http://www.tourmag.com/La-montagne-francaise-un-or-blanc-mal-exploite_a41318.html

Il s’agit d’un article qui traite les problèmes physiques que pose l’aménagement de la montagne en France, qui occupe 1/5 du territoire. Il est extrait d’un livre, Territoires et aménagement face à la mondialisation, écrit par cinq professeurs agrégés de géographie, D. Acloque, E. Bonnet-Pineau, Y. Colombel, A. Delpirou et D. Oster. La problématique posée est la suivante : le développement économique et le respect du milieu naturel sont-ils compatibles dans l’aménagement de la montagne en France ?

I. Unité et diversité de la montagne dans l’hexagone.

 

La flore varie en fonction de l’altitude et de la température, qui décroit à mesure que l’on monte. La combinaison froid-pression-altitude provoque des chutes de neiges importantes, autrefois obstacle mais aujourd’hui attrait touristique pour les sports d’hiver.

La pente favorise l’érosion et rend ce milieu hostile et l’installation difficile. Cependant les hommes adoptent les zones de replats. L’exposition engendre des différences climatiques, et une installation inégale selon les versants. Là sont les rares traits communs de la montagne française.

La haute montagne a pour caractéristique propre un étagement complet des milieux aménagés. Les massifs cristallins portent les plus hauts sommets dans les Pyrénées et les Alpes. La Haute-Corse présente par endroits des caractéristiques de la haute montagne.

La moyenne montagne regroupe quant à elle 90% de la population montagnarde, il s’agit d’un espace où la vie humaine est toujours présente. On différencie montagne de socle et massifs sédimentaires. Cette appellation regroupe le Massif Central, les Vosges, les Préalpes et le Jura.

La place des montagnes dans le territoire est liée à leurs relations avec les plaines environnantes. La position avantageuse du massif Central ne l’en fait pas moins percevoir comme une gêne à la circulation dans l’Hexagone. Un massif tire donc ses avantages des flux avec la plaine.

Les montagnes jeunes se trouvent aux frontières. Le Jura entretient des liaisons faciles avec l’Alsace et le Lyonnais. De nombreuses villes sont à son contact et le structurent. Les Pyrénées forment au contraire une barrière qui rend la circulation malaisée et les liaisons entre les différentes vallées difficiles. Le trafic s’effectue par les extrémités catalanes et basques, et les rares tunnels. Les Alpes sont mieux structurées, articulées intelligemment avec leurs périphéries et traversés d’ouvrages d’arts qui tentent d’absorber la circulation de ce massif le plus traversé au monde.

 

II. Les évolutions sélectives de la mise en valeur.

La montagne connaît une mise en valeur particulière appelée « système agro-sylvo-pastoral ». On trouve du moins haut au plus élevé, les zones de culture vivrière puis les milieux forestiers et semi-pastoraux et enfin, les pâturages dans les estives, zones aux plus hautes altitudes.

Les cultures étaient souvent bien spécifiques à chaque massif. Mais l’arrivée du train, la fin de l’autarcie alimentaire et les difficultés de la mécanisation de l’agriculture ont entraîné une crise profonde et durable. Si certains massifs ont réussi à se spécialiser, comme le Jura dans la production de fromages de qualité, ce problème a entraîné un exode et une désertification importants. Cela a entraîné un retour progressif de la forêt.

L’abandon des terres en friche a entraîné la loi RTM (restauration des territoires de montagne) pour encourager le reboisement des terres anciennement cultivées, afin d’éviter l’érosion trop rapide des pentes. La forêt couvre aujourd’hui  43% de l’espace montagnard. La filière bois en montagne emploie 25 000 personnes, surtout dans le sciage. Ce chiffre modeste montre que le potentiel forestier n’est pas encore assez exploité en France.

