Alain Dubresson et Yvette Veyret (Dir.)
Dix défis pour la planète
Éditions autrement, hors collection, en librairie le 25 avril 2012,18 euros

 

Reçu ce 14 avril, cet ouvrage de 160 pages mérite assurément d’être mis dans les mains de tout professeur de géographie qui se respecte. En dix petits chapitres, les auteurs des différents articles qui composent cet ouvrage présente 10 questions fondamentales sur le devenir de la planète. Ces auteurs participent au comité national français de géographie. Ils sont pour certains, comme Gérard-François Dumont connus de la Cliothèque. C’est d’ailleurs cet auteur qui ouvre le feu, avec une présentation du vertige démographique intitulé le retour des grandes peurs. Le phénomène qui affecte la population mondiale est multiforme. La population augmente et devrait se situer au-delà des 9 milliards en 2050, elle ne cesse de se concentrer dans les villes, pour atteindre 70 % en 2050 également, la population mondiale vieillit et devrait représenter pour les plus de 65 ans 1,5 milliard d’habitants, toujours en 2050 et enfin cette population bouge, avec le processus de migration. La question qui est posée est bien celle de savoir si la planète sera en mesure de supporter au sens premier du terme une telle croissance de population. Toutefois l’auteur relativise et note que par exemple la géographie de la population apporte trois éléments de réflexion sur la question de l’urbanisation. Le phénomène d’urbanisation est polymorphe, et l’évolution urbaine dépend de variable géopolitique interne et externe, au choix de gouvernance de la ville et à leur degré d’autonomie fixée par le système institutionnel. Cet article est enrichi par des cartes commentées, ce qui est le cas des autres articles d’ailleurs, avec des sources citées ce qui permet de les retrouver très facilement.

La Question du changement climatique est évoquée bien évidemment, par Pierre Carrega et Yvette Veyret. L’article permet de faire le point sur l’état actuel des connaissances en la matière. Il existe aujourd’hui deux types de réponses pour faire face aux changements climatiques à venir, et qui sont incontestables, y compris du point de vue des climato-sceptiques. Une tente de réduire la quantité de gaz à effet de serre rejetée dans l’atmosphère afin de diminuer, à terme la hausse des températures ; c’est le processus appelé atténuation. L’autre envisage des réponses sociales, économiques, spatiales au changement ; c’est ce que l’on nomme l’adaptation. Les auteurs font un rappel sur le protocole de Kyoto qui n’a pu être complété lors de la conférence de Copenhague de 2008, avant d’envisager les solutions d’adaptation qui se heurte à deux problèmes principaux : le prix tout d’abord car les changements structurels seraient forcément coûteux et surtout les incertitudes à propos de l’avenir climatique.

Richard Laganier et Laurent Simon s’interrogent sur la nécessaire préservation de la ressource « biodiversité ». Celle-ci est considérée comme une ressource inestimable mais la prise de conscience de son importance pour les sociétés humaines est relativement récente. Les services rendus par les écosystèmes aux activités humaines ne sont pas chiffrables économiquement. Et pourtant, cette biodiversité est également l’objet de bien des convoitises. De plus les deux auteurs s’interrogent sur les conséquences sociales de cette volonté de préservation de la biodiversité, et notamment sur ce qui peut différencier le traitement des populations locales et celui de ces écotouristes fortunés, premier utilisateur de ces programmes de protection.

L’article de Thierry Ruf présente avec beaucoup de clarté la question du partage et de la gestion de l’eau. Au-delà de ce que l’on affirme de plus en plus souvent sur « les guerres de l’eau », l’hydroconflictualité, et autres scénarios catastrophes, l’auteur remet en question des notions que l’on voit de plus en plus fréquemment utilisées, comme le stress hydrique ou la responsabilité de l’agriculture irriguée dans le désordre hydraulique. En la matière, rien n’est véritablement simple. Depuis 1992, la gestion intégrée des ressources en eau s’appuie sur quatre principes : l’eau est une ressource finie à gérer dans une unité hydrographique ; l’eau doit être gérée entre planificateurs, décideurs et usagers ; les femmes doivent avoir une place reconnue dans sa gestion ; et l’eau doit être considérée comme un bien économique. L’auteur note que l’aspect géographique de sa gestion ne semble pas poser de problème particulier. Pourtant, alors que l’élément de référence pour l’étude des ressources hydrauliques est le bassin versant, la notion de territoire de l’eau, associant les usagers, leurs besoins, leurs usages, et leur participation à la gestion ne semble pas être considérée comme suffisamment pertinente.

