Alcools (1913) de Guillaume Apollinaire : « Zone » (vers 1 à 24), lecture analytique n° 12

ANALYSE DU TEXTE PAR LE PROFESSEUR :

LECTURE EXPRESSIVE DU POEME :

03 Zone

DOCUMENTS A TELECHARGER :

zone lecture analytique tableau vierge

LE TEXTE :

À la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine

Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion /
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient /
D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a
les livraisons à 25 centimes pleines d'aventures policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers

J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des
perroquets criaillent
J'aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes

SUPPORT

Alcools (1913) de Guillaume Apollinaire.

PRÉSENTATION DU POEME

Ce poème est le premier du recueil d'Apollinaire, Alcools, publié en 1913. Zone” fut composé dans l'été de 1912 à la suite de la rupture de Guillaume Apollinaire avec Marie Laurencin (peintre, rencontrée par Guillaume Apollinaire en 1907). Il figure en tête du recueil Alcools, mais il fut en fait le dernier en date des poèmes du recueil.
On est frappé par l'apparence du poème : certains vers sont détachés, d'autres regroupés en strophes ; il n'y a pas réellement de régularité. Ce sont des vers libres (pas de mètres réguliers), les lois de la versification ne sont pas respectées. Ces vers riment à peine : ils sont assonancés. Apollinaire a décidé de supprimer toute ponctuation.

PROBLÉMATIQUES

Par quoi l'attention du poète est-elle attirée ?

Montrez en quoi Apollinaire se sent proche de son lecteur.

Pourquoi le poète préfère-t-il la banlieue aux quartiers chics ?

Pourquoi le poète trouve-t-il le monde vieux ? Qu'est-ce qui le montre ?

Quelle est la vision du monde du poète ?

Que veut montrer le poète à travers ces quelques vers ?

Que représente la zone pour le poète ?

Justifiez le titre de ce poème.

En quoi peut-on affirmer que ce poème est celui de la modernité ?

En quoi le premier vers est-il représentatif du poème ?

Pour quelle raison Apollinaire a-t-il choisi de commencer son recueil par « Zone » ?

Quels choix poétiques Apollinaire revendique-t-il dans ce poème ?

Qu’est-ce qui apparaît comme novateur dans cet extrait (le début) ?

- En quoi cet extrait de « zone » peut-il être considéré comme un « art poétique » ?

AI-JE BIEN LU ?

1. Le poète s'adresse à trois destinataires :

a. Qui désigne le "tu" (vers 1) ?

b. A qui s'adresse-t-il dans le vers 2 ?

c. Qui désigne le "vous" (vers 8) ?

2. a. A quoi la tour Eiffel est-elle comparée, dans le vers 2 ?

b. Comment peut-on comprendre cette métaphore ?

3. a.Combien de syllabes comptes-tu dans les vers suivants :

"À la fin tu es las de ce monde ancien"

"Le matin par trois fois la sirène y gémit"

"Une cloche rageuse y aboie vers midi"

b. Comment appelle-t-on ce type de vers ?

4. A quel moment de la journée la scène racontée se passe-t-elle ?

5. Trois couples de rimes sont en réalité des assonances : quels sont ces trois couples ?

DES AXES

I.

II.

III.

LES NEUF IDÉES ESSENTIELLES

1. Le poe?te pre?fe?re ce qui est moderne, par opposition a? ce qui est ancien.

2. Il trouve que le monde est vieux.

3. Il trouve que la religion, elle, n'est pas vieille.

4. Il trouve que la rue industrielle, populaire, est moderne.

5. Il s'adresse au lecteur en le tutoyant : il se sent proche de lui.

6. Il est difficile de savoir exactement à qui il s'adresse : au lecteur ou à lui-même ?

7. La zone est un endroit vivant et bruyant : c'est pour cela qu'il l'aime.

8. Il raconte ce qu'il a fait ce matin (dernière strophe).

9. Il choisit une forme moderne, libre.

UN TRAVAIL D'ELEVE

LES PROCEDES.

zone lecture analytique tableau comple?te?

Axe Relevé Outil Interprétation
II

ou

III ?

Zone titre Le titre choque un peu, parce que les poètes choisissent habituellement des mots et des lieux plus poétiques. Ici, Apollinaire ne s'intéresse pas aux quartiers chics du centre de Paris, mais à la périphérique, aux quartiers industriels.
I

ou

II ?

Zone

J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
J'aime
la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes + Port-Aviation

Indications spatiales

termes valorisants / mélioratifs

oxymore

Le poème se situe à Paris, mais pas dans le centre de la capitale : c'est une rue dans un quartier industriel.Il met dans son poème des mots nouveaux : « sténo-dactylographes ».
III À la fin tu es las de ce monde ancien Diérèse ? On ne sait pas comment on doit lire ce vers : a-t-il 11 ou 12 syllabes ? Plutôt 12, par habitude (vers pairs). Il ne fait la même poésie que ses prédécesseurs.
III À la fin tu es las de ce monde ancienLe matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Alexandrins Dans le poème, il y a trois alexandrins. L'alexandrin est le vers par excellence, utilisé depuis la Renaissance en France. Donc, c'est un vers ancien, qui appartient au passé. Le poète préfère des vers irréguliers, libres.
I Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin Apostrophe

Personnification

Métaphore filée

Il s'adresse à la tour Eiffel : le symbole de la capitale et de la modernité. Il ne s'adresse pas un bâtiment antique.
III À la fin tu es las de ce monde ancien

Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

Strophes : monostiche

tercet+huitain

dizain

Le poète ne choisit pas de répéter le même type de strophe : il présente des monostiches, un tercet, etc. Il revendique une grande liberté. Il provoque avec les trois premiers vers : habituellement, les vers sont présentés en strophes.
I

 

 

 

 

 

 

 

 

III

À la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaineIci même les automobiles ont l'air d'être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation
Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
+ Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà
la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d'aventures policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers
+ sténo-dactylographes

Champs lexicaux de l'ancien et du moderne

 

 

Nouvelle définition de la prose et de la poésie

Dans le texte, il oppose l'ancien et le moderne. Il préfère le moderne.