La première exploitation de réserves d’eau pour produire de l’électricité a lieu en 1869 mais d’importants moyens de développement ont été mis en place, ensuite  après la 1e guerre mondiale. Le bassin Arc-Isère présente d’impressionnants systèmes, conduites souterraines, lacs de retenus permettant d’acheminer l’eau sur plus de 80 km. Ce phénomène a entraîné un désenclavement et une industrialisation accélérés. Ces systèmes ont périclité dans les années 60, et entraîné des sinistres économiques. Cependant la reconversion s’effectue peu à peu avec l’équipement croissant.

Aucun lieu n’est touristique par vocation, mais le devient pour des raisons économiques, culturelles et sociales. Longtemps crainte et délaissée à ses sommets, la montagne attire à partir des Lumières, pour ses paysages exceptionnels, puis les cures qui s’ouvrent ainsi que les récits d’ascensions qui frappent les esprits, entraînent une valorisation sociale et esthétique de ce milieu au XIXe siècle.

Les stations de ski de première génération sont peu organisées, sans pistes ni remontées. Elles correspondent souvent à d’anciens centres d’alpinisme (ex : Chamonix). Les habitations se créent autour d’anciens villages. Les stations sont au fond des vallées, et aux débouchés de voies de communication. Les locaux ont longtemps contrôlé les mutations économiques pour qu’elles servent leurs intérêts. Ces transformations ont donc été lentes.

Les stations de deuxième génération, comme l’Alpe-d’Huez ou Méribel apparaissent à l’entre deux guerres avec le développement du ski. Elles sont dans des zones désertes en bas des alpages pour garantir l’enneigement. Ce sont des constructions empiriques, venues souvent de promoteurs extérieurs. Malgré le succès, les remontées mécaniques qui apparaissent (1er tire-fesse en 1935) et les pistes balisées et unifiées en domaines skiables, les retombées économiques et démographiques sont modestes pour les locaux.

Le plan neige est mis en place dans les années 60-70, dans le contexte des Trente Glorieuses, et de l’apparition de la société de loisirs. L’Etat veut mettre en place une vraie industrie du loisir et attirer de nouveaux touristes y compris étrangers. L’Etat repère les sites et y fait les aménagements primaires avant de vendre les parcelles aux promoteurs, pour créer plus de 150 000 lits. Les choix de sites se font en fonction de l’exposition des pentes, et de l’enneigement annuel pour qu’il soit garanti le plus longtemps possible dans l’année.

Le plus souvent un promoteur unique est associé à chaque station et fait apparaître une réelle unité. On parle de stations intégrées, auto-fonctionnelles, comme c’est le cas de la Plagne aux bâtiments géométriques et aux nombreuses stations satellites construites par la suite. Elle a été construite selon le principe de la séparation des flux, laisse les voitures à l’écart, et installe les activités de commerce et de loisirs dans de longues galeries souterraines. Des espaces plans regroupent les remontées d’où partent les skieurs. Une vingtaine de stations ont ensuite été réalisées sur ce modèle.

Les stations de quatrième génération ont cherché un modèle d’aménagement alternatif avec des pouvoirs revenant aux locaux. Ces stations font du tourisme une activité parmi les autres, s’accolent de nouveau aux villages, et font la part belle aux locaux pour leur développement économique. Elles sont plus modestes et petites que les précédentes, et à des altitudes moyennes. On a l’exemple de Valmorel ou des Karellis en Savoie.

L’aménagement de ces stations a engendré la création de 1,2 millions de lits, et de 2000 km2 de pistes. Il s’agit du plus vaste domaine d’Europe et il a été mis en valeur par des événements internationaux comme les JO deux fois. 1000 communes sont concernées mais 6 stations des Alpes suffisent à engendrer  ¼ des revenus liés aux sports d’hiver chaque année.

 

III. Aménager ou protéger les espaces montagnards ?

 

La neige (surnommée « or blanc ») a ses limites économiques. En effet les emplois entraînés par ces projets ont été décevants instables et saisonniers. Ce stations ont marginalisé les locaux et favorisé des acteurs extérieurs. La fréquentation après avoir explosé a stagné et est devenue irrégulière. Seules de rares stations font le plein tous les ans. On voit même des cas de désertion touristique, dans des espaces aux téléphériques abandonnés, et même aux immeubles inachevés.

