Incendies (2003) de Wajdi Mouawad : lecture analytique n° 4 : lettre d’une mère à ses enfants

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Incendies scene finale LA texte vierge

Incendies scene finale LA tableau vierge

ANALYSE DU TEXTE PAR LE PROFESSEUR :

LE TEXTE LU

Simon ouvre l’enveloppe.

NAWAL. Simon,

Est-ce que tu pleures ?

Si tu pleures ne sèche pas tes larmes

Car je ne sèche pas les miennes.

L’enfance est un couteau planté dans la gorge

Et tu as su le retirer.

À présent, il faut réapprendre à avaler sa salive.

C’est un geste parfois très courageux.

Avaler sa salive.

À présent, il faut reconstruire l’histoire.

L’histoire est en miettes.

Doucement

Consoler chaque morceau

Doucement

Guérir chaque souvenir

Doucement

Bercer chaque image.

Jeanne,

Est-ce que tu souris ?

Si tu souris ne retiens pas ton rire

Car je ne retiens pas le mien.

C’est le rire de la colère

Celui des femmes marchant côte à côte

Je t’aurais appelée Sawda

Mais ce prénom encore dans son épellation

Dans chacune de ses lettres

Est une blessure béante au fond de mon cœur.

Souris, Jeanne, souris

Notre famille,

Les femmes de notre famille, nous sommes engluées dans la colère.

J’ai été en colère contre ma mère

Tout comme tu es en colère contre moi

Et tout comme ma mère fut en colère contre sa mère.

Il faut casser le fil,

Jeanne, Simon,

Où commence votre histoire ?

À votre naissance ?

Alors elle commence dans l’horreur.

À la naissance de votre père ?

Alors c’est une grande histoire d’amour.

Mais en remontant plus loin,

Peut-être que l’on découvrira que cette histoire d’amour

Prend sa source dans le sang, le viol,

Et qu’à son tour,

Le sanguinaire et le violeur

Tient son origine dans l’amour.

Alors,

Lorsque l’on vous demandera votre histoire,

Dites que votre histoire, son origine,

Remonte au jour où une jeune fille

Revint à son village natal pour y graver le nom de sa grand-mère Nazira sur sa tombe.

Là commence l’histoire.

Jeanne, Simon,

Pourquoi ne pas vous avoir parlé ?

Il y a des vérités qui ne peuvent être révélées qu’à la condition d’être découvertes.

Vous avez ouvert l’enveloppe, vous avez brisé le silence

Gravez mon nom sur la pierre

Et posez la pierre sur ma tombe.

Votre mère.

SIMON. Jeanne, fais-moi encore entendre son silence.

Jeanne et Simon écoutent le silence de leur mère.

Pluie torrentielle.

Wajdi Mouawad, Incendies (2003), "38. Lettre aux jumeaux".

 SUPPORT
Wajdi Mouawad, Incendies (2003), "38. Lettre aux jumeaux".

PRÉSENTATION ET SITUATION DU PASSAGE

Ce texte est la dernière scène de la pièce. La « lettre aux jumeaux » (scène 38) ne fait pas à proprement parler partie du dénouement : la révélation de l’identité du père/frère a eu lieu lors des scènes précédentes (scènes 36 et 37). La double énigme est résolue, la vérité a éclaté.

La dernière lettre, celle que Nawal adresse aux jumeaux, n’apporte aucun retournement de situation. Elle constitue un épilogue, qui fait écho au prologue de la scène 1 : Hermine Lebel y reprend en effet telles quelles ou presque des expressions qu’il employait dans la scène 1.

UNE INTRODUCTION ET UNE CONCLUSION REDIGEES PAR UN ELEVE

intro Incendies 1

introduction Incendies 5

conclusion Incendies 3

conclusion Incendies 3bis

PROBLÉMATIQUES

En quoi cette scène est-elle pathétique ?

En quoi cette scène est-elle une scène de dénouement ?

En quoi la tirade de Nawal est-elle poétique ?

AI-JE BIEN LU ?

  1. UNE PAROLE POETIQUE D’OUTRE-TOMBE.

  1. La voix de Nawal.

Quel personnage lit la lettre à voix haute ?

  1. Nawal présente.

Quel temps Nawal utilise-t-elle principalement dans sa tirade ?

  1. Une voix poétique.

a. Quels éléments assimilent la tirade de Nawal à un poème ?

b. Comptez les syllabes dans les phrases suivantes :

c. Quelle est la figure de style utilisée dans les passages suivants : « L’enfance est un couteau planté dans la gorge », « Mais ce prénom encore dans son épellation/Dans chacune de ses lettres/Est une blessure béante au fond de mon cœur », « Les femmes de notre famille, nous sommes engluées dans la colère » ?

  1. NAWAL ASSUME LA FONTION MATERNELLE.

  1. Les trois parties de la tirade.

a. De combien de parties la tirade de Nawal est-elle constituée ?

b. Par quoi ce s deux parties sont-elles séparées ?

c. Donnez un titre à chacune de ces parties.

  1. Les enfants nommés.

a. Relevez les apostrophes, aux lignes 2, 9, 36 et 54.

b. A qui Nawal s’adresse-t-elle ?

  1. Deux destinataires différents.

Comparez les lignes 2-5 et 19-22 :

a. en quoi se ressemblent-ils ?

b. en quoi s’opposent-ils ?