 

 

 

 

 

 

Pour lui, la poésie n'est pas dans les poèmes, elle est dans « les prospectus, les catalogues, les affiches » : elle est partout.

III À la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine

Répétition

Registre soutenu

Registre familier

Dans les vers 1 et 3, le poète se répète : la première fois, il utilise le langage poétique, le langage soutenu ; la seconde fois, il utilise le langage quotidien. Dorénavant, il ne faut pas utiliser dans les poèmes un autre langage : on peut écrire des poèmes avec des termes courants ou familiers.
III La religion seule est restée toute neuve la religion

J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon

Absence de ponctuation L'absence de ponctuation indique une volonté de nouveauté, de rompre avec le passé, en écrivant autrement.
Elle permet également, dans certains passages, des ambiguïtés : libre au lecteur d'interpréter comme il le veut ces passages.
III D'en/trer /dans /u/ne é/gli/se et /de /t'y /con/fes/ser /ce/ ma/tin (14 syllabes)
Tu /lis /les /pros/pec/tus /les /ca/ta/lo/gues /les/ af/fi/ches /qui /chan/tent /tout /haut (20 syllabes)
Vers libres Le poète ne respecte pas les règles classiques : les vers sont hétérométriques (ce qui rend difficile la lecture du premier vers : est-ce bien un alexandrin ?).
Iou II ? À la fin tu es las de ce monde ancienTu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaineSeul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'
est vous Pape Pie X

Et toi que les fenêtres observent la honte te retient /
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
J'aime la grâce de cette rue industrielle
Pronoms personnels Le poète utilise différents pronoms personnels :- « tu » pour s'adresser au lecteur, à la tour Eiffel et au christianisme : le tutoiement montre qu'il se sent proche d'eux.- « vous » pour s'adresser au pape : le vouvoiement indique une marque de respect.- « je » : le poète intervient directement dans le texte, à la fin, pour raconter ce qu'il a vuLa seconde personne « tu » est ambiguë dans certains passages : on a le sentiment que le poète s'adresse a lui-même. Première et seconde personne (le poète et le lecteur) se confondent.
I la religion / Est restée simple comme les hangars de Port-Aviationla honte te retient / D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin enjambements On trouve deux enjambements dans le poème. Ils correspondent à deux moments, deux idées :1°) le passage mettant en valeur la religion2°) le passage évoquant sa honte d'entrer dans une église : l'enjambement est associé au verbe de mouvement « entrer » et mime, d'une certaine façon cette action.
I La religion seule est restée toute neuve la religion Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin
Champ lexical de la religion Contre toute attente, la religion est considérée par le poète comme moderne.
I La religion seule est restée toute neuve la religion Répétition Le poète insiste sur le mot « relgion », qui encadre le vers : pour lui, la religion n'est pas antique, mais bien moderne, même si le christianisme a 2000 ans.
III Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout hautLe matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Personnification Par la magie de la poésie, la réalité est transformée, embellie, de même qu'au vers 2 la tour Eiffel était personnifiée.
IIIouII ? D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Répétition du mot « matin »Indication temporelle Le poète a choisi de raconter un matin : c'est le début de la journée, la rue s'anime. D'une certaine façon, la nouvelle poésie qu'il propose évoque elle aussi le matin, métaphoriquement : c'est, pour lui, le début d'une nouvelle époque (nous sommes au début du Xxème siècle).
II Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
Champ lexical du bruit Ce qu'il apprécie dans la rue, c'est que celle-ci est vivante, bruyante.
II Tu lis les prospectus les catalogues les affichesil y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d'aventures policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographesLes inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
Enumération/

accumulation

Le poète énumère tout ce qui attire son attention dans la rue, tout ce qui montre la modernité de l'époque : les documents publiés, les catégories sociales, les publicités.Pour lui, la poésie ne se trouve pas que dans les poèmes, mais aussi dans les revues, publications.
III À la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matinTu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaineIci même les automobiles ont l'air d'être anciennes

Rimes plates ou suivies Apollinaire respecte une certaine tradition poétique : il choisit de faire alterner les rimes selon le schéma le plus simple : les rimes plates.
III Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
J'aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes
Rimes assonancées ou assonances Toutes les rimes ne sont pas correctes : pour trois couples de rimes, Apollinaire se contente d'un son vocalique commun et ne tient pas compte de la consonne qui suit (« isme »/ « dix » ; « graphes »/  « passent » ; « trielle »/  « Ternes »). Il invente des rimes nouvelles.

LE PLAN D'UNE ELEVE

zone-9

Lecture analytique 9 : Zone

Ce poème est le premier du recueil d'Apollinaire, Alcools, publié en 1913. “Zone” fut composé dans l'été de 1912 à la suite de la rupture de Guillaume Apollinaire avec Marie Laurencin (peintre, rencontrée par Guillaume Apollinaire en 1907). Il fgure en tête du recueil Alcools, mais il fut en fait le dernier en date des poèmes du recueil. On est frappé par l'apparence du poème : certains vers sont détachés, d'autres regroupés en strophes ; il n'y a pas réellement de régularité. Ce sont des vers libres (pas de mètres réguliers), les lois de la versifcation ne sont pas respectées. Ces vers riment à peine : ils sont assonancés. Apollinaire a décidé de supprimer toute ponctuation.