Les exploitations et déforestations irresponsables ont parfois dégradé les milieux naturels. Les phénomènes gravitaires ont augmenté et ont choqué quand ils sont devenus des catastrophes naturelles. Les montagnards se mobilisent peu à peu contre cette exploitation irraisonnée, destructrice. Des PPR  sont mis en place pour prévenir les écoulements ou avalanches meurtriers.

En voulant imiter des stations de haute-montagnes, des stations plus modestes de moyenne-montagne se sont fortement endettées en plus d’échecs retentissants. Seuls les massifs bien reliés aux bassins émetteurs de touristes continuent à avoir des taux de remplissage satisfaisant toute l’année. La logique spatiale a été inversée. Les vallées sont délaissées pour les versants Nord, élevés et enneigés. Cela a engendré une montagne à plusieurs vitesses.

Avec les stations de 3e génération, les parcs nationaux apparaissent dans une volonté de protéger faune et flore. Ils sont soumis à une législation très stricte, sont partenaires des communes voisines qui assurent leurs développements durables. En parallèle viennent les parcs régionaux.

La « directive montagne » découle du bilan alarmant du « plan neige ». Ces lois restrictives pour la construction des stations  imposent que les projets soient examinés par l’Etat, et interdisent l’exploitation des sites vierges au-delà de 1600 m. Les montagnards l’ont cependant vécu comme une restriction qui ne ferait que porter un peu plus préjudice à leur économie déjà fragile.

La « loi montagne» (1980) vient assouplir la « directive montagne » et cherche un équilibre entre pouvoir central et local. Un Conseil de la montagne est créé et a un rôle de conseil et de décision pour fixer les objectifs et projets nécessaires au développement et à la protection du milieu.

Les mesures sont surtout économiques et attribuent aux communautés locales la gestion des remontées mécaniques, en tenant compte des coûts que représentent l’entretien de la voirie. Des fonds spéciaux sont mis en place, et le développement de l’agriculture aidé par l’Etat grâce aux labels, aides et subventions. L’urbanisation de nouveau autorisée est très cadrée et stipule qu’elle doit se faire en continuité des villages et respecter l’équilibre naturel de la montagne.

Le bilan apparaît mitigé. Diverses révisions de la loi ont assoupli certaines mesures, et les rapports ont été trop irréguliers. Cependant le regain est net depuis 2005, et les Conseils qui restaient trop dans un rôle consultatif, se sont plus investis avec l’obligation de rendre des schémas d’aménagement.

La limitation de l’urbanisation tient plus de la conjoncture que du respect de la loi UTN. Seuls deux tiers des projets instruits pour des stations ont été menés à bout. Des extensions comme l’élargissement de domaines skiables et la modernisation des remontées ont eu lieu, et le recours à la neige de culture croissant augmente la consommation en eau et énergie. La concentration économique a donné plus de poids aux grands acteurs historiques.

La situation globale s’est améliorée à tous les niveaux à la montagne. La croissance démographique a repris presque partout dans les années 90. La loi montagne n’a pas fait de conflits entre les acteurs concernés.

 

Critique : Cet ouvrage a l’avantage non négligeable de présenter en plus des textes, des documents clairs, ludiques et variés, ce qui permet une mémorisation plus aisée des données proposées. Le plan est clair est cohérent, et les thématiques variées permettent d’avoir une vision globale de la problématique malgré toute la complexité de la montagne. Cela nous donne une idée assez précise et solide de la situation de ce milieu sur l’ensemble du territoire français. Certaines notions abordées sont assez pointues, notamment d’un point de vue socio-économique ce qui permet de venir compléter un enseignement géographique déjà solide et intéressant.

