Inventer sa vie. Les jeunes face à leur avenir. SH, N°234, février 2012. 5,50€

Inventer sa vie. Les jeunes face à leur avenir. En voilà une belle thématique pour inaugurer la nouvelle formule de Sciences Humaines !

Sciences Humaines reprend ici un thème étudié, il y a 6 ans : Une société face à sa jeunesse. Grands dossiers, N°4, septembre – octobre – novembre 2006, dossier alors composé dans le contexte des émeutes de 2005. Ce numéro spécial avait prix un sacré coup de vieux. Aujourd’hui, la crise change la donne et cette redistribution des cartes se fait au détriment des jeunes. Pour cela, une petite dizaine d’articles ajuste la focale sur des phénomènes nouveaux apparus avec la crise financière ou amplifier par celle-ci. La galère des stages, mise en avant par le collectif « Génération précaire » ou bien le fait que la décohabitation parents – enfants soit de plus en plus tardive sont des phénomènes amplifiés par la situation économique actuelle. L’invention d’une nouvelle mise en couple (sans prise de tête) ou bien encore la tentation du sac à dos caractérisent cette génération Y des 18 – 30 ans qui ne veulent pas s’installer rapidement dans un cadre de vie trop conventionnel.

Tous ces sujets sont analysés de manière comparative avec ce qui se passe chez nos voisins européens. Le « modèle nordique », souvent plébiscité, semble encore apparaître comme la solution ? Ainsi, au Danemark, la période 18 – 30 ans est considérée comme une phase d’expérimentation. « Il s’agit de faire son ego trip avant de fonder une famille et d’entrer dans la conformité adulte ». Pour cela, rien de plus simple. L’Etat danois verse une allocation directe et universelle pour garantir la survie économique du jeune indépendamment des ressources parentales. De même, un système d’allocations chômage bien plus sécurisant grâce à sa longue durée existe. Paradoxal ou normal ? dans  un pays qui fait partie de ceux où la flexibilité du travail est la plus forte. Bref, tout est mis en place pour mettre fin aux nesthockers (« pilleurs de nid ») allemands, aux kippers ( « kids in parents’ pockets eroding retirement savings ») britanniques, aux parasaito shinguru (« célibataires parasites ») japonais ou bien encore aux bamboccioni ( « grands bébés ») italiens.

A l’ère des « adulescents » (15 – 30 ans), d’une jeunesse à rallonge (sans que ce soit un phénomène qui touche tous les individus d’une cohorte d’âge – l’âge moyen de départ du cocon familial en France est de 23 ans), il apparaît qu’à la proposition : « Quand je serai grand », la part du rêve soit encore très importante chez les jeunes comme les moins jeunes. « Combien d’enseignants ou de cadres rêvent en secret de disposer d’une année pour écrire le polar ou le roman qui les propulsera sous les projecteurs ? » Une manière pour la génération X (quarantenaires actuels) ou « bof génération », atteinte par le chômage et le sida, de prendre sa revanche ou du moins dans ses rêves !

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

 

Étiquettes : , , , , , , , , ,


Si on repensait tout ? Sciences Humaines, Numéro spécial, N°233S, janvier 2012.

En voilà un chouette titre pour débuter une nouvelle année et annoncer la mise en place d’une nouvelle maquette de journal !

Car derrière ce titre se cache une double réflexion.

Celle qu’ont menée les rédacteurs de ce magazine afin de le donner un coup de jeune (20 ans, seulement, pourtant http://www.clio-cr.clionautes.org/spip.php?article3263 ) : « Dès janvier, on repeint la façade. Ca va déménager : nouveau look, nouvelles couleurs, nouveau logo, nouvel esprit. La prochaine une sera ébouriffante. » promet Héloïse L’hérété, la médiatrice de Sciences Humaines. A partir de janvier, Sciences Humaines devient SH, le surnom que lui ont donné les lecteurs. Et c’est à eux que fait appel SH pour réaliser son lifting. « J’insiste : nous avons besoin de vous. Sciences Humaines est une entreprise rare, indépendante, qui n’existe que grâce à ses lecteurs. »