Autre question fondamentale traitée dans ces dix défis : peut-on nourrir l’humanité ? Le monde est confronté à des besoins croissants et si la production alimentaire mondiale a augmenté plus vite que la population, il n’est pas évident que dans l’avenir un tel rythme de croissance soit soutenable. Pour répondre à la demande à consommation constante par individu, il faudrait produire plus de 300 millions de tonnes de grain supplémentaire chaque année, soit l’équivalent de la production des États-Unis. À l’échelle mondiale le bilan alimentaire actuel paraît inquiétant mais en réalité si les familles n’existent elle semble davantage liée à des problèmes politiques et les problèmes de production. La question qui est également posée est celui du prix de la production. L’augmentation de la productivité agricole a permis une baisse tendancielle des prix, mais cela s’est fait au prix d’une consommation accrue d’énergie, d’eau, d’espaces agricoles. Toutes ses ressources sont de plus en plus rares. Dans ce domaine, Jean-Louis Chaléard qui rédige cet article note que les différences entre pays riches et développés, bénéficiant d’un soutien efficace à leurs agriculteurs et les pays du sud contraints à une agriculture largement dépendante des achats des pays riches, avec les cultures d’exportation, sont toujours aussi fortes.

Les autres articles traitent de la santé, des villes, des transports ainsi que de la place de la Chine dans le nouvel ordre mondial.

Le dernier article rédigé par Frédéric Dufaux, Sophie Moreau, Philippe Gervais-Lambonny interroge la notion de justice spatiale ? L’appropriation de l’espace, les inégalités sociales que cette appropriation peut traduire sont effectivement des sujets importants qui montrent que la justice sociale se traduit dans l’espace mais que réciproquement, l’organisation sociale de l’espace et productrice d’injustice. Ces dynamiques complexes qui se déploient dans l’espace et dans le temps ne sont pas faciles à décrypter même si l’on peut en percevoir très rapidement les effets autour de soi.

Bruno Modica

 

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Paris coule-t-il ? Magali Reghezza-Zitt. Fayard, 2012. 319 pages, 19€50

Le début de l’année 2012 (année de la soi-disante fin du monde) est bien le moment où jamais pour sortir un ouvrage intitulé « Paris coule-t-il ? » et imaginer les pires scenarii qui puissent toucher la capitale. Dans ce contexte, il est d’autant plus appréciable de lire un ouvrage de qualité sur un sujet sensible : l’inondation centennale qui pourrait toucher Paris aujourd’hui. Les éditions Fayard publient, sous la direction de Sylvain Kahn, le livre de Magali Reghezza-Zitt inspiré de sa thèse soutenue en 2006 sous la direction d’Yvette Veyret. Cette agrégée et docteure en géographie est maîtresse de conférences à l’ENS Ulm. D’une plume alerte, elle expose, dans un style simple et direct, les risques auxquels est exposée la capitale. Un véritable effort a été fait dans l’écriture pour ne pas s’en tenir à un condensé de thèse qui aurait pu être rébarbatif à lire. L’auteure use de moyens très didactiques pour faire passer son message.

Elle convoque pour cela l’histoire des crues (une soixantaine) et plus particulièrement celle de 1910. Elle explique les probabilités de survenue d’une catastrophe par des moyens imagés (cf. la survenue d’une crue centennale correspond à la probabilité de tirer une boule noire parmi 99 boules blanches et non pas le fait d’une régularité de survenue d’une crue tous les 100 ans). Car si la crue centennale de 1910 se produisait aujourd’hui, les dégâts seraient majeurs. Estimés à 40 milliards d’euros (soit 10 fois plus que la tempête de 1999), l’inondation paralyserait la capitale pendant des semaines (entre trois et cinq semaines), comme elle l’avait fait en 1910. A une différence majeure : les réseaux d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec ceux d’hier et l’endommagement serait proportionnel aux équipements mais aussi aux populations concernées. Au-delà de la description de l’inondation, Magali Reghezza-Zitt décortique les éléments à l’origine de cette crue en mobilisant des connaissances hydrographiques (la Seine et ses affluents), en replaçant l’évènement dans la géographie des risques et des réseaux.  « L’inondation représente en effet l’irruption d’une nature indomptée dans une ville occidentale qui est justement l’incarnation matérielle de l’arrachement au naturel par le processus de civilisation. »

L’auteure détaille tous les dispositifs mis en place pour prévenir la catastrophe. Elle montre que malgré les retours sur expériences tirées de crises plus ou moins récentes (tempête de neige à Montréal en 1998, cyclone Katrina en 2005, tempête Xynthia en 2011) et l’arsenal administratif (PPRI, PAPI – programmes d’action de prévention des inondations) existant, la catastrophe sera là. Elle démontre que la gestion d’une catastrophe de cette ampleur doit se faire à l’échelle du bassin versant mais cela reviendrait à inonder certains endroits moins denses pour atténuer le « risque métropolitain ». Mais, « Comment envisager une gestion à l’échelle métropolitaine quand il n’existe pas d’échelon politique métropolitain ? On touche là à la gouvernance de la métropole parisienne. »

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

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http://news.doctissimo.fr/Sante/Sensibiliser-les-jardiniers-amateurs-aux-risques-des-pesticides-21722

Yvette Veyret, ancienne professeur de géographie à l’université Paris X  et spécialiste du développement durable dont elle traite dans des ouvrages comme Le développement durable : approches plurielles ou Atlas des villes durables, veut ici montrer le lien qui existe entre risques et le développement durable : mal gérer les risques c’est entrainer un mal développement, il est donc nécessaire de les maitriser pour faciliter le développement durable.

