qui fait écho à son passé de photographe reporter. Cette photographie met en avant plusieurs éléments.

Elle souligne, tout d’abord, une confrontation entre la France traditionnelle et la France moderne, comme cela est visible par la répartition des bâtiments modernes à gauche et plus anciens à droite (l’immeuble UNIMAG faisant face à ce qui semble être la mairie). Cette représentation de toutes les France (traditionnelle et moderne) est visible également dans le groupe de personnes : toutes les générations y sont en effet réunies. Enfin, elle est visible dans le sol même, par la distinction entre pavés et goudron.

Le deuxième élément mis en valeur dans cette photographie  est la confrontation entre l’homme et la nature. La domination de l’homme sur la nature est visible par les pots de fleurs (les plantes sont non plus sauvages mais domestiquées) ; la fontaine (l’eau est maîtrisée). Cependant, la nature reprend ses droits avec le feu (élément naturel) qui détruit l’habitation humaine. L’homme ne maîtrise donc pas totalement la nature. Une dernière opposition est visible entre d’une part le feu (non maîtrisé) et d’autre part l’eau (de la fontaine: maîtrisée).

  • Justification du choix de la photographie:

Cette photographie a plus particulièrement attiré mon attention car elle différait beaucoup des autres photographies de l’exposition.

Cette différence était marquée d’une part par l’aspect évènementiel de l’image : alors que les autres clichés représentaient plutôt des paysages, calmes, ou des éléments de la vie quotidienne a priori non notables (enseignes de boutiques, etc.), cette photographie marque par son aspect plus « photo choc », prise dans l’action.

D’autre part, la présence d’êtres humains était marquée sur cette photographie alors que les autres clichés en étaient pour la plupart dépourvus.

Enfin, par sa représentation des France, de l’homme et de la nature, elle m’a paru intéressante sur le plan géographique.

© Camille Le Nen, HK AL

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