Le Misanthrope (1666) de Molière : lecture analytique n° 8 : la scène d’exposition

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LE TEXTE

PHILINTE, ALCESTE.

PHILINTE —   Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ?


ALCESTE —  Laissez-moi, je vous prie.


PHILINTE —   Mais, encor, dites-moi, quelle bizarrerie…


ALCESTE —  Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher.


PHILINTE —   Mais on entend les gens, au moins, sans se fâcher.


ALCESTE —  Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre.


PHILINTE —   Dans vos brusques chagrins, je ne puis vous comprendre ;
Et quoique amis, enfin, je suis tout des premiers…


ALCESTE —  Moi, votre ami ? Rayez cela de vos papiers.
J’ai fait jusques ici, profession de l’être ;
Mais après ce qu’en vous je viens de voir paraître,
Je vous déclare net que je ne le suis plus,
Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus.


PHILINTE —  Je suis donc bien coupable, Alceste, à votre compte ?


ALCESTE —  Allez, vous devriez mourir de pure honte,
Une telle action ne saurait s’excuser,
Et tout homme d’honneur s’en doit scandaliser.
Je vous vois accabler un homme de caresses,
Et témoigner, pour lui, les dernières1 tendresses ;
De protestations, d’offres, et de serments,
Vous chargez la fureur de vos embrassements :
Et quand je vous demande après quel est cet homme,
À peine pouvez-vous dire comme il se nomme ;
Votre chaleur, pour lui, tombe en vous séparant,
Et vous me le traitez, à moi, d’indifférent.
Morbleu, c’est une chose indigne, lâche, infâme,
De s’abaisser ainsi, jusqu’à trahir son âme :
Et si, par un malheur, j’en avais fait autant,
Je m’irais, de regret, pendre tout à l’instant.


PHILINTE —  Je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable ;
Et je vous supplierai d’avoir pour agréable,
Que je me fasse un peu, grâce sur votre arrêt2,
Et ne me pende pas, pour cela, s’il vous plaît.


ALCESTE —  Que la plaisanterie est de mauvaise grâce !


PHILINTE —   Mais, sérieusement, que voulez-vous qu’on fasse ?


ALCESTE —  Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.


PHILINTE —   Lorsqu’un homme vous vient embrasser avec joie,
ll faut bien le payer de la même monnoie,
Répondre, comme on peut, à ses empressements,
Et rendre offre pour offre, et serments pour serments.


ALCESTE —  Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode
Qu’affectent la plupart de vos gens à la mode ;
Et je ne hais rien tant, que les contorsions
De tous ces grands faiseurs de protestations3,
Ces affables4 donneurs d’embrassades frivoles,
Ces obligeants diseurs d’inutiles paroles,
Qui de civilités, avec tous, font combat,
Et traitent du même air l’honnête homme et le fat5.
Quel avantage a-t-on qu’un homme vous caresse,
Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse,
Et vous fasse de vous un éloge éclatant,
Lorsque au premier faquin6 il court en faire autant ?
Non, non, il n’est point d’âme un peu bien située,
Qui veuille d’une estime ainsi prostituée ;
Et la plus glorieuse a des régals peu chers,
Dès qu’on voit qu’on nous mêle avec tout l’univers :
Sur quelque préférence une estime se fonde,
Et c’est n’estimer rien qu’estimer tout le monde.
Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps,
Morbleu, vous n’êtes pas pour être de mes gens7 ;

Je refuse d’un cœur la vaste complaisance

Qui ne fait de mérite aucune différence ;

Je veux qu’on me distingue ; et pour le trancher net,

L’ami du genre humain n’est point du tout mon fait.

Molière, Le Misanthrope (1666), I, 1, vers 1 à 64

1 Les dernières tendresses : les plus grandes tendresses.

2 Votre arrêt : décision de justice (ironique ici).

3 Protestations : manifestations bruyantes d’amitié.

4 Affables : accueillants, aimables, polis.

5 Le fat : le prétentieux.

6 Faquin : individu sot et prétentieux.

7 Mes gens : ici, mes proches, mes amis, mes alliés.

SUPPORT

Molière, Le Misanthrope (1666), I, 1, vers 1 à 64.

