Alcools (1913) de Guillaume Apollinaire : La Loreley : lecture analytique n° 14

ANALYSE DU TEXTE PAR LE PROFESSEUR :

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LECTURE EXPRESSIVE DU POEME :

13 La loreley

09 Piste 09 1

LE MYTHE DE LORELEI :

Statue de la nymphe sur le quai du port au pied du rocher

Lorelei est une jeune fille qui, assise sur le rocher du même nom, chante magnifiquement. Les marins passent en bateaux et l’entendent. Ils sont comme envoutés par ce chant si beau, si mélodieux, qu’ils en oublient les courants du Rhin et chavirent.

À l’origine, la Lorelei a été conçue pour symboliser l’amour passionnel dans la littérature : dans une ballade (Zu Bacharach am Rheine…, 1801) du poète rhénan Clemens Brentano, la Lorelei apparut d’abord comme le nom d’une femme. Laure Lay a été trompée par son amant. Sur le chemin du cloître, elle veut jeter un dernier regard du rocher sur son château. Alors qu’elle pense voir un bateau s’éloigner, elle tombe dans le fleuve.

Brentano a écrit plusieurs variations du thème de la Lorelei. Le motif d’une femme blonde et malheureuse qui se peigne sur un rocher, apparaît pour la première fois dans son conte rhénan à partir de 1810.

Plus tard, elle passa d’un fantôme à une femme fatale. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, elle prit pour quelques poètes la fonction de symbole national, semblable aux Valkyries. La littérature du XXe siècle se détourna de cette interprétation. Elle apparait sous de nombreuses formes dont certaines sont ironiques, et perpétue ainsi le mythe de la Lorelei.

En France, elle est surtout connue à travers le poème de Guillaume Apollinaire, La Loreley que l’on retrouve dans le recueil Alcools et qui est en fait une traduction/adaptation du poème de Brentano2, ou encore dans Lorely de Gérard Labrunie dit Gérard de Nerval lors du récit de son voyage sur les bords du Rhin. Alors que pour d’autres, plus intéressés par la musique que par la littérature, Lorelei, la fée du Rhin, sera évoquée à travers de nombreuses chansons comme Lorelei Sebasto Cha de Hubert Félix Thiéfaine ou Laura Lorelei de Jacques Higelin.

LE TEXTE :

La Loreley

 

                                                 à Jean Sève

À Bacharachil y avaitune sorcière blonde
Qui laissait
mourir d’amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l’évêque la fit citer
D’avance il l’absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreleyaux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m’ont regardée évêque en ont
péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belleLoreley
Qu’un autre te condamne tu m’as
ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n’aime rien

Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j’en
meure

Mon cœur me fait si mal depuis qu’il n’est plus là
Mon cœur me fit si mal du jour où il s’en alla

L’évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu’au couvent cette femme en démence

Va-t-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblants
Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc

Puis ils s’en allèrent sur la route tous les quatre
La Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des
astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve
Puis j’irai au couvent des vierges et des veuves

Là-haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient
Loreley Loreley

Tout là bas sur le Rhin s’en vient une nacelle
Et mon amant s’y tient il m’a vue il m’appelle

Mon cœur devient si doux c’est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l’eau la belleLoreley
Ses yeux couleur du Rhin
ses cheveux de soleil

Guillaume Apollinaire (1880 – 1918)

SUPPORT

Alcools (1913) de Guillaume Apollinaire.

PRÉSENTATION DU POEME

Bacharach est une ville proche d’une falaise sur la rive droite du Rhin connue depuis l’Antiquité car l’écho s’y répète 7 fois. Loreley vient du moyen allemand lürelei (lüren : épier ; lei : rocher). Ce lieu est mélangé aux histoires fantastiques du Moyen-âge. Apollinaire reprend la légende de cette femme qui séduisait les bateliers et leurs bateaux allaient se briser sur les rochers. La Loreley a été écrit en 1902 et publié en 1904 ; il est situé au milieu du cycle des Rhénanes. La Loreley est composé de 19 distiques qui abordent le thème de la puissance maléfique de l’amour qui conduit à la mort.

PROBLÉMATIQUES

Comment Apollinaire représente-t-il les femmes dans ce poème ?

Pourquoi Apollinaire s’inspire-t-il du mythe ?

