Rimbaud : lecture analytique n° 12 : « Aube »

ANALYSE DU TEXTE PAR LE PROFESSEUR :

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LECTURE EXPRESSIVE DU POEME :

LE TEXTE :

Aube

J'ai embrassé l'aube d'été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil il était midi.Arthur Rimbaud

SUPPORT

Illuminations (1873-1875) d'Arthur Rimbaud.

PRÉSENTATION DU POEME

Après les poèmes en vers, il compose les Illuminations (mot anglais qui signifie enluminure mais conserve le sens du mot français : axé sur une autre réalité), qui est un recueil de poèmes en prose.

Au niveau chronologique, « l'Aube » représente le début, le commencement, le moment de la journée donc le sens temporel et dans un sens plus large le début de la vie. « Aube » vient du mot latin « Alba » qui signifie blanche, et qui rappelle l'innocence, la pureté et l'enfance.

PROBLÉMATIQUES

En quoi ce poème est-il moderne ?

En quoi ce texte est-il poétique ?

Quelles sont les étapes de cette aventure ?

Que représente l'aube pour le poète ?

AI-JE BIEN LU ?

1. Comptez les syllabes dans les deux phrases suivantes : "J’ai embrassé l’aube d’été" et "Au réveil il était midi". Que remarquez-vous ?

2. a. Où se passe la scène racontée ?

b. Relevez les indices qui le prouvent.

3. Que sont, d'après vous, les éléments suivants, dans le second paragraphe :

a. les haleines vives et tièdes ?

b. les pierreries ?

c. les ailes ?

4. Qui est la "déesse" que reconnaît et poursuit le narrateur ?

5. Que se passe-t-il au moment où le narrateur la touche ?

6. Qui est l'enfant dans la phrase suivante : "L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois" ?

DES AXES

I. LE RECIT D'UNE COURSE MATINALE.

II. UN POETE AUX POUVOIRS MAGIQUES.

III. UNE INTERPRETATION ENIGMATIQUE.

LES NEUF IDÉES ESSENTIELLES

1. Le narrateur ou poète a des pouvoirs magiques :

2. il réveille la nature.

3. Le narrateur ou poète nous raconte les étapes d'une course :

4. il poursuit une déesse.

5. Le narrateur ou poète fuit la ville :

6. il préfère la campagne à la ville.

7. Le scène se déroule pendant la nuit, à l'aube ; elle se termine avec le lever du soleil.

8. Le poème est en prose,

9. mais il est encadré par deux vers blancs, deux octosyllabes (première et dernière lignes).

LES PROCÉDÉS

Axe Outils d'analyse Relevé Interprétation
Pronom personnel « je »+ verbes d’action

1er mot du texte : « j' ». Puis présence constante de cette 1ere pers. : « je » (9 occurrences) + « me ». « Je » est souvent en début de phrase, de §, et sujet des verbes d'action (« embrassé » / « marché » / « ris » / « levai »... ). Il exprime aussi ses sentiments (l.7 ; l. 12-13) > registre lyrique. DANS LES 2 DERN. PHR ., « JE » DISPARAÎT.

Un narrateur aux pouvoirs magiques : par sa marche, il éveille la nature / il a le don de comprendre les fleurs / son rire éveille la cascade / il poursuit une déesse.

Vers blancsoctosyllabes

J'ai /em/bras/sé /l'au/be /d'é/té.

Au /ré/veil/ il /é/tait /mi/di.

Le récit de ce rêve est encadré par deux octosyllabes (phrase d'ouverture et phrase de clôture).
Les différentes étapes du récit

§ 1 : la conclusion. Le reste est le récit dans l’ordre chronologique (ANALEPSE)

§ 2 : la nature est endormie

§ 2 : alors que le poète se met en mouvement

§§ 3-5 : « dit » ; « ris » ; « s'échevela » ; « reconnus » ; « levai » …

suite d’actions faites par le poète

§ 6 : contact (« j’ai embrassé l’aube d’été » = « j’ai senti un peu son immense corps »)

§ 7 : réveil, retour à la réalité (et à l’octosyllabe)

§ 1 : situation finale. Les circonstances qui ont permis cet aboutissement – embrasser l'aube - sont évoquées ensuite (analepse ou retour en arrière)§ 2 : situation initiale. Cherche à capter l'attention du lecteur, en annonçant par « encore » que qq. chose va se passer. Cette situation initiale est liée à la mort, à l'immobilité : « Rien ne bougeait » / « morte » / « ombres ».§ 2 : élément déclencheur : « J'ai marché » = changement de temps. Le « je » se met en route, et va tout transformer.§§ 3-5 : succession d'actions , essentiellement au passé simple, dans l'ordre chronologique§ 6 : élément reéquilibrant, qui justifie la l.1§ 7 : clé de l'interprétation = récit d'un rêve
Négations

Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois.