 

  1. I.                    Des définitions indispensables : risque, aléa, catastrophe

Yvette Veyret introduit des termes importants à distinguer si l’on veut bien envisager les risques : Les aléas sont de brusques et irréguliers changements géologiques dus à la dynamique interne terrestre, la Terre subissant constamment des influences qui modifient en l’espace de plusieurs millions d’années son climat et le font alterner entre périodes glaciaires et périodes interglaciaires, de réchauffement, comme celle que nous vivons actuellement. Ils peuvent être classés en deux catégories, les aléas géologiques et les aléas climatiques ou hydroclimatiques. On y inclut les processus déclenchés par l’activité humaine, comme l’érosion des sols ou la pollution atmosphérique.

Ces aléas deviennent des risques quand ils sont considérés comme dangereux par et pour une population : le risque a un caractère social.

Cependant le risque ne traduit qu’une potentialité : quand il se concrétise et qu’un aléa touche une population il devient une crise ou une catastrophe. Elles sont classées selon l’ampleur des dégâts qu’elles ont occasionnées, néfastes et perçues comme extraordinaires.

A l’intensité des aléas ne correspond pas l’intensité de la catastrophe. Pourquoi ? Parce qu’il faut prendre en compte la vulnérabilité des populations.

 

  1. II.                  Le poids de la vulnérabilité

Yvette Veyret définit la vulnérabilité comme « la fragilité d’un système ». Elle présente ensuite ses différentes composantes dans un tableau : elle peut être matérielle, structurelle ou fonctionnelle. Ces trois types de vulnérabilité dépendent de trois types de facteurs : des facteurs biophysiques, des facteurs sociaux et économiques et des facteurs spatiaux.

Elle remarque ensuite que moins un pays est développé, plus il sera vulnérable face aux crises: le risque est donc indicateur de mal développement.

Cette vulnérabilité se traduit par plusieurs facteurs : une insuffisante connaissance du risque et un manque d’éducation et d’analyse face à lui ; une vision des catastrophes comme punitions divines ; des problèmes financiers, économiques et politiques avec la corruption ; des problèmes d’aménagement défaillants qui aggravent les risques.

Pour étayer cette thèse elle compare deux séismes de magnitude équivalente survenus à quelques mois d’intervalles, celui de Spitak, en Arménie en 1988,  et celui de San Francisco en 1989 : On voit qu’en Arménie les pertes humaines et matérielles ont été considérables, tandis qu’aux Etats-Unis les pertes humaines et matérielles ont été très faibles.

Cependant même les pays riches ne sont pas exempts de toute vulnérabilité.

 

  1. III.               Risque, catastrophe, vulnérabilité et développement durable

 

  1. Vulnérabilité et développement durable

Selon un rapport de la Croix rouge internationale le coût économique des catastrophes dans le monde a été multiplié par cinq en 20 ans, ce qui est dû à l’augmentation de la vulnérabilité par le renforcement de logiques de la mondialisation comme la littoralisation ou la métropolisation, qui conséquemment regroupent les biens et les personnes.

Cette évolution peut être un frein au développement durable. Les catastrophes sont par leur aspect destructeur une menace écologique, et également un frein économique et social : elles renforcent les inégalités et forcent à obliger les fonds publics pour la reconstruction en priorité.

Plus un pays connaît un faible développement plus il est atteint économiquement, on peut voir sur des études qu’entre 1990 et 2000 en moyenne les dégâts coutent 7, 8% du PIB des pays touchés. Les moins développés étant les plus vulnérables, ils sont aussi les plus touchés par les catastrophes, contrairement aux pays riches ou les seules pertes réelles sont les pertes économiques.

Yvette Veyret relie ces effets des catastrophes au concept de résilience, qui est la capacité d’un système à se reconstruire après une crise en intégrant d’elle des enseignements. Là encore la résilience est fonction du niveau de développement des pays : des pays pauvres comme Haïti, où le séisme de 2010 a aggravé des conditions de vie déjà extrêmement difficiles, ont une résilience très faible, alors que des pays comme le Japon, qui a su grâce à ses ressources reconstruire très rapidement Kobé après un séisme en 1995, ont une forte résilience.

