Photographie de Etienne Daubié
Le site nucléaire du Tricastin se situe en Drôme provençale, entre Montélimar et Avignon et à cheval sur les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhônes-Alpes, auxquels il fournit une majeure partie des ressources électriques.
Au premier plan, on aperçoit un mur partiellement effondré, un des derniers vestiges de l’ancien village de Bollène, auparavant situé en haut du mont surplombant la vallée du Rhône qui s’étend à l’arrière plan. Au second plan, au pied de cette petite montagne, se trouve la commune de Bollène et notamment le centre commercial (le grand bâtiment blanc et gris en bas à gauche). Ensuite, coupant le panorama et légèrement en biais se trouve le canal de Donzère-Mondragon (canal de dérivation du Rhône) avec une péniche qui y navigue et, à peine discernable, la voie rapide qui lui est parallèle juste en dessous (le rond point au centre le la photo en fait partie). Après le canal, on peut voir le site nucléaire du Tricastin, avec les deux cheminées à gauche, les quatre réacteurs à droite juste au dessus du mur, et à l’arrière l’usine d’enrichissement de l’uranium. Enfin, à l’arrière plan s’étend la vallée du Rhône, avec ses cultures diversifiées et au fond les premiers contreforts des monts de l’Ardèche.
Cette photo permet d’illustrer les évolutions de l’aménagement du territoire français dans les 50 dernières années : le premier et l’arrière plan rappellent le monde rural et la primauté qu’avait l’agriculture dans cette région il y a un demi-siècle : la douceur du climat, l’ensoleillement pendant une majeure partie de l’année et les crues du Rhône sont des facteurs qui, réunis, ont permis à cette région d’être extrêmement fertile, à la fois pour des cultures céréalières, mais aussi maraîchères, fruitières et bien évidemment la culture des vignobles. Cependant cette richesse de la terre est aussi un danger, et les crues du Rhône ainsi que les risques d’invasion poussent les habitants de la région à construire en hauteur, comme le rappelle le mur d’enceinte au premier plan de la photo. C’est toujours cette imprévisibilité du Rhône qui sera à l’origine de la construction du canal de Donzère-Mondragon dans les années 50, permettant une navigation plus fluide pendant toute l’année ; puis, dans les années 60, sous l’impulsion du Général De Gaulle, est construit sur les rives de ce canal le site d’enrichissement nucléaire, initialement uniquement à des fins militaires. C’est avec l’agrandissement du site dans les années 70 et sa conversion partielle au nucléaire civil que le site va devenir une source d’emploi importante (actuellement plus de 5000 emplois). La nouvelle ville de Bollène se développe le long du canal, ainsi que les communes voisines de Saint-Paul-Trois-Châteaux et Pierrelatte, et une voie rapide est donc construite pour faciliter les transports de biens et de personnes. La maîtrise des crues du Rhône, la disparition des risques liés aux invasions, et plus conjoncturellement les offres d’emploi, la commodité des transports et l’activité économique liée au canal, à la voie rapide et au développement des villes ont poussé les habitants du village surplombant le canal à descendre dans la vallée et à abandonner l’ancien Bollène, qui aujourd’hui a donc presque entièrement disparu, à l’exception de quelques vestiges envahis par la végétation.
L’intérêt de cette photo réside dans le fait qu’elle symbolise les mutations d’une région qui, bien qu’éloignée des grands pôles dynamiques du territoire, a su s’intégrer aux processus de développement économique en alliant une technologie de pointe et une organisation efficace de son espace.
Etienne Daubié, Hypokhâgne A/L
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Photographie de Camille Bichler

Cette photographie a été prise dans un quartier très populaire appelé « la Viscachera » qui est aussi le nom d’un gros rongeur d’Amérique du Sud  qui vit en haute altitude. Ce quartier est situé dans le prolongement de Campoy, petite ville périphérique de la grande capitale du pays, Lima. Ce quartier peut être qualifié de bidonville car, s’il regroupe des péruviens de la classe moyenne, il accueille également de plus en plus de péruviens défavorisés qui n’ont d’autre choix que de loger dans des habitations précaires faites de matériaux de récupérations. Le quartier regroupe donc deux classes bien distinctes : la classe moyenne (au premier plan) et la classe la plus défavorisée (au second plan).