Quelle est l’importance de la religion dans ce poème ?

En quoi la Loreley est-elle moderne ?

Montrez en quoi la beauté de Loreley est considérée comme de la sorcellerie.

Montrez en quoi Loreley est prisonnière de sa beauté.

AI-JE BIEN LU ?

1. Où se passe l’action de ce poème ?

2. Quelle formule, dans le vers 1, fait penser à un conte de fées ?

3. A quelle époque se passe l’action racontée ? Relevez les indices qui le prouvent.

4. Pourquoi la Loreley est-elle considérée comme une sorcière ?

5. Décrivez la Loreley : quelles sont les deux parties de son corps qui sont décrites ?

REPONSES D’UN ELEVE

franc?ais_dylan

DES AXES

I. Le récit d’une légende / un poème narratif / La reprise d’une légende allemande.

II. Le portrait de la Loreley / Une beauté ensorcelante.

III. Une femme qui séduit / Une femme légendaire et mythique / La Loreley : une beauté malheureuse.

LES NEUF IDÉES ESSENTIELLES

1. La Loreley est une belle femme blonde qui charme tous les hommes

2. Ils veulent faire mourir la Loreley, mais n’y arrivent pas, parce qu’ils sont charmés

3. L’évêque lui-même est envoûté

4. La Loreley est amoureuse : elle ne veut pas plaire aux autres, elle est fidèle jusqu’à la mort

5. L’image que l’on a d’elle est fausse : elle séduit malgré elle // Elle est victime de sa beauté et de son charme

6. Apollinaire s’inspire du mythe, mais il le transforme : il le met en vers, il francise le nom, il simplifie certains passages.

7. Pour lui, c’est une femme, pas une sorcière

8. Apollinaire ne respecte pas la poésie traditionnelle

9. Un poème en forme de conte.

LES PROCÉDÉS

Axe Relevé Outil Interprétation
à Jean Sève Dédicace Le poète est dédié à ce journaliste qui finançait les jeunes revues.
À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde
Devant son tribunal l’évêque la fit citer
D’avance il l’absolvit à cause de sa beauté
Distiques Le poème est composé de distiques. Les rimes sont suivies.
À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde
Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie
?
Devant son tribunal l’évêque la fit citer
D’avance il l’absolvit à cause de sa beauté
Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m’ont regardée évêque en ont péri
Rimes fémininesRimes masculines Dans la plus pure tradition poétique, Apollinaire fait alterner les rimes féminines et les rimes masculines.
À Bacharachsur le Rhin Indications de lieux L’action de ce poème se situe en Allemagne, comme le suggère le titre : « Loreley » vient du moyen allemand lürelei (lüren : épier ; lei : rocher). Bacharach est une ville proche d’une falaise sur la rive droite du Rhin connue depuis l’Antiquité car l’écho s’y répète sept fois.
il y avait Formule de conte de fées Le poème commence par la formule d’ouverture des contes de fées : il ne s’agit pas d’une histoire vraie, réaliste. La date n’est pas précise, même si les personnages évoquent le Moyen-Age.
une sorcière blonde / Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la rondel’évêquetrois chevaliersMon amant Personnages Les personnages évoquent d’emblée le Moyen-Age. Le personnage principal est le personnage éponyme : Loreley. Elle est le seul personnage féminin ; tous les autres sont des hommes. Elle est l’objet de leur désir, même de l’évêque.
? une sorcière blonde
Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde
trois chevaliersmon beau château
Ingrédients du conte Tous les ingrédients du conte sont présents dans le poème : cela ressemble à un conte, à une histoire imaginaire.
une sorcière blonde
Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde
Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie
cette sorcellerietu m’as ensorceléLore aux yeux tremblants
Champ lexical de la sorcellerie Le thème de la sorcellerie apparaît dès le début du poème et se trouve repris jusqu’au bout. Elle est considérée comme une sorcière à cause de son regard.
I A Sorcière ? blonde oxymore Normalement, une sorcière, qui incarne le mal, est plutôt brune : Loreley est une sorcière différente. Elle est belle, attirante.
une sorcière blondeses cheveux déroulés ses cheveux de soleilaux yeux pleins de pierreriesaux yeux tremblants