 IV. Risques, catastrophes, aménagement des territoires et développement durable

Yvette Veyret insiste sur la nécessité de l’intégration des risques au programme d’aménagement du territoire, pour conduire au développement durable.

La France notamment reconnaît la nécessité de la prévention des risques, notamment dans de nombreux textes réglementaires comme le Plan de Prévention des Risques en 1995, qui mettent aussi en place des zones à risques où l’aménagement du sol est réglementé spécifiquement et géré par l’Etat.

Mais dans la plupart des cas manque d’intégration du risque aux politiques de développement durable : c’est le cas de Paris et de Londres, où la gestion des inondations n’a pas pu suivre l’expansion croissante de la ville.

Dans beaucoup de cas, même si cela est nécessaire, les projets urbains visant au développement durable  grâce à la création d’emplois, de pôles dynamiques ou d’une politique d’espaces verts n’intègrent pas la gestion des risques, ils ne définissent pas de zones à risque.

Ce problème est encore plus important dans les Suds, où les politiques d’aménagement du territoire en elles-mêmes sont insuffisantes et l’urbanisation s’est généralement développée hors de tout contrôle. Le problème est aussi celui du manque d’implication ou de la corruption politique, les lois concernant le développement durable et les risques n’étant pas appliquées. C’est le cas du Venezuela, du manque réaction politique face aux catastrophes et de sa « loi des eaux et forêts ».

Pour Yvette Veyret la reconstruction pourrait être l’occasion de mettre en place des installations prenant en compte risque et développement durable, mais le problème du coût élevé et celui de la nécessité d’un investissement politique toujours sous-jacents. Il est donc difficile de lier risques et développement durable ou même risques et développement.

Cet article explique bien la notion de risques et tous les termes qui en découlent, ainsi que le rôle qu’ils jouent dans la fracture Nord/Sud, mais ses limites résident peut-être ici : l’article tourne autour de ce sujet, le développement durable y a une place moindre alors qu’il est un thème essentiel. Yvette Veyret arrive cependant à montrer la nécessité de la prise en compte des risques en leur donnant une plus grande place. Mais sera-t-il possible, en regard de la difficile situation économique actuelle, de concilier développement durable et prise en compte des risques ?

Marie Gabet, HK/BL

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http://www.journeeseconomie.org/index.php?arc=p4&num=464

Article d’Yvette Veyret sur le développement durable dans Historiens & Géographes n°411)

Yvette Veyret est une géographe française, ancien professeur à l’Université de Paris X-Nanterre et spécialisée dans la question du développement durable. Elle a publié plusieurs ouvrages à ce propos : Développements durables, tous les enjeux en 12 leçons ou encore Le développement durable, Approches plurielles.

Au début de son article, Yvette Veyret pose les questions essentielles pour tendre à une définition universelle du développement durable, à savoir : sa fonction, les acteurs et l’échelle de mise en œuvre. Une fois cela posé, Y. Veyret nous met en garde : « le développement durable demeure une notion floue ». Ne nous attendons donc pas à obtenir une définition nette et précise. Au-delà de ces questions pratiques, la géographe soulève de réels problèmes liés au développement durable : d’une part, comment faire coïncider développement et développement durable, notamment pour les pays en voie de développement, d’autre part la possibilité de mise en œuvre, en se demandant si le développement durable n’est pas pure utopie et enfin le problème du discours adopté par la presse et les media, qu’elle dénonce, le jugeant apocalyptique, décourageant pour les sociétés montrées du doigt et également contre-productif.

I-                    La planète, encore loin du développement durable : trop de pauvres ? trop de population pour un développement durable ?

Y. Veyret part du postulat qu’il existe de profondes inégalités entre les pays, qui sont vérifiées par des indicateurs tel que l’IDH (indicateur de développement humain). Ainsi, des populations pauvres se détachent et semblent être loin de se préoccuper du développement durable : ce n’est pas leur priorité et elles manquent d’argent. C’est pourquoi l’un des objectifs du Millénaire (cités lors du sommet du millénaire à New York en 2000), le septième, vise à « assurer un environnement durable », valable pour l’ensemble de l’humanité. Yvette Veyret étudie ensuite la question de la croissance : le rapport entre la croissance de la population et les ressources disponibles est l’objet de discussions depuis  près de 4 siècles, et oppose économistes, géographes et sociologues. Par exemple, alors que Malthus évoque une « pression destructrice », c’est-à-dire que plus la population augmente,  plus le décalage entre population et ressources augmente, Condorcet lui voit dans la science et le progrès technique la possibilité de repousser les limites de la croissance. Il pense, comme Esther Boserup qui parlait de « pression créatrice », une évolution positive. Mais depuis quand cette obsession de développement durable existe-t-elle ?