 

 

Au premier plan, on distingue donc des habitations dites de « classe moyenne » au Pérou, ces

Logements sont pour la plupart faits de briques rouges, caractéristiques du pays. Cependant, si la classe moyenne bénéficie de véritables murs de pierre, ils n’ont pas tous les moyens de s’offrir un toit, au sens propre du terme, puisque certains d’entre eux n’ont qu’une simple bâche en guise de toiture. On peut voir que certaines de ces maisons sont construites sur deux voire trois étages car dans la tradition péruvienne, toute la famille vit ensemble : ainsi, les grands parents habitent le rez-de-chaussée, les enfants construisent alors un premier étage dans lequel ils logent puis ils en construiront un second pour loger leurs enfants…

Devant ces maisons, on aperçoit des câbles électriques : en effet si la population n’a pas accès à l’eau courante, les plus chanceux jouissent de l’électricité, ainsi, certains foyers ont le téléphone et même la télévision. Les hauts cactus situés derrières les maisons sont révélateurs du climat désertique et sec. De plus, le quartier, situé au départ entre deux montagnes, doit faire face à des éboulements et des glissements de terrains très fréquents, ce qui crée des nuages de poussières, qui ne font que décupler la soif des habitants ainsi que leur problème de santé.

 

Au second plan, on devine une petite route au cœur du quartier, on aperçoit deux petits bus rouges : la plupart d’entre eux amènent les enfants à l’école et la population en ville. Les transports en communs (petit bus, pouce-pouce, car…) jouent un rôle très important car ils acheminent les habitants de la Viscachera à la ville et font le lien avec l’extérieur, car rares sont ceux qui possèdent leur propre véhicule. Les bus effectuent donc des allers-retours quotidiens et indispensables.

Derrière cette route, on distingue le même type d’habitations qu’au premier plan, des maisons faites de briques ou bien de pierres abritant la classe moyenne. La différence avec les habitations du premier plan est qu’elles sont construites  sur un relief montagneux, ce qui rend la construction des maisons beaucoup plus difficile. En effet, avant d’entreprendre la construction des maisons, il faut préparer une surface plane : le futur emplacement de la maison. Pour cela, il faut creuser dans la montagne, c’est un travail important, fait à la main, ce qui demande donc du temps.

 

Au troisième plan, on distingue, nichées plus haut dans la montagne, des habitations plus modestes, on peut alors parler de bidonvilles, les maisons étant faites principalement de cartons épais et de planches de bois pour les murs et des tôles en guise de toit. Les habitants se retrouvent également face au problème d’aplanissement de terrain mis à part qu’eux n’ont pas les moyens d’engager de chef de chantier, ils doivent donc creuser la montagne seuls. Ces maisons sont plutôt petites, il n’y a qu’une seule pièce commune qui regroupe la cuisine, le salon et les chambres. Il n’y a ni douche, ni toilette. En plus des problèmes d’hygiène et du grand manque de confort, les habitants des bidonvilles doivent faire face à des risques multiples, en effet, le Pérou est sujet à de nombreux tremblements de terre, des inondations et des glissements de terrains…Ces catastrophes naturelles sont d’autant plus dangereuses pour les habitants de la Viscachera car ils habitent sur la montagne, et encore plus pour les habitants des bidonvilles. De plus, le bidonville situé de plus en plus haut dans la montagne est très difficile d’accès pour ses habitants.

 

 

Cette photographie permet une prise de conscience : la pauvreté est très présente au Pérou et ne cesse d’augmenter. Elle permet également  de mieux comprendre comment et où vivent les Péruviens modestes voire pauvres. De plus, elle nous permet de déduire que la pauvreté est très présente dans ce pays et elle ne cesse d’augmenter. En effet, n’ayant plus de place sur le sol plat, les Péruviens défavorisés se retrouvent contraints de s’installer sur la montagne, ce qui est très dangereux étant donné la fréquence des catastrophes naturelles de ce pays. Il y a un an, toutes les habitations du troisième plan n’existaient, chaque année de nouvelles habitations précaires fleurissent en raison de la pauvreté qui augmente et du manque de place.

