Qui sont les Français ? Portrait d’une société. SH, numéro spécial 237. Mai 2012.

A quelques heures d’une soirée électorale attendue, comme il est bon de se plonger dans ce numéro spécial de SH consacré aux Français afin de faire davantage connaissance avec nos contemporains ! Inspiré du dernier ouvrage de Jean Viard Nouveau portrait de la France : la société des modes de vie, ce numéro spécial remet en cause les classifications traditionnelles. En ce début de XXIème siècle, partir des CSP (catégories socioprofessionnelles) apparaît peu opérationnel tant cette classification rend mal compte de la diversité de la société française. Dans une société de loisirs, l’entrée par le travail est réductrice. C’est d’ailleurs ce que tendent à montrer les travaux photographiques de Dominique Delpoux en 2007 « Double Je » mettant en scène des personnes dans le cadre de leur emploi et dans leurs loisirs, ou comment concilier le métier de pilote de ligne et la plomberie en amateur ! Il est temps de changer notre analyse de la société. Le terme d’ « extras urbains » de Jean Viard désigne « ceux qui vivent en dehors des villes pour en éviter les nuisances, tout en ayant une culture urbaine, par les kilomètres parcourus, les consommations, l’éducation des enfants et leur inscription dans le monde du travail, avec des usages intensifs d’internet et du téléphone portable. » La double page Points de repère rend compte de ces transformations sociales et peut être un bon point de départ à une étude en classe de la société française actuelle. L’article Fragments de société revient, en autres, sur la catégorie des inactifs qui sont bien loin de n’avoir aucune activité ! Les engagements liés aux activités culturelles, sportives ou militantes au domicile ou à l’extérieur occupent notamment largement l’emploi du temps des retraités sans compter celui des « Mamans taxis », mères au foyer qui font les navettes entre l’école et les différentes activités de leurs enfants, sans compter les activités liées à l’entretien de la maison.

Pour autant, l’entrée par le travail n’est pas occultée dans ce numéro. Deux articles sont consacrés par Renaud Chartoire aux ouvriers et aux employés qui représentent 50% des actifs. Si l’auteur montre bien que la catégorie des ouvriers est d’une grande diversité et de moins en moins associée à l’industrie, les éléments de différenciation entre ouvriers et employés demeurent obscurs. L’interview d’Eric Maurin revient sur la thèse de Louis Chauvel qui mettait en avant, dans son ouvrage de 2006 Les classes moyennes à la dérive, la fin de l’ascension sociale pour les enfants de ces catégories. Les études statistiques que Maurin a menées avec Dominique Goux (Les nouvelles classes moyennes) montrent que les classes moyennes ne sont pas à la dérive. « Elles demeurent le point de passage de trajectoires de promotion sociale ». Le numéro spécial de SH n’occulte pas les inégalités qui existent au sein de la société puisque, successivement, des articles sont consacrés aux riches, aux pauvres. Le portrait des jeunes que fait l’article « Où sont les jeunes ? » d’Héloïse Lhérété permet de juger à quel point cette catégorie d’âge est révélatrice des tensions de la société. Entre excellence et précarité, le panel des situations connues par les jeunes est très variée. Si 40% d’une génération obtient un diplôme du supérieur, près de 10% des jeunes quittent l’école chaque année sans aucun diplôme. La catégorie inactifs auxquels ils appartiennent rend bien mal compte de cette diversité !

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

Mots-clefs :, , , , , , , , , ,


Si on repensait tout ? Sciences Humaines, Numéro spécial, N°233S, janvier 2012.

En voilà un chouette titre pour débuter une nouvelle année et annoncer la mise en place d’une nouvelle maquette de journal !

Car derrière ce titre se cache une double réflexion.