II-                  Le développement durable, une notion récente ?

Si l’on situe d’instinct les débuts du développement durable en 1987, lors du rapport Brundtland (qui lui donnera sa définition telle que : développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs), son origine est en fait plus ancienne, et s’ancre dans le XVIIIème siècle. En effet, l’idée de développement durable s’est forgée en réponse à des besoins sociaux et économiques et en suivant le cours de l’Histoire : alors que les Lumières ont bouleversé la pensée occidentale, les hommes commencent à se préoccuper de la nature et de son sort, puis le développement de l’industrie ou encore l’urbanisation, autant de transformations qui vont modifier le rapport de l’homme à la nature : naissent alors des mouvements écologistes (le Sierra Club en 1892 aux USA). Les manifestations internationales vont se multiplier à partir de la seconde moitié du XXème siècle : conférence de Stockholm en 1972, rapport Brundtland en 1987 ou encore conférence de Johannesburg en 2002.

Ainsi, la notion de développement durable n’est pas si récente qu’on pourrait le croire, et c’est en approfondissant les recherches sur le sujet qu’on a pu se rapprocher d’une définition de développement durable. Cependant, cette notion reste complexe.

III-                La complexité de la notion de développement durable et les difficultés inhérentes à chaque « pilier ».

Y. Veyret distingue 3 piliers qui déterminent le développement durable.

 En premier lieu, elle aborde le rapport entre la nature et le développement durable. Si dans l’idéal humain, la conception de la nature est celle d’une nature vierge, il est clair qu’aujourd’hui l’anthropisation (qui se traduit par l’agriculture, l’élevage, l’industrialisation, l’urbanisation et la croissance démographique) va à l’encontre de cette idée. Cependant, cette vision idéaliste d’une « mère nature » protectrice n’a jamais vraiment été applicable : elle est le fruit de l’imaginaire des citadins, ou bien le résultat de mouvements artistiques tels que le Romantisme. Il faut donc renoncer à la nature parfaite, mais cependant Yvette Veyret s’intéresse à l’équilibre de la nature. Là encore, une limite s’impose : le point d’équilibre ou point zéro n’existe pas, compte tenu des changements perpétuels de la planète.

En second lieu, elle parle de l’aspect socio-économique du développement durable, distinguant la « durabilité faible », qui croit au renouvellement des ressources de la « durabilité forte », qui oppose croissance et développement durable. Les décroissants, à l’instar de Nicolas Georgescu-Roegen ou Serge Latouche, vont plus loin : pour eux, impossible de remplacer un produit par un autre. Une dernière conception est enfin exposée : celle des pays pauvres, qui « considèrent que le développement durable est un luxe de pays riche plutôt qu’un concept opérationnel ». L’économie joue donc un rôle important dans la question du développement durable, mais qu’en est-il de l’équité et de la gouvernance ?

Yvette Veyret affirme que le développement durable va nécessairement de pair avec la démocratie, c’est-à-dire avec un milieu qui prône l’équité, soit traiter chacun selon ce qui lui revient de droit, selon son mérite. En outre, elle soutient que le développement durable doit se faire dans un échange entre les différentes institutions de la société, c’est-à-dire les « acteurs politiques, administratifs et les citoyens ». Cette complémentarité entre les acteurs s’appelle la gouvernance.

IV-               Développement durable et géographie

Pour finir, la géographe établit un lien entre géographie et développement durable. Cette science, en tant qu’étude des sociétés et des milieux dans lesquels elles évoluent, aborde le développement durable d’un point de vue social, et à différentes échelles. Y. Veyret s’intéresse ici aux espaces agricoles puis aux espaces ruraux pour montrer comment la réflexion sur le développement durable rejoint la géographie. La démarche géographique intervient encore dans l’étude des ressources : quantité, localisation, usage…

Yvette Veyret parvient dans cet article à montrer comme le développement durable n’est pas une simple notion vague et évidente, mais bien un enjeu majeur qui repose sur les choix de la société à effectuer pour l’avenir. Elle ajoute enfin que le développement durable est nécessairement lié à la mondialisation et aux transformations qu’elle fait subir à notre planète.  Si la construction de l’article est, à mon sens, irréprochable, un aspect manque cependant. En effet, Yvette Veyret semble se contenter de donner les faits et de les analyser, mais elle ne répond pas réellement aux questions posées au début de l’article, notamment celle du développement durable envisagé comme une utopie. Réponse impossible à l’heure actuelle ? Volonté de sa part ? Quoi qu’il en soit, nous restons sur une fin ouverte. À nous, peut-être, de trouver des solutions pour demain.

Raphaëlle-Marie Hirsch, HL/AL

 

 

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Problèmes Politiques et Sociaux

Les Risques naturels et technologiques (n*908)

Introduction :

Différents auteurs écrivent sur les risques naturels et technologiques dans le monde, et leur prise en compte par le public des sociétés occidentales et les scientifiques et décideurs politiques.

