Incendies (2003) de Wajdi Mouawad : Oncle Vania (1897) d’Anton Tchekhov

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Tchekhov-Vania

RESUME

La pièce raconte la fin du séjour d’été mouvementé du professeur Sérébriakov et de sa jeune épouse Eléna chez leur beau-frère Ivan Voïnitski (l’oncle Vania qui donne son nom à la pièce).
La pièce est composée de quatre actes, sans aucun découpage en scènes.

Acte I – Le professeur Se?re?briakov et sa jeune e?pouse Elena sont arrive?s depuis un mois dans leur domaine a? la campagne. La?, vivent Vania et Sonia, le fre?re et la fille de la premie?re e?pouse de Se?re?briakov.

Depuis qu’ils sont la?, tout s’est de?re?gle? dans la proprie?te?. Les horaires des repas sont boule- verse?s et tout le monde est tombe? dans une grande oisivete?.

Vania conc?oit une forte animosite? contre le professeur. Mais il est amoureux de sa femme. Alors qu’il se de?clare, elle le repousse.

Acte II – C’est la nuit. Se?re?briakov, insomniaque et hypocondriaque, tyrannise son entoura- ge en se posant en victime. Il finit par aller se coucher.
Elena e?conduit Vania une nouvelle fois.
Sonia, la jeune nie?ce de Vania, tente de de?clarer au docteur Astrov son amour. Il ne com- prend pas.

Sonia, jusque la? distante, se rapproche d’Elena.

Acte III – Sonia demande a? Elena de tester Astrov sur ses sentiments. Elena interroge Astrov, et sa re?ponse est ne?gative.
Le docteur, attire? sexuellement par Elena, l’embrasse au moment ou? entre Vania. Celui-ci est bouleverse?.

Le professeur fait connai?tre a? sa famille sa de?cision de vendre le domaine peu rentable. Fou de rage, Vania dit toute sa haine a? Se?re?briakov, tire sur lui plusieurs coups de re?volver mais le manque.

Acte IV – Se?re?briakov et Elena partent de?finitivement pour la ville. Le professeur a renonce? a? vendre.
Vania, qui veut se suicider, a de?robe? a? Astrov de la morphine qu’il finit par lui rendre. Astrov s’en va a? son tour.

Te?le?guine, Maria, Marina, Vania et Sonia restent seuls.
Alors que l’oncle et la nie?ce se remettent aux comptes de la proprie?te?, Vania, de?sespe?re?, e?clate en pleurs. Sonia le console, lui laissant espe?rer le repos et le bonheur dans l’autre monde.

Personnages
Alexandre Vladimirovitch Sérébriakov : professeur à la retraite ;
Éléna Andréevna : la jeune femme du professeur, 27 ans ;
Sophia Alexandrovna (Sonia) : fille d’un premier lit de Sérébriakov ;
Maria Vassilievna Voïnitzika : veuve, mère de la première femme du professeur ;
Ivan Petrovitch Voïnitzki : « oncle Vania », son fils ;
Mikhaïl Lvovitch Astrov : médecin ;
Ilia Ilitch Téléguine : propriétaire terrien ruiné ;
Marina : une vieille nourrice ;
Un valet de ferme.