Celle qu’ont menée les rédacteurs de ce magazine afin de le donner un coup de jeune (20 ans, seulement, pourtant http://www.clio-cr.clionautes.org/spip.php?article3263 ) : « Dès janvier, on repeint la façade. Ca va déménager : nouveau look, nouvelles couleurs, nouveau logo, nouvel esprit. La prochaine une sera ébouriffante. » promet Héloïse L’hérété, la médiatrice de Sciences Humaines. A partir de janvier, Sciences Humaines devient SH, le surnom que lui ont donné les lecteurs. Et c’est à eux que fait appel SH pour réaliser son lifting. « J’insiste : nous avons besoin de vous. Sciences Humaines est une entreprise rare, indépendante, qui n’existe que grâce à ses lecteurs. »

Au-delà de l’effet d’annonce, ce numéro spécial offre de quoi nourrir notre réflexion en cette fin d’année 2011 riche en bouleversements. « Ouverte sur les révolutions arabes et la chute de pouvoirs que l’on croyait inamovibles, elle s’est poursuivie avec le tsunami au Japon, la mort d’Oussama Ben Laden, l’affaire DSK… Chaque matin, nous nous levions et assistions, éberlués, à des scénarios improbables. La réalité dépassait la fiction. » Les artisans de ce mensuel voient dans ces changements les prémices d’un changement intellectuel. « Plutôt que de gloser sur la crise, les troubles ou la fin des temps, nous avons choisi dans ce numéro de pister les idées nouvelles, annonciatrices d’un nouvel âge de la pensée. » Pour finir 2011 et commencer 2012, ils proposent à notre réflexion des articles sur des changements en cours dans bien des domaines : la révolution dans les sciences du vivant qui change la vision de la nature, du monde animal et par conséquent celle sur les humains. Les historiens ne sont pas en reste. Ils proposent de repenser l’histoire du monde. Les sociologues défrichent un nouveau terrain : l’universel alors que les sciences cognitives donnent une place centrale à l’imagination afin d’en percer les secrets. Renversant, non ?

Avec un premier numéro annoncé sur la thématique : Inventer sa vie, les jeunes face à leur avenir, on se dit que Sciences Humaines ou plutôt SH a encore un bel avenir devant soi. Belle vie à SH et bonne année !

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

Mots-clefs :, , , , , , ,


« Le Monde » à Bordeaux le 24 novembre 2011

Ascenseur social en panne, risque de déclassement accru, chômage de masse : depuis le milieu des années 1980, les nouvelles générations qui accèdent au marché du travail font face à de grandes difficultés. Les spécialistes en sciences sociales pensent même avoir identifié les symptômes d’une véritable fracture générationnelle qui se développerait en France au détriment des plus jeunes. L’idée de ce colloque est tout à la fois d’identifier les causes et les mécanismes de ce processus, d’en analyser les conséquences et d’appréhender les solutions qui permettraient de réduire cette fracture.

Journée du 24 novembre 2011

7 h – 9 h France Inter en direct de Bordeaux : le « 7/9 » de Patrick Cohen.

9 h – 10 h France Inter en direct de Bordeaux : « Comme on nous parle », de Pascale Clark.

10 h Ouverture par Alain Rousset, président du Conseil régional d’Aquitaine.

10 h 15 – 11 h 45 Débat – Fracture générationnelle : éléments et diagnostics.
Animé par Franck Nouchi, directeur du développement éditorial du Monde.

François Dubet, professeur de sociologie à l’université de Bordeaux et directeur d’études à l’Ehess.
Anne-Marie Guillemard, professeur de sociologie (faculté des sciences humaines et sociales, université Paris-Descartes-Sorbonne), chercheur au Centre d’étude des mouvements sociaux.
Louis Maurin, fondateur de l’Observatoire des inégalités, consultant (Compas).
Cécile Van de Velde, sociologue, maître de conférences à l’Ehess, directrice adjointe du Centre Maurice-Halbwachs (CNRS-Ehess-ENS).

11 h 45 – 13 h Rencontre avec la direction de la rédaction du Monde.

14 h – 15 h 30 Débat – Peur du déclassement, crise de la représentation et fracture culturelle.
Animé par Luc Bronner, rédacteur en chef du Monde.

Philippe Chazal, fondateur et animateur du club Galilée, « think tank » sur les médias, ancien directeur des projets d’Arte et ancien directeur général de France 4.
Bruno Laforestrie, cofondateur et dirigeant de Générations 88.2, animateur du projet « pacte générationnel ».
Anne Muxel, docteure en sociologie et directrice de recherches CNRS en science politique au Centre de recherches politiques de Sciences Po.
Joy Sorman, écrivain. Auteur de Parce que ça nous plaît : L’invention de la jeunesse et Paris Gare du Nord.