ses yeux brillaient comme des astres

Ses yeux couleur du Rhin

Champ lexical des cheveuxChamp lexical des yeux Seules deux parties de son corps sont décrites :– la chevelure, blonde, ce qui est étonnant pour une sorcière– les yeux fascinants. Ses yeux, du reste, évoluent au fil du poème : ils se mêlent au décor naturel (étoiles, puis fleuve).
Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la rondeCeux qui m’ont regardée évêque en ont périFaites-moi donc mourir et que Dieu vous protège
Faites-moi donc mourir puisque je n’aime rien
Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j’en meure
Champ lexical de la mortRépétition du verbe « mourir » Le thème de la mort apparaît lui aussi très tôt dans le poème. Dès le deuxième vers. L’amour et la mort sont intimement liés. L’amour mène à la mort.
À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissaitmourir d’amour tous les hommes à la ronde
Devant son tribunal l’évêquela fit citer
D’avance il l’absolvit à cause de sa beautéL’évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lancesPuis ils s’en allèrent sur la route tous les quatre
La Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astresLà haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley LoreleyElle se penche alors et tombe dans le RhinPour avoir vu dans l’eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil
Parties narrativesImparfaitPassé simple

 

 

 

 

 

 

présent de narration

Le récit est mené aux temps du passé, sauf à la fin, où le présent de narration prend le relais : la dernière scène est décrite comme si elle se passait sous nos yeux. Cela augmente l’intensité de la scène.
I C Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la rondeEt mon amant s’y tient il m‘a vue il m‘appelle
Mon cœur devient si doux c’est mon amant qui vient
AllitérationsAssonance Elle a un pouvoir de séduction auprès des hommes. Les deux mots « mourir » et « amour » s’opposent normalement, mais avec elle cela revient au même. L’amour n’a pas que des aspects positifs : il apporte aussi de la douleur.
Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie
Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m’ont regardée évêque en ont péri
Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerieJe flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu’un autre te condamne tu m’as ensorcelé
Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège
Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n’aime rien
Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j’en meureMon cœur me fait si mal depuis qu’il n’est plus là
Mon cœur me fit si mal du jour où il s’en allaMenez jusqu’au couvent cette femme en démence 

Va-t-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblants
Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc

 

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve
Puis j’irai au couvent des vierges et des veuves

 

Tout là bas sur le Rhin s’en vient une nacelle
Et mon amant s’y tient il m’a vue il m’appelle

Mon cœur devient si doux c’est mon amant qui vient

DialogueDiscours direct répliques de l’évêquerépliques de Loreley Le dialogue occupe la place la plus importante dans le poème. Le lecteur entend essentiellement la voix de la Loreley, mise ainsi en valeur.Le dialogue rend le poème plus vivant également.
Ô belleLoreley aux yeux pleins de pierreriesJe flambe dans ces flammes ô belleLoreleyPour avoir vu dans l’eau la belle Loreley Champ lexical de la beauté Le nom Loreley est associé, à chacune de ses occurrences, à l’adjectif « belle ». Le poète insiste sur sa beauté.
Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreriesses cheveux de soleil Métaphores Le regard de la femme est mis en valeur par cette métaphore filée de la pierrerie : ses yeux brillent et fascinent. Ils sont aussi associés aux flammes du désir, aux flammes de l’enfer.
I B Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc
Puis j’irai au couvent des vierges et des veuves
Antithèses Le noir et le blanc s’opposent. La Loreley a deux facettes : une obscure et l’autre pure ou belle. La religion joue un rôle important dans ce texte : la nonne est considérée comme quelqu’un de pur.
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège
Faites-moi donc mourir puisque je n’aime rien
Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
Mon cœur me fait si mal depuis qu’il n’est plus là
Mon cœur me fit si mal du jour où il s’en alla
Anaphores La répétition est un procédé d’insistance : le poète insiste sur les sentiments de la femme, qui est désespérée et ne souhaite que la mort.
Si je me regardais il faudrait que j’en meure Pour me mirer une fois encore dans le fleuve Elle se penche alors et tombe dans le Rhin
Pour avoir vu dans l’eau la belle Loreley
Référence mythologiqueAllusion A travers le mythe de Loreley, Apollinaire reprend une autre légende, celle de Narcisse.
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerieMon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j’en meure
Va-t-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblantsMes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie
Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Les chevaliers criaient Loreley Loreley
Répétitions  

 

 

 