Il est dit que la modernisation des sociétés occidentales a augmenté les risques, que les risques sont de plus en plus présents mais de moins en mois acceptés, que les modes de gestion et l’évaluation des risques sont en changement. Est également exposé la nécessité de prendre en compte les représentations sociales du risque et de relativiser le poids de la science dans les esprits du public, et la différence entre risque, catastrophe, aléa et vulnérabilité est faite. Enfin, est théorisée le seuil d’acceptabilité du risque, qui diminue à mesure que la gravité augmente et la fréquence diminue.

Contenu :

  1. I. une menace globale de la modernisation (Ulrich Beck)

A) La nature intégrée au système industriel

L’opposition entre nature et société vient du XIXè siècle. Aujourd’hui, la nature est soumise et exploitée, elle s’est transformée en système interne et est devenu du construit : elle a été transportée à l’intérieur du système industriel, devenant incontournable. Dépendre de la consommation et du marché, c’est dépendre de la nature, et cette dépendance immanente du système de marché par rapport à la nature devient avec le système de marché une des lois de l’existence au sein de la civilisation industrielle.

Nous avons appris à répondre aux menaces de la nature externe en construisant et en accumulant des connaissances. Mais nous sommes livrés quasiment sans défense aux menaces industrielles de cette seconde nature, intégrée au système industriel.

L’envers de la nature socialisée est la sociétisation des destructions naturelles qui se transforment en menaces sociales, économiques et politiques. Les menaces de la vie dans la civilisation industrielle sont sujettes aux métamorphoses sociales du danger.

B) Des sociétés de pénurie aux sociétés du risque

Les sources de la richesse sont souillées par le nombre croissant des menaces dues aux effets induits. Cette face sombre de la modernisation est amplifiée par le surdéveloppement des forces de production et de destruction. Tôt ou tard, les situations sociales d’une société distributrice de richesse commenceront à croiser ceux d’une société distributrice de risques.

Auparavant, les menaces agressaient les sens (puanteur), tandis qu’aujourd’hui les risques apportés par la civilisation se dérobent à la perception (menace atomique). Autrefois, on pouvait attribuer ces risques à un sous-approvisionnement en technologie de l’hygiène ; aujourd’hui, c’est un phénomène de sur-production industrielle qui est à l’origine. La cause en est la modernisation.

  1. II. L’omniprésence du risque (Yvette Veyret)

Le risque a acquis récemment une place majeure dans les sociétés des pays riches, pourquoi ? L’augmentation du niveau de vie induit une demande de plus de sécurité.

A) Des sociétés très vulnérables

Les sociétés modernes sont très vulnérables, elles sont par exemple plus sensibles aux fluctuations météorologique qui se traduisent par des effets sur le tourisme, sur le cout des produits agricoles, sur la circulation.

Désormais, le risque est partout, un sentiment d’insécurité prévaut qui semble alimenté par le progrès même de la sécurité, par le développement des sciences.

B) Risques et sciences

Les progrès scientifiques des siècles passés avaient laissé croire à la possibilité d’atteindre la sécurité totale, à l’effacement du risque.

Mais les avancées scientifiques ne sont plus perçues comme des progrès. Ce n’est plus seulement la naure qui engendre des risques, c’est d’abord la science et la technique. L’humanité a conçu et réalisé les moyens de sa propre destruction (bombe atomique). Le contrôle des usages et des effets de la science nous échappe, et certains risques sont plus menaçants que, mondialisés, ils dépassent parfois les compétences des Etats-nations.

III. Le risque, une notion complexe… (J. Brenot et M-H Massuelle)

Au cours de ce siècle, la nature des risques inhérents aux activités industrielles et humaines a connu de profondes modifications. Les risques des anciennes industries ont diminué mais ils se manifestent à plus vaste échelle du fait de la mondialisation des échanges et de la consommation de masse.

A) De nouveaux modes de gestion

Des risques nouveaux sont apparus qui appellent de nouveaux principes et modes de gestion.   La diversité des modes de gestion dépend étroitement de l’état des connaissances sur le risque, c’est-à-dire de son évaluation.

L’émergence de la thématique risque/évaluation/gestion doit beaucoup à l’information. La prise de conscience collective met au premier plan la protection de l’homme et de son environnement et la préservation des ressources naturelles.

Pendant longtemps, les modes de gestion basées sur le respect de procédures et de valeurs limites d’exposition conduisaient à déclarer le risque comme nul ou négligeable. Dans les années 1970, cela devint insuffisant pour certaines substances cancérogènes ; les gestionnaires se tournèrent alors vers la recherche d’un niveau de risque qui serait socialement et économiquement acceptable, c’est-à-dire un risque tel que l’on consente à y être exposé compte tenu des avantages escomptés et que l’on ait entièrement confiance dans le mode de contrôle.