 

 

J’ai choisi cette photographie car elle permet une prise de conscience qui est double : d’abord la pauvreté est très présente dans notre monde actuel, et ce voyage au Pérou m’a permis de voir et de comprendre ce qu’était la pauvreté dans un bidonville.

De plus, elle nous permet également de réaliser la chance que nous avons d’habiter des logements sains, d’avoir accès à l’eau potable… J’ai pris cette photographie lors d’un voyage humanitaire en juillet et c’est donc l’occasion pour moi de faire part de mon expérience qui m’a réellement marqué.

 

 

 

Camille Bichler, HK A/L

Année 2012/2013

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par Claude Grasland, le 22/06/2012

 

La séparation des activités scientifique et politique soulève des difficultés à la fois théoriques et existentielles. Pour le chercheur engagé dans une lutte citoyenne contre une installation classée, le risque de schizophrénie est bien réel. Retour d’expérience d’un chercheur pourtant peu sensible aux charmes de la géographie militante…

Au commencement : une carte [1]

J’avoue avoir beaucoup ri lorsqu’il y a quelques années une collègue spécialiste de la modélisation spatiale des prix hédoniques [2], et notamment des aménités négatives [3], me fit part de son trouble face à l’engagement militant qu’elle s’apprêtait à développer contre une décharge s’installant à quelques pas de son domicile. Connue pour la rigueur de ses travaux scientifiques, n’allait-elle pas sombrer à cette occasion dans le plus banal des aléas moral, à savoir le nimby [4] ? Je me garderais bien aujourd’hui d’ironiser de la sorte, car je suis à mon tour depuis cinq mois engagé dans un combat citoyen contre une centrale d’enrobés à chaud de bitume qui a eu l’ingénieuse idée de s’installer dans le Port autonome de Bonneuil-sur-Marne, à moins de 700 mètres de mon foyer.

N’étant pas d’un naturel inquiet, je n’aurais sans doute pas prêté attention immédiatement à cette installation si des personnes proches ou des militants ne m’avaient sollicité pour la plus anodine de mes activités, l’établissement d’une carte de localisation de la centrale dans son environnement. Si un jour on vous fait à votre tour une telle demande, refusez sèchement et effacez-en tout souvenir de votre esprit. Car l’établissement de cette première carte est le point de départ de l’engrenage fatal qui va broyer votre objectivité scientifique et transformer le fier chercheur nourri de « neutralité axiologique » (Weber 1959) en abominable « animateur social » prêt à mélanger science et action citoyenne pour faire aboutir ce qui lui paraît juste (Alinsky 1976).

De l’analyse scientifique… au tract politique

Le spécialiste d’analyse spatiale que je suis ne pouvait en effet pas s’empêcher de compléter la simple carte de localisation demandée par une estimation du nombre d’habitants exposés au risque de la centrale. L’INSEE venant tout juste de livrer pour la première fois une grille de population de haute résolution ventilée par communes, je me suis livré avec le plus grand bonheur scientifique qui soit à l’établissement d’une évaluation du nombre d’habitants par commune en fonction de la distance à la centrale d’enrobés à chaud. Et j’ai découvert avec une certaine stupéfaction que plus de 50 000 habitants sont localisés à moins de 2 km de la cheminée et près de 10 000 à moins d’un kilomètre (figures 1 et 2). Ce périmètre contient en outre deux écoles primaires et une dizaine de maisons de retraite. Mais le plus intéressant est la répartition de ces habitants par commune. Car bien évidemment l’impact principal ne concerne pas la commune de Bonneuil, qui a délivré le permis de construire, mais ses voisines de Sucy-en-Brie et surtout de Saint-Maur-des-Fossés. La centrale est installée à la limite de trois communes, mais aussi de trois communautés de communes différentes, dans une zone de contrastes sociaux et politiques majeurs.

