Incendies (2003) de Wajdi Mouawad : lecture analytique n° 3 : la scène de l’autobus

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ANALYSE DU TEXTE PAR LE PROFESSEUR

LA SCENE DE L’AUTOBUS DANS LE FILM DE DENIS VILLENEUVE

LE TEXTE LU

JEANNE. Qu’est-ce qu’elle vous a dit exactement au sujet de l’autobus ?

SIMON. Tu vas faire quoi ? Fuck ! Tu vas aller le trouver où ?

JEANNE. Qu’est-ce qu’elle vous a dit ?

SAWDA (hurlant). Nawal !

SIMON. Laisse tomber l’autobus et réponds-moi ! Tu vas le trouver où ?

Bruit de marteaux-piqueurs.

JEANNE. Qu’est-ce qu’elle vous a raconté ?

SAWDA. Nawal !

HERMILE LEBEL. Elle m’a raconté qu’elle venait d’arriver dans une ville…

SAWDA (à Jeanne). Vous n’avez pas vu une jeune fille qui s’appelle Nawal ?

HERMILE LEBEL. Un autobus est passé devant elle…

SAWDA. Nawal !

HERMILE LEBEL. Bondé de monde !

SAWDA. Nawal !!

HERMILE LEBEL. Des hommes sont arrivés en courant, ils ont bloqué l’autobus, ils l’ont aspergé d’essence et puis d’autres hommes sont arrivés avec des mitraillettes et…

Longue séquence de bruits de marteaux-piqueurs qui couvrent entièrement la voix d’Hermile Lebel. Les arrosoirs crachent du sang et inondent tout. Jeanne s’en va.

NAWAL. Sawda !

SIMON. Jeanne ! Jeanne, reviens !

NAWAL. J’étais dans l’autobus, Sawda, j’étais avec eux ! Quand ils nous ont arrosés d’essence j’ai hurlé : « Je ne suis pas du camp, je ne suis pas une réfugiée du camp, je suis comme vous, je cherche mon enfant qu’ils m’ont enlevé ! » Alors ils m’ont laissé descendre, et après, après, ils ont tiré, et d’un coup, d’un coup vraiment, l’autobus a flambé avec tous ceux qu’il y avait dedans, il a flambé avec les vieux, les enfants, les femmes, tout ! Une femme essayait de sortir par la fenêtre, mais les soldats lui ont tiré dessus, et elle est restée comme ça, à cheval sur le bord de la fenêtre, son enfant dans ses bras au milieu du feu et sa peau a fondu, et la peau de l’enfant a fondu et tout a fondu et tout le monde a brûlé ! Il n’y a plus de temps. Le temps est une poule à qui on a tranché la tête, le temps court comme un fou, à droite à gauche, et de son cou décapité, le sang nous inonde et nous noie.

SIMON (au téléphone). Jeanne ! Jeanne, je n’ai plus que toi. Jeanne, tu n’as plus que moi. On n’a pas le choix que d’oublier ! Rappelle-moi, Jeanne, rappelle-moi !

Wajdi Mouawad, Incendies (2003), "19. Les pelouses de banlieue" (extrait).
 
 SUPPORT
Wajdi Mouawad, Incendies (2003), "19. Les pelouses de banlieue" (extrait).

PRÉSENTATION ET SITUATION DU PASSAGE

La scène 19 est centrale : la pièce en compte 38.

Jeanne et Simon sont passés au domicile d’Hermine Lebel, le notaire, pour signer des papiers relatifs à l’héritage de leur mère. Tandis que Simon semble bien décidé à refuser d’accomplir les dernières volontés de celle-ci, nous ne connaissons pas encore la décision de Jeanne, qui a commencé à chercher à en savoir plus sur leur mère.

Alors qu’un bus s’arrête tout près de la pelouse du pavillon de banlieue du notaire et que le brit du marteau-piqueur, dans la rue, est en fond sonore, Hermine Lebel évoque, par association d’idées, la phobie de Nawal pour les autobus. A la demande de Jeanne, il raconte un épisode traumatisant dont elle a été le témoin dans son pays : le mitraillage et l’incendie d’un bus rempli de monde.

UNE INTRODUCTION ET UNE CONCLUSION REDIGEES PAR UN ELEVE

intro Incendies 3

conclusion Incendies 1

PROBLÉMATIQUES

En quoi cette scène est-elle pathétique ?

Pourquoi les deux époques se croisent-elles ?

Que dénonce Nawal dans cet extrait ?