Au-delà de l’effet d’annonce, ce numéro spécial offre de quoi nourrir notre réflexion en cette fin d’année 2011 riche en bouleversements. « Ouverte sur les révolutions arabes et la chute de pouvoirs que l’on croyait inamovibles, elle s’est poursuivie avec le tsunami au Japon, la mort d’Oussama Ben Laden, l’affaire DSK… Chaque matin, nous nous levions et assistions, éberlués, à des scénarios improbables. La réalité dépassait la fiction. » Les artisans de ce mensuel voient dans ces changements les prémices d’un changement intellectuel. « Plutôt que de gloser sur la crise, les troubles ou la fin des temps, nous avons choisi dans ce numéro de pister les idées nouvelles, annonciatrices d’un nouvel âge de la pensée. » Pour finir 2011 et commencer 2012, ils proposent à notre réflexion des articles sur des changements en cours dans bien des domaines : la révolution dans les sciences du vivant qui change la vision de la nature, du monde animal et par conséquent celle sur les humains. Les historiens ne sont pas en reste. Ils proposent de repenser l’histoire du monde. Les sociologues défrichent un nouveau terrain : l’universel alors que les sciences cognitives donnent une place centrale à l’imagination afin d’en percer les secrets. Renversant, non ?

Avec un premier numéro annoncé sur la thématique : Inventer sa vie, les jeunes face à leur avenir, on se dit que Sciences Humaines ou plutôt SH a encore un bel avenir devant soi. Belle vie à SH et bonne année !

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

Étiquettes : , , , , , , ,


Sciences humaines, N° spécial anniversaire. 20 ans d’idées : le basculement, janvier 2011.

Sciences Humaines a 20 ans !

La revue fête son anniversaire en publiant un numéro spécial. Voici donc vingt ans que Jean-François Dortier et Jean Claude Ruano-Borbalan ont lancé cette expérience. Un vrai pari ! Car « comment lancer une revue quand on habite dans l’Yonne, que l’on est en dehors de tout groupe de presse et même en dehors de l’université ? » Et, pourtant ! Le miracle a eu lieu grâce à l’investissement financier et personnel des deux hommes, à l’engagement d’institutions locales (L’Yonne Républicaine et la Caisse Chirurgicale Mutuelle de l’Yonne) qui ont permis à ces deux hurluberlus d’obtenir un prêt d’un million de francs et de lancer dans la cour des grands ce petit bulletin associatif, né au tournant des années 1988 et 1989.

La mise sur le marché de cette revue correspond alors à un besoin : proposer un cadre de réflexion sur la thématique des sciences humaines alors que les « maîtres à penser » des années 1970 (J.P. Sartre, J. Piaget, J. Lacan, M. Foucault, F. Braudel…) ne sont plus là pour animer les débats. Grâce au parrainage de personnalités phares (Edgar Morin, Georges Duby, Alain Touraine…), la sauce prend ! Le public est au rendez-vous, le succès aussi, jusqu’au début des années 2000. 2004 et 2006 sont des années noires pour la revue, comme pour la presse européenne avec l’émergence d’internet et de la presse gratuite. Les comptes sont dans le rouge. La direction bicéphale se déchire sur la conduite à tenir. J. C. Ruano-Borbalan quitte l’aventure, les salariés deviennent actionnaires. Depuis le pari de faire confiance aux lecteurs a permis de ne pas mettre la revue en péril en dépendant du marché publicitaire. L’activité s’est diversifiée avec l’édition de livres (avec par exemple : La bibliothèque idéale des Sciences Humaines, 2008 mais aussi un ouvrage plus ancien L’Histoire aujourd’hui, 1999, qui a été le livre de chevet de bien des candidats aux concours de l’enseignement !), l’animation du site internet (http://www.scienceshumaines.com/index.php ) mais aussi l’organisation d’évènements (2010/2011, XII° cycle de conférences organisé par Sciences Humaines et la Maison de l’entreprise d’Auxerre).

Quel cadeau nous réserve Sciences Humaines pour ses 20 ans ?

Ce numéro bilan, qui revient sur l’évolution des idées depuis 1990, propose de dresser le paysage mental de ce début de XXIème siècle : « la nouvelle carte des idées » comme le dit Jean-François Dortier dans l’introduction du hors série. Pour cela, une vingtaine de mots-clés ont été retenus. De courtes mises au point rythment l’ensemble. Elles sont particulièrement revigorantes. La mise en évidence de l’émergence des concepts tels que le développement durable ou la mondialisation s’inscrit dans un contexte : celui de la fin de la guerre froide. Etre conscient que l’histoire des idées est corrélée à celle de la géopolitique est crucial pour comprendre notre monde et aller au-delà des effets de mode. En quelques pages, le point sur le sujet est fait pour replacer les évolutions en cours : famille, genre, individu, religion… La société, par le biais des transformations qu’elle a connu depuis les années 1990 (réseaux, flux, risques), en vient à être remise en cause en tant que concept (Martuccelli. La consistance du social, une sociologie pour la modernité. 2005). Ce recul épistémologique est nécessaire pour comprendre notre monde. Merci à l’équipe de Sciences Humaines de nous fournir les clés de lecture du présent sans pour autant perdre de vue que l’histoire des idées n’est pas figée. Ainsi, c’est dans ce but que l’équipe nous invite à suivre les débats actuels avec le colloque numérique, lancé cette année : http://changerdere.scienceshumaines.com/

Qui a dit qu’il ne se passait rien dans l’Yonne ?