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http://www.tourmag.com/La-montagne-francaise-un-or-blanc-mal-exploite_a41318.html

Il s’agit d’un article qui traite les problèmes physiques que pose l’aménagement de la montagne en France, qui occupe 1/5 du territoire. Il est extrait d’un livre, Territoires et aménagement face à la mondialisation, écrit par cinq professeurs agrégés de géographie, D. Acloque, E. Bonnet-Pineau, Y. Colombel, A. Delpirou et D. Oster. La problématique posée est la suivante : le développement économique et le respect du milieu naturel sont-ils compatibles dans l’aménagement de la montagne en France ?

I. Unité et diversité de la montagne dans l’hexagone.

 

La flore varie en fonction de l’altitude et de la température, qui décroit à mesure que l’on monte. La combinaison froid-pression-altitude provoque des chutes de neiges importantes, autrefois obstacle mais aujourd’hui attrait touristique pour les sports d’hiver.

La pente favorise l’érosion et rend ce milieu hostile et l’installation difficile. Cependant les hommes adoptent les zones de replats. L’exposition engendre des différences climatiques, et une installation inégale selon les versants. Là sont les rares traits communs de la montagne française.

La haute montagne a pour caractéristique propre un étagement complet des milieux aménagés. Les massifs cristallins portent les plus hauts sommets dans les Pyrénées et les Alpes. La Haute-Corse présente par endroits des caractéristiques de la haute montagne.

La moyenne montagne regroupe quant à elle 90% de la population montagnarde, il s’agit d’un espace où la vie humaine est toujours présente. On différencie montagne de socle et massifs sédimentaires. Cette appellation regroupe le Massif Central, les Vosges, les Préalpes et le Jura.

La place des montagnes dans le territoire est liée à leurs relations avec les plaines environnantes. La position avantageuse du massif Central ne l’en fait pas moins percevoir comme une gêne à la circulation dans l’Hexagone. Un massif tire donc ses avantages des flux avec la plaine.

Les montagnes jeunes se trouvent aux frontières. Le Jura entretient des liaisons faciles avec l’Alsace et le Lyonnais. De nombreuses villes sont à son contact et le structurent. Les Pyrénées forment au contraire une barrière qui rend la circulation malaisée et les liaisons entre les différentes vallées difficiles. Le trafic s’effectue par les extrémités catalanes et basques, et les rares tunnels. Les Alpes sont mieux structurées, articulées intelligemment avec leurs périphéries et traversés d’ouvrages d’arts qui tentent d’absorber la circulation de ce massif le plus traversé au monde.

 

II. Les évolutions sélectives de la mise en valeur.

La montagne connaît une mise en valeur particulière appelée « système agro-sylvo-pastoral ». On trouve du moins haut au plus élevé, les zones de culture vivrière puis les milieux forestiers et semi-pastoraux et enfin, les pâturages dans les estives, zones aux plus hautes altitudes.

Les cultures étaient souvent bien spécifiques à chaque massif. Mais l’arrivée du train, la fin de l’autarcie alimentaire et les difficultés de la mécanisation de l’agriculture ont entraîné une crise profonde et durable. Si certains massifs ont réussi à se spécialiser, comme le Jura dans la production de fromages de qualité, ce problème a entraîné un exode et une désertification importants. Cela a entraîné un retour progressif de la forêt.

L’abandon des terres en friche a entraîné la loi RTM (restauration des territoires de montagne) pour encourager le reboisement des terres anciennement cultivées, afin d’éviter l’érosion trop rapide des pentes. La forêt couvre aujourd’hui  43% de l’espace montagnard. La filière bois en montagne emploie 25 000 personnes, surtout dans le sciage. Ce chiffre modeste montre que le potentiel forestier n’est pas encore assez exploité en France.