C’est sûrement ce qui fait la force de ce chapitre qui pêche également. En effet, le grand nombre de données, trop grand en fait, nous fait nous perdre un peu dans tout ce qui est évoqué. Certains aspects notamment celui de l’agriculture mériteraient d’être plus détaillés et on peut regretter que des notions et problèmes ne soient que survolés.

Cependant il n’en reste pas moins qu’apprendre autant de choses en aussi peu de pages est un atout majeur. Ce chapitre s’insère parfaitement dans ce livre actuel, et utile pour comprendre des questions qui se posent dans le monde réel qui est le nôtre. Ce chapitre aide à prendre conscience de l’importance et de la particularité du milieu montagnard en France et de voir que toutes ses caractéristiques propres soulèvent une foule de questions, d’intérêts et de conflits qui s’ancrent dans des données économiques, sociales et biologiques plus actuelles que jamais.

 

Mathilde Ory – Lavollée, H

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Alain Dubresson et Yvette Veyret (Dir.)
Dix défis pour la planète
Éditions autrement, hors collection, en librairie le 25 avril 2012,18 euros

 

Reçu ce 14 avril, cet ouvrage de 160 pages mérite assurément d’être mis dans les mains de tout professeur de géographie qui se respecte. En dix petits chapitres, les auteurs des différents articles qui composent cet ouvrage présente 10 questions fondamentales sur le devenir de la planète. Ces auteurs participent au comité national français de géographie. Ils sont pour certains, comme Gérard-François Dumont connus de la Cliothèque. C’est d’ailleurs cet auteur qui ouvre le feu, avec une présentation du vertige démographique intitulé le retour des grandes peurs. Le phénomène qui affecte la population mondiale est multiforme. La population augmente et devrait se situer au-delà des 9 milliards en 2050, elle ne cesse de se concentrer dans les villes, pour atteindre 70 % en 2050 également, la population mondiale vieillit et devrait représenter pour les plus de 65 ans 1,5 milliard d’habitants, toujours en 2050 et enfin cette population bouge, avec le processus de migration. La question qui est posée est bien celle de savoir si la planète sera en mesure de supporter au sens premier du terme une telle croissance de population. Toutefois l’auteur relativise et note que par exemple la géographie de la population apporte trois éléments de réflexion sur la question de l’urbanisation. Le phénomène d’urbanisation est polymorphe, et l’évolution urbaine dépend de variable géopolitique interne et externe, au choix de gouvernance de la ville et à leur degré d’autonomie fixée par le système institutionnel. Cet article est enrichi par des cartes commentées, ce qui est le cas des autres articles d’ailleurs, avec des sources citées ce qui permet de les retrouver très facilement.

La Question du changement climatique est évoquée bien évidemment, par Pierre Carrega et Yvette Veyret. L’article permet de faire le point sur l’état actuel des connaissances en la matière. Il existe aujourd’hui deux types de réponses pour faire face aux changements climatiques à venir, et qui sont incontestables, y compris du point de vue des climato-sceptiques. Une tente de réduire la quantité de gaz à effet de serre rejetée dans l’atmosphère afin de diminuer, à terme la hausse des températures ; c’est le processus appelé atténuation. L’autre envisage des réponses sociales, économiques, spatiales au changement ; c’est ce que l’on nomme l’adaptation. Les auteurs font un rappel sur le protocole de Kyoto qui n’a pu être complété lors de la conférence de Copenhague de 2008, avant d’envisager les solutions d’adaptation qui se heurte à deux problèmes principaux : le prix tout d’abord car les changements structurels seraient forcément coûteux et surtout les incertitudes à propos de l’avenir climatique.

Richard Laganier et Laurent Simon s’interrogent sur la nécessaire préservation de la ressource « biodiversité ». Celle-ci est considérée comme une ressource inestimable mais la prise de conscience de son importance pour les sociétés humaines est relativement récente. Les services rendus par les écosystèmes aux activités humaines ne sont pas chiffrables économiquement. Et pourtant, cette biodiversité est également l’objet de bien des convoitises. De plus les deux auteurs s’interrogent sur les conséquences sociales de cette volonté de préservation de la biodiversité, et notamment sur ce qui peut différencier le traitement des populations locales et celui de ces écotouristes fortunés, premier utilisateur de ces programmes de protection.