I Le poète préfère ce qui est moderne, par opposition à ce qui est ancien

A) Le poète trouve que le monde est vieux

« À la fin tu es las de ce monde ancien Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine » Champ lexical de l'ancien Dans ce texte Apollinaire oppose ce qui est ancien à ce qui est moderne il n'aime pas le monde ancien

B) Il préfère le moderne

« Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin Tu en as assez de vivre dans

l'antiquité grecque et romaine Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes La religion seule est restée toute neuve la religion Est restée simple comme les hangars de Port Aviation Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie » Opposition + champ lexical du morderne Dans cette extrait apollinaire oppose le monde ancien et le monde moderne il fait une critique de l'ancien

« La religion seule est restée toute neuve la religion Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme » Champ lexical de la religion Contre toute attente, la religion est considérée comme moderne.

II la relation de la zone et le poète : le poète se sent proche de la zone

A) Il interpelle les monuments

« À la fin tu es las de ce monde ancien

Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine Seul en Europe

tu n'es pas antique ô Christianisme L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X Et toi que les fenêtres observent la honte te retient / Tu lis les prospectus les catalogues les affiches J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom J'aime la grâce de cette rue industrielle » Pronoms personnels Le poète utilise différents pronoms personnels :

« tu » pour s'adresser au lecteur, à la tour Eiffel et au christianisme : le tutoiement montre qu'il se sent proche d'eux.

- « vous » pour s'adresser au pape : le vouvoiement indique une marque de respect.

- « je » : le poète intervient directement dans le texte, à la fin, pour raconter ce qu'il a vu La seconde personne « tu » est ambiguë dans certains passages : on a le sentiment que le poète s'adresse a lui-même. Première et seconde personne (le poète et le lecteur) se confondent.

B) Il fait un portrait mélioratif de la Zone

« Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut Neuve et propre du soleil elle était le clairon Le matin par trois fois la sirène y gémit Une cloche rageuse y aboie vers midi Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent » Champ lexical du bruit Ce qu'il apprécie dans la rue, c'est que celle-ci est vivante, bruyante.

« Zone J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom Les directeurs les ouvriers et les belles sténodactylographes J'aime la grâce de cette rue industrielle Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes + Port-Aviation » Indications spatiales termes valorisants / mélioratifs oxymore Le poème se situe à Paris, mais pas dans le centre de la capitale : c'est une rue dans un quartier industriel. Il met dans son poème des mots nouveaux : « sténo-dactylographes »

« D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent Le matin par trois fois la sirène y » gémit » Répétition du mot « matin » Indication temporelle Le poète a choisi de raconter un matin : c'est le début de la journée, la rue s'anime. D'une certaine façon, la nouvelle poésie qu'il propose évoque elle aussi le matin, métaphoriquement : c'est, pour lui, le début d'une nouvelle époque

III Le poète préfère une poésie moderne sans règles.

A) L'importance de la religion

« la religion / Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation la honte te retient / D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin » enjambements On trouve deux enjambements dans le poème. Ils correspondent à deux moments, deux idées :

1°) le passage mettant en valeur la religion

2°) le passage évoquant sa honte d'entrer dans une église : l'enjambement est associé au verbe de mouvement « entrer » et mime, d'une certaine façon cette action.

B) Il donne vie au poeme

« Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut Le matin par trois fois la sirène y gémit Une cloche rageuse y aboie vers midi » Personnification

Par la magie de la poésie, la réalité est transformée, embellie, de même qu'au vers 2 la tour Eiffel était personnifiée.

« Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin » Apostrophe Personnification Métaphore filée

Il s'adresse à la tour Eiffel : le symbole de la capitale et de la modernité. Il ne s'adresse pas un bâtiment antique.

  1. Un poème sans contrainte, différents des poèmes classiques

« D'en/trer /dans /u/ne é/gli/se et /de /t'y /con/fes/ser /ce/ ma/tin (14 syllabes) Tu /lis /les /pros/pec/tus /les /ca/ta/lo/gues /les/ af/fi/ches /qui /chan/tent /tout /haut (20 syllabes) »

Vers libres Le poète ne respecte pas les règles classiques : les vers sont hétérométriques (ce qui rend difficile la lecture du premier vers : est-ce bien un alexandrin ?).

« À la fin tu es las de ce monde ancien Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine » Répétition Registre soutenu Registre familier Dans les vers 1 et 3, le poète se répète : la première fois, il utilise le langage poétique, le langage soutenu ; la seconde fois, il utilise le langage quotidien. Dorénavant, il ne faut pas utiliser dans les poèmes un autre langage : on peut écrire des poèmes avec des termes courants ou familiers.

« La religion seule est restée toute neuve la religion J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom Neuve et propre du soleil elle était le clairon » Absence de ponctuation L'absence de ponctuation indique une volonté de nouveauté, de rompre avec le passé, en écrivant autrement. Elle permet également, dans certains passages, des ambiguïtés : libre au lecteur d'interpréter comme il le veut ces passages.

« À la fin tu es las de ce monde ancien Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes La religion seule est restée toute neuve la religion Est restée simple comme les hangars de PortAviation » Strophes : monostiche tercet + huitain dizain Le poète ne choisit pas de répéter le même type de strophe : il présente des monostiches, un tercet, etc. Il revendique une grande liberté. Il provoque avec les trois premiers vers : habituellement, les vers sont présentés en strophes.

