Incendies (2003) de Wajdi Mouawad : Le contexte historique (l’histoire du Liban) et les sources de la pièce (Souha Bechara)

JE ME TESTE

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QUESTIONS DE L’EXAMINATEUR

Quelle est la situation au Liban au moment où Nawal s’y trouve ?

Comment Wadji Mouawad a-t-il eu connaissance de la prison de Khiam et de Souha Bechara ?

Quels événements ont été conservés dans la pièce ? Lesquels ont été modifiés ou inventés ?

LE CONTEXTE HISTORIQUE : LA GUERRE CIVILE AU LIBAN

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La guerre du Liban est une guerre civile ponctuée d’interventions étrangères qui s’est déroulée de 1975 à 1990 en faisant entre 130 000 et 250 000 victimes civiles.

On peut diviser la guerre civile libanaise en deux grandes phases séparées par l’intervention israélienne de 1982 :

  • de 1975 à 1982, une coalition à dominante maronite, le Front libanais, s’oppose à une coalition « palestino-progressiste » à dominante musulmane dont la principale force armée, l’OLP, est palestinienne. L’intervention israélienne élimine du jeu l’OLP, dont la direction est évacuée vers la Tunisie, tandis que la mort de Bachir Gemayel et d’une partie de son état-major affaiblit le camp chrétien.

  • la seconde phase (1982-1990) est marquée par l’échec des forces d’interposition occidentales, la montée en puissance des partis chiites, Amal et Hezbollah, le retrait progressif des troupes israéliennes, et enfin par le recours à la Syrie, accepté ou refusé par les différents partis libanais.

LES SOURCES DE LA PIECE : LE RETOUR AU LIBAN ET LA RENCONTRE AVEC SOUHA BECHARA

En 2011, Wadji Mouawad rencontre la photographe québécoise Josée Lambert, qui a réalisé de nombreux reportages photos sur les détenus du sud-Liban, et notamment de la prison Khiam, et qui a recueilli les témoignages des familles et des détenus, sur les difficiles conditions de détention des prisonniers. C’est également elle qui a rencontré pour la première fois Najat Bechara, la mère de Souha Bechara, rendant visite à sa fille alors encore prisonnière, lors d’un voyage au Sud-Liban en 1995.

La deuxième personne rencontrée par Wajdi Mouawad est la cinéaste Randa Chahal Sabbag, libanaise originaire de Tripoli vivant a Paris, décédée en 2008. Auteure de fiction et de documentaires, dont trois longs métrages (Écran de sable, Civilisés et son dernier film Le cerf-volant, récompensé d’un Lion d’argent à la Mostra de Venise en 2003), elle s’est beaucoup intéressée à la guerre civile du Liban notamment dans Pas à pas (1978) mais elle est aussi réalisatrice du film Souha, survivre à l’enfer, qui date de 2000 et retrace la rencontre de Souha Bechara avec d’anciens prisonniers de Khiam dont elle n’avait jamais vu les visages. C’est grâce à Randa Chahal que Wajdi Mouawad rencontre Souha Bechara.

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Il rencontre Souha Bechara, militante libanaise pendant la guerre civile qui a tenté, en 1988, d’assassiner Antoine Lahad, chef des milices chrétiennes du Sud-Liban. Souha Bechara fut alors incarcérée pendant dix années dans  une prison clandestine du Sud-Liban placée sous le commandement des milices chrétiennes de l’ALS (Armée du Liban-Sud). Nommée Khiam, ce lieu est chargé de mémoire et rencontre l’histoire des atrocités de la guerre. Le témoignage et le parcours de cette femme (qui a été libérée en 1998) ont beaucoup touché et inspiré Wajdi Mouawad. Il la rencontre dans un petit appartement parisien en 2001. Une rencontre marquante qui ranimera en lui un sentiment de culpabilité de n’avoir pas vécu la guerre et d’en ignorer un pan entier.

« Tard dans la soirée, dans la joie de cet instant passé ensemble, Wajdi Mouawad et Souha Bechara quittent l’appartement de Randa Chahal Sabbag pour prendre le métro. Pendant qu’ils attendent sur le quai, ils découvrent qu’ils ont habité le même quartier à Beyrouth. Étrange chemin : nés voisins, séparés par la guerre, pour se retrouver sur le même quai de métro. Il décide alors de lui poser trois questions. Il lui demande ce qu’elle chantait en prison : tout ce qui me passait par la tête, dit-elle, ABBA, par exemple. Il lui demande si elle n’a pas été déçue de ne pas avoir tué Antoine Lahad ; elle répond que cela n’avait au fond aucune importance, ce qui comptait était que tous sachent qu’il pouvait être atteint. Il lui demande alors pourquoi elle a tiré deux balles et non pas une ou le chargeur entier ; elle lui explique que l’une était pour les Libanais, l’autre pour les Palestiniens. »

Postface de Charlotte Farcet décrivant la rencontre entre Wajdi Mouawad et Souha Bechara.

À partir de cela, il imagine une histoire autour d’une femme amoureuse, à qui l’on enlève un enfant, et qui entre par la suite en résistance : c’est Incendies. Arrêtée, emprisonnée et torturée, elle se met à chanter dans sa cellule. On la surnomme alors « la femme qui chante ».

LA PRISON DE KHIAM

Construit par les Français pendant le mandat incluant la Syrie, le fort de Khiam est transformé en une base de l’armée libanaise, avant d’être occupé par les Israéliens. Ces derniers le transforment en une prison clandestine et un centre de torture sous le commandement des officiers de l’Armée du Liban Sud.

De 1985 à 2000, plusieurs milliers de prisonniers libanais et réfugiés palestiniens ont été détenus dans la prison sans jugement. L’insistance du CICR a permis de visiter les détenus d’une des prisons donnant le plus à l’époque lieu à des maltraitances.

En mai 2000, avec le départ précipité de l’armée israélienne et de ses collaborateurs de l’Armée du Liban Sud, les gardiens de la prison ont pris la fuite vers Israël et la population a libéré les 145 derniers prisonniers. Cet épisode n’a d’ailleurs pas entraîné de chasse aux sorcières, les anciens geôliers étant « pardonnés » après s’être volontairement rendus à la mosquée de Khiam sur l’appel des autorités chiites.

J’AI RETENU

1. La guerre du Liban est une guerre civile qui s’est déroulée de 1975 à 1990.

2. Wadji Mouawad s’est inspiré de l’histoire de Souha Bouchara, qu’il a rencontrée.

3. Souha Bechara a été emprisonnée à Khiam pendant 10 ans.