PRÉSENTATION ET SITUATION DU PASSAGE

Cette scène est la scène d’exposition de la pièce de Molière.

C’est un extrait d’une scène très longue, qui compte 250 vers.

Alceste, le misanthrope, se dispute avec son ami Philinte : il lui reproche d’être un hypocrite et d’entretenir des relations intéressées. Philinte se édfend en évoquant l’étiquette et les concessions nécessaires à une vie en société.

L’étiquette est l’ensemble des règles qui organisent la vie de la famille royale, des courtisans et du personnel qui les entoure. L’étiquette s’occupe donc de la « vie privée » (bien que continuellement en public) du monarque ; la vie publique du roi (celle des cérémonies d’État) relève du cérémonial.

PROBLÉMATIQUES

Montrez en quoi ce texte présente les caractéristiques d’une scène d’exposition.

Comment l’auteur fait-il entrer le lecteur dans la pièce ?

En quoi ce texte permet-il d’identifier le personnage et les thèmes de la pièce ?

A quelle suite peut-on s’attendre à la lecture de cette scène d’exposition ?

Quelle image du personnage d’Alceste nous est donnée dans cette scène d’exposition ?

DES AXES ENVISAGEABLES.

I. UNE SCENE D’EXPOSITION VIVANTE/DYNAMIQUE.

II. UN DEBAT SUR L’AMITIE. / L’OPPOSITION ENTRE LES DEUX HOMMES

III. L’HONNETE HOMME ET LE MISANTHROPE. / UN PORTRAIT D’ALCESTE. / LES ENJEUX DE LA PIECE.

LES NEUF IDÉES ESSENTIELLES

1. C’est une exposition in medias res.

2. Les premières répliques permettent d’identifier les personnages.

3. Le spectateur ne comprend pas tout de suite la cause de la dispute entre les personnages.

4. La dispute entre les personnages prend la forme d’un débat sur l’amitié.

5. Alceste critique la société de son temps, qu’il juge frivole.

6. Philinte riposte par la dérision.

7. Alceste est un maniaque de la sincérité.

8. Philinte tente de démontrer à Alceste qu’il faut adapter sa sincérité aux circonstances et aux personnes.

9. Alceste et Philinte incarnent deux types de caractères sociaux : l’honnête homme flegmatique et le misanthrope colérique.

LES PROCÉDÉS

Citations

Procédés

Interprétation

PHILINTE

ALCESTE

Les noms des personnages

Onomastique

L’opposition entre les deux personnages de cette premie?re sce?ne apparaît dans le choix de leur nom. A? Alceste le misanthrope (probablement issu du grec alkeste?s qui signifie « fort ») est oppose? Philinte (de?rive? du grec philein) celui qui aime.

Donc Philinte aime les Hommes alors que son ami Alceste les déteste.

Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ? Début in medias res

La pièce a commencé avant la scène. C’est un début « in medias res ». Une action s’est déjà déroulée (vers 16).

La conversation elle-même a peut-être débuté avant le début du rideau ou du moins Alceste a déjà adopté une attitude d’opposition que son ami ne comprend pas. Il est déjà assis (voir la didascalie).

PHILINTE —   Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ?
ALCESTE —  Laissez-moi, je vous prie.
PHILINTE —   Mais, encor, dites-moi, quelle bizarrerie…
ALCESTE —  Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher.
PHILINTE —   Mais on entend les gens, au moins, sans se fâcher.
ALCESTE —  Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre.
Répliques brèves

Stichomythies

L’échange est vif dès le début : le premier vers est prononcé par les deux personnages (un hémistiche chacun).

La stichomythie du départ souligne le caractère violent d’Alceste, sa brusquerie.

PHILINTE —   Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ?

PHILINTE —  Je suis donc bien coupable, Alceste, à votre compte ?

PHILINTE —   Mais, sérieusement, que voulez-vous qu’on fasse ?

Questions

L’attitude d’Alceste fait l’objet d’une question de la part de Philinte : « Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ? » (vers 1). Cette question engage la nécessité de poursuivre le dialogue par une demande d’explications. Philinte interroge ici l’humeur l’état de son ami.

assis.