La première exploitation de réserves d’eau pour produire de l’électricité a lieu en 1869 mais d’importants moyens de développement ont été mis en place, ensuite  après la 1e guerre mondiale. Le bassin Arc-Isère présente d’impressionnants systèmes, conduites souterraines, lacs de retenus permettant d’acheminer l’eau sur plus de 80 km. Ce phénomène a entraîné un désenclavement et une industrialisation accélérés. Ces systèmes ont périclité dans les années 60, et entraîné des sinistres économiques. Cependant la reconversion s’effectue peu à peu avec l’équipement croissant.

Aucun lieu n’est touristique par vocation, mais le devient pour des raisons économiques, culturelles et sociales. Longtemps crainte et délaissée à ses sommets, la montagne attire à partir des Lumières, pour ses paysages exceptionnels, puis les cures qui s’ouvrent ainsi que les récits d’ascensions qui frappent les esprits, entraînent une valorisation sociale et esthétique de ce milieu au XIXe siècle.

Les stations de ski de première génération sont peu organisées, sans pistes ni remontées. Elles correspondent souvent à d’anciens centres d’alpinisme (ex : Chamonix). Les habitations se créent autour d’anciens villages. Les stations sont au fond des vallées, et aux débouchés de voies de communication. Les locaux ont longtemps contrôlé les mutations économiques pour qu’elles servent leurs intérêts. Ces transformations ont donc été lentes.

Les stations de deuxième génération, comme l’Alpe-d’Huez ou Méribel apparaissent à l’entre deux guerres avec le développement du ski. Elles sont dans des zones désertes en bas des alpages pour garantir l’enneigement. Ce sont des constructions empiriques, venues souvent de promoteurs extérieurs. Malgré le succès, les remontées mécaniques qui apparaissent (1er tire-fesse en 1935) et les pistes balisées et unifiées en domaines skiables, les retombées économiques et démographiques sont modestes pour les locaux.

Le plan neige est mis en place dans les années 60-70, dans le contexte des Trente Glorieuses, et de l’apparition de la société de loisirs. L’Etat veut mettre en place une vraie industrie du loisir et attirer de nouveaux touristes y compris étrangers. L’Etat repère les sites et y fait les aménagements primaires avant de vendre les parcelles aux promoteurs, pour créer plus de 150 000 lits. Les choix de sites se font en fonction de l’exposition des pentes, et de l’enneigement annuel pour qu’il soit garanti le plus longtemps possible dans l’année.

Le plus souvent un promoteur unique est associé à chaque station et fait apparaître une réelle unité. On parle de stations intégrées, auto-fonctionnelles, comme c’est le cas de la Plagne aux bâtiments géométriques et aux nombreuses stations satellites construites par la suite. Elle a été construite selon le principe de la séparation des flux, laisse les voitures à l’écart, et installe les activités de commerce et de loisirs dans de longues galeries souterraines. Des espaces plans regroupent les remontées d’où partent les skieurs. Une vingtaine de stations ont ensuite été réalisées sur ce modèle.

Les stations de quatrième génération ont cherché un modèle d’aménagement alternatif avec des pouvoirs revenant aux locaux. Ces stations font du tourisme une activité parmi les autres, s’accolent de nouveau aux villages, et font la part belle aux locaux pour leur développement économique. Elles sont plus modestes et petites que les précédentes, et à des altitudes moyennes. On a l’exemple de Valmorel ou des Karellis en Savoie.

L’aménagement de ces stations a engendré la création de 1,2 millions de lits, et de 2000 km2 de pistes. Il s’agit du plus vaste domaine d’Europe et il a été mis en valeur par des événements internationaux comme les JO deux fois. 1000 communes sont concernées mais 6 stations des Alpes suffisent à engendrer  ¼ des revenus liés aux sports d’hiver chaque année.

 

III. Aménager ou protéger les espaces montagnards ?

 

La neige (surnommée « or blanc ») a ses limites économiques. En effet les emplois entraînés par ces projets ont été décevants instables et saisonniers. Ce stations ont marginalisé les locaux et favorisé des acteurs extérieurs. La fréquentation après avoir explosé a stagné et est devenue irrégulière. Seules de rares stations font le plein tous les ans. On voit même des cas de désertion touristique, dans des espaces aux téléphériques abandonnés, et même aux immeubles inachevés.