LE PONT MIRABEAU, LA TOUR EIFFEL, PARIS

La Tour Eiffel

L'Exposition Universelle de 1889

La gravure ci dessus montre la Tour Eiffel et le Champ de Mars lors de l'Exposition Universelle de 1889. Au fond de l'autre coté de la Seine on aperçoit l'ancien Palais du Trocadéro.

La tour Eiffel : “Protestation des artistes contre la Tour Eiffel”, lettre publiée dans Le Temps du 14 février 1887
« Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté jusqu’ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire française menacés, contre l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse tour Eiffel que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisée du nom de Tour de Babel. Sans tomber dans l’exaltation du chauvinisme, nous avons le droit de proclamer bien haut que Paris est la ville sans rivale dans le monde. Au-dessus de ses rues, de ses boulevards élargis, le long de ses quais admirables, au milieu de ses magnifiques promenades, surgissent les plus nobles monuments que le genre humain ait enfantés. [...]
La ville de Paris va-t-elle donc s’associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d’un constructeur de machines, pour s’enlaidir irréparablement et se déshonorer ? Car la tour Eiffel, dont la commerciale Amérique ne voudrait pas, c’est, n’en doutez pas, le déshonneur de Paris ! Chacun le sait, chacun le dit, chacun s’en afflige profondément, et nous ne sommes qu’un faible écho de l’opinion universelle et légitimement alarmée. [...]
Il suffit, d’ailleurs, pour se rendre compte de ce que nous avançons, de se figurer une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi qu’un noire et gigantesque cheminée d’usine, écrasante de sa masse barbare: Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, la tour Saint-Jacques, le Louvre, le dôme des Invalides, l’Arc de triomphe, tous nos monuments humiliés, toutes nos architectures rapetissées, qui disparaîtront dans ce rêve stupéfiant. Et pendant vingt ans, nous verrons s’allonger sur la ville entière, frémissante encore du génie de tant de siècles, comme une tache d’encre, l’ombre odieuse de l’odieuse colonne de tôle boulonnée. [...]
Et si notre cri d’alarme n’est pas entendu, si nos raisons ne sont pas écoutées, si Paris s’obstine dans l’idée de déshonorer Paris, nous aurons du moins, vous et nous, fait entendre une protestation qui honore ».
Parmi les signataires figurent : Charles Gounod, Charles Garnier, Guy de Maupassant, Alexandre Dumas fils, François Coppée, Leconte de l’Isle, Victor Sardou, Sully Prudhomme, entre autres.

Analyse

Zone” fut composé dans l'été de 1912 à la suite de la rupture de Guillaume Apollinaire avec Marie Laurencin. Il figure en tête du recueil “Alcools”, mais il fut en fait le dernier en date des poèmes du recueil et il présente des différences profondes avec les autres car y fut mise en œuvre une nouvelle esthétique.

Les documents et les témoignages le concernant permettent de situer sa composition après que Blaise Cendrars eut lu à Apollinaire son propre poème qu’il venait de terminer : “Les Pâques à New York”, un poème de distiques irréguliers mais rimés, où se déroulait un long itinéraire, peuplé de souvenirs, un long courant de poésie ininterrompue, dynamique, qui épousait le mouvement de la marche du poète-Christ, poème qui faisait de lui le premier poète de l’esprit nouveau. Et, dans “La prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France” (1913), Blaise Cendrars allait complètement libérer le vers et quasiment supprimer la ponctuation. M. Décaudin, spécialiste d’Apollinaire, a publié un brouillon de “Zone” qui présente plus de ressemblances avec “Les Pâques à New York” que son état définitif. Comparant ces deux versions, il a noté avec raison que «tout se passe comme si, dans ses corrections, Apollinaire avait voulu différencier son poème des “Pâques“». Mais il avait adopté le vers libre et la suppression de la ponctuation.

Le poème parut d’abord en décembre 1912, dans “Les soirées de Paris” avec comme titre “Cri” (le tableau d'Edward Munch étant de 1893) et étant ponctué. Cependant, sur les épreuves du recueil, Apollinaire adopta le titre “Zone”, comme il décida de supprimer toute ponctuation.

La répartition des vers se fait avec une grande liberté, le début présentant des séquences d’une certaine longueur tandis qu’ensuite elle deviennent plus brèves, de nombreux vers étant même isolés. L’analyse doit donc se faire pas au pas au long du texte.

Vers 1 : « À la fin tu es las de ce monde ancien » 

Le poète s’adresse à un «tu» dont bien vite on comprendra qu’il est nul autre que lui-même (voir “À la Santé” : «Guillaume qu'es-tu-devenu.»). Cette auto-interpellation ressemble à un brusque sursaut, à une soudaine prise de conscience, ce que souligne « À la fin... ». « Ce monde ancien » est un monde qui se prétend moderne mais est en fait dépassé. Le premier vers ancre d'emblée le poème dans la modernité. Cependant, il est plaisant de constater que ce rejet d’un « monde ancien » est proclamé, peut-être par ironie, dans un vers ancien, un alexandrin.