Alceste a déjà adopté une attitude d’opposition : il est assis, alors que Philinte, on le déduit est debout.

ALCESTE —  Laissez-moi, je vous prie.
ALCESTE —  Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher.
Rayez cela de vos papiers.
Phrases impératives

injonctives

Ordres

La rencontre est ponctuée par des remarques qui devraient mettre aussitôt fin à l’action : « Laissez-moi, je vous prie », « Moi votre ami ? Rayez-cela de vos papiers », « Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre. » coupant court normalement à tout échange. Alceste veut demeurer seul, du fait de la répulsion qu’il éprouve à l’égard des autres hommes.

PHILINTE —   Mais, encor, dites-moi, quelle bizarrerie
PHILINTE —   Dans vos brusques chagrins, je ne puis vous comprendre ;
Et quoique amis, enfin, je suis tout des premiers
Points de suspension Alceste interrompt à plusieurs reprises Philinte. Les répliques s’enchaînent sur des reprises de termes, les personnages rebondissent sur les propos entendus : « fâcher », « amis », « pendre », « pendable », « voulez », « veux ». Les mots comptent, ont une valeur que chacun soupèse dans cette polémique.
PHILINTE —   Mais on entend les gens, au moins, sans se fâcher.
ALCESTE —  Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre.
Chiasme L’utilisation d’un chiasme en de?but de sce?ne de?montre la diffe?rence d’attitude des deux personnages : le raisonnable Philinte est oppose? a? un Alceste ridiculement bute? : « Mais on entend les gens au moins sans se fa?cher / Moi, je veux me fa?cher, et ne veux point entendre » .
ALCESTE —  Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre.
Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus.
ALCESTE —  Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur
Je veux qu’on me distingue
Répétition du verbe « vouloir » Le misanthrope a une conception absolue et sans nuance de l’amitie? : elle doit s’appuyer sur une since?rite? sans faille. Un grand nombre d’expressions soulignent ce de?sir de rigueur morale. On peut relever la re?pe?tition du verbe «vouloir» a? cinq reprises. L’utilisation de ce verbe de volonte? montre la raideur capricieuse d’Alceste. D’autres expressions comme «je refuse» (v. 61) ou «je ne hais rien tant que » (v. 43) vont dans le me?me sens.

 

ne veux point

je ne le suis plus

Et ne veux nulle place

On ne lâche aucun mot

Non, je ne puis souffrir

Et je ne hais rien tant

Non, non, il n’est point d’âme

Et c’est n’estimer rien

vous n’êtes pas

Qui ne fait de mérite aucune différence

L’ami du genre humain n’est point du tout mon fait.

Négations La tournure ne?gative des phrases du misanthrope souligne l’aspect cate?gorique et ferme? de son raisonnement. Le mot «non» est utilise? a? trois reprises entre les vers 41 et 64 ; la ne?gation «ne» est omnipre?sente, quelques fois renforce?e par «rien», «pas», «point» et me?me «point du tout». On note e?galement plusieurs occurrences du de?terminant inde?fini «aucun» (v. 36 et 62).
se levant brusquement. Didascalie Alceste est agité (il se lève brusquement). On devine que Philinte est sans doute posé, calme.
Mais après ce qu’en vous je viens de voir paraître,
Une telle action
Périphrases Alceste utilise d’abord deux périphrases. L’explication de sa cole?revient un peu plus loin. On comprend qu’il vient d’e?tre te?moin d’un comportement de Philinte qu’il re?prouve : « Je vous vois accabler un homme de caresses […] A peine pouvez-vous dire comment il se nomme » (vers 17 a? 22).

Alceste de?sapprouve le comportement de Philinte qu’il condamne vivement : Philinte a fait preuve d’hypocrisie en traitant en ami un homme qu’il connait a? peine.

