Liés à jamais

24 11 2013

page de couverture francais

Victor était un de ces petits garçons courageux qui n’avait jamais peur de rien. Il était très intelligent pour ses douze ans, assez grand avec des cheveux blond qui, à certains endroits, bouclaient.

Comme depuis deux jours, il se réveilla en sursaut. Il venait de refaire cet horrible cauchemar. Des larmes s’échappaient de ses yeux bleus. Il se leva d’un air troublé descendant d’un pas lourd les escaliers qui menaient à la cuisine. Sa petite sœur Zoé était déjà installée à boire son chocolat chaud. Victor contemplait la vaste mer des Côtes d’Armor. Sa mère Sylvie était déjà réveillée depuis l’aube, profitant d’un footing pour bien commencer la journée. Son père, lui, était parti à la pêche. Vic préférait rejoindre son grand-père dans la petite cabane qu’ils avaient construite et où ils se rendaient tous les jours. Vic prit son vélo et partit vers la plage. Il ne se lassait jamais à l’idée de retracer le même chemin sur le sable fin pour retrouver son grand-père Jean.

Sur le chemin, il sentit sa tête tourner. Il vit comme une image dans laquelle une personne  l’appelait, un flash puis il rouvrit les yeux. Il n’y avait que son grand-père se moquant un peu de lui :

« – Ben alors, petit, on ne sait plus pédaler, l’air de la mer t’a fait tomber? ».

Vic ne disait rien. Il avait maintenant la certitude que ce flash avait un rapport avec ses cauchemars. Il se rendit dans la cabane de son grand-père qui était près de la plage.

« -Nous n’avons rien à manger, n’est-ce pas, mon petit gars? » Dit le grand-père de Vic.

Sur ces mots, le grand-père partit pêcher quelques crevettes pour grignoter. Pendant ce temps, Vic se sentit un peu seul alors il alluma la radio.

« Mesdames, Messieurs,  une alerte a été lancée. Une panthère a été aperçue dans le centre ville de Lannion. Il semble cependant qu’elle ait rejoint la mer. Les autorités ont engagé des chasseurs professionnels pour  capturer l’animal, mais le félin identifié comme une race dangereuse reste introuvable. »

Après l’alerte, le jeune homme partit faire un tour à la plage, l’air déconcerté. Il voulait se retrouver seul profitant d’un moment de calme. Il marcha les pieds dans l’eau, ressentant toujours un malaise en lui. D’un coup, une vision surgit, mais elle  n’était pas précise. Il voyait la mer, la plage, un phare assez mystérieux mais surtout des flammes. Dans sa vision, les couleurs se fondaient les unes dans les autres  et tout semblait flou mais pourtant on voyait très clairement des yeux… des yeux foudroyants qu’il était certain de connaître…  Une panthère, un lien, une cicatrice. Tout était si vague, si inexplicable, si confus. Vic, à présent très pâle, croyait sombrer dans un horrible cauchemar, mais il voulait comprendre !

Vic continua son chemin, l’air plus troublé que jamais. Toutes ses pensées étaient bloquées sur une seule image ; la panthère. Il ressentit le danger s’approcher de lui, comme une menace. Dans sa vision était apparu le lien : la cicatrice. Il la sentait à présent,  traçant sur sa peau une large coupure. Vic se remémora ces moments où il avait eu subitement faim ou froid et très souvent mal. On le croyait fou, il ne l’était plus. Il courut chez lui, s’équipant de vêtements chauds et pratiques et de quelques provisions. Il prit le temps d’écrire un message à ses parents et partit en courant, plus décidé que jamais à retrouver la panthère. Il avait aperçu la mer et une île dans sa vision. Il s’y rendrait grâce à sa petite barque. Il tira sa barque de l’eau et se fit remorquer par un homme vêtu d’une combinaison kaki et de trois poignards en guise d’accessoires. Au loin, sur la côte, Jean, le grand-père de Victor,  regardait avec attention une voile rouge naviguer sur la mer.

La panthère courait déjà depuis des heures dans une forêt qui longeait la côte. Ses membres étaient tétanisés. Elle s’effondra, elle avait mal ou plutôt il avait mal. Tout ce que la panthère ressentait, Vic le ressentait également. Elle était sur une île, une grande île qui semblait abandonnée où seul dominait un grand phare de couleur rouge et blanc.

Victor avait les yeux bandés. Il tenta de crier, en vain et puis on le laissa seul dans une pièce où l’on prit soin de l’enfermer. Il sentait l’odeur de la mer, celle qu’il aimait tant. Il réussit à enlever le bandeau attaché autour de sa tête mais il était attaché par les bras et les jambes et avait mal, très mal.