Les exploitations et déforestations irresponsables ont parfois dégradé les milieux naturels. Les phénomènes gravitaires ont augmenté et ont choqué quand ils sont devenus des catastrophes naturelles. Les montagnards se mobilisent peu à peu contre cette exploitation irraisonnée, destructrice. Des PPR  sont mis en place pour prévenir les écoulements ou avalanches meurtriers.

En voulant imiter des stations de haute-montagnes, des stations plus modestes de moyenne-montagne se sont fortement endettées en plus d’échecs retentissants. Seuls les massifs bien reliés aux bassins émetteurs de touristes continuent à avoir des taux de remplissage satisfaisant toute l’année. La logique spatiale a été inversée. Les vallées sont délaissées pour les versants Nord, élevés et enneigés. Cela a engendré une montagne à plusieurs vitesses.

Avec les stations de 3e génération, les parcs nationaux apparaissent dans une volonté de protéger faune et flore. Ils sont soumis à une législation très stricte, sont partenaires des communes voisines qui assurent leurs développements durables. En parallèle viennent les parcs régionaux.

La « directive montagne » découle du bilan alarmant du « plan neige ». Ces lois restrictives pour la construction des stations  imposent que les projets soient examinés par l’Etat, et interdisent l’exploitation des sites vierges au-delà de 1600 m. Les montagnards l’ont cependant vécu comme une restriction qui ne ferait que porter un peu plus préjudice à leur économie déjà fragile.

La « loi montagne» (1980) vient assouplir la « directive montagne » et cherche un équilibre entre pouvoir central et local. Un Conseil de la montagne est créé et a un rôle de conseil et de décision pour fixer les objectifs et projets nécessaires au développement et à la protection du milieu.

Les mesures sont surtout économiques et attribuent aux communautés locales la gestion des remontées mécaniques, en tenant compte des coûts que représentent l’entretien de la voirie. Des fonds spéciaux sont mis en place, et le développement de l’agriculture aidé par l’Etat grâce aux labels, aides et subventions. L’urbanisation de nouveau autorisée est très cadrée et stipule qu’elle doit se faire en continuité des villages et respecter l’équilibre naturel de la montagne.

Le bilan apparaît mitigé. Diverses révisions de la loi ont assoupli certaines mesures, et les rapports ont été trop irréguliers. Cependant le regain est net depuis 2005, et les Conseils qui restaient trop dans un rôle consultatif, se sont plus investis avec l’obligation de rendre des schémas d’aménagement.

La limitation de l’urbanisation tient plus de la conjoncture que du respect de la loi UTN. Seuls deux tiers des projets instruits pour des stations ont été menés à bout. Des extensions comme l’élargissement de domaines skiables et la modernisation des remontées ont eu lieu, et le recours à la neige de culture croissant augmente la consommation en eau et énergie. La concentration économique a donné plus de poids aux grands acteurs historiques.

La situation globale s’est améliorée à tous les niveaux à la montagne. La croissance démographique a repris presque partout dans les années 90. La loi montagne n’a pas fait de conflits entre les acteurs concernés.

 

Critique : Cet ouvrage a l’avantage non négligeable de présenter en plus des textes, des documents clairs, ludiques et variés, ce qui permet une mémorisation plus aisée des données proposées. Le plan est clair est cohérent, et les thématiques variées permettent d’avoir une vision globale de la problématique malgré toute la complexité de la montagne. Cela nous donne une idée assez précise et solide de la situation de ce milieu sur l’ensemble du territoire français. Certaines notions abordées sont assez pointues, notamment d’un point de vue socio-économique ce qui permet de venir compléter un enseignement géographique déjà solide et intéressant.

C’est sûrement ce qui fait la force de ce chapitre qui pêche également. En effet, le grand nombre de données, trop grand en fait, nous fait nous perdre un peu dans tout ce qui est évoqué. Certains aspects notamment celui de l’agriculture mériteraient d’être plus détaillés et on peut regretter que des notions et problèmes ne soient que survolés.