B) Une évaluation différente selon les acteurs

La notion de risque est ambiguë : situation susceptible de conduire à des conséquences non désirées ou probabilité d’occurrence et conséquences associées. Chacun a une définition différente du risque et donc des modes d’évaluation différents.

L’évaluation d’une situation à risque requiert quatre étapes : d’abord l’identification des effets néfastes et de leurs sources ; puis pour chaque effet et chaque source, l’évaluation des expositions (ou doses), l’établissement d’une relation dose-effet et enfin l’estimation du risque de survenue de l’effet. Chaque étape nécessite des choix.

L’effet sur l’individu se focalise sur le décès ou incapacité physique. Pour un écosystème, il s’agira d’une pollution ou d’une destruction de la faune ou de la flore. La source pourra être une substance ou un événement. La relation dose-effet pourra être avec seuil ou sans seuil, les modèles d’estimation du risque peuvent traiter du risque relatif ou diffus.

Ainsi, l’exercice de quantification présente des limites.

IV. …produit d’un aléa et d’une vulnérabilité (A. Dauphiné)

Dans l’étude des risques et des catastrophes, il faut distinguer ce qui peut advenir et ce qui se produit réellement. Il n’y a pas forcément concordance, un risque peut ne pas se matérialiser en catastrophe. La catastrophe est un risque qui s’est réalisée.

A) Le décalage entre risque et catastrophe

Il n’y a jamais de concordance (temporelle, spatiale, intensité) entre risque et catastrophe. Le risque peut persister après la survenue d’une catastrophe, le risque est spatialisé sur une aire mais la catastrophe est plus localisée, et l’intensité d’une catastrophe peut être bien plus forte ou bien plus faible que prévue.

B) Aléa : une notion élémentaire, mais difficile à quantifier

Le risque est le produit d’un aléa et d’une vulnérabilité. L’aléa est un terme emprunté à la probabilité. Au sens restreint, il désigne la probabilité d’occurrence d’un phénomène. Il est fonction de l’intensité du phénomène, de son occurrence, de la durée considérée, et de l’espace pris en compte. L’aléa est donc une probabilité qui prend en compte 2 caractéristiques : l’occurrence et l’intensité du phénomène. La démarche indirecte consiste à calculer la probabilité de l’aléa à partir des probabilités des différentes causes pouvant conduire à l’accident (événement déclencheur, échec des dispositifs de sécurité, résistance du matériel, etc). L’aléa devient donc le résultat d’un calcul complexe, établi sur une connaissance toujours incomplète du phénomène.

C) La vulnérabilité, second volet du risque

Il existe de nombreuses définitions de la vulnérabilité, regroupées en deux parties :

–        Les enjeux sont les domaines affectés par le risque (hommes, biens, milieux), qui varient en fonction de la nature de l’aléa. Pour chaque enjeu reconnu est établie une évaluation des dommages en fonction des niveaux d’aléa. Cette approche classique de la vulnérabilité  mesure un endommagement potentiel des biens et des personnes et ses répercussions sur l’environnement économique.

–        Cette définition est considérée comme restrictive depuis une dizaine d’année. A l’approche classique de la vulnérabilité s’opposent celle qui considère la vulnérabilité des sociétés à travers leur capacité de réponses à des crises potentielles. Cette seconde vulnérabilité traduit la fragilité d’un système dans son ensemble, et sa capacité à surmonter la crise provoquée par un aléa. Plus un système est apte à se rétablir après une catastrophe, moins il est vulnérable.

Pour surmonter une crise, deux solutions existent. La résistance et la résilience, qui mesure la capacité d’un écosystème à aborder le changement, à persister au delà d’une perturbation.

La somme de la résistance et de la résilience est l’inverse de la vulnérabilité. Quand un système social possède une bonne résilience, sa vulnérabilité est faible, car il retrouve rapidement son état antérieur.

  1. V. La nécessité de tenir compte des représentations sociales du risque (A. Lorenze, F. Neresini)

Les représentations sociales sont des interprétations qui donnent sens à la réalité. Elles prennent racine dans notre vie en société, et prennent source dans les groupes, les médias, les débats publics. Comment fonctionnent-elles dans le processus d’évaluation du risque en cas de crise scientifique ?

A) Evaluation du risque et conseil scientifique

L’utilisation des représentations sociales est très importante car le savoir scientifique perd ses privilèges et sa capacité à expliquer la réalité. L’attitude du public vis-à-vis du risque a tendance à être influencée par des arguments culturels, moraux, politiques ou économiques, en plus des arguments scientifiques. Les décideurs politiques doivent être conscients que les représentations sociales prennent racine dans la société entière, car la perception publique du risque est directement corrélée au degré de confiance du public dans les institutions.