  1. Une mère.

a. Comment Nawal signe-t-elle sa tirade, à la ligne 60 ?

b. Comment l’interprétez-vous ?

  1. UNE LEÇON DE VIE.

  1. La réponse aux questions des jumeaux.

a. Relevez quatre phrases interrogatives, des lignes 36 à 60.

b. Pourquoi Nawal pose-t-elle ces questions ?

  1. La demande de la mère.

Relisez les phrases injonctives, aux lignes 4, 8, 11, 21, 29, 35, 50, 58 et 59 :

a. que demande Nawal à Simon (4, 8, 11) ?

b. que demande-t-elle à Jeanne (21, 29, 35) ?

c. que demande-t-elle aux deux personnages (50, 58, 59) ?

  1. La leçon.

a. Quel est le présent utilisé, dans les lignes 6 et 56 ?

b. A quel autre moment de la pièce la phrase « L’enfance est un couteau planté dans la gorge«  a-t-elle été prononcée ? Par qui ?

  1. L’émotion des jumeaux.

a. Sur quelles didascalies s’achève la pièce ?

b. Quel lien peut-on faire entre les sentiments des personnages et le temps qu’il fait ?

DES AXES ENVISAGEABLES.

  1. UNE PAROLE POETIQUE D’OUTRE-TOMBE.

  2. NAWAL ASSUME LA FONCTION MATERNELLE. / NAWAL DEVIENT MERE.

  3. UNE LEÇON DE VIE.

LES NEUF IDÉES ESSENTIELLES

1. La lettre est lue par Nawal.

2. La voix de Nawal est poétique : ce qu’elle dit ressemble à un poème.

3. Nawal s’adresse à Simon, puis à Jeanne et enfin aux deux personnages.

4. Pour la première fois, elle nomme les jumeaux.

5. Pour la première fois, Nawal devient mère : elle signe la lettre.

6.Elle répond aux questions des jumeaux.

7. Elle demande aux jumeaux de l’enterrer, maintenant que la vérité est sue.

8. Nawal explique aux enfants qu’ils ont une histoire, des origines.

9. La scène est très émouvante ; Simon en sort transformé.

UN AXE REDIGE PAR DES ELEVES

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LES PROCÉDÉS

Je cite

Je nomme

J’explique

NAWAL.

Didascalie

Est-ce que tu pleures ?

Si tu pleures ne sèche pas tes larmes

Car je ne sèche pas les miennes.

À présent, il faut réapprendre à avaler sa salive.

Présent

Est-ce que tu pleures ?

Si tu pleures ne sèche pas tes larmes

Car je ne sèche pas les miennes.

L’enfance est un couteau planté dans la gorge

Et tu as su le retirer.

À présent, il faut réapprendre à avaler sa salive.

C’est un geste parfois très courageux.

Avaler sa salive.

À présent, il faut reconstruire l’histoire.

L’histoire est en miettes.

Doucement

Consoler chaque morceau

Doucement

Guérir chaque souvenir

Doucement

Bercer chaque image.

Vers

Est-ce que tu pleures ?

Si tu pleures ne sèche pas tes larmes

Car je ne sèche pas les miennes.

À présent, il faut réapprendre à avaler sa salive.

À présent, il faut reconstruire l’histoire.

Doucement

Consoler chaque morceau

Doucement

Guérir chaque souvenir

Doucement

Bercer chaque image.

Jeanne,

Est-ce que tu souris ?

Si tu souris ne retiens pas ton rire

Car je ne retiens pas le mien.

Anaphore

Simon,

Est-ce que tu pleures ?

Si tu pleures ne sèche pas tes larmes

Car je ne sèche pas les miennes.

Jeanne,

Est-ce que tu souris ?

Si tu souris ne retiens pas ton rire

Car je ne retiens pas le mien.

Symétrie

Parallélisme

Antithèse

L’enfance est un couteau planté dans la gorge

Mais ce prénom encore dans son épellation

Dans chacune de ses lettres

Est une blessure béante au fond de mon cœur.

Les femmes de notre famille, nous sommes engluées dans la colère.

Métaphores

Et tu as su le retirer.

Si tu souris ne retiens pas ton rire

Car je ne retiens pas le mien.

Le sanguinaire et le violeur

octosyllabe

décasyllabe

octosyllabe

octosyllabe

Bercer chaque image.

Jeanne,

Est-ce que tu souris ?

Si tu souris ne retiens pas ton rire

Car je ne retiens pas le mien.

C’est le rire de la colère

Celui des femmes marchant côte à côte

Je t’aurais appelée Sawda

Blanc typographique

Votre mère.

Signature

Où commence votre histoire ?

À votre naissance ?

À la naissance de votre père ?

Pourquoi ne pas vous avoir parlé ?

Questions rhétoriques

Si tu pleures ne sèche pas tes larmes

À présent, il faut réapprendre à avaler sa salive.

À présent, il faut reconstruire l’histoire.

Si tu souris ne retiens pas ton rire

Souris, Jeanne, souris

Il faut casser le fil,

Dites que votre histoire, son origine,

Remonte au jour où une jeune fille

Revint à son village natal pour y graver le nom de sa grand-mère Nazira sur sa tombe.

Gravez mon nom sur la pierre

Et posez la pierre sur ma tombe.

Pharses injonctives

Jeanne et Simon écoutent le silence de leur mère.

Pluie torrentielle.

Didascalies