La panthère lutta contre la douleur mais la voix des chasseurs résonnaient dans cette immense forêt. La panthère sentait la peur l’envahir. Il lui était maintenant difficile pour elle de se battre contre une force invisible, la douleur de Vic et contre sa propre terreur. Les chasseurs étaient pourtant là, à la regarder avec des yeux pleins de haine. Ils tiraient, et les balles s’entremêlaient dans le ciel devenu noir. La panthère se laissa emporter dans une course infernale et ne pouvant plus déplacer aucun de ses membres, elle ferma les yeux et fit exploser dans un tourbillon de flammes toute la terre et la vie qui l’entouraient. Les arbres criaient, suppliant la panthère,  les flammes volaient. La panthère sauta par-dessus les flammes, les arbres brûlés et les chasseurs effondrés..

Dans sa prison, Victor avait aussi fermé les yeux, essayant de respirer, ressentant lui aussi l’indescriptible, l’effroyable force qui lui était parvenue. Il avait peur pour la panthère et des milliers de questions défilèrent dans sa tête. 

A l’aube,  sur l’île, la panthère marchait toujours avec un seul objectif :  trouver Victor. Dans sa prison, Vic regardait par le hublot l’horizon,  le vide. Il savait à présent qu’il se trouvait dans le phare et ressentait  le manque d’eau de nourriture et une impression de vertige. Où était la panthère? Etait-elle toujours en vie ?

Le vertige, la panthère le ressentait, frôlant le vide. Elle était en haut d’une grande falaise de pierre d’où s’écoulait une grande cascade aux mille facettes de bleus. Il lui fallait sauter pour rejoindre le phare où elle voulait trouver refuge. Sans plus aucune hésitation, voulant sauver Victor, plus que tout. Elle affronta peur, douleur,  et fit intervenir en elle le courage, le plus beau des courages. Elle sauta.

Les chasseurs rentrèrent dans la pièce où était enfermé Victor.

« – C’est lui, le gamin, dit le chef à un autre chasseur.

C’est toi qui es prêt à tout pour sauver une panthère? Tu parles,  elle ne fera qu’une bouchée de toi quand elle te verra.

– Qu’est ce que vous en savez, vous? Vous lui voulez quoi ? s’énerva Victor.

– On veut sa peau, du fric, tu ne connais pas ça toi, p’tit ! reprit le chef. Sa peau vaut plus qu’une centaine de diamants. Alors tu vas nous aider à la trouver car elle a déjà tué quelques hommes à nous… On va lui tendre un piège,  mais ne refuse pas car ton grand-père est en danger.

– Grand-père, non !!!! Vous n’avez pas le droit! S’écria Victor.

– On a peur ! Lève-toi, gamin.

– Non ! cria Vic de toutes ses forces.

– Attache-le, et n’hésite pas à le tuer s’il refuse de nous aider.

– Ok, chef. »

La panthère venait de sauter. Elle ne pouvait plus bouger sa patte de devant et saignait terriblement. Elle entendit un cri, un terrible cri de détresse. Elle reconnut dans ses vieux souvenirs, la voix du petit garçon. La panthère se trouvait sur la plage et vit des traces de pas. Elle marcha en boitant et arriva enfin près du phare. Elle se cacha derrière un buisson. La panthère était toute triste de voir son ami, son frère séquestré. Elle savait pourquoi les chasseurs avaient enlevé Victor. C’était pour l’attraper. La panthère se mit alors dans une colère noire. Elle était capable de tout pour sauver Vic.

«- James, j’ai fait le tour : pas de panthère repérée.

– J’espère que l’on ne va pas tarder à voir le bout de son nez, à cette panthère ! dit James.

– Imagine, la récompense ! » reprit le chef.

La panthère énervée sauta sur l’un des chasseurs, le blessant terriblement.

« Chef, tenez bon je vais l’avoir, cette panthère !»

La panthère ne fixait plus que le petit garçon. Vic lisait dans ses yeux leurs histoires, leur passé. Le chasseur arriva près du petit garçon un couteau sous la gorge.

« – Si, tu fais encore un pas, je le tue ! »

La panthère, méfiante, regardait autour d’elle. Le chef des chasseurs ne bougeait plus à présent. Elle ne pouvait plus rien fair.

« -Je ne veux pas lui faire de mal mais si tu avances, je tire sur la gâchette. »

James transperça le corps de bête qui s’effondra . Vic cria de toutes ses forces, voulant montrer à la terre entière sa colère. Il s’agenouilla près d’elle.

« -Je ne savais pas, tout ce que tu as fait pour moi, tu m’as toujours protégé, aimé comme un frère. Je l’ai vu dans tes yeux. Merci ! »

Une larme se faufila sur la fourrure noire de la panthère. Il faisait nuit et les étoiles brillaient. Vic regardait le ciel, quand une étoile filante apparut, la plus belle de toutes, un signe de la panthère. Il s’allongea contre la panthère, troublé, ressentant toujours l’âme de la panthère en lui, sa respiration… Ils étaient liés à jamais.


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