L’article de Thierry Ruf présente avec beaucoup de clarté la question du partage et de la gestion de l’eau. Au-delà de ce que l’on affirme de plus en plus souvent sur « les guerres de l’eau », l’hydroconflictualité, et autres scénarios catastrophes, l’auteur remet en question des notions que l’on voit de plus en plus fréquemment utilisées, comme le stress hydrique ou la responsabilité de l’agriculture irriguée dans le désordre hydraulique. En la matière, rien n’est véritablement simple. Depuis 1992, la gestion intégrée des ressources en eau s’appuie sur quatre principes : l’eau est une ressource finie à gérer dans une unité hydrographique ; l’eau doit être gérée entre planificateurs, décideurs et usagers ; les femmes doivent avoir une place reconnue dans sa gestion ; et l’eau doit être considérée comme un bien économique. L’auteur note que l’aspect géographique de sa gestion ne semble pas poser de problème particulier. Pourtant, alors que l’élément de référence pour l’étude des ressources hydrauliques est le bassin versant, la notion de territoire de l’eau, associant les usagers, leurs besoins, leurs usages, et leur participation à la gestion ne semble pas être considérée comme suffisamment pertinente.

Autre question fondamentale traitée dans ces dix défis : peut-on nourrir l’humanité ? Le monde est confronté à des besoins croissants et si la production alimentaire mondiale a augmenté plus vite que la population, il n’est pas évident que dans l’avenir un tel rythme de croissance soit soutenable. Pour répondre à la demande à consommation constante par individu, il faudrait produire plus de 300 millions de tonnes de grain supplémentaire chaque année, soit l’équivalent de la production des États-Unis. À l’échelle mondiale le bilan alimentaire actuel paraît inquiétant mais en réalité si les familles n’existent elle semble davantage liée à des problèmes politiques et les problèmes de production. La question qui est également posée est celui du prix de la production. L’augmentation de la productivité agricole a permis une baisse tendancielle des prix, mais cela s’est fait au prix d’une consommation accrue d’énergie, d’eau, d’espaces agricoles. Toutes ses ressources sont de plus en plus rares. Dans ce domaine, Jean-Louis Chaléard qui rédige cet article note que les différences entre pays riches et développés, bénéficiant d’un soutien efficace à leurs agriculteurs et les pays du sud contraints à une agriculture largement dépendante des achats des pays riches, avec les cultures d’exportation, sont toujours aussi fortes.

Les autres articles traitent de la santé, des villes, des transports ainsi que de la place de la Chine dans le nouvel ordre mondial.

Le dernier article rédigé par Frédéric Dufaux, Sophie Moreau, Philippe Gervais-Lambonny interroge la notion de justice spatiale ? L’appropriation de l’espace, les inégalités sociales que cette appropriation peut traduire sont effectivement des sujets importants qui montrent que la justice sociale se traduit dans l’espace mais que réciproquement, l’organisation sociale de l’espace et productrice d’injustice. Ces dynamiques complexes qui se déploient dans l’espace et dans le temps ne sont pas faciles à décrypter même si l’on peut en percevoir très rapidement les effets autour de soi.

Bruno Modica

 

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http://vincentrif.blogspot.com/2007/04/sortie-du-rapport-du-giec.html

Le Monde, 20/11/11

Le GIEC impute aux gaz à effet de serre l’aggravation de certains dérèglements météorologiques

L’aggravation des extrêmes météorologiques n’est plus une conséquence prévisible du changement climatique, mais une réalité déjà partiellement mesurable. Et celle-ci devrait s’accentuer dans le siècle en cours. Voici, en substance, les deux principales conclusions du rapport spécial sur les événements extrêmes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dont le  » Résumé à l’intention des décideurs  » a été rendu public vendredi 18 novembre. L’intégralité du rapport ne sera divulguée qu’en février 2012.