Ivan Voïnitski (oncle Vania), devenu rêveur et paresseux, jalouse son beau-frère, professeur à la retraite et hypocondriaque vaniteux. La pièce se déroule dans la propriété de Sonia, fille du professeur et nièce de Vania. Ce dernier a exploité toute sa vie le domaine pour en envoyer les revenus à Sérébriakov, dont il admirait la science. Environ un an avant le début de la pièce, il perd toutes ses illusions sur les qualités humaines et intellectuelles de son beau-frère, ce qui le rend particulièrement amer, car il a l’impression d’avoir gâché sa vie.
Elena est la seconde femme du professeur. Beaucoup plus jeune que son mari, elle est très belle, et s’ennuie profondément au domaine. Elle n’est plus amoureuse de son mari et se sent séduite par le docteur Astrov.
Le professeur Sérébriakov est égoïste et se plaint tout le temps. Il écrit « pour ouvrir des portes ouvertes ». Il a eu du succès auprès des femmes. C’est un intellectuel vieillissant qui se sent comme exilé dans sa propriété campagnarde. Il ne supporte pas de se voir vieillir et vit de manière décalée : il écrit la nuit, dort le jour…
Sonia est la fille du professeur et de sa première femme. Elle exploite le domaine avec son oncle Ivan, qu’elle appelle « Oncle Vania ». Elle est amoureuse du docteur Astrov depuis très longtemps, mais lui ne l’aime pas et ne la remarque même pas. Elle n’est pas belle et se fane encore plus dans la solitude.
Astrov est médecin de campagne et vient parfois en visite au domaine. Il n’aime plus s’occuper de ses patients et n’aime plus personne. Il est seulement attiré par la nature. On comprend vite qu’il est tombé sous le charme d’Elena. Ses visites au domaines sont devenues beaucoup plus fréquentes.
Marina est la nourrice de Sonia
Téléguine est un propriétaire ruiné qui vit au domaine, aux crochets de Sonia et d’Oncle Vania.
Maria est la grand-mère de Sonia, la mère de Vania et la belle-mère de Sérébriakov, qu’elle adule. C’est une intellectuelle russe de province, typique des années 1860.
Une dispute éclate entre Sérébriakov, qui veut gager le domaine sans se soucier de l’avenir de sa fille, et Ivan Voïnitski, qui fait mine de tuer son beau-frère. Finalement, Sérébriakov et Elena quittent la propriété à tout jamais, laissant les protagonistes à leurs frustrations et à leur destin.
Diagramme des relations

Oncle_Vania

ANTON TCHEKHOV

Anton Tchekhov Ecrivain russe (1860-1904).

Il ne se passe rien ou à peu près rien dans la vie de l’écrivain, comme il ne se passe rien ou à peu près rien dans son théâtre.

Une enfance triste dans une bourgade reculée, des études de médecine, une impérieuse vocation littéraire, quelques voyages à l’étranger, des séjours en sanatorium, un mariage sur le tard : bref une vie de routine, partagée entre le travail, les factures à régler et les médicaments.

Sur ce fond de grisaille l’homme souffre continuellement, rongé par un mal inexorable, la tuberculose. Il tousse et crache le sang.

L’écrivain ne se veut ni moraliste ni philosophe. Il se contente de peindre la vie, de montrer simplement, modestement les choses.

Petit-fils de serf, fils de boutiquier, Tchekhov est un vivant exemple de l’ascension sociale offerte aux classes laborieuses par le régime tsariste finissant.

En 1879 Anton rejoint sa famille à Moscou. Il s’inscrit à la faculté de médecine où il terminera ses études en 1884. Les Tchekhov vivent pauvrement et logent dans un sous-sol humide. Anton a la charge des siens et améliore l’ordinaire en publiant quelques brefs récits dans un petit journal humoristique. En 1880, à vingt ans il a publié neuf récits, 5 ans plus tard il atteindra le chiffre de 129 articles et nouvelles !

Mais cette littérature  » alimentaire  » payée 68 kopecks la ligne compte moins dans sa vie que la médecine. A partir de 1884 Tchekhov devient médecin pratiquant à Zvenigorod. Son seul souci, grave, est sa santé. Depuis quelque temps il s’est mis à cracher du sang.

Bientôt Tchekhov devient une gloire de la Russie. Il reçoit le prix Pouchkine ; on le courtise, on l’adule, et le public l’aime.

Et cependant son prochain lui inspire une grande pitié. Il part pour Sakhaline, sous un climat polaire, où sont rassemblés les déchus de la terre, les bagnards russes. Plus tard il soigne les victimes d’une épidémie de choléra, lutte contre la famine, se dépense sans compter, sans jamais faire ni politique ni morale. Contrairement aux écrivains engagés, Tchekhov revendiquait le droit de n’appartenir à aucun parti et de frapper aussi bien à droite qu’à gauche selon les ordres de sa conscience.

Ces activités ne l’empêchent pas d’écrire. Les critiques littéraires sont souvent acerbes à son égard. Lorsque La Mouette est présentée pour la première fois à Saint-Pétersbourg, le spectacle est un désastre.

Tchekhov est de plus en plus souffrant et c’est à cette période de sa vie qu’il tombe dans le piège de l’amour, un piège d’autant plus cruel que la maladie et les tournées théâtrales le séparent sans cesse d’Olga. Le 25 mai 1901 Anton et Olga se marient. Il reste à l’écrivain trois ans à vivre. Trois ans de lente agonie. Comme un courant d’air Olga va et vient et repart, aimante mais incapable de sacrifier sa carrière pour l’homme qui se meurt à ses côtés.