Vers 2 : «Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin» 

Sans autre rapport avec le précédent qu’un écho qui n’est qu’une assonance, il montre un mètre plus long et ne manque pas d’étonner par l’image insolite de la tour Eiffel, bergère entourée du « troupeau des ponts ». On peut assez aisément comprendre que la tour Eiffel, avec sa robe évasée et ses atours de dentelles métalliques, ressemble à une bergère, une jeune bergère, comme le donne à penser l'indication chronologique contenue dans le vers 8. Un troupeau bêlant ne parle guère à l'esprit et semble plutôt incongru, mais, en lui accordant plus d’attention, on s'aperçoit qu'il ne s'agit pas d'un troupeau formé par les ponts (?) et qui bêlerait pour on ne sait trop quelle raison (les bateaux peut-être?). Ce troupeau ne fait que passer sur les ponts : ce sont des voitures automobiles en train de s'engouffrer toutes à la fois, comme un troupeau de moutons, par les ponts de la Seine ; leurs conducteurs se servent de leurs klaxons : les moutons bêlent. Cette interprétation est confirmée par le vers 72 du même poème où apparaissent des «troupeaux d'autobus mugissants». Au vers 2 comme au vers 72, le poète, las et désespéré, croit n'entendre partout que des plaintes et il les note non sans un certain humour. Dans “La chanson du mal-aimé” également, à la strophe 18, les saules qui pleurent et les chats qui miaulent, les choses et les bêtes comprennent et partagent la douleur de l'amant ou, du moins, lui paraissent à l'unisson de son cœur. Il faut rappeler que la tour Eiffel, bâtie en 1889, était honnie des symbolistes pour son modernisme agressif, tandis qu’Apollinaire était un chantre de la modernité et qu’elle fut le thème d'inspiration des peintres de la modernité comme Robert Delaunay.

Vers 3 : «Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine»

Ce vers fait écho au premier vers. Le «tu»,du fait de la suppression de la ponctuation, pourrait être associé à la tour Eiffel. Le reproche fait au monde actuel par le poète qui le considère comme «ancien» est exagéré par la référence à «l’antiquité» :s’agit-il du seul rejet des références culturelles traditionnelles?

Vers 4 : « Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes » 

On peut s’étonner de que le chantre de la modernité critique ce qui est censé en être pourtant le signe par excellence, l’automobile (avec l'avion, voir ci-dessous). Mais il est vrai que les premières automobiles perpétuaient les formes des voitures hippomobiles, avaient l’allure de carrosses.

Vers 5 et 6 : « La religion seule est restée toute neuve la religion

Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation »

Apollinaire en ajoute encore dans le paradoxe dans ces vers qui offrent une triple surprise au lecteur. Que vient faire ici la religion? Comment accepter cette affirmation du modernisme de la religion catholique qui serait « neuve » et « simple » (le vers 5 étant marqué par une discontinuité syntaxique créée par l’absence de ponctuation et l’enjambement avec le suivant). Comment ne pas s’étonner de sa prétendue ressemblance avec les «hangars de Port-Aviation», c’est-à-dire un aéroport moderne, sans qu’il ait songé à un lieu précis.

Vers 7 et 8 : « Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme

L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X »

Ne faut-il pas croire à une totale plaisanterie, à un parti-pris d'ébahir gentiment le lecteur, quand on sait que Pie X, pape de 1903 à 1914, fut l'auteur de l'encyclique “Pascendi” contre le modernisme, qu’il interdit, entre autres pratiques, de danser le tango (des positions louches, selon lui !)? Apollinaire n’a-t-il pas été influencé par “Le monoplan du pape” du « futuriste » Marinetti?

Vers 9 et 10 : « Et toi que les fenêtres observent la honte te retient

D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin ».

Exploitant l’effet de surprise de l’enjambement, Apollinaire, parce qu’il vit en un temps de modernisme sceptique, avoue le désir d’un retour à une naïve religiosité.

Vers 11 à 14 : « Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut

Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux

Il y a les livraisons à vingt-cinq centimes pleines d'aventures policières

Portraits des grands hommes et mille titres divers ».

Dans une discontinuité délibérée, Apollinaire passe à l’éloge d’autres signes de la modernité. Désormais, la poésie n’est plus sélective, ni dans son vocabulaire, ni dans ses thèmes ; elle n’est plus seulement dans les livres mais éclate au regard, a ce caractère visuel (qui avait déjà été célébré par Cendrars et ouvrira chez Apollinaire la voie aux «calligrammes», et, au-delà, au collage de «titres et de fragments de titres découpés dans les journaux» à quoi procéda André Breton dès le premier “Manifeste du surréalisme”). L’allusion aux « aventures policières » s’explique par son admiration pour Fantômas dont les aventures furent publiées de 1911 à 1913 et allaient même être portées au cinéma.

Vers 15 à 24 : « J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom

Neuve et propre du soleil elle était le clairon

Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes

Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent

Le matin par trois fois la sirène y gémit

Une cloche rageuse y aboie vers midi

Les inscriptions des enseignes et des murailles

Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent

J'aime la grâce de cette rue industrielle

Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes »

Sur le ton désinvolte d'une conversation amicale, Apollinaire rapporte une simple expérience récente de promenade dans Paris pourtant déjà amorcée dès le début du poème. Mais elle est destinée encore à étonner puisque le parti-pris de trouver de la beauté à ce qu'il y a de plus criant en fait de modernisme lui fait célébrer la grâce... d'une rue ! Et, qui plus est, d'une rue industrielle ! Mais où le soleil éclatait en fanfare. On a pu déterminer que cette rue est sans doute la rue Guersant dans le XVIIe arrondissement.Avec « les inscriptions des enseignes et des murailles / Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent », on trouve d'autres exemples de cette poésie visuelle déjà célébrée auparavant, les perroquets étant mentionnés autant pour l’effet sonore de leurs cris que pour l’effet visuel des couleurs de leur plumage.On croit déjà sentir que le poète veut se trouver heureux dans son époque, plus qu'il ne l'est réellement.