15 h 30 – 17 h 30 Pourquoi la jeunesse française ne se révolte-t-elle pas ?
Animé par Erik Izraelewicz, directeur du Monde.

15 h 30 Intervention de François Hollande.
16 h Débat Daniel Cohn-Bendit, Nathalie Kosciusko-Morizet.
17 h Clôture par Alain Juppé.

18 h – 19 h France Inter en direct de Bordeaux : « Dowtown », de Philippe Collin.

19 h – 20 h France Inter en direct de Bordeaux : « Le téléphone sonne », d’Alain Bedouet, en collaboration avec Le Monde.

Le Monde

Mots-clefs :, , , , ,


Le Monde, 23/11/11

La fracture entre les générations serait-elle en train de se creuser ? Un sondage réalisé par Ipsos-Logica Business Consulting à l’occasion du premier colloque sur « les enjeux de l’élection présidentielle », organisé, jeudi 24 novembre, par Le Monde à Bordeaux, montre que l’opinion publique française porte un regard compatissant mais critique sur la situation de la jeunesse en France.

Réalisée par téléphone auprès d’un échantillon représentatif de 1 014 personnes, les 18 et 19 novembre, l’enquête, réalisée en partenariat avec France Inter, dresse le portrait d’une société qui peine à comprendre sa jeunesse.

Une conscience aiguë des difficultés de la jeunesse. Les personnes interrogées n’ont pas de doute sur la situation pénible des jeunes Français dans un contexte de crise économique et sociale durable, marqué par un taux de chômage supérieur à 20 %. « Sans surprise, un consensus se dégage sur l’idée que les jeunes d’aujourd’hui sont confrontés à de grandes difficultés et que leur situation est plus difficile qu’auparavant », souligne Christelle Craplet, directrice d’études à Ipsos.

Ainsi, 81 % des personnes interrogées estiment qu’il est « difficile d’être un jeune aujourd’hui en France » ; 71 % pensent que leur situation s’est détériorée par rapport aux générations précédentes . Une dégradation particulièrement ressentie en matière d’emploi (plus difficile qu’avant pour 92 % des sondés), de logement (89 %) ou de pouvoir d’achat (84 %) – domaines pour lesquels la solidarité familiale ne compense que partiellement la difficulté à s’insérer professionnellement. Les seuls points d’amélioration perçus concernent des thèmes plus secondaires, notamment les loisirs ou les relations amoureuses.

Un discours critique sur le comportement des jeunes. A la question « Avez-vous le sentiment que les jeunes d’aujourd’hui sont différents de ce que vous étiez vous-même au même âge ? », 83 % répondent « plutôt différents » ou « très différents ». Un résultat sans surprise. Mais cette perception s’accompagne de jugements sévères sur cette jeunesse « différente ». Dans l’ensemble, les jeunes sont jugés égoïstes (63 %), paresseux (53 %) et intolérants (53 %). Des qualificatifs confirmés par les moins de 30 ans, lesquels se jugent eux-mêmes égoïstes (70 %), paresseux (65 %) et intolérants (51 %) – ce qui témoigne d’une image dégradée, y compris au sein de la jeunesse elle-même.

Signe d’une société vieillissante ? Les plus anciens témoignent de leur incompréhension face à une jeunesse dont les codes, les habitudes, les modes de vie ne sont pas compris. Le signe aussi d’une société qui craint sa jeunesse et sa capacité à bousculer l’ordre : les jeunes ne sont pas perçus comme disciplinés mais jugés révoltés, selon une large majorité de sondés (70 %) – alors même que, contrairement aux « indignés » espagnols ou aux manifestations en Grèce, aucun mouvement important de jeunes n’a eu lieu en France depuis les dernières grandes mobilisations lycéennes en 2008 ou 2006.

Lire la suite sur Le Monde.fr

 

Mots-clefs :, , , ,