Au début du poème, tout est endormi ou plongé dans l'obscurité. Avant le passage du poète, la nature est morte.
Assonance en [e/é ]

Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

Polysyndète

J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

Une des phrases les plus importantes, puisque c’est celle qui décrit l’amorce de son mouvement. Son pas déclenche une succession d’autres actions... : « et... et... » INSISTANCE SUR SON POUVOIR.
Champ lexical de la lumière (et de l’obscurité) les camps d'ombre ne quittaient pas la route du boisblêmes éclatscimes argentées je levai un à un les voilescoqmidi La narration suit une progression logique, marquée par une extension de la lumière : d'abord, la nuit domine, puis faible, inerte. apparition des premières lueurs du jour ; ensuite, la lumière de l'aube atteint les parties hautes du paysage, la lumière s'étale progressivement sur toute la plaine ; enfin, pleine lumière

Indications temporelles

Aube, encore, la première entreprise, Alors, au réveil, midi

Les indications temporelles inscrivent le récit dans une chronologie, du point du jour à midi : « aube » / « midi ».

Entre les deux, plusieurs indic. temp. (« encore » ; « première » ; « Alors ») soulignent l'évolution.

verbes de mouvement

j'ai marché, courant, chassais

Associés au poète : c’est lui qui agit !!! Il croit réveiller la nature par son seul pouvoir...
Indications spatiales(peut-être Venise ?)

palais

la route du bois

dans le sentier

wasserfall

Dans l'allée

Par la plaine

A la grand'ville

parmi les clochers et les dômes

en haut de la route

près d'un bois de laurier

au bas du bois

nombreuses indications de lieux qui dessinent un parcours.

Cadre initial : « palais » ; « eau » ; « bois »

puis itinéraire : « sentier » ; « wasserfall » ; « Dans l'allée » ; « Par la plaine » ; « A la grand'ville » ; « clochers » ; « dômes » ; « près d'un bois de laurier » ...

Ces indications mêlent nature et ville.

Plus on avance dans le texte, plus le décor est important : aux l. 9 à 12, c. circ. de lieu en début de phrase (Dans l'allée, Par la plaine, A la grand'ville, en haut de la route, près d'un bois de laurier)

Métonymie

Métaphore

Métonymie

Oxymore

Personnification

J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes,

et les pierreries regardèrent,

et les ailes se levèrent sans bruit.

le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats

wasserfall blond qui séchevela à travers les sapins

« Haleines vives et tièdes » = animaux REFUS DE DECRIRE CONCRETEMENT

« pierreries » = rosée ou yeux des animaux « ailes » = oiseaux ou ailes de la Nuit qui s’en va

« frais et blêmes éclats » = lumière qui se lève et qui se voit à travers les arbres

"wasserfall blond qui séchevela à travers les sapins" : il s’agit d’une chute d’eau, le blond renvoie sans doute aux lueurs qui viennent s’y refléter.

Le poète décrit le décor tel qu'il se l'imagine.

Personnifications

réveillant les haleines vives et tièdes

les pierreries regardèrent 

une fleur qui me dit

le « wasserfall blond s'échevela »

(La personnification était peut-être déjà annoncée, indirectement, par les mots « front » et « palais »)

L'action du narrateur - « J'ai marché » stoppe l'inertie et donne l'impulsion à la nature qui s'anime à son tour : «réveillant les haleines vives et tièdes » : chaque mot appartient au champ lexical de la vie, et ainsi personnifie la nature.

Nature personnifiée aussi à travers des verbes qui font référence au corps humain.

Personnification

à la cime argentée je reconnus la déesse.

A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes

je la chassais.

et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

personnification de l'aube : associée à une déesse (l. 8), avec un « immense corps » (l.13).

Phrases nominales

Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq.

Mime la rapidité de la poursuite : il n’a pas le temps de finir les phrases.

ComparaisonAntithèse (VENISE ?)

courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

Comparaison étonnante, puisque les mendiants ne courent jamais en principe et attendent sagement qu'on leur fasse l'aumône. IL N’EST PAS DANS SON ELEMENT. Image du mendiant : sens ? (dépend des autres/proche du peuple)

Le mot « aube »

J'ai embrassé l'aube d'été. REALITE

L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois. REALITE

Le mot « aube » n'apparaît que deux fois dans le texte (en dehors du titre) : dans la première phrase-bilan et au moment où elle disparaît, c'est-à-dire dans les retours à la réalité.