Introduction

Ce poème fut publié en décembre 1912 dans la revue Les Soirées de Paris. C’est en fait le derniers poèmes écrits par Apollinaire avant la publication d’Alcools en 1913 ; ce poème, d’abord intitulé « Cri », a été mis en tête du recueil pour le placer sous le signe de la modernité et d’une esthétique nouvelle.

Le titre : plusieurs niveaux de signification :

Etymologie : ceinture

  • Marginalité : zone = bande de terrains vague qui entourait les fortifications de Paris ; lieu de marginalité sociale (cf sens moderne du mot) ; poème en marge du recueil Alcools ; poésie en marge de la poésie traditionnelle. Zone renvoie justement à des lieux inexplorés.
  • Urbanité et modernité : périphérie des villes. Renvoie à un urbanisme moderne comme le poème renvoie à une poésie de la modernité.

 

Poème qui peut se lire comme l’affirmation d’un art poétique, du moins pour le début que nous allons étudier ; dans son ensemble peut se lire comme un parcours autobiographique et poétique.

 

I- Une revendication de nouveauté

Dans la forme

  • Organisation du texte :

- pas de forme fixe, ni de structure strophique : 3 vers isolés + un tercet + strophe de 8 vers + strophe de 10 vers. (ensemble du texte Zone construit sur cet effet crescendo/decrescendo). Les 3 premiers vers évoquent le thème de la nouveauté dans le contexte d’un paysage urbain. La première strophe évoque la religion et la modernité ; la troisième la vie urbaine.

  • Absence de ponctuation :

- Ôte au poème une certaine logique formelle ; force le lecteur à trouver son propre rythme et donc lui donne un plus grand rôle à jouer dans la lecture du poème. L’absence de ponctuation favorise aussi le libre jeu des associations.

  • Les vers : Vers libres :
  • longueurs variées : la longueur inhabituelle de certains vers rapproche la poésie de la prose (vers 11 de 15 syllabes, vers 13 de 18 syllabes), ce qui met à mal les repères rythmiques classiques ;
  • liberté de rimes : le plus souvent associations en distiques ; rimes pauvres (1/2, 5/6, 9-10, 11-12) suffisantes (3/4), assonances (10-11, 16-17).

? Donc impression de liberté et de modernité formelle.

Le refus de la tradition

  • Paradoxe des premiers mots en début de poème « à la fin » : poème qui se revendique comme une rupture, la fin d’une époque et d’un monde (monde ancien, antiquité grecque et romaine = références du monde classique).
  • Revendication ferme : « tu es las », formulation classique # « tu en as assez », formulation plus moderne, niveau de langue familier : crescendo dans la revendication.
  • Opposition forte de l’ancien (ancien, ancienne, antiquité, antique) et du moderne (moderne, neuve)
  • Temps verbaux et indices temporels du présent : ce matin x 3 ; matin, célébration du renouveau du jour.

L’intégration de la modernité

  • Célébration lyrique de la Tour Eiffel en ouverture, comme une muse nouvelle ; symbole de modernité souvent intégré dans la peinture contemporaine (Delaunay). Nouveauté de la forme, de la matière, et gratuité de la fonction : objet qui ne sert à rien.
  • Modernité des lieux, qui redoublent le « ici » de l’énonciation : hangars de Port Aviation, rue industrielle.
  • Modernité des objets : automobiles, hangars
  • Le monde industriel et professionnel : directeurs ouvriers belles sténo dactylographes
  • Nouveaux supports textuels : prospectus catalogues affiches journaux, livraisons à 25 cts

On sait que ces supports sont aussi intégrés à la peinture par artistes nouveaux : collages de journaux dans les tableaux de Braque et de Picasso, affiches peintes par Toulouse Lautrec, les Delaunay. Apollinaire transfigure ces supports du langage quotidien en supports d’un nouveau langage poétique : termes qui appartiennent aux registres littéraires : chantent, poésie, prose, « aventures policières » (qui rime avec divers qui rappelle l’origine de ces aventures qui est le fait divers) (NB : rime irrégulière masc/fem), portrait ; célébration de la variété de cette littérature nouvelle par redondance « mille titres divers » « plein de »  + pluriels.

  • Modernité du langage : intègre dans le poème des termes n’appartenant pas à des registres soutenus, peu usuels en poésie, prosaïques : automobiles, hangars etc utilisation aussi d’expressions neutres comme « il y a », « voilà ». « J’ai vu » « j’aime »

? Donc poème sous le signe de la nouveauté

 

II- Des éléments de continuité avec une certaine tradition lyrique

Les thèmes

  • Celui de la religion (religion (x 2), christianisme, pape, église, confesser) : préoccupations d’ordre spirituel qui s’inscrivent dans une éternité ; paradoxe des associations religion/neuve/simple, moderne/pape : signifie peut-être que tout ce qui a trait au sacré et à la spiritualité s’inscrit dans l’éternité.
  • L’image de la « sirène qui gémit » se rattache aussi aux légendes antiques : polysémie du terme qui s’inscrit à la fois dans la modernité et dans le mythe (par personnification du verbe).