Comment comprenez-vous la phrase de Nawal : « Il n’y a plus de temps » ?

AI-JE BIEN LU ?

  1. DEUX RECITS DU MEME EVENEMENT.

  1. Deux époques qui se croisent.

a. A qui Jeanne s’adresse-t-elle ?

b. A qui Simon s’adresse-t-il ?

c. A qui Hermine Lebel s’adresse-t-il ?

d. A qui Sawda s’adresse-t-elle ? (attention : il y a deux réponses !)

  1. Le récit d’Hermine Lebel.

a. Quel signe de ponctuation termine trois répliques d’Hermine Lebel ?

b. Qu’est-ce qui l’interrompt, à chaque fois ?

  1. Deux récits qui se contredisent.

a. Dans le récit d’Hermine Lebel, Nawal est-elle dans l’autobus ou à l’extérieur ? Relevez la phrase qui le prouve.

b. Dans le récit de Nawal, celle-ci est-elle dans l’autobus ou à l’extérieur ? Relevez la phrase qui le prouve.

  1. UNE VISION D’HORREUR.

  1. Deux récits qui se complètent.

a. Le récit d’Hermine Lebel est-il achevé ? Qu’est-ce qui n’est pas raconté ?

b. Par quoi la partie manquante est-elle remplacée ?

c. Quelle est la figure de style utilisée dans l’expression suivante : « Les arrosoirs crachent du sang et inondent tout. » ?

d. En quoi peut-on dire que le récit de Nawal complète celui d’Hermine Lebel ?

  1. Un point de vue subjectif.

a. Quels pronoms personnels Hermine Lebel utilise-t-il dans son récit ?

b. Quels pronoms personnels Nawal utilise-t-elle dans son récit ?

  1. Des soldats sans pitié.

a. Quelle est la figure de style utilisée dans l’expression suivante : « les vieux, les enfants, les femmes » ?

b. Quelle est la figure de style utilisée dans l’expression suivante : « Une femme essayait de sortir par la fenêtre, mais les soldats lui ont tiré dessus, et elle est restée comme ça, à cheval sur le bord de la fenêtre, son enfant dans ses bras au milieu du feu et sa peau a fondu, et la peau de l’enfant a fondu et tout a fondu et tout le monde a brûlé ! » ?

  1. LES FONCTIONS DE L’EPISODE.

  1. Des récits imprécis.

a. Quelles expressions désignent les agresseurs dans le récit d’Hermine Lebel ?

b. Quelles expressions désignent les agresseurs dans le récit de Nawal ?

c. Les deux récits contiennent-ils des indications concernant l’époque et le lieu ?

d. Quel groupe désigne le pronom personnel « nous » qu’utilise Nawal ?

  1. Deux époques qui se croisent.

a. En quoi la didascalie « à Jeanne » est-elle surprenante : « SAWDA (à Jeanne). Vous n’avez pas vu une jeune fille qui s’appelle Nawal ? » ?

b. Quel parallèle peut-on faire entre les deux situations : Simon et Jeanne, d’une part, et Sawada et Nawal, d’autre part ?

  1. Une leçon de vie.

a. Quel est le temps utilisé dans la dernière phrase ?

b. Quelle est la figure de style utilisée dans la phrase suivante : « Le temps est une poule à qui on a tranché la tête, le temps court comme un fou, à droite à gauche, et de son cou décapité, le sang nous inonde et nous noie. » ?

DES AXES ENVISAGEABLES.

  1. DEUX RECITS DU MEME EVENEMENT.

  2. UNE VISION D’HORREUR.

  3. LES FONCTIONS DE L’EPISODE.

LES NEUF IDÉES ESSENTIELLES

1. Deux époques se croisent : Simon, Jeanne et le notaire appartiennent à la même époque (le présent) ; Nawal et Sawda appartiennent au passé.

2. A la demande de Jeanne, Hermine Lebel raconte la scène qui explique les raisons pour lesquelles leur mère avait peur des autobus.

3. Les deux récits (celui d’Hermine Lebel et de Nawal) qui se contredisent.

4. Les deux récits se complètent.

5. La tirade de Nawal permet d’entendre son témoignage direct et de revivre la scène : on peut parler d’hypotypose.

6. Les soldats se montrent sans pitié.

7. Les deux récits demeurent imprécis : on ne sait pas vraiment où, ni qui, ni pourquoi.

8. Les deux époques (passé et présent) se croisent.

9. Cette scène débouche sur une leçon de vie, une réflexion sur le temps, sur l’horreur.

LES PROCÉDÉS

Je cite

Je nomme

J’explique

JEANNE. Qu’est-ce qu’elle vous a dit exactement au sujet de l’autobus ?

