Incendies (2003) de Wajdi Mouawad : lecture analytique n° 2 : les amants maudits

« Incendies » © Brigitte Enguérand

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ANALYSE DU TEXTE PAR LE PROFESSEUR

LE TEXTE LU

5. Ce qui est là

Aube. Forêt. Rocher. Arbres blancs. Nawal (14 ans). Wahab.

NAWAL. Wahab ! Ecoute-moi. Ne dis rien. Non. Ne parle pas. Si tu me dis un mot, un seul, tu pourrais me tuer. Tu ne sais pas encore, tu ne sais pas le bonheur qui va être notre malheur. Wahab, j’ai l’impression qu’à partir du moment où je vais laisser échapper les mots qui vont sortir de ma bouche, tu vas mourir toi aussi. Je vais me taire, Wahab, promets-moi alors de ne rien dire, s’il te plaît, je suis fatiguée, s’il te plaît, laisse le silence. Je vais me taire. Ne dis rien. Ne dis rien.

Elle se tait.

Je t’ai appelé toute la nuit. J’ai couru toute la nuit. Je savais que j’allais te trouver au rocher aux arbres blancs. Je voulais le hurler pour que tout le village l’entende, pour que les arbres l’entendent, que la nuit l’entende, pour que la lune et les étoiles l’entendent. Mais je ne pouvais pas. Je dois te le dire à l’oreille, Wahab, après, je ne pourrai plus te demander de rester dans mes bras même si c’est ce que je veux le plus au monde, même si j’ai la conviction que je serai à jamais incomplète si tu demeures à l’extérieur de moi, même si, à peine sortie de l’enfance, je t’avais trouvé, toi, et qu’avec toi je tombais enfin dans les bras de ma vraie vie, je ne pourrai plus rien te demander.

Il l’embrasse.

J’ai un enfant dans mon ventre, Wahab ! Mon ventre est plein de toi. C’est un vertige, n’est-ce pas ? C’est magnifique et horrible, n’est-ce pas ? C’est un gouffre et c’est comme la liberté aux oiseaux sauvages, n’est-ce pas ? Et il n’y a plus de mots ! Que le vent ! Quand j’ai entendu la vieille Elhame me le dire, un océan a éclaté dans ma tête. Une brûlure.

WAHAB. Elhame se trompe peut-être.

NAWAL. Elhame ne se trompe pas. Je lui ai demandé : « Elhame, tu es sûre? » Elle a rigolé. Elle m’a caressé le visage. Elle m’a dit qu’elle a fait naître tous les enfants du village depuis quarante ans. Elle m’a sortie du ventre de ma mère. Elhame ne se trompe pas. Elle m’a promis qu’elle ne dira rien à personne. « Ce ne sont pas mes affaires, elle a dit, mais dans deux semaines au plus tard, tu ne pourras plus le cacher. »

WAHAB. On ne le cachera pas.

NAWAL. On nous tuera. Toi le premier.

WAHAB. On leur expliquera.

NAWAL. Tu crois qu’ils nous écouteront ?

WAHAB. De quoi as-tu peur, Nawal ?

NAWAL. Tu n’as pas peur, toi ? (Temps)

Pose ta main. Qu’est-ce que c’est ? Je ne sais pas si c’est la colère, je ne sais pas si c’est la peur, je ne sais pas si c’est le bonheur. Où serons-nous, toi et moi, dans cinquante ans ?

WAHAB. Nawal, écoute-moi. Cette nuit est un cadeau. Je n’ai peut-être pas de tête pour dire ça, mais j’ai un cœur, et il est solide. Il est patient. Ils crieront, nous les laisserons crier. Ils injurieront, nous les laisserons injurier. Peu importe. A la fin, après leurs cris et leurs injures, il restera toi, moi et un enfant de toi et moi. Ton visage, mon visage dans le même visage. J’ai envie de rire. Ils me frapperont mais moi, toujours, j’aurai un enfant au fond de ma tête.

NAWAL. Maintenant que nous sommes ensemble, ça va mieux.

WAHAB. Nous serons toujours ensemble. Rentre chez toi, Nawal. Attends qu’ils se réveillent. Quand ils te verront, à l’aube, assise à les attendre, ils t’écouteront parce qu’ils sauront que quelque chose d’important est arrivé. Si tu as peur, pense qu’au même moment je serai chez moi, attendant que tous se réveillent. Et je leur dirai. L’aube n’est pas loin. Pense à moi comme je pense à toi, et ne te perds pas dans le brouillard. N’oublie pas : maintenant que nous sommes ensemble, ça va mieux.

Wahab part.

Wajdi Mouawad, Incendies (2003), "5. Ce qui est là".

SUPPORT

Wajdi Mouawad, Incendies (2003), "5. Ce qui est là".

PRÉSENTATION ET SITUATION DU PASSAGE

Après la mort de leur mère Nawal, Simon et Jeanne partent sur les traces de leur père ; qu’ils pensent mort, et de leur frère, dont ils ignoraient l’existence.