 

Le lyrisme : présent dans le texte mais détourné :

  • Par l’énonciation à la seconde personne, « tu », qui met à distance le « moi » du poète », d’autant que le « tu » est ambigu : le poète s’adresse à lui mais aussi au « christianisme ».
  • L’expression des sentiments
  • est discrètement présente ds le besoin de confession, c-à-d d’un discours d’épanchement intime détourné sur le mode ironique, et aussi par l’expression du sentiment de honte ; les fenêtres sont alors comme un regard posé sur le poète (cf V. Hugo, la conscience) ;
  • le poète laisse entendre son désarroi au sein d’un monde pourtant célébré. De même la douleur du poète se donne à entendre ds les termes gémir ou criailler : projection de son état d’âme sur les éléments extérieurs. PE aussi lassitude de la répétition (quatre fois par jour, par trois fois)

 

L’écriture

  • Rimes
  • Alexandrins : v 1 avec diérèse, 19, 20
  • Utilisation classique de l’harmonie des sonorités :

Bergère ô Tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

 

? Donc le poète maintient la tension entre tradition et modernité

 

III- Fonction de ce renouveau : la transfiguration poétique de la réalité quotidienne

Elle se fait par :

Les images

Transformation de l’inanimé en animé

  • par les métaphores et comparaisons animales (v2 : mét ; v 20 mét ; v22, comp) : la ville se transforme en élément vivant doté de sentiments ;
  • par les personnifications : v 2 ; v 9 ; v 11 ; v19
  • métaphore du v. 16 établit une correspondance entre le visuel et l’auditif (soleil/cuivre ; joie/soleil) ambiguïté sur les groupes de mots ds propre du soleil elle était
  • de façon générale, multiplication des sensations auditives.

b) les associations de termes

  • Termes revivifiés par associations étonnantes :
  • automobiles/anciennes qui s’oppose à Pape moderne et religion neuve 
  • autant de paradoxes qui nous amènent à reconsidérer le réel et à sortir des clichés ; « belles sténo-dactylographes » ; « grâce de cette rue industrielle » (oxymore ?)
  • comparaison religion et hangars de port aviation : association qui sera reprise par la suite dans le thème de l’ascension spirituelle propre au christianisme et de l’ascension aérienne symbole de la modernité : l’aviateur serait le christ de la modernité (cf tableau de Dali et représentation du christ sur la croix) ; cf vers 44, 47, 48etc).

c) Un nouveau regard sur le monde

  • La réalité devient un lieu autre insolite, nouveau. : transfiguration de l’espace ds ses trois dimensions, superposition du bucolique et de l’urbain (v 2), de l’animé et de l’inanimé, de la prose et de la poésie, du journalisme et de la littérature.
  • La poésie s’ouvre à la prose du quotidien qui du coup prend une dimension magique, féerique.
  • C’est une façon de montrer que la poésie est dans tout, qu’il s’agit de poser un regard nouveau sur le monde, qui décloisonne les éléments de la réalité.

 

Conclusion

Plusieurs niveaux de lecture pour ce poème :

  • Un art poétique : poème qui est l’acte de naissance de la modernité poétique : le ^poète est celui qui par la nouveauté du regard qu’il pose sur le monde fait jaillir la puissance poétique enfouie dans les objets les plus quotidiens de la modernité.
  • Une nouvelle forme de lyrisme autobiographique, les séductions de la nouveauté n’empêchent pas le poète de s’inscrire dans une tradition, un spiritualisme qu’avec humour le poète associe à cette modernité. Les nombreuses notations autobiographiques dans la suite du texte donnent une tonalité intime à cette déambulation du poète dans les rues de Paris.
  • Une collusion poésie/peinture : intégration des mêmes éléments de modernité ; libres associations qui apparentent ce texte à un tableau cubiste.