Cependant il n’en reste pas moins qu’apprendre autant de choses en aussi peu de pages est un atout majeur. Ce chapitre s’insère parfaitement dans ce livre actuel, et utile pour comprendre des questions qui se posent dans le monde réel qui est le nôtre. Ce chapitre aide à prendre conscience de l’importance et de la particularité du milieu montagnard en France et de voir que toutes ses caractéristiques propres soulèvent une foule de questions, d’intérêts et de conflits qui s’ancrent dans des données économiques, sociales et biologiques plus actuelles que jamais.

 

Mathilde Ory – Lavollée, H

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Le Monde, 22 mai 2012

http://www.europe1.fr/International/Italie-seisme-3-000-personnes-evacuees-1091603/

Rome Correspondance
Après le séisme qui a frappé dimanche 20 mai le nord-est du pays, le débat est relancé sur les normes parasismiques

L’Italie est de nouveau confrontée à un tremblement de terre ravageur. Trois ans après le séisme de L’Aquila qui avait causé la mort de 299 personnes, les secousses ont frappé cette fois-ci le nord-est du pays, dans la région de Ferrare et de Modène. Selon les historiens, la terre n’y avait pas tremblé depuis 1570.

La première secousse de magnitude 6 a eu lieu dimanche 20 mai à 4 h 04, suivie de plusieurs répliques dont une dans l’après-midi, suivie en direct par les chaînes de télévision, ce qui sema un peu plus la panique. L’épicentre du séisme a été localisé à 36 km au nord de Bologne, à une profondeur de 6 km, dans le village de Finale Emilia.

Un premier bilan provisoire fait état d’au moins six morts et d’une cinquantaine de blessés. Environ 3 000 personnes ont dû être évacuées. Beaucoup ont préféré passer une deuxième nuit dehors par crainte d’autres répliques. La protection civile installe des tentes, décharge des dizaines de lits, des tables, des groupes électrogènes pour venir en aide à ces milliers de sans-abri.

Parmi les victimes figurent quatre ouvriers qui travaillaient de nuit. L’un d’entre eux, comme ont raconté ses parents en larmes, voulait aller à la plage mais la météo s’annonçant mauvaise, il avait finalement décidé de remplacer l’un de ses collègues malades.

L’image symbole de ce séisme restera sans doute la tour de l’horloge de Finale Emilia, détruite à l’instar de dizaines d’autres joyaux architecturaux des villages voisins : tours, vieux palais, églises, etc. Le séisme, d’une magnitude presque égale à celle d’il y a trois ans à L’Aquila, a fait peu de victimes mais a sérieusement endommagé le patrimoine artistique.

 » Le patrimoine artistique de l’Italie est bâti sur un territoire extrêmement fragile « , explique Salvatore Settis, historien de l’art, professeur à l’Ecole normale de Pise. Selon lui, depuis l’unification du pays en 1861, un tiers des communes du pays ont déjà été frappées par des séismes. Sans que rien ne soit véritablement fait pour préserver le patrimoine artistique, en dépit de la loi de 1983, qui n’a jamais réellement été mise en oeuvre. A plusieurs reprises – notamment après les deux séismes qui ont frappé l’Ombrie causant des dommages importants à la Basilique de Saint-François d’Assise -, la restauration des monuments endommagés a été lancée.

Mais depuis le séisme de L’Aquila, en 2009, ces tentatives ont été stoppées.  » Le centre historique, le coeur de la ville, a été complètement délaissé, il est dans le même état depuis trois ans. Ses habitants ont trouvé refuge dans des cités dortoirs à l’extérieur de la ville. Il ne faudrait pas que cela se reproduise pour la région qui vient d’être frappée. Ces villages, privés de leur centre-ville, de leurs monuments, risquent de perdre leur identité, ils n’auront plus de mémoire historique « , s’insurge M. Settis. L’historien est d’autant plus préoccupé que le gouvernement de Mario Monti a promulgué un décret, le 15 mai, afin que  » chacun pense à se prévaloir d’une assurance privée pour faire face aux calamités naturelles « .

 

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