 

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu’un autre te condamne tu m’as ensorcelé
Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protègePuis ils s’en allèrent sur la route tous les quatre
La Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres
Là-haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley
Pour avoir vu dans l’eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil
Rimes assonancéesAssonances Apollinaire prend des libertés avec les règles : certaines rimes ne sont pas régulières ; il s’agit d’assonances.
À /Ba/cha/rach// il /y /a/vait /u/ne/ sor/ciè/re /blonde 14Qui /lais/sait /mou/rir /d’a/mour //tous /les/ hom/me/s à /la /ronde 14De/vant /son /tri/bu/nal //l’é/vê/que /la /fit/ ci/ter 12 (6+6)
D’a/van/ce il /l’ab/sol/vit //à /cau/se /de /sa/ beau/té 12 (6+6)
Mon cœur me fait si mal //depuis qu’il n’est plus là 13Mon cœur me fit si mal //du /jour /où/ il/ s’en/ al/la 13La /Lo/re/ley /les /im/plo/rait //et /ses /yeux/ bril/laient /com/me /des /astres 17 (8+9)Pour me mirer une fois //encore dans le fleuve 13
Puis j’irai au couvent // des vierges et des veuves 12
Là-haut le vent tordait //ses cheveux déroulés 12
Les chevaliers criaient //Loreley Loreley 12
Tout là bas sur le Rhin //s’en vient une nacelle 12
Et mon amant s’y tient //il m’a vue il m’appelle 12
Mon cœur devient si doux //c’est mon amant qui vient 12
Elle se penche alors et //tombe dans le Rhin 12
Pour avoir vu dans l’eau //la belle Loreley 12
Ses yeux couleur du Rhin //ses cheveux de soleil 12
mètre L’alexandrin est le vers qui domine (surtout à la fin). Apollinaire n’a pas écrit des vers isométriques. Il joue avec le mètre : par exemple, il allonge le vers « La /Lo/re/ley /les /im/plo/rait //et /ses /yeux/ bril/laient /com/me /des /astres » 17 (8+9) pour insister sur le mouvement qui est décrit (ses yeux brillent et le vers déborde, s’allonge).
ses yeux brillaient comme des astresSes yeux couleur du Rhin comparaisons Les deux comparaisons du poème associent la femme au milieu naturel : les étoiles et le fleuve. Elle appartient à l’endroit, au Rhin.

UN PLAN

Comment Apollinaire représente-t-il les femmes dans ce poème ?

  1. Les femmes sont belles et ensorceleuses
  2. Mais elles sont aussi effrayantes : elles font peur aux hommes
  3. Elles sont surtout humaines : elles sont capables d’être fidèles, de mourir par amour.

Ou :

  1. Apollinaire semble décrire une seule femme : la Loreley
  2. Mais à travers elle il décrit toutes les femmes

Ou :

  1. Loreley et ses deux facettes.– A) comparaison sorcière et blonde– B) « noir »/ »blanc » ; « vierge »/ « veuve »– C) Personnage ambigü : charme et est fidèle en même temps
  2. Loreley prise au piège par sa beauté et son charme.– A) Elle souffre de son charme et de sa beauté : c’est une malédiction– B) Elle ensorcèle les hommes : sa malédiction, c’est sa beauté– C) Elle est victime de sa propre malédiction
  3. Loreley représente les femmes en général.– A) Les femmes ont des défauts et des qualités : c’est une femme comme les autres– B) Elle peut autant être heureuse que souffrir– C) …

Un lien utile : une lecture analytique du poème entièrement rédigée :

Lecture analytique 4 – Guillaume Apollinaire (1880-1918) , Alcools

Une étude linéaire : trouvée ici : http://bacfrancais.chez.com/loreley.html

Apollinaire : La Loreley, extrait de « Alcools », 1913 – BAC DE

Bacharach est une ville proche d’une falaise sur la rive droite du Rhin connue depuis l’Antiquité car l’écho s’y répète 7 fois. Loreley vient du moyen allemand lürelei (lüren : épier ; lei : rocher). Ce lieu est mélangé aux histoires fantastiques du Moyen Age. Apollinaire reprend la légende de cette femme qui séduisait les bateliers et leurs bateaux allaient se briser sur les rochers. Ce poème a été écrit en 1902 et publié en 1904 ; il est situé au milieu du cycle des Rhénanes. Ce poème est composé de 19 distiques qui abordent le thème de la puissance maléfique de l’amour qui conduit à la mort. Comment Apollinaire réutilise-t-il cette légende ? Comment par des jeux d’échos et de brouillage confère-t-il à ce thème une nouvelle profondeur ?
Etude