Olga ne désespère pas de sauver son mari de la tuberculose et l’emmène dans une ville d’eau de la Forêt-Noire. Une nuit du début de juillet 1904 Tchekhov s’éteint tout doucement à 44 ans.

LA PIECE DE DANIEL VERONESE

Daniel Veronese adapte Oncle Vania, en insérant des scènes de la pièce Les Bonnes de Jean Genet :

Jouée pour la première fois en 1947, Les Bonnes de Jean Genet,  est une pièce en un acte à trois personnages : Claire et Solange (les bonnes) et « Madame » et un troisième personnage que l’on ne voit pas « Monsieur », l’amant de Madame.

La pièce se déroule dans un seul lieu, la chambre de « Madame ».

Chaque soir, Solange et Claire, qui ont passé leur vie et vieilli au service de « Madame » (« elles ont vieilli, elles ont maigri dans la douceur de Madame »), se livrent à une sorte de « cérémonie » nocturne, au cours de laquelle, en son absence, elles déchargent leur haine et se libèrent de la tendresse servile qu’elles éprouvent envers « Madame » : Claire joue le rôle de Madame en revêtant ses habits et ses souliers et en se parant de ses bijoux, Solange, celui de la domestique ; toutes deux disent tout ce qu’elles pensent et ressentent, mais taisent pendant leur service diurne. Il s’agit d’une sorte d’exorcisme, de cérémonie secrète, de théâtre dans le théâtre.

Claire a écrit une lettre de dénonciation à la police dans laquelle elle accuse Monsieur, l’amant de Madame, de vol. Monsieur téléphone : remis en liberté, il attend Madame dans un café. Madame survient ; Claire et Solange reprennent leur rôle de domestiques obéissantes et zélées. Madame joue le rôle de la femme forte, de la maîtresse d’un criminel emprisonné, fidèle à son amant jusqu’au bout, elle rêve qu’elle l’accompagne au bagne. La beauté de Madame, sa richesse et son héroïsme dans le malheur sont insupportables pour Claire. Elle a obtenu le résultat inverse de celui qu’elle recherchait : en voulant détruire Madame, elle l’a revêtue d’une auréole héroïque et sublime.

Claire prépare le tilleul empoisonné, mais ne peut s’empêcher de faire part à Madame du coup de téléphone de Monsieur, sachant que l’on fera une enquête sur l’écriture des lettres et que leur auteur sera découvert. Madame part sans boire le tilleul.

Claire ordonne à Solange de lui apporter le tilleul empoisonné, préparé pour Madame ; elle le boit, tandis que sa soeur reste immobile « les mains croisées, comme des menottes. »

L’affaire Papin :

Christine Papin (8 mars 1905 – 18 mai 1937) et Léa Papin (15 septembre 1911- 24 juillet 2001), plus connues sous le nom des sœurs Papin, sont deux employées de maison, auteurs d’un double meurtre sur leurs patronnes le 2 février 1933 au Mans. Ce fait divers tragique, qui deviendra « l’affaire Papin » avec le procès des domestiques « modèles », a éveillé l’intérêt de la France entière, des couches populaires aux milieux littéraires et intellectuels (parmi lesquels les surréalistes qui sont fascinés par ce double meurtre.

L’affaire a inspiré par la suite de nombreux auteurs. Jean Genet a monté en 1947 une pièce de théâtre intitulée Les Bonnes (il a toujours nié s’en être inspiré), qui sera adaptée au cinéma quelques années plus tard par Nikos Papatakis sous le titre Les Abysses (1963). Claude Chabrol a repris la trame dramatique du destin des sœurs Papin et l’adapta pour son film La Cérémonie en 1995, avec Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire, un an après que Nancy Meckler (en) a réalisé au Royaume-Uni Sister My Sister sur le même thème, avec Joely Richardson et Jodhi May. Jean-Pierre Denis reprendra ce fait divers dans son film Les Blessures assassines (2000), mettant en évidence que, 67 ans après, l’affaire des sœurs Papin suscite toujours interrogations, inquiétudes, voire passions.