JEANNE. Qu’est-ce qu’elle vous a dit ?

JEANNE. Qu’est-ce qu’elle vous a raconté ?

Questions

SIMON. Tu vas faire quoi ? Fuck ! Tu vas aller le trouver où ?

SIMON. Laisse tomber l’autobus et réponds-moi ! Tu vas le trouver où ?

SIMON. Jeanne ! Jeanne, reviens !

SIMON (au téléphone). Jeanne ! Jeanne, je n’ai plus que toi. Jeanne, tu n’as plus que moi. On n’a pas le choix que d’oublier ! Rappelle-moi, Jeanne, rappelle-moi !

Apostrophes

HERMILE LEBEL. Elle m’a raconté qu’elle venait d’arriver dans une ville…

HERMILE LEBEL. Un autobus est passé devant elle…

HERMILE LEBEL. Bondé de monde !

HERMILE LEBEL. Des hommes sont arrivés en courant, ils ont bloqué l’autobus, ils l’ont aspergé d’essence et puis d’autres homes sont arrivés avec des mitraillettes et…

SAWDA (hurlant). Nawal !

SAWDA. Nawal !

SAWDA (à Jeanne). Vous n’avez pas vu une jeune fille qui s’appelle Nawal ?

SAWDA. Nawal !

SAWDA. Nawal !!

Apostrophes

Répétition

Didascalie

HERMILE LEBEL. Elle m’a raconté qu’elle venait d’arriver dans une ville

HERMILE LEBEL. Un autobus est passé devant elle

HERMILE LEBEL. Des hommes sont arrivés en courant, ils ont bloqué l’autobus, ils l’ont aspergé d’essence et puis d’autres homes sont arrivés avec des mitraillettes et

Points de suspension

HERMILE LEBEL. Un autobus est passé devant elle

NAWAL. J’étais dans l’autobus, Sawda, j’étais avec eux !

Indications de lieu

Des hommes sont arrivés en courant, ils ont bloqué l’autobus, ils l’ont aspergé d’essence et puis d’autres hommes sont arrivés avec des mitraillettes et…

Ellipse temporelle

Les arrosoirs crachent du sang et inondent tout.

Métaphore

Longue séquence de bruits de marteaux-piqueurs qui couvrent entièrement la voix d’Hermile Lebel. Les arrosoirs crachent du sang et inondent tout.

Didascalie

Elle m’a raconté qu’elle venait d’arriver dans une ville…

HERMILE LEBEL. Un autobus est passé devant elle

HERMILE LEBEL. Des hommes sont arrivés en courant, ils ont bloqué l’autobus, ils l’ont aspergé d’essence et puis d’autres hommes sont arrivés avec des mitraillettes et…

NAWAL. J’étais dans l’autobus, Sawda, j’étais avec eux ! Quand ils nous ont arrosés d’essence j’ai hurlé

Pronoms personnels de la 3ème personne

Pronom personnel de la 1ère personne

les vieux, les enfants, les femmes

Gradation

Une femme essayait de sortir par la fenêtre, mais les soldats lui ont tiré dessus, et elle est restée comme ça, à cheval sur le bord de la fenêtre, son enfant dans ses bras au milieu du feu et sa peau a fondu, et la peau de l’enfant a fondu et tout a fondu et tout le monde a brûlé !

Polysyndète

Des hommes d’autres hommes

ils ils ils les soldats

j’étais avec eux ! Quand ils nous ont arrosés d’essence j’ai hurlé : « Je ne suis pas du camp, je ne suis pas une réfugiée du camp, je suis comme vous, je cherche mon enfant qu’ils m’ont enlevé ! »

Pronoms personnels

SAWDA (à Jeanne). Vous n’avez pas vu une jeune fille qui s’appelle Nawal ?

Didascalie

Il n’y a plus de temps. Le temps est une poule à qui on a tranché la tête, le temps court comme un fou, à droite à gauche, et de son cou décapité, le sang nous inonde et nous noie.

Présent de vérité générale

Le temps est une poule à qui on a tranché la tête, le temps court comme un fou, à droite à gauche, et de son cou décapité, le sang nous inonde et nous noie.

Personnification

LE TOURNAGE DE LA SCENE DE L’AUTOBUS