Vers 1 : le poème commence par une indication de lieu, référence assez vague. Le poème commence comme un conte : « il y avait » renvoie à un temps passé. Il y a un oxymore à la fin du vers : « sorcière blonde » qui présente déjà la femme de manière négative. Comment une flemme blonde souvent associée à l’angélisme et à l’innocence peut elle être une sorcière ?

Vers 2 : l’expression « d’amour » est au centre du vers impair, ce qui permet d’insister sur le thème de la mort d’amour.

Vers 3-4 : les deux verbes au passé simple induisent des actions rapides qui traduisent l’effet foudroyant de sa beauté. Ces deux verbes d’actions successives sont renforcés par la paronomase (même son : « devant/ d’avance »). Ensuite, la préposition « à cause de » renforce le caractère inexorable de la séduction.

Vers 5-6 : l’amorce d’un dialogue (sans ponctuation) apparaît et il y a des procédés de répétition qui marquent un changement de ton c’est à dire l’expression de la souffrance de la Loreley. Peu à peu, une intensité dramatique se crée. Pour la première apostrophe « ô belle Loreley », l’évêque s’adresse à elle en temps que juge.

Dans le quatrième et le cinquième distique, la Loreley a la parole ainsi que dans le septième distique, tandis que l’évêque s’adresse à elle dans le sixième distique avec la deuxième apostrophe en temps que victime car la séduction a eu lieu.

Dans les vers 6 et 10, la sorcellerie est associée au feu. La Loreley elle aussi est victime de ce sort et de sa beauté. Le terme de feu revient deux fois dans le cinquième distique. La séduction est fatale pour les hommes et la Loreley.
Un autre élément entre en jeu : les yeux (thématique importante chez Apollinaire). Il y a une gradation au niveau du sens des yeux : pierreries (v.5) ; maudits (v.7) ; flammes (v.9). Cette progression montre l’ambivalence du regard de la Loreley.
Les yeux sont dans la seconde partie de l’hémistiche dans les troisièmes et quatrièmes distiques et en première partie dans cinquième distique. Le terme de flammes renvoie au feu de l’amour. Du distique 3 à 10, il y a un phénomène d’écho qui installe la souffrance au cœur même du poème : « flammes, je meure, mon cœur, Lore, Loreley, Rhin, mon amant ».
Tout au long du poème, on insiste sur le fait que la malédiction peut se retourner conter elle et que le malheur va se changer en folie.

A partir du distique 11, on revient à une focalisation externe, l’intensité dramatique retombe, on change de temps puisqu’on est dans le passé. D’autres personnages apparaissent avec les trois chevaliers décrits dans les détails : « avec leur lance, jusqu’au couvent, noir et blanc… »
Une sorte de menace commence à se faire sentir. Le poète appose le blanc symbole de purification (les vierges) au noir symbole de deuil (les veuves). C’est une opposition symbolique entre le lieu de la purification et celui de l’enchantement.

A partir du distique 16, l’atmosphère devient oppressante ; les chevaliers sont pris au charme de la Loreley. Les choses vont vites. On voit beaucoup le lexique de la folie et de la démence qui malgré tout est tenté d’être canalisée par les ordres de l’évêque.
Le thème des yeux revient (me mirer, vue, vu, yeux), il est associé à une explosion cosmique avec le mot astre rejeté à la fin du distique 13.
Le thème des fées et des sorcières est associé aux cheveux.

Ensuite, elle est prise au piège de son image comme Narcisse. La fin du poème est différente de celui de Brentano : il n’y a aucune condamnation morale, la mort est la seule issue et le seul apaisement à cet amour qui rend fou. Elle est en pleine hallucination, son nom va se décomposer (Lore). Il y a un phénomène d’écho sur son nom tout au long du poème.