La conscience plus en plus claire que la modernité a entrainé progrès et bien-être, mais aussi nouveaux problèmes et nouveaux risques a permis de constater que l’anxiété est une caractéristique dominante des sociétés contemporaines. Les risques sont évalués au cours de débats publics, véhiculés par les médias de masse ; la communication joue donc un rôle crucial.

Les scientifiques et le public mesurent les risques différemment. Le public a tendance à ne pas utiliser d’arguments scientifiques et rationnels, alors que les scientifiques insistent sur le besoin d’utiliser la rationalité et les preuves scientifiques. Mais dans certains cas, les connaissances scientifiques sont insuffisantes ou sujettes à controverse, ce qui les rend inutilisables dans le conseil à la prise de décision politique. Par exemple, les scientifiques affirment qu’il n’existe pour l’instant aucune donnée confirmant que les OGM ne sont pas surs, tandis que le public considère que ce n’est pas une garantie suffisante. Cela place les scientifiques ans une position où ils ne sont plus jugés capables d’évaluer les risques liés aux recherches scientifiques.

De plus, le simple fait de fournir plus d’information scientifiques s’est avéré inefficace pour soulager les craintes du public. Donc plus d’information ne signifie pas efficacité de communication et que la qualité des information est un préalable nécessaire mais pas suffisant à la bonne communication.

B) rechercher la confiance

Pour leurs décisions, les politiques doivent à la fois tirer un meilleur parti d’un processus de conseil impartial et transparent, et tenir compte des rationalités autres que celle scientifique, car elles s’expriment dans le débat public. Cela suppose de reconnaître les validité des différentes façons dont le public évalue les risques qui découlent de nouvelles applications scientifiques et technologiques, même si elles ne sont pas rationnellement scientifiques et ne sont que des représentations sociales.

VI. L’acceptabilité du risque (A. Desroches, A. Leroy, F. Vallée)

Le risque acceptable est «la valeur d’un risque résultant d’une décision explicite établie de façon objective par comparaison avec des risques connus et admis, naturels ou technologiques dans certaines branches d’activité». On peut directement associer à un risque une décision d’acceptation ou de rejet.

–        le risque acceptable : le risque initial ou résiduel défini par sa probabilité, sa gravité ou son espérance mathématique est mineur. Les actions de maitrise des risques nécessiteraient des ressources non pertinentes par rapport au niveau de risque obtenu après réduction du risque.

–        risque inacceptable : le risque initial ou résiduel défini par sa probabilité, sa gravité ou son espérance mathématique ne peut être justifié dans le cadre du déroulement courant de l’activité donnée. Il pourra être néanmoins toléré ou considéré accepté dans des circonstances exceptionnelles.

Les objectifs en termes de risques acceptables et inacceptables peuvent être visualisés sous le diagramme de Farmer. Quand la gravité de la catastrophe augmente, la probabilité de la survenue du risque diminue. Le risque est acceptable quand la gravité est forte mais la probabilité faible, ou quand la gravité est faible mais la probabilité forte.

Critique :

Les différents auteurs s’expriment sur des thématiques du risque très différentes ; il est donc compliqué de faire une critique globale. Il apparaît pourtant que tous remarquent des mutations dans le rapport des hommes au risque et des changements du fait de l’évolution post-moderniste que prennent les sociétés occidentales : ainsi, la science a évolué et beaucoup de découvertes ont été faites, mais de plus en plus, on remet en cause ces découvertes : le nucléaire est-il un progrès ou une augmentation des risques ? La catastrophe survenue au Japon en février 2011 a d’ailleurs provoqué un changement dans les consciences, et la France, dont l’énergie électrique est à 80% nucléaire, remet en cause le nucléaire et cherche à diminuer la part que prend cette énergie. De plus, il apparaît que la modernisation croissante de notre mode de vie occidental a provoqué un sentiment de droit à la sureté. Les gens pensent que dans un monde modernisé, ils ont le droit de vivre en sécurité, et c’est ainsi que le seul d’acceptabilité baisse. Pourtant, plus la science progresse, plus elle crée de risques et en occulte d’autres.

Il est donc stratégique pour les politiciens de prendre en compte le rapport qu’ont les individus aux risques qui les menacent. A. Lorenze et F. Neresini ont écrit à ce sujet que les représentations sociales du risque doivent être perçues comme une autre rationalité que celle des scientifiques, qui connaissent de nos jours une crise. Pourtant, il apparaît absolument nécessaire d’informer scientifiquement les individus, dont les représentations sociales du risque sont parfois fausses. Ce n’est qu’en étant conscients du risque que l’ont peut s’en protéger.

Clothide Robert, HK/AL

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