La revue Urbanisme fête ses 80 ans cette année


Cela aurait pu être un grand moment, alors que la majorité des humains sont des urbains et que les villes sont au cœur des politiques publiques.


Qu’en est-il en réalité ?


C’est le moment que choisit la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) pour diviser par deux sa subvention à la revue, dont elle est propriétaire, et pour lancer une restructuration aussi technocratique que dangereuse pour la survie même de la revue.

Tout cela a été lancé très vite, sans concertation ni avec l’éditeur, ni avec l’équipe, ni avec le comité de rédaction, et sans prendre le temps de s’interroger sur la demande croissante que nous constatons à propos des questions urbaines, du logement aux transports en passant par les espaces publics, l’énergie, la sécurité ou la nature en ville.


Quelques éclaircissements s’imposent. Depuis plusieurs années, il est évident pour la rédaction comme pour le Comité de rédaction auquel nous appartenons que la revue doit évoluer : le rôle du numérique, un modèle économique fragile, une internationalisation croissante… Une première expertise lancée par la CDC a été rapidement enterrée. Et, comme  c’est souvent le cas, au lieu de tenir compte de ses conclusions et de les adapter à la spécificité d’une telle revue, un nouvel audit a été commandé à des professionnels étrangers aux sujets urbains.

Nous l’avons dit à plusieurs reprises à nos interlocuteurs de la CDC. D’autres options peuvent être élaborées, discutées. Aucun débat n’a eu lieu, aucun retour. Nous appelons la CDC à se ressaisir, à initier un projet consolidant l’avenir de la revue et à le mettre en débat, notamment avec les membres du comité de rédaction qui consacrent bénévolement du temps à une revue nécessaire et

On a coutume de dire, quand on veut couper un arbre, que l’on demande une expertise sur son état de santé. L’audit reprend, dans ses analyses, des points de vue que nous exprimons depuis longtemps mais fait des propositions qui certes satisfont à court terme son commanditaire mais qui, de notre point de vue, mettent sérieusement en danger la revue.


Nous l’avons dit à plusieurs reprises à nos interlocuteurs de la CDC. D’autres options peuvent être élaborées, discutées. Aucun débat n’a eu lieu, aucun retour. Nous appelons la CDC à se ressaisir, à initier un projet consolidant l’avenir de la revue et à le mettre en débat, notamment avec les membres du comité de rédaction qui consacrent bénévolement du temps à une revue nécessaire et précieuse.


Il est normal que la Caisse des Dépôts et Consignation, grand établissement public, participe au financement d’une revue d’intérêt général dont l’équilibre économique n’est pas acquis. Il est anormal qu’elle ne cherche pas des solutions de manière concertée, avec intelligence et compétence. Ce n’est pas admissible de mettre ainsi en danger la revue Urbanisme. Le processus lancé par la CDC doit être suspendu, pour une évolution féconde et non un enterrement dissimulé.

Les signataires  : Sophie Body-Gendrot, Frédéric Bonnet, Jean-Pierre Charbonneau, Paul Chemetov, Anne-Michèle Donnet, Jean Frébault, Renaud Le Goix, Michel Lussault, Olivier Mongin, Jean-Marc Offner, Gilles Rabin, Vincent Renard, Jean-Michel Roux, Gérard Salmona, Chris Younes.

 

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Le Monde, 28/12/10

Florence Lipsky : « La qualité spatiale conditionne le niveau d’enseignement »

ARCHITECTE, enseignante à l’Ecole d’architecture de la ville et des territoires à Marne-la Vallée, Florence Lipsky mène une thèse sur les campus.

Comment expliquez-vous l’engouement actuel pour les campus ?

Ce n’est pas une mode. C’est un problème comparable à celui de l’urbanisme des  » cités  » et de ses conséquences sur les habitants. Le territoire des campus est un corps malade, moralement et physiquement, et ses maux sont anciens. Il y a urgence, si l’on veut rester dans la compétition internationale. Lorsqu’un étudiant français fait le choix d’une discipline, le territoire universitaire n’est pas un facteur déterminant. Il n’a pas de sentiment d’appartenance à  » son  » université. Pourtant la qualité spatiale et environnementale conditionne le niveau de l’enseignement. Les universités en tête du classement de Shanghaï l’ont bien compris.

Dans les années 1990, le programme Université 2000, suivi d’U3M (Université du troisième millénaire), a comblé le manque de locaux neufs et poursuivi un réel effort architectural. En province, l’arrivée du tramway a permis la création de liaisons entre les villes et les campus.

Peut-on dire que l’isolement universitaire est un problème réglé ?

U3M misait sur l’amélioration du confort de vie, sur les sites et le paysage des campus. On a mesuré à quel point ils sont vastes : de vraies petites villes ; que les manques liés au confort (manger, faire du sport, etc.) et à l’accueil des étrangers sont un frein à la qualité de l’enseignement et des échanges. On a pris conscience aussi, sans pouvoir y remédier, de l’impérieux besoin de mutation des mentalités.

Le  » plan campus  » du gouvernement reprend ces questions laissées en suspens, mais dans la logique de l’autonomie des universités. De locataires, elles deviennent propriétaires. La responsabilité de la communauté universitaire sur le devenir du campus est amplifiée. Imaginer l’identité et l’image d’un campus, en orchestrer la dimension écologique et durable sont des défis majeurs à relever par le couple université-architecte. Inventer les conditions physiques du meilleur lieu pour apprendre, c’est concevoir le territoire de l’université à partir de sa dimension culturelle, éducative, urbaine, paysagère.

Les exemples étrangers sont précieux. On y trouve une véritable culture des formes et des ambiances urbaines. Ce qui est contre-productif, c’est l’urbanisme  » généraliste « , susceptible de régler toutes les situations, banlieues, centres-villes ou universités. Ceci accompagné de la notion fourre-tout de  » mixité « .

S’intéresser aux campus n’est-ce pas un peu décalé à l’heure d’Internet ?

Avec l’arrivée des nouvelles technologies, chacun se demande justement où sont les lieux de rassemblement. La matérialité du campus n’empêche pas d’être global et connecté avec l’autre bout du monde.  » Etre là « , c’est-à-dire étudier en mangeant au soleil, profiter d’une cafétéria ouverte jusqu’à la tombée de la nuit, ou lire seul perdu dans une bibliothèque un dimanche, sont des modes de vie et de fonctionnement indispensables.

Quant aux campus anciens, assumons-les déjà en tant que patrimoine pour se les approprier. Les assumer, c’est raconter leur histoire, valoriser leur architecture… Pourquoi se trouvent-ils dans tel site, qui a contribué à les faire exister ? En 1968, l’échange violent entre le ministre Missoffe et Daniel Cohn-Bendit lors de l’inauguration de la piscine de l’université de Nanterre est une anecdote fondatrice, au même titre que la taille des instruments scientifiques qui contraignit Marie Curie à s’installer à Orsay. Tout cela fait partie de la culture des territoires universitaires. Si l’on veut bien s’en emparer.

Propos recueillis par Frédéric Edelmann

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