Conclusion

Cette femme cumule toutes les obsessions et toutes les images féminines d’apollinaire : la femme qui est belle, dangereuse et malheureuse. Apollinaire insiste sur le pouvoir maléfique des yeux puisque c’est dans ses propres yeux qu’elle se noie.
Cette femme n’a aimé qu’elle même, terrorisée de son pouvoir qui se retourne contre elle. Ce poème exprime de la solitude de la femme trop belle.
Pour Apollinaire, cette femme est LA FEMME ; elle est irréelle, paradoxale (car elle souffre de sa beauté) et car elle semble être le double du poète.

Version du mythe selon Ovide

Narcisse, fresque à Pompéi

Narcisse, par Le Caravage (v. 1595)

À sa naissance, le devin Tirésias, à qui l’on demande si l’enfant atteindrait une longue vieillesse, répond : « Il l’atteindra s’il ne se connaît pas. » Il se révèle être, en grandissant, d’une beauté exceptionnelle mais d’un caractère très fier : il repousse de nombreux prétendants et prétendantes, amoureux de lui, dont la nymphe Écho. Une de ses victimes éconduites en appelle au ciel. Elle est entendue par Rhamnusie – autre nom de Némésis – qui l’exauce. Un jour qu’il s’abreuve à une source, Narcisse voit son reflet dans l’eau et en tombe amoureux. Il reste alors de longs jours à se contempler et à désespérer de ne jamais pouvoir rattraper sa propre image. Tandis qu’il dépérit, Écho, bien qu’elle n’ait pas pardonné à Narcisse, souffre avec lui ; elle répète, en écho à sa voix : « Hélas ! Hélas ! ». Narcisse finit par mourir de cette passion qu’il ne peut assouvir. Même après sa mort, il cherche à distinguer ses traits dans les eaux du Styx. Il est pleuré par ses sœurs les naïades. À l’endroit où l’on retire son corps, on découvre des fleurs blanches : ce sont les fleurs qui aujourd’hui portent le nom de narcisses.

L’histoire de Narcisse est passée dans le langage courant ; en effet, on dit d’une personne qui s’aime à outrance qu’elle est narcissique.

La légende de Loreley a été reprise d’abord par le poète rhénan Clemens Brentano qui, dans un poème inséré dans son roman, “Godwi” (1801), de la sirène, fit une femme, Lore Lay :

La pauvre Lore Lay

À Bacharach, au bord du Rhin, habitait une magicienne. Elle était belle et gracieuse. Elle séduisait facilement le coeur. Déjà, plusieurs hommes avaient souffert pour elle. Une fois qu’on était tombé dans ses liens d’amour, on ne pouvait plus s’en délivrer.

L’évêque la cita devant le tribunal ecclésiastique. Il voulait la condamner, mais il n’en eut pas la force, tant il la trouva belle. «Dis-moi, s’écria-t-il avec émotion, dis-moi, pauvre Lore Lay, qui donc a fait de toi une méchante sorcière?

– Seigneur évêque, laissez-moi mourir. Je suis lasse de la vie ; car tous ceux qui me regardent sont condamnés à souffrir. Le feu magique est dans mes regards, et mon bras est une baguette magique. Jetez-moi dans les flammes, détruisez mes enchantements.

– Je ne peux pas te condamner avant que tu m’aies dit comment il se fait que ce feu magique ait déjà pénétré dans mon sein. Je ne peux pas te condamner, car mon coeur se briserait en deux.

– Seigneur évêque, ne vous moquez pas d’une pauvre fille. Priez plutôt, priez pour moi le Dieu de miséricorde. Je ne veux pas vivre plus longtemps. Je ne peux plus aimer. Condamnez-moi à mort. Voilà tout ce que je vous demande. Celui que j’aimais m’a trahi ; il s’est éloigné de moi ; il est parti pour la terre étrangère. La douceur du regard, le frais incarnat du visage, la suave mélodie de la voix, voilà ma magie. Moi-même j’en suis victime. Mon âme est pleine de douleur, et je mourrais si je voyais mon image. Faites-moi donc justice. Laissez-moi mourir. Tout a disparu pour moi dans le monde, depuis que je ne vois plus celui que j’aimais.»

L’évêque appela trois chevaliers : «Conduisez-la, dit-il, dans un cloître, Va, ma belle Lore Lay ; que le ciel ait pitié de toi ! Tu deviendras nonne, tu porteras la robe noire et blanche. Prépare-toi sur cette terre au grand voyage de la mort.»