La publication de ce document intervient au terme d’une année prolifique en catastrophes météorologiques : sécheresse et incendies record au Texas, sécheresse et famine dans la Corne de l’Afrique, précipitations intenses et inondations centennales en Thaïlande et dans l’Etat du Mississippi…

Avec, toujours, la question de savoir si ces événements ne sont rien d’autre que les manifestations isolées des sautes d’humeur de la machine climatique ou si, au contraire, leur intensification est à mettre au compte du réchauffement en cours. Attribuer un événement météorologique à un unique facteur est quasi impossible. Mais il est possible de savoir, en observant des tendances longues, si les événements sortent de la zone dite de  » variabilité naturelle  » du climat.

L’aggravation des extrêmes météorologiques n’est plus une conséquence prévisible du changement climatique, mais une réalité déjà partiellement mesurable. Et celle-ci devrait s’accentuer dans le siècle en cours. Voici, en substance, les deux principales conclusions du rapport spécial sur les événements extrêmes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dont le  » Résumé à l’intention des décideurs  » a été rendu public vendredi 18 novembre. L’intégralité du rapport ne sera divulguée qu’en février 2012.

La publication de ce document intervient au terme d’une année prolifique en catastrophes météorologiques : sécheresse et incendies record au Texas, sécheresse et famine dans la Corne de l’Afrique, précipitations intenses et inondations centennales en Thaïlande et dans l’Etat du Mississippi…

Avec, toujours, la question de savoir si ces événements ne sont rien d’autre que les manifestations isolées des sautes d’humeur de la machine climatique ou si, au contraire, leur intensification est à mettre au compte du réchauffement en cours. Attribuer un événement météorologique à un unique facteur est quasi impossible. Mais il est possible de savoir, en observant des tendances longues, si les événements sortent de la zone dite de  » variabilité naturelle  » du climat.

Au terme de leur analyse de la littérature scientifique et des données disponibles, les experts de l’organisation onusienne répondent sans ambages.  » A partir des observations recueillies depuis 1950, il y a des preuves que des extrêmes changent « , écrivent-ils. Il y a également, ajoutent-ils,  » des preuves que certains extrêmes ont changé du fait des influences anthropiques, dont l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère « .

L’exercice d’attribution est délicat. D’une part, les extrêmes météorologiques sont de nature très différente : sécheresses, précipitations intenses, canicules, cyclones, etc. D’autre part, leur intensification peut s’apprécier de plusieurs manières : augmentation de leur intensité, de leur fréquence, de leur durée…

148 milliards d’euros

En termes pesés au trébuchet, suivant une terminologie très précise, les experts estiment  » probable «  (soit avec une probabilité supérieure à 66 %) que  » l’augmentation des températures extrêmes journalières «  et des vagues de chaleur observées depuis 1950 soit liée aux gaz à effet de serre anthropiques. De même, l’intensification des épisodes de précipitations extrêmes dans certaines régions est, le plus probablement, due à l’évolution climatique en cours.

Toutefois, de manière contre-intuitive et à rebours des déclarations de certains réassureurs, les experts du GIEC estiment que l’augmentation des pertes économiques liées à ces événements extrêmes n’est sans doute pas principalement le fait de leur intensification. Elle résulte plutôt majoritairement de  » l’augmentation de l’exposition des personnes et des biens « , à ces risques – ce que le GIEC assure avec un  » haut niveau de confiance « .

En effet, selon le panel – composé de 220 chercheurs issus de 62 pays –  » les modes d’occupation des territoires, l’urbanisation et les changements socio-économiques «  ont accru la vulnérabilité des sociétés à ces événements. Le coût des dégâts qu’ils provoquent (en incluant les séismes) est ainsi passé de quelques milliards de dollars en 1980 à plus de 200 milliards de dollars (148 milliards d’euros) en 2010.