+ « je »Troisième personne

L'enfant : le poète se dédouble, à la fin (il se voit tomber, en même temps que disparaît l’aube)

Alors que tout le poème est énoncé à la première personne (« je »), dans cette phrase le poète se désigne avec le groupe nominal « l'enfant ». Il nous révèle ainsi que le texte est l'évocation du rêve fait par un enfant.

Polysémie,ambiguïté J'ai embrassé l'aube d'étéLa phrase-conclusion qui ouvre le poème est à double sens. Embrasser l’aube d’été peut signifier être au moment de l’aube dans la nature et lui ouvrir les bras au sens propre, l’accueillir.C’est aussi faire de l’aube une femme que l’on salue d’un baiser : « je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. »
Pronom personnel « je »

1er mot du texte : « j' ». Puis présence constante de cette 1ere pers. : « je » (9 occurrences) + « me ». « Je » est souvent en début de phrase, de §, et sujet des verbes d'action (« embrassé » / « marché » / « ris » / « levai »... ). Il exprime aussi ses sentiments (l.7 ; l. 12-13) > registre lyrique.

Un narrateur aux pouvoirs magiques : par sa marche, il éveille la nature / il a le don de comprendre les fleurs / son rire éveille la cascade / il poursuit une déesse.

champ lexical richesse, magnificence

Pierreries argentée marbre palais dômes

Ce vocabulaire (en plus du mot « déesse ») évoque l'univers des contes de fées. Pas étonnant que le poète soit un enfant.

Allitération en [b]

L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

La phrase qui marque la fin du rêve est fortement marquée. Mime le mouvement de chute ?

Opposition ville/nature

Opposition haut/bas

Rien ne bougeait encore au front des palais.

à la cime argentée je reconnus la déesse.

A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes

?

dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats

Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq.

L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

Les lieux urbains et ruraux se mélangent : c’est un rêve.Le poète fuit la ville : les lieux évoqués dans l’avant-dernier paragraphe ne renvoient qu’à la campagne (« bois »).La hauteur est le lieu de l’aube. Il aspire donc à une certaine altitude, mais cela se termine par un échec : une chute. Le poète a échoué : dans la première phr ., il était satisfait, triomphant ; en réalité, il a à peine effleuré l’aube (« j’ai senti un peu son immense corps » = antithèse).

UN PLAN DETAILLE :

  1. RECIT D'UNE COURSE MATINALE

A. Schéma narratif / structure du texte :

  • 5 § pour les différentes étapes du récit, encadrés par 2 octosyllabes, pouvant être mis en parallèle (même disposition).
  • l.1: situation finale. Les circonstances qui ont permis cet aboutissement – embrasser l'aube- sont évoquées ensuite (analepse)l.2 : situation initiale. Cherche à capter l'attention du lecteur, en annonçant par « encore »que qq chose va se passer. Cette situation initiale est liée à la mort, à l'immobilité : « Rien ne bougeait » / « morte » / « ombres ».l.4 : élément déclencheur : « J'ai marché » = changement de temps. Le « je » se met en route, et va tout transformer.l.6 à 13 : succession d'actions , essentiellement au passé simple, dans l'ordre chronologique : « dit »(l.7) ; « ris » (l.8) ; « s'échevela » (l.8) ; « reconnus » (l.9) ; « levai » (l.10) …l.14 à 16 : élément reéquilibrant, qui justifie la l.1l.17 : clé de l'interprétation = récit d'un rêve
  • La narration suit une progression logique, marquée par une extension de la lumière :str.2: la nuit domine. Elle résiste : cf métaphore militaire « les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois »str.3 : faible apparition des premières lueurs du jour : cf oxymore « blêmes éclats »str.4 : la lumière de l'aube atteint les parties hautes du paysage : « cimes argentées »str.5 : la lumière s'étale progressivement sur toute la plaine : « je levai un à un les voiles » + réf. au « coq »str.6 : pleine lumière : « midi »

B. Indications spatio-temporelles

- Les indications temporelles inscrivent d'ailleurs le récit dans une chronologie, du point du jour à midi : « aube » (l.1) / « midi » (l.17).

Entre les deux, plusieurs indic. temp. : « encore » (l.2) ; « première » (l.6) ; « Alors » (l.10) = soulignent l'évolution.

        • Evolution spatiale : nombreuses indications de lieux qui dessinent un parcours.

          Cadre initial : « palais » (l.2) ; « eau » (l.2) ; « bois » (l.3)

          puis itinéraire : « sentier » (l.6) ; « wasserfall » (l;8) ; « Dans l'allée » (l.10) ; « Par la plaine » (l.11) ; « A la grand'ville » (l.11) ; « clochers » (l.12) ; « dômes » (l.12) ; « près d'un bois de laurier » (l.14)... > ces indications mêlent nature et ville.