Cette action de Philinte situe?e avant la sce?ne est donc le pre?texte a? la confrontation de deux points de vue et de deux caracte?res diffe?rents.

action Diérèse

Le terme est prononcé par Alceste, il est à la césure et subit une diérèse. De ce fait, il est mis en valeur : « Une telle acti/on ne saurait s’excuser. »

Philinte a manifesté trop d’amitié à un courtisan qu’il ne connaît même pas. Cette action unique est passée est le prétexte (l’alibi) d’une présentation des caractères opposés des deux personnages.

ALCESTE —  Allez, vous devriez mourir de pure honte,
Une telle action ne saurait s’excuser,
Et tout homme d’honneur s’en doit scandaliser.
Je vous vois accabler un homme de caresses,
Et témoigner, pour lui, les dernières tendresses ;
De protestations, d’offres, et de serments, Vous chargez la fureur de vos embrassements : Et quand je vous demande après quel est cet homme,
À peine pouvez-vous dire comme il se nomme ;
Votre chaleur, pour lui, tombe en vous séparant,
Et vous me le traitez, à moi, d’indifférent.
Morbleu, c’est une chose indigne, lâche, infâme,
De s’abaisser ainsi, jusqu’à trahir son âme : Et si, par un malheur, j’en avais fait autant,
Je m’irais, de regret, pendre tout à l’instant.

ALCESTE —  Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode
Qu’affectent la plupart de vos gens à la mode ; Et je ne hais rien tant, que les contorsions
De tous ces grands faiseurs de protestations,
Ces affables donneurs d’embrassades frivoles,
Ces obligeants diseurs d’inutiles paroles,
Qui de civilités, avec tous, font combat,
Et traitent du même air l’honnête homme et le fat.
Quel avantage a-t-on qu’un homme vous caresse,
Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse,
Et vous fasse de vous un éloge éclatant,
Lorsque au premier faquin il court en faire autant ?
Non, non, il n’est point d’âme un peu bien située,
Qui veuille d’une estime ainsi prostituée ; Et la plus glorieuse a des régals peu chers,
Dès qu’on voit qu’on nous mêle avec tout l’univers :
Sur quelque préférence une estime se fonde,
Et c’est n’estimer rien qu’estimer tout le monde.
Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps,
Morbleu, vous n’êtes pas pour être de mes gens ;
Je refuse d’un cœur la vaste complaisanceQui ne fait de mérite aucune différence ;

Je veux qu’on me distingue ; et pour le trancher net,

L’ami du genre humain n’est point du tout mon fait.

Tirades Somme? de s’expliquer par Philinte, Alceste se lance dans un discours argumentatif ponctue? d’affirmations tranche?es : « je vous de?clare net » , « je veux » (qu’il utilise a? trois reprises), « Je ne hais rien tant que » , « Je refuse » .

Alceste dénonce l’hypocrisie, les faux-semblants de son siècle, ce culte du mensonge qui règne à la cour, il s’interroge donc sur les relations entre les hommes et propose une définition très exigeante de l’amitié. Pour lui, «homme d’honneur » (v.17), l’amitié touche à la sincérité, à la transparence. Il réclame l’authenticité et un accord entre les actes et les pensées. Il condamne donc l’incohérence de Philinte qui fait preuve de « fureur » dans ses « embrassements mais dont « la chaleur (…) tombe ». Il oppose à la rime l’être et le paraître, il n’est pas l’homme de la demi-mesure (c’est soit l’un, soit l’autre). Il dénonce donc l’hypocrisie

Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus.
ALCESTE —  Allez, vous devriez mourir de pure honte,
Et tout homme d’honneur s’en doit scandaliser.
Je vous vois accabler un homme de caresses,
Vous chargez la fureur de vos embrassements :
Et si, par un malheur, j’en avais fait autant,
Je m’irais, de regret, pendre tout à l’instant.

Et je ne hais rien tant, que les contorsions
De tous ces grands faiseurs de protestations

il n’est point d’âme un peu bien située,
Qui veuille d’une estime ainsi prostituée
;
Et la plus glorieuse a des régals peu chers,
Dès qu’on voit qu’on nous mêle avec tout l’univers
Hyperboles Les hyperboles sont re?gulie?rement utilise?es par le personnage et rendent son discours disproportionne? par rapport au sujet de la querelle.