Catherine Didier-Fèvre © clionautes

Étiquettes : , , , , ,


Le dernier numéro de Sciences Humaines contient, au delà du dossier principal consacré à la littérature (qui ne manquera pas de vous intéresser, un  article de René-Eric Dagorn.

Inspiré des travaux de Dipesh Chakrabarty (Bienvenue dans l’anthropocène ! ), le géographe montre que l’éruption du volcan Eyjafjöll a des causes anthropiques : L’Homme est responsable du réchauffement climatique, donc de la fonte des glaciers. Le glacier moins épais pèse moins sur le réservoir de magma. Les forces de pression sont allégées et l’éruption est facilitée. CQFD ! Ca marche aussi avec le tremblement de terre dans le Sichuan (à cause du barrage de Zipingpu) ! Pas sûr que ce raisonnement plaise toutefois à Claude Allègre !

Étiquettes : , , , , , ,


séduction sh

Sciences humaines, N°217, juillet 2007.

Le dernier numéro de Sciences Humaines renferme en son sein un court article de Sylvie Brunel consacré à la question de « Nourrir les Hommes ». La géographe revient sur le thème qui lui tient à cœur : celui de l’agriculture et de la question de la durabilité de celle-ci. Son article constitue une très bonne mise à jour pour le cours de seconde consacré à cette thématique. La crise alimentaire de 2007-2008 est analysée en parallèle avec la croissance démographique. Le constat est encore celui fait par Sylvie Brunel dans ces précédents livres : Le monde peut nourrir le monde, s’il le désire. Le problème n’est pas la production mais la répartition. Ceux qui ont faim sont trop pauvres pour acheter de la nourriture. Elle estime que les réserves de production sont considérables. La géographe dénonce le discours de certains mouvements écologistes qui prônent une protection d’espaces naturels et de leur faune en oubliant les hommes qui habitent à proximité. Les défis auxquels devra faire face l’agriculture dans les années à venir sont considérables : défi économique, défi environnemental, défi social dans le cadre de la croissance urbaine et de la transition alimentaire. Les Etats ont un rôle central à jouer.

Notre géographe, une fois avisé des problèmes alimentaires mondiaux avec la lecture de cet article, ne manquera pas de se plonger avec délice dans le dossier consacré à l’art de la séduction. A l’aune d’un été que d’aucuns espèrent « chaud », il peut être utile de décoder les secrets de ce qui fait l’alchimie de nombreuses relations humaines. A n’en pas douter, il y trouvera matière à faire de la géographie. Avec l’essor de la géographie culturelle, les champs de la géographie n’ont cessé de s’élargir (que l’on pense aux travaux de Francine Barthe-Deloizy, qui a consacré ses recherches à la géographie de la nudité). Car la séduction est bien une affaire de territoire. L’article Les premières secondes de vie amoureuse révèle ainsi que les messieurs ont plus de chance de faire mouche s’ils abordent une inconnue devant une vitrine de fleuriste. Séduire, comme le rappelle Martine Fournier (dans son article Rituels, stratégies, fantasmes), c’est conduire, amener l’autre à soi. Les rituels divergent dans l’espace et dans le temps. La carte du Tendre rend compte de la complexité du parcours pour y parvenir. Elle spatialise les étapes (« hameaux de la sincérité », « lac d’indifférence »). Les lieux de la rencontre évoluent au cours de l’histoire (voir l’ouvrage de J.C Bologne. Histoire de la conquête amoureuse de l’Antiquité à nos jours, 2007). Des jeux du cirque aux bals populaires, en passant par les croisières au long cours pour les plus riches, les rencontres amoureuses sont multiples. Le net crée de nouvelles spatialités par les rencontres qu’il produit (voir l’étude faite par le sociologue J.C Kaufmann).

Parmi les autres dossiers présents dans ce numéro, on retiendra un ensemble d’articles consacrés à l’islam en France. Cette thématique est bienvenue pour comprendre ce qui fait la particularité des différents mouvements présents en France et comment des musulmans concilient religion et implication dans la société.

Un numéro réussi qui ne manquera pas d’intéresser un large public.

Copyright Les Clionautes

Étiquettes : , , , ,