          Plus on avance ds le texte, et plus le décor est important : l.10 à 14, c.circ. de lieu en début de phrase.

          L'idée d'itinéraire est confirmée par les verbes de mouvement : « j'ai marché » (l.4) ; « courant » (l.12) ; « chassais » (l.13)

  1. OMNIPRESENCE D'UN « JE » AUX POUVOIRS MAGIQUES

A. Narrateur-personnage omniprésent et ambigü

  • 1er mot du texte : « j' ». Puis présence constante de cette 1ere pers. : « je » (9 occurrences) + « me ». « Je » est souvent en début de phrase, de §, et sujet des verbes d'action (« embrassé » / « marché » / « ris » / « levai »... ). Il exprime aussi ses sentiments (l.7 ; l.12) > registre lyrique.

  • Cependant, l.16, « je » > « l'enfant » : apparition d'un personnage, l'enfant, qui remplace « je », et que l'on associe aussitôt au narrateur. Mise à distance du narrateur.

B. Un « je » qui éveille la nature

  • avant le passage du poète, la nature est morte. Champ lexical de l'inertie, de la mort.

  • L'action du narrateur - « J'ai marché » (l.4) stoppe l'inertie et donne l'impulsion à la nature qui s'anime à son tour :

    « «réveillant les haleines vives et tièdes » (l.4) : chaque mot appartient au champ lexical de la vie, et ainsi personnifie la nature.

  • Nature personnifiée aussi à travers des verbes : « les pierreries regardèrent »(l.5) ; « une fleur qui me dit ... » ; le « wasserfall blond s'échevela » (l.8) . (La personnification était peut-être déjà annoncée, indirectement, par les mots « front » et « palais » (l.2) qui font référence au corps humain )

  • personnification de l'aube : associée à une déesse (l.9), avec un « immense corps » (l.16). De même, elle est sujet des verbes « fuyait » et « tombèrent ».

  1. Un univers de conte de fées

  • champ lexical richesse, magnificence : « pierreries » ; « argentée » ; marbre » ; palais » ; « clochers » ; « dômes »

  • un narrateur aux pouvoirs magiques : par sa marche, il éveille la nature / il a le don de comprendre les fleurs / son rire éveille la cascade / il poursuit une déesse.

  • Les indications de lieu dépassent une perception réaliste : actions simultanément à la ville et à la campagne. Ces différents lieux, l.10 à 13, défilent à toute vitesse / wasserfall : nom allemand pour 'cascade', évoquant les légendes germaniques où abondent les bois et les cascades)

  • vocabulaire du conte de fées : « palais », pierreries », « déesse »

  • l.17 : ce récit n'était qu'un rêve. (dimension onirique du poème)

  1. UNE INTERPRETATION ENIGMATIQUE

A. Une expérience initiatique : l'amour

  • Le poème raconte comment l'enfant, qui vivait en communion avec la nature, découvre l'amour physique, après avoir poursuivi longuement sa 'proie' ( « je la chassais »l.13). Son but est bien le dévoilement ( « je levai un à un les voiles ») puis la possession (« je l'ai entourée » / « j'ai senti un peu son immense corps » / J'ai embrassé » ). Mais l'étreinte accomplie est aussitôt sanctionnée, comme dans la Bible, par la chute (l.16). Ce poème peut donc être vu comme le récit d'un fantasme transgressant l'interdit.

    'Aube' vient de 'alba'= blanche, et connote la pureté, l'innocence. C'est un moment important, où la nuit laisse la place au jour, le sommeil au réveil. C'est le moment où les choses basculent, comme le suggère métaphoriquement la chute finale.

    Cette course-poursuite peut alors être perçue comme un échec sentimental : la femme, inaccessible car trop idéalisée, échappe au narrateur qui ne parvient, finalement, qu'à sentir « un peu son immense corps »

B.Une folie poétique

  • forme originale du poème en prose

  • les images ont une tonalité magique : l'ambiguïté de certaines structures et la polysémie des termes achèvent de brouiller la logique pour faire surgir l'enchantement. Les métaphores (« camps d'ombres » ; « haleines vives »...), les personnifications, les comparaisons (« courant comme un mendiant » : contradiction, puisqu'un mendiant attend, justement, sans bouger), la confusion entre « aube », « déesse » et « elle », tout cela conduit le lecteur à s'interroger sur le sens du poème.

  • Ce récit merveilleux offre plusieurs nivaux de lecture. Ainsi, comme l'aube, la poésie est quelque chose qui échappe indéfiniment et qui convie à la poursuite. Elle fait du poète un « mendiant », toujours en quête d'un langage poétique nouveau. Les « lauriers » (l.14) peuvent renvoyer au poète vainqueur des concours antiques, couronnés alors de lauriers.

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