De grandes incertitudes demeurent toutefois pour certains phénomènes. En particulier, les données disponibles ne permettent pas de déterminer une tendance – à la hausse ou à la baisse – dans la fréquence ou l’intensité des cyclones tropicaux depuis quarante ans.  » Pour pouvoir extraire une tendance claire, il faudrait disposer de longues séries de données, ce qui n’est pas le cas actuellement « , estime Eric Guilyardi (CNRS, université de Reading), qui a fait partie des relecteurs du rapport.

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mconfiance.blogspot.com

Historiens & Géographes n°411

Les espaces-temps des climats, par Martine Tabeaud

 

Introduction :

Martine Tabeaud, professeur de climatologie à l’université Paris I et auteur de nombreux ouvrages d’études sur le climat et le réchauffement climatique, s’intéresse au réchauffement climatique contemporain, dû à l’activité industrielle polluante des pays riches et émergents. « Cette hausse thermique modifierait, selon elle, tout ou presque ».

Des modèles ont été créés pour prévoir les conséquences ce ce réchauffement à plus moins long terme et à des échelles variées.

I : Le temps n’est pas le climat :

Les modèles envisagés ne peuvent être réalisés en laboratoires : ils ne sont que des théories.

La prévision du temps météorologique se fait par des stations météo qui couvrent la planète, bâties toutes selon le même schéma pour que les données soient le plus similaires possibles entre tous les types de terrains rencontrés. Cependant, ces stations sont très mal réparties sur le globe : sur les terres d’une part, et d’une autre les océans ne sont pas étudiés. Les données satellitaires sont converties pour combler cette lacune, mais ne sont pas exactement du même type. Les moyennes calculées pour le monde ne sont donc qu’un approximation, et ne révèlent qu’une tendance météorologique. De plus, la prévision météorologique ne permet pas de prévoir tous les phénomènes : seuls ceux d’une certaine grandeur et d’une certaine durée sont prévisibles.

Cependant, avec l’essor des technologies informatiques, de nouvelles méthodes de calcul ont été appliquées aux prévisions météorologiques. Les projections climatiques s’inspirent de ces méthodes, mais en incluant des paramètres plus nombreux et plus précis (l’échelle de temps passant de quelques jours à un demi-siècle voire un siècle…). Ces  scenarii climatiques sont donc très incertains vu le nombre de paramètres à prendre en compte et la difficulté d’affirmer de quelle manière tous vont évoluer. Ces schémas vont donc des plus pessimistes au plus optimistes, en passant par les plus raisonnables.

Les modèles dépendent dans leurs résultats des méthodes qu’on leur applique. Ils ne sont aussi capables de prendre en compte que certains aléas climatiques graves, mais ne montrent qu’une tendance : le réchauffement climatique ferait accentuer ces aléas aux endroits où ils se produisent.

Mais ces modèles seraient aujourd’hui mal utilisés : les politiques demanderaient des résultats aux chercheurs, qui ne leur n communiquent qu’un seul, en résumé de tous les autres. Ainsi, ces fluctuations que les modèles impliquent son gommés voire niés pour des chiffres relayés par les médias.

II : Les temporalités planétaires ne sont pas l’histoire :

Le climat a toujours connu des variations, à cause de l’évolution de ses éléments constitutifs qui évoluent à différentes vitesses. Ces rythmes sont dus à des causes planétaires, qui ont fait osciller la température moyenne depuis l’apparition de la vie entre 10 et 16°C, avec une moyenne de 12°C. Les hausses et les baisses de température s’expliquent par différentes causes, en fonction de la période auxquelles elles s’appliquent. Ces causes, si elles ne sont suivies d’effets que pour une courte période, ne peuvent donc pas être intégrées aux calculs des modèles.

Les sociétés humaines dans tout cela ne comptent que pour une fraction de seconde si l’on ramenait le temps de la terre à celui d’une montre : mais cela ne veut pas dire que ce temps, aussi infime soit-il, soit sans conséquence pour le climat.