Les chevaliers partirent pour le cloître, et regardèrent avec tristesse la belle Lore Lay.

«Ô chevaliers ! s’écria-t-elle, laissez-moi monter sur ce rocher. Je veux voir encore une fois la demeure de mon bien-aimé ; je veux contempler encore une fois les vagues profondes du Rhin. Puis nous irons au cloître, et je deviendrai la fiancée du Seigneur.»

Le roc est taillé à pic, difficile à gravir. Mais elle s’élança rapidement jusqu’à son sommet, et là, debout, elle s’écria : «Je vois un bateau sur le Rhin ; celui qui guide ce bateau doit être mon bien-aimé. Oui, c’est sans doute mon bien-aimé, et la joie me revient au coeur.»

À ces mots, elle baissa la tête et se précipita dans le fleuve.

Là s’arrêta le chant du poète. Mais le peuple continua la tradition. Il raconte que Lore Lay apparaît encore au milieu du fleuve où elle s’est jetée, comme Sapho. Souvent on la voit à la surface des vagues, tresser ses longs cheveux ; souvent, le soir, on l’entend jouer de la harpe et chanter, et ceux qui prêtent l’oreille à ses chants, ne peuvent résister à la magie de sa voix, à la fascination de son regard. Ils abandonnent leur barque et se jettent dans les flots.

Hubert-Felix Thiefaine – lorelei sebasto cha :

La Lorelei et les arts

Heinrich HeineLa Loreleï

Texte original Traduction française littérale Essai de traduction littéraire (Pierre Le Pan)
Ich weiß nicht was soll es bedeuten,
Daß ich so traurig bin;
Ein Märchen aus alten Zeiten,
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fließt der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt
Im Abendsonnenschein.Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar;
Ihr goldenes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Haar.Sie kämmt es mit goldenem Kamme
Und singt ein Lied dabei;
Das hat eine wundersame,
Gewaltige Melodei.Den Schiffer im kleinen Schiffe
Ergreift es mit wildem Weh;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur hinauf in die Höh.Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn;
Und das hat mit ihrem Singen
die Lorelei getan.
Je ne sais pas ce que cela signifie
Que je sois aussi triste ;
Un conte des temps anciens
Ne me sort pas de l'esprit.L'air est frais, et il fait sombre
Et calmement coule le Rhin
Le sommet des montagnes étincelle
Dans la lumière du soleil au crépuscule.La plus belle jeune fille est assise
Là haut merveilleusement
Ses bijoux d'or brillent,
Elle peigne ses cheveux d'or.Elle les peigne avec un peigne d'or
Et chante une chanson en même temps
Qui est une étrange,
Puissante mélodie.Ce chant saisit le batelier dans sa barque
avec une violence sauvage
Il ne voit pas le récif
Il regarde seulement là haut, dans les hauteurs.Je crois que les vagues engloutissent
À la fin le marin et la barque
Et cela avec son chant
La Lorelei l'a fait.
Je ne sais dire d'où me vient
La tristesse que je ressens.
Un conte des siècles anciens
Hante mon esprit et mes sens.L'air est frais et sombre le ciel,
Le Rhin coule paisiblement
Les sommets sont couleur de miel
Aux rayons du soleil couchant.Là-haut assise est la plus belle
Des jeunes filles, une merveille.
Sa parure d'or étincelle,
Sa chevelure qu'elle peigneAvec un peigne d'or est pareille
Au blond peigne d'or du soleil,
Et l'étrange chant qu'elle chante
Est une mélodie puissante.Le batelier sur son esquif
Est saisi de vives douleurs,
Il ne regarde pas le récif,
Il a les yeux vers les hauteurs.Et la vague engloutit bientôt
Le batelier et son bateau...
C'est ce qu'a fait au soir couchant
La Lorelei avec son chant.

Littérature

  • Werner BellmannBrentanos Lore Lay-Ballade und der antike Echo-Mythos. En: Clemens Brentano. Beiträge des Kolloquiums im Freien Deutschen Hochstift 1978, hrsg. von Detlev Lüders, Tübingen 1980, S. 1-9.
  • Jürgen Kolbe : "Ich weiß nicht was soll es bedeuten". Heinrich Heine Loreley. Bilder und Gedichte. München 1976.

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