Le cinquième tableau de la pièce, « Ce qui est là », est la première analepse de la pièce : il correspond à la première apparition de Nawal adolescente – dans la pièce, Nawal est représentée à 14 ans, 40 ans et 60 ans -, avec son amant Wahab.

C’est la scène la plus ancienne de l’histoire de Nawal. Elle révèle à Wahab qu’elle attend un enfant de lui.

UNE INTRODUCTION ET UNE CONCLUSION REDIGEES PAR UN ELEVE

introduction Incendies 5

conclusion Incendies 3

conclusion Incendies 3bis

PROBLÉMATIQUES

En quoi cette scène est-elle tragique ?

Quel est l’intérêt de cette scène ?

Etudiez les sentiments et l’attitude des deux personnages.

AI-JE BIEN LU ?

  1. UN AVEU DIFFICILE.

  1. Une scène de commencement.

a. Relevez les indications de temps dans cette scène.

b. Pourquoi l’auteur a-t-il choisi, selon vous, ce moment de la journée ?

  1. La difficulté éprouvée par Nawal.

a. Relevez les impératifs, des lignes 1 à 6. Que demande Nawal à Wahab ?

b. Quelle information les didascalies suivantes apportent-elles : « Elle se tait. »,  » (Temps) » ?

c. « Maintenant que nous sommes ensemble, ça va mieux » : Nawal et Wahab répètent la même phrase. A quels autres moments de la pièce cette phrase sera-t-elle prononcée ?

  1. La révélation.

a. A quelle ligne Nawal révèle-t-elle à Wahab qu’elle est enceinte ?

b. Quelles sont les deux périphrases qu’elle utilise à la place de dire « je suis enceinte » ?

  1. UNE SCENE D’AMOUR.

  1. Le rocher aux arbres blancs.

a. Relevez les indications de lieu.

b. Pourquoi ce lieu a -t-il été choisi par l’auteur selon vous ?

  1. Les apostrophes.

a. Relevez les apostrophes dans le texte.

b. Combien de fois Nawal prononce-t-elle le prénom de Wahab ?

c. Combien de fois Wahab prononce-t-il le prénom de Nawal ?

d. Pourquoi y a-t-il autant d’apostrophes ?

  1. Wahab, calme et amoureux.

a. Quelle est la particularité des trois premières répliques de Wahab ?

b. Quelle est l’attitude de Wahab, à l’annonce de la nouvelle que lui apporte Nawal ?

c. Quelle information la didascalie «  » apporte-t-elle ?

  1. Le renversement.

a. Qui prononce les répliques les plus longues, au début de la scène ?

b. Comment appelle-t-on une réplique comme de Nawal, de la ligne 2 à la ligne 6 ?

c. Qui prononce les répliques les plus longues à la fin de la scène ?

d. Relevez les verbes à l’impératif, à partir de la réplique : « WAHAB. Nawal, écoute-moi. Cette nuit est un cadeau… » Qui les prononce, cette fois ?

d. Comment expliquez-vous ce renversement ?

  1. UNE TRAGEDIE MODERNE.

  1. L’opposition des familles.

a. Relisez les phrases qui évoquent les familles respectives de Nawal et de Wahab. Par quels pronoms personnels sont-elles désignées ?

b. Pourquoi les membres de la famille ne sont-ils pas nommés ?

  1. L’attitude de la vieille.

a. Quel est le seul personnage autre que Nawal et Wahad qui soit nommé ?

b. Quelle est l’attitude de ce personnage quand il découvre la grossesse de Nawal ?

  1. Une joie partagée.

a. Quelle est la figure de style utilisée dans les expressions suivantes : « tu ne sais pas le bonheur qui va être notre malheur », « Je voulais le hurler (…) Je dois te le dire à l’oreille », « C’est magnifique et horrible », « un océan a éclaté dans ma tête. Une brûlure. » ?

b. Quel est l’état d’esprit de Nawal ?

DES AXES ENVISAGEABLES.

  1. UN AVEU DIFFICILE.

  2. UNE SCENE D’AMOUR.

  3. UNE TRAGEDIE MODERNE.

LES NEUF IDÉES ESSENTIELLES

1. La scène se déroule à l’aube, après la nuit.

2. Nawal éprouve des difficultés à annoncer qu’elle est enceinte.

3. Nawal déclare son amour à Wahad.

4. Wahad est tendre et amoureux avec Nawal.

5. Nawal est très émue ; elle parle beaucoup.

6. Nawal craint l’opposition des familles.

7. Seule la vieille Elhame a eu une réaction joyeuse.

8. A la fin de la scène, Wahad se montre rassurant, optimiste.

9. La joie de Nawal est très contrastée : elle sait que l’annonce de la grossesse n’est pas une bonne nouvelle.

LES PROCÉDÉS

ROMEO ET JULIETTE DE WILLIAM SHAKESPEARE

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