Aujourd’hui, on dit que le réchauffement climatique, donc l’élévation de la température générale de la planète, est dû à l’entrée dans la révolution industrielle. Mais rien n’est moins sûr. « Concomitance n’est pas causalité », dit Martine Tarbeaud. Le monde sortait d’une période de petit âge glaciaire au même moment, et le température mondiale depuis 1998 semblerait même baisser, alors que les rejets de CO2 sont toujours plus importants.

III : L’espace n’est pas le territoire :

Le climat se réfère à l’échelle synoptique, qui traite des centres d’actions et des types de temps par les masses d’air. C’est ce qui définit les saisons dans ce qu’elles ont de plus général. Le climat a toujours été pensé, depuis l’antiquité, comme quelque chose de pluriel : ce n’est qu’avec les technologies satellitaires que nous pouvons le voir d’une manière plus unifiée. Mais cela se manifeste surtout par la volonté politique des Etats  à réduire les gaz à effets de serre pour résoudre le réchauffement climatique.

Les pays, selon leurs degrés d’avancement, sont bien inégaux devant le réchauffement climatique. Mais il pourrait aussi se révéler susceptible d’avantages (cultures, nouvelles aires attractives…). Le réchauffement climatique exige une réorganisation des sociétés face à ses conséquences (comme l’élévation générale du niveau de la mer, différemment vécu selon les localités). Mais des solutions simples et universelles n’existent pas, il faut composer pour y arriver.

Le réchauffement climatique pose donc un projet collectif, et éminemment politique. La question qui se pose est celle-ci : « qui est prêt à financer quoi et quand ? ». Les réponses apportées ne sauront être non plus pérennes, et devront être réadaptées et repensées perpétuellement, et à l’échelle des différents territoires, locaux tout comme mondialisés.

Célian de Préval, HK/AL

 

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source : Le Monde

Le Monde, 4/11/11

La fonte des glaciers de l’Himalaya fait peser le risque d’un déversement catastrophique des lacs d’altitude dans les vallées. Un défi effrayant pour ce petit pays qui vit des bienfaits de la haute montagne
Thimbu Envoyé spécial

Menacé par le réchauffement climatique, le royaume du Bhoutan, coincé entre l’Inde et la Chine dans les contreforts de l’Himalaya, paie les conséquences de l’industrialisation du reste de la planète. Au nord du pays, les glaciers de la chaîne himalayenne fondent de 20 à 30 mètres en moyenne par an, à un rythme qui s’accélère au point que les experts redoutent leur disparition d’ici à 2035. Les eaux issues de la fonte des glaces, lorsqu’elles brisent les digues naturelles qui les entourent, peuvent se transformer en crues dévastatrices, comme ce fut le cas en 1994, lorsqu’un torrent de boue a tué des dizaines d’habitants et anéanti des villages entiers. Avec 24 de ses 2 674 lacs glaciaires, considérés comme dangereux, le pays se prépare à affronter des  » tsunamis de montagne  » encore plus meurtriers au cours des prochaines années.

Le Bhoutan est l’un des premiers pays au monde à devoir se protéger des crues glaciaires. En 2005, le gouvernement a reçu une aide du Fonds pour l’environnement mondial, financé en partie par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), afin d’évacuer une partie des eaux du lac glaciaire de Thorthormi et de rehausser ses digues naturelles. Mais en haute altitude, là où le relief est accidenté, les hélicoptères peuvent difficilement se poser et représentent une solution coûteuse. 350 habitants ont donc marché pendant 10 jours pour installer leur campement à plus de 5 000 mètres d’altitude. Des étudiants, des soldats à la retraite et des villageoises en costume traditionnel se sont portés volontaires. Avec leurs quelques outils et équipements, ils travaillent le plus souvent à main nue et les jambes dans l’eau glacée, pour tenter d’ouvrir un canal de drainage et construire des murs de pierre. Chaque année, leur travail est interrompu par l’arrivée de l’hiver.

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