Cette figure de l’exage?ration montre un Alceste excessif et intransigeant. Incapable d’atte?nuer son discours et emporte? par sa passion, il est rendu risible par son manque de contro?le.

Le discours d’Alceste est marqué par une affectivité extrême. Sa misanthropie est une maladie qui se manifeste par des excès : il s’exprime avec des hyperboles. Il utilise un juron : « Morbleu ». Il est incapable de faire preuve de litotes ou d’euphémismes, figures de style qui permettent d’atténuer la pensée. Ses réactions, ses propos sont sans cesse exagérés. Il y a bien dérèglement de l’humeur. Philinte évoque d’ailleurs de « brusques chagrins ». Alceste semble un personnage bourru, il manque de délicatesse car il refuse d’entendre son ami. Il fait preuve d’autorité, il est colérique et il est égocentrique (forte présence de la première personne).

 

Plus loin dans la scène, Alceste se de?crit lui-me?me comme un personnage posse?dant un tempe?rament bilieux « Mes yeux sont trop blesse?s, et la cour et la ville / Ne m’offrent rien qu’objets a? m’e?chauffer la bile : / J’entre en une humeur noire, et un chagrin profond » c’est a? dire, selon la the?orie des humeurs, un de?re?glement du caracte?re , enclin a? la violence, mais aussi sombre, chagrin et me?fiant. Cette re?plique justifie en partie le sous-titre de la pie?ce : l’atrabilaire amoureux.

indigne, lâche, infâme

De tous ces grands faiseurs de protestations,
Ces affables donneurs d’embrassades frivoles,
Ces obligeants diseurs d’inutiles paroles,
Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse,

Accumulations
Quel avantage a-t-on qu’un homme vous caresse,
Vous jure
amitié, foi, zèle, estime, tendresse,
Et vous fasse de vous un éloge éclatant,
Lorsque au premier faquin il court en faire autant ?
Question rhétorique Ainsi Alceste de?nonce des rapports humains qui se trouvent totalement fausse?s.

Cette question rhe?torique de?montre une fatale perte de confiance dans la parole de l’autre. Le mot « parole » est d’ailleurs mis a? la rime avec le mot « frivole » (aux vers 45-46) : « Ces affables donneurs d’embrassades frivoles, Ces obligeants diseurs d’inutiles paroles »

Pour lui toute ve?rite? doit e?tre bonne a? dire, en amitie? comme en socie?te?. Il prescrit donc un comportement selon lui ne?cessaire : « On devrait cha?tier, sans pitie? / Ce commerce honteux de semblant d’amitie? ».

 

PHILINTE —   Mais, sérieusement, que voulez-vous qu’on fasse ?
ALCESTE —  Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
PHILINTE —   Lorsqu’un homme vous vient embrasser avec joie,
ll faut bien le payer de la même monnoie,
Répondre, comme on peut, à ses empressements,
Et rendre offre pour offre, et serments pour serments.
Pronom indéfini L’emploi des pronoms le de?montre. Alceste emploie le pronom « je » tandis que Philinte utilise le « on » : « il est bon de cacher ce qu’on a dans le cœur » , « Mais quand on est du monde » ce qui l’inscrit dans un syste?me de fonctionnement social reconnu « Quelques dehors civils que l’usage recommande » contrairement a? Alceste, qui est donc seul contre tous.

Alceste est égocentrique.

Je suis donc bien coupable, Alceste, à votre compte ?
ALCESTE. – Et si, par un malheur, j’en avais fait autant,
Je m’irais, de regret,
pendre tout à l’instant.
PHILINTE —  Je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable ;
Et je vous supplierai d’avoir pour agréable,
Que je me fasse un peu, grâce sur votre arrêt,
Et ne me pende pas, pour cela, s’il vous plaît.
Champ lexical de la justice

Ironie

La re?ponse de Philinte aux accusations du misanthrope est ironique. Il se moque de la condamnation d’Alceste en employant le vocabulaire juridique. Il feint en outre d’adopter un ton suppliant afin de mieux montrer a? Alceste combien la posture de juge qu’il s’attri- bue est de?place?e.