Question : comment ce poème allie-t-il nouveauté créatrice et tradition pour transfigurer la réalité
quotidienne ?
Introduction
- Guillaume Apollinaire est une des figures de l’avant-garde artistique du début du XXe siècle. Ami du peintre Picasso, du poète Max Jacob, il cherche dans son œuvre de nouvelles voies d’expression poétique, à l’instar des artistes de son temps. Il crée de nouvelles formes poétiques : les poèmes simultanés, les poèmes-conversation ou les calligrammes, par exemple.
- En 1913 paraît Alcools, recueil de poèmes écrit sur une dizaine d’années, il surprend par l’absence de ponctuation, l’originalité des images, la diversité des formes. Différents thèmes parcourent le recueil : l’éloge de la modernité, la poèsie du quotidien, la mélancolie, l’amour blessé, l’ivresse, la ville pour n’en citer que quelques-uns.
- Le titre du poème « Zone »renvoie à la bande de terrains vagues qui entourait Paris, lieu de la marginalité sociale comme la poésie d’Apollinaire est en marge de la poésie traditionnelle. Le poème, écrit en 1911, fut d’abord intitulé « Cri ». C’est le récit d’une déambulation tout à la fois dans la ville et dans les souvenirs du poète. Poème liminaire du recueil, il annonce certains de ses thèmes et place le recueil sous le signe de la modernité et d’une esthétique nouvelle, ce qui apparaît dès les 24 premiers vers.
Lecture
- reprise de la question et annonce du plan : Nous verrons donc comment le poème allie nouveauté créatrice et tradition pour transfigurer la réalité quotidienne en nous intéressant tout d’abord à la revendication de nouveauté qui parcourt le poème, puis aux éléments qui sont cependant en continuité avec la tradition. Enfin nous analyserons comment ces deux aspects transfigurent la réalité quotidienne.
I - La revendication de nouveauté : a) dans la forme :
•    L’organisation du texte rompt avec la tradition. En effet, ce n’est pas une forme fixe et il n’y a pas de structure strophique régulière : 3 monostiches, puis un tercet, puis un huitain, puis un dizain.
•    Il n’y a pas de ponctuation ce qui force le lecteur à trouver son propre rythme, à être acteur du sens à donner .
•    Les vers sont des vers libres de longueur variée. Certains sont très longs et se rapprochent ainsi de la prose : « Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut » v. 11, 15 syllabes. •    Il n’y a pas toujours de rimes, mais des assonances : « christianisme »/ « Pie X ». Les rimes pauvres
sont dominantes : « gémit »/ « midi » ! l’ensemble de ces procédés confère une impression de liberté et de modernité
b) le refus de la tradition
•    Le rejet de l’ancien est fortement marqué : « À la fin tu es las de ce monde ancien » et « Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine » alors que le nouveau est mis en valeur « J’aime la grâce de cette rue industrielle »
•    Paradoxalement, ce premier poème s’annonce comme une fin « À la fin tu es las ... », contrairement à ce que l’on attendrait
•    Le présent employé très majoritairement ancre le texte dans l’actualité, la modernité
c) la présence forte de la modernité
•    Dès le deuxième vers, la tour Eiffel est célébrée : construite pour l’exposition universelle de 1889, elle est encore très nouvelle et c’est bien sa modernité qui séduit Apollinaire. D’autre part, la personnification et la métaphore filée renouvelle l’image traditionnelle de la bergère. Enfin on peut souligner que ce monument inspire aussi un peintre comme Delaunay
•    Les lieux de la modernité sont aussi évoqués : « hangars de Port-aviation », « rue industrielle » •    Ainsi que le monde industriel et professionnel « Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-
dactylographes » •    Ainsi que les nouveaux supports textuels : « les prospectus les catalogues les affiches », « livraisons à
vingt-cinq centimes »
! les termes accompagnant ces éléments de la modernité leur confèrent un caractère poétique : cf la personnification de la tour Eiffel, « « les prospectus les catalogues les affiches » qui « chantent tout hauté, l’évocation de la littérature : « Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux »
•    Modernité du langage : utilisation de termes prosaïques « hangars », « automobiles », etc... ! poème sous le signe de la modernité
II - Cependant des éléments en continuité avec la tradition a) les thèmes
•    La religion (champ lexical) : qui reflètent des préoccupations d’ordre spirituel, voire mystique qui dépassent le présent et s’inscrivent dans l’éternité des préoccupations humaines. À noter: les associations inattendues « religion »/ « neuve » ; « moderne » / « pape » qui amènent à penser que ce
qui a trait à la religion n’a rien à voir avec le temps humain, mais avec l’éternité ce qui lui donne un
aspect intemporel et lui permet d’être « moderne » à toute époque •    « la sirène qui gémit » renvoie à la mythologie, aux légendes antiques grâce à la polysémie du terme
mais renvoie aussi à la modernité
b) le lyrisme : registre traditionnel de la poésie •    présent dans l’évocation du mal être « tu es las », « tu en as assez », « la honte te retient »,
« confesser » •    présent aussi dans l’énonciation : le « tu » représente le poète, il s’agit d’une sorte de conversation
de soi à soi. Plus tard, dans le poème, apparaît aussi le « je »
c) l’écriture
•    si les vers sont libres, il y a quand même présence de l’alexandrin « À la fin tu es las de monde ancien », « le matin par trois fois la sirène y gémit », « Une cloche rageuse y aboie vers midi »
•    attention portée aux sonorités : assonances « Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin », allitérations « des perroquets criaillent »
! bien que chantre de la modernité, Apollinaire s’inscrit dans une certaine tradition (voir plus loin dans le recueil les poèmes « À la santé » que l’on peut rapprocher de ceux de Verlaine dans « Sagesse »
III - Création poétique et tradition sont au service de la transfiguration poétique de la réalité a) les images qui transforment l’inanimé en animé
•    métaphores et comparaisons animales (v. 2, 20, 22) ! la ville se transforme en élément vivant capable de sentiments
•    personnifications : v. 2, 9, 11, 19 ! animation des éléments •    correspondance entre le visuel et l’auditif : « du soleil elle était le clairon » •    multiplication des sensations auditives
! métamorphose des éléments urbains en éléments animés
b)les associations de termes
•    opposition provoquant l’étonnement : « automobiles » « anciennes » / « religion » « neuve » ! création du langage qui amène à reconsidérer des idées reçues
•    qualification inattendue    « grâce de cette rue industrielle », proche de l’oxymore ! éloge de la modernité
•    comparaison entre deux termes extrêmement éloignés « religion » / « hangars » ! modernité de la religion, image reprise plus loin dans le poème
c) un nouveau regard sur le monde
•    ces procédés amènent à voir différemment les objets prosaïques du quotidien : « tour Eiffel » / « bergère » (urbain/ pastoral), « les prospectus les catalogues les affiches » / « poésie » (supports publicitaires / littérature) ; « journaux », « Il y a les livraisons à vingt-cinq centimes » / « prose » (supports d’information/ littérature)
•    le quotidien est ainsi perçu différemment et devient objet poétique •    la poésie est partout, même là où on ne l’attend pas, elle dépend du regard que l’on porte sur ces
objets, il faut être perméable à l’émerveillement
Conclusion :
- un poème qui transfigure la réalité (bilan) - un poème caractéristique de la création poétique d’Apollinaire, à mettre en relation avec l’art de son époque (cubisme) - un nouveau regard sur la ville

2 réponses à “Alcools (1913) de Guillaume Apollinaire : « Zone » (vers 1 à 24), lecture analytique n° 12”

12 03 2013
amaury_costel (16:37:52) :

Pouvez-vous mettre en ligne des questions que l’examinateur pourrait nous poser sur la poésie ?

21 03 2013
hberkane (05:13:29) :

Je le ferai à l’issue de la séquence. Cet objet d’étude n’est pas à